Un haut-technicien de San Francisco “Je ne veux pas voir toute cette racaille sans abri”‘

 C’est un fait visible à San Francisco. L’état de tension entre les éléments moteurs du système néo-libéral et de ses déchets arrive lentement à une situation de fracture. Il ne peut pas en être autrement, l’idéologie du succès personnel est sous-jacente qui attribue à la responsabilité de chacun son advenir dans la société, son succès et son échec, le seul élément d’évaluation étant la carrière et la posture socio-économique qu’elle amène. Par contre, ce qui ne peut être pris en compte dans cette idéologie du succès personnel, c’est la dynamique sociétale et économique elles -mêmes qui quand elles ont usé les rouages n’ont aucune possibilité de faire une place au rebus. L’homme néolibéral est productif, ambitieux, consommateur ou il n’est pas. Même le lexique socio-politique utilisé pour décrire la situation d’impasse dans laquelle l’ensemble de la société, et non pas uniquement certains de ses éléments, se trouve, a glissé vers la terminologie de la compétition et de la gestion de crise. Nous ne sommes pas dans un contexte de science-fiction. L’homme est, comme tout ce que ce système idéologique produit, ou générateur de biens consommables ou jetable. Jetable où ? Ghettos ? Camps ? Les Gated communities sont déjà là pour montrer comment il est impossible de concevoir cette société autrement que comme close sur ses propres groupuscules sociaux. Elles montraient la peur sous-jacente au succès économique manifeste. Ce qu’elles vont devenir dans quelques temps c’est la seule réponse possible à l’incapacité de ce monde de traiter ses membres comme autre chose que des produits : il restera quelques espaces ventilés, aménagés pour les nantis et derrière des murs, les rejets économiques, écologiques et sociaux de cette culture du déchet.EG

 

Les travailleurs high-tech de San Francisco : Je ne veux pas voir cette racaille sans abri” Dans un lettre ouverte au maire de la ville, Ed Lee, l’entrepreneur Justin Keller dit qu’il est choqué que les « travailleurs nantis aient à voir des gens dans la souffrance et le désespoir.

 

 

8688

«  Personne n’a d’importance à part eux-mêmes. » dit un sans domicile au Guardian. «  Si vous avez de l’argent, la seule chose que vous voulez c’est de récupérer tout ce qui est à récupérer. » Photographe : David Levene  pour the Guardian

«   Ils n’ont aucun souci pour quiconque sauf eux-mêmes. Si vous avez de l’argent, vous voulez en amasser le plus possible. » Bercé Perry, citadin sans domicile

San Francisco tech worker: ‘I don’t want to see homeless riff-raff’

Julia Carrie Wong à San Francisco

 

Dans une des dernières altercations culturelles entre les high-techniciens de San Francisco et la population appauvrie de la ville, un entrepreneur a dit que les sans domicile étaient des vacanciers dont la souffrance, la lutte et le désespoir, ne devraient pas être supportées par les plus nantis allant au travail. C’est une histoire familière. Un entrepreneur (d’aucuns pourraient même aller jusqu’à l’appeler un tech-bro) gonflé par le sens de l’auto-évaluation et de l’autosatisfaction qui vient vivre et travailler dans la ville et dans des secteurs industriels qui le traitent, lui et ses amis, comme les humains les plus importants et les plus intelligents ayant jamais gratifié une zone urbaine de leur présence – prends un moment pour songer aux sans-logis.  Non content de plisser le nez et de continuer sa journée, il a rédigé ses pensées. Et les a publiées sur Internet. Et là, en un clic, il est entré au panthéon de l’infamie des high-techs de San Francisco. Justin Keller, entrepreneur, développeur et fondateur de la Start up Commando.io, a rejoint les rangs des exaltés le 15 février en publiant une lettre ouverte au maire de San Francisco Ed Lee et au Chef de la police Greg Suhr :

Je vous écris aujourd’hui afin de faire entendre mon inquiétude et mon outrage concernant le nombre croissant de sans abri et de problèmes lies à la drogue avec lesquels la ville a à négocier. Je vis à San Francisco depuis plus de trois ans et c’est sans aucun doute la situation la pire que j’ai rencontré. Chaque jour en allant ou en revenant de mon travail, je vois des gens étalés sur les trottoirs, des tentes dressées, des excréments humains et les visages de l’addiction. La ville devient un bidonville. Et pire, elle devient dangereuse.

Keller explique qu’il a été amené à agir par son experience du week-end des vacances, quand ses parents et sa famille sont venus lui rendre visite. Trois rencontres avec «  des sans abri ivres » dans la rue, « une personne égarée et défoncée à la sortie d’un restaurant » et un «  homme qui a enlevé sa chemise et s’est allongé par terre » dans une salle de cinéma l’ont laissées en colère et frustré face au problème des sans abri de la ville. Bien que Keller ne soit pas seul face à sa frustration quand il y a presque 7,000 personnes vivant sans domicile à San Francisco, sa lettre est distincte pour son absence totale de sympathie pour le sort de ceux qui sont en difficultés, ne se centrant que sur l’inconfort des « aisés ». :

Les résidents de cette ville étonnante ne se sentent plus en sécurité. Je sais que beaucoup sont frustré à cause de l’embourgeoisement se produisant dans la ville mais la réalité est que nous vivons dans une société de libre échange. Les riches travaillant ont mérité le droit de vivre dans cette ville. Ils sont sortis, ont acquis une éducation, ont travaillé dur et l’ont mérité. Je ne devrais pas avoir à craindre de me faire accoster.  Je ne devrais pas à voir la souffrance, les luttes et le désespoir des gens sans abri en allant et en revenant de mon travail journalier. Je veux que mes parents lorsqu’ils viennent en visite, fassent une grande expérience et apprécie ce lieu si particulier.

Keller ne propose pas de solution à l’énigme complexe et  insoluble de San Francisco, bien qu’il semble évoquer favorablement le balayage controversé des sans–abri   lors des récentes festivités du Super Bowl.

Je n’ai pas de solution magique… c’est une situation difficile et complexe mais d’une certaine façon, pendant le Super Bowl, presque tous les sans abri et la canaille semble disparaître Je veux parier que ce n’est pas une coïncidence. L’argent et la pression politique peuvent amener du changement. Aussi il est temps de commencer à faire changer les choses, ou nous, citoyens feront un changement dans les élus et choisiront des représentants qui le feront.

Après avoir eu à faire face à une levée de bouclier contre son post sur Twitter, Keller a posté des excuses pour l’usage du terme « racaille », écrivant que le choix de ce mot était « insensible et contre-productif ». Au niveau de sa publication, par contre, il n’a pas atteint le stade suivant dans le cycle de la diatribe des tech-bros sur les sans abri. En premier lieu vient la liquidation du post. En 2013,  le fondateur de la start-up Peter Shih a supprimé sa diatribe “ 10 choses que je hais à propos de toi : l’édition San Francisco.  de Medium après que le retour de bâton ait  atteint un tel pic que des affiches avec sa  photo avaient été placardées sur les cabines téléphoniques partout dans la ville.  Suit le temps des excuses. En 2015, le PDG de la Start-up Greg Gopman  a tenté de faire amende honorable en s’excusant pour propre laïus anti sans-abri (Il y décrivait les sans-abri comme  « les rebus de la société «  et  « des dégénérés qui se groupent comme des hyènes » et il déplorait  le «  fardeau et la responsabilité de devoir les avoir si proches suggérant un programme à sa façon afin de « résoudre » le problème des sans domicile. (Le plan de Gopman n’est jamais allé nulle part. Un officiel de la mairie a dit à the Guardian en 2015 que les plans de l’entrepreneur pour héberger les sans-abri lui rappelaient des niches à chien. .)

Dans un email adressé au Guardian, Keller dit qu’il écrivait un post supplémentaire sur la question.

«  L’hypothèse de ce post est que l’inaction de la ville et des officiels ne fonctionne pas. Nous avons tous, en tant que citoyens de San Francisco, besoin de trouver une façon d’améliorer les conditions de vie de la ville et de trouver une solution aux problems des sans-abri et de la drogue aussi vite que possible. » dit-il.  «  Je ne cherche en aucune manière à stigmatise les sans abri et les drogués, ma frustration vient du fait que les citoyens ne se sentent pas en sécurité. La quantité de crimes violents augmente et cela touché tout le monde. Quelles mesures spécifiques la municipalité prend-elle afin d’aider les sans-abri et les toxicomanes ? » « Au lieu de me crucifier, nous tous en tant que citoyens, devrions crucifier la municipalité et les représentants officiels pour inaptitude. Le status quo ne fonctionne pas. »

 

Bien sûr Keller sera vraisemblablement le paria d’Internet pendant les quelques jours à venir alors que les sans abris de San Francisco sont poussés à se sentir les parias de la ville chaque jour.

«  Être sans domicile, c’est comme être les germes de la ville. C’est comme ça qu’ils vous traitent. » dit Bercé Perry, un sans domicile de San Francisco. Perry se tient à l’extérieur de sa tente dans un campement sous le pont autoroutier de l’Highway 101. Cet homme de quarante-deux ans dit qu’il a été sans domicile depuis une année et qu’il a peu de patience pour le mépris que certaines personnes manifestent pour sa présence dans la ville.

«  Personne ne leur importe qu’eux-mêmes, », nous dit Perry à propos des riches technocrates qui ont emménagé à San Francisco. «  Si vous avez de l’argent, vous voulez juste récupérer tout ce qui est récupérable. »

À quelques immeubles de distance, Michel Jones, qui est sans domicile depuis à peu près trois ans, est frustré que des individus puissant être affamés et dans abri dans une ville si riche. « Je vois toute la nourriture qui est jetée, » dit-il, pourtant quand on lui demande comment il se sent à l’égard des technocrates, il dit juste : «  Je ne juge personne. »  Madeleine McCann,  27 ans a quelques mots plus crus pour les technocrates qui la désapprouvent. Elle vit dans une tente sous l’autoroute depuis un mois, depuis que sa caravane a été tractée, la laissant sans toit. «  Ils doivent être un peu plus tolérant, dit elle, ce n’est pas comme si ils devaient nous laisser venir prendre un douche chez eux… »

 

 

Traduction Elisabeth Guerrier

 

Advertisements