Quelques mots sur “la crise” boursière. William Kaufman sur Face Book

A few things to remember about the stock market:
1. It’s not real–it’s a form of mass hysteria or mass psychosis.
2. Stock prices reflect a mass-hysteria impression of the worth of a piece of paper you hold–a stock certificate. The worth of that piece of paper is sometimes tethered to some economic reality of some corporation–at least partially–but sometimes not. This is a matter of caprice and crowd psychology, not necessarily economic “health.”
3. It’s a swindle–much of the movement of these equities markets originates in the decisions of large funds or high-speed traders who have access to esoteric information or trading networks that Joe Trader does not. Hence Joe Trader invariably gets screwed.
4. The MSM commentators on the markets are all industry touts. Their invariable counsel: get into the market if you’re not in already, stay in if you’re already in. A dip is a buying opportunity. A surge is a buying opportunity. A buying opportunity is that which puts a commission in their pockets. I don’t know the Latin term for the logical fallacy at work here, but I think the English translation is something like this: bullshit being slung by greedy con artists. These are people with no more conscience or expertise than the barking guy with the Australian accent on the three a.m. informercial raving about a miracle degreaser or stain remover.
5. This market, more than most, is a big fat bubble that has been artificially inflated by low interest rates–the suckers have to go into the market to get a return on their money–and Fed QE policies which have left untold trillions of “liquidity” sloshing around among the financial elites with which to play Monopoly with one another and pad their net worth by buying back shares of their own companies to inflate the stock price. This bubble is worse than any previous ones because the “air” inside it is unprecedented levels of consumer and institutional debt that will cause a deafening “pop” when some of the key players start to lose their shirts, and suddenly all the Peters start calling in the debts of all the Pauls who can’t pay.
6. We can console ourselves that this last resort of financial prestidigitation and fraud is stretched about as far as it can go. The financial elites are out of three-card monte scams to suck the wealth out of the economy. The productivist heyday of capitalism is over: no more builders of railroads, factories, skyscrapers, and highways to a better tomorrow. Just cell phones, televisions, and the endless flows of plastic consumer junk circulating on amazon and Walmart. What Baudrillard called “the mirror of production” is a prison for the planet earth and every species on it. All that is left for the bipartisan predator class is to scavenge the rest of us: no more Medicare, no more Social Security, no more public schools–if they have their way, and they probably will.
7. Pop goes the stock market, the illusion of prosperity, the whole unsustainable carbon-poison “economy,” and pop goes the planet and the human race. But look at it this way: it’s a buying opportunity.

Quelques éléments à garder à l’esprit à propos de la Bourse :

1/ Ce n’est pas réel. C’est une forme d’hystérie de masse ou de psychose de masse.

2/ Le prix d’une action reflète l’impression de cette hystérie de masse sur la valeur d’un morceau de papier que vous détenez. un certificat. La valeur de ce certificat est parfois lièe à la réalité économique d’une entreprise, au moins partiellement, et parfois non. C’est une question de psychologie collective et de caprice et non de santé économique.

3/ C’est une escroquerie. La plupart des mouvements du marché des actions s’originent dans les décisions de quelques grands fonds de pension ou de quelques traders ultra-rapides qui ont accès à des données ésotériques ou a des réseaux d’échanges boursiers auxquels Loe Trader n’a pas accès. Donc, Joe Trader est invariablement baisé.

4/ Les commentateurs de MSM sont tous des rabatteurs de l’industrie. Leur invariable conseil : allez sur le marché si vous n’y êtes pas déjà, restez-y si vous  êtes.  Une baisse est une opportunité pour acheter. Une hausse est une opportunité pour acheter. Une opportunité pour acheter est ce qui met une commission dans leur poche. Je ne connais pas le terme latin pour désigner la logique fallacieuse à l’oeuvre ici mais je crois que sa traduction anglaise pourrait donner à peu près ceci : de la merde lancée par des escrocs avides et talentueux. Ce sont des individus sans plus de conscience ou d’expertise que le type qui aboie avec un accent australien pendant la pub de trois heures du matin ventant les miracles d’un dégraissant ou d’un détachant.

5/ Ce marché, plus que beaucoup d’autres, est une grosse bulle grasse qui a été artificiellement gonflée par des taux d’intérêt très bas – les suceurs doivent rentrer dans le marché afin d’ avoir le retour de leur argent et la politique de la Fed qui a gardé secrets des trillions de “liquidités” coulant au sein de l’élite financière dont les membres  jouent  au Monopoly les uns avec les autres et recouvrent leur valeur en achetant eux-mêmes leurs actions afin de grossir leurs prix.  Cette bulle est pire que toutes les précédentes parce que l’ “air” qu’elle contient est fait d’un niveau sans précédent de dette des consommateurs et des institutions qui causera un assourdissant plop lorsque quelques payeurs clefs commenceront à y laisser leurs chemises et demanderont soudainement à tous les Pierre de se faire rembourser par les  Paul la dette qu’ils ne pourront pas rembourser.

6/ Nous pouvons nous consoler puisque ce dernier recours à la prestidigitation financière et à la fraude est allé presque aussi loin qu’il le pouvait. L’élite financière a sorti un bonneteau afin de sucer la richesse de l’économie. Les jours glorieux du capitalisme sont terminés : plus de constructeurs de trains, d’usines, de gratte-ciel, et  d’autoroutes pour un meilleur avenir. Uniquement des téléphones portables, des télévisions et le courant incessant des consommateurs de produits insalubres sur Amazon et Walmart. Ce que Baudrillard appelle “le miroir de la production” est une prison pour la planète et pour chaque espèce qui l’habite. Tout ce qui reste aux prédateurs bipartisans c’est de récupérer ce qu’il reste de nous : plus de système de protection médicale, plus de sécurité sociale, plus d’école publique – si ça marche comme ils l’entendent, et c’est probablement ce qui va se passer.

7/  La bourse fait “flop”, l’illusion de la prospérité, toute l’économie empoisonnée du carbone, la planète fait ” flop ” et la race humaine. Mais considérons cela sous cet angle : c’est l’occasion d’acheter.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

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Les armées de l’Ombre : la guerre invisible mais réelle des USA en Afrique Ramzy Baroud

Shadow Armies: The Unseen, But Real US War in Africa

by RAMZY BAROUD     

 

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Photo by US Army Africa | CC BY 2.0

C’est un fait, mais largement caché, la guerre qui se déroule à travers le continent africain. Elle implique les Etats unis, une Russie qui prend de l’aplomb et une Chine qui monte. Les issues de cette guerre va vraisemblablement redéfinir  l’avenir de ce continent et les perspectives globales.

Il est facile de pointer la responsabilité de D. Trump, son agenda désordonné et ses remarques impulsives. Mais la vérité, c’est que l’actuelle expansion de l’armée américaine en Afrique n’est qu’un pas supplémentaire dans la mauvaise direction. Il fait partie d’une stratégie qui est apparue il y a une dizaine d’année, pendant l’administration du Président George W. Bush, et activement poursuivie par le Président Barack Obama.

En 2007 sous le prétexte de la «  guerre contre le terrorisme », les USA ont consolidé leurs diverses opérations en Afrique afin d’établir la «  United States Africa Command » (AFRICOM). Avec un budget de départ d’un demi-milliard de dollars, AFRICOM fut soi-disant démarré afin de créer un engagement avec les pays africains en termes de diplomatie et d’aide. Mais, au cours de dix dernières années, AFRICOM a été transformé en une commande centralisée des incursions militaires et des interventions.

Cependant, ce rôle violent s’est rapidement accentué pendant la première année de la présidence de Trump. Bien sûr, il y a une guerre cachée en Afrique et elle est menée au nom du «  contre-terrorisme ».

Selon le service d’investigation spéciale de VICE News, les troupes US mènent maintenant 3500 exercices et engagements militaires par an à travers l’Afrique, une moyenne de 10 par jour. Les médias parlent rarement  de cette guerre, accordant ainsi aux militaires un espace suffisamment large pour déstabiliser comme ils l’entendent n’importe quel pays parmi les 54 que compte ce continent.

“ Aujourd’hui, le tableau de 3500 interventions marque une croissance étonnante de 1900 % depuis le début il y a moins de dix ans, et suggère une expansion des activités militaires majeure sur le continent africain. » rapporte VICE.

A la suite du décès de quatre soldats des forces spéciales US au Niger ele 4 octobre, le Secrétaire US de la défense, James Mattis fit une déclaration menaçante au comité du Sénat : ce nombre est supposé augmenter puisque les activités militaires des US en Afrique le sont.

Mattis, comme d’autres officiels de la Défense dans les deux administrations précédentes, justifie les transgressions militaires US comme faisant partie des efforts «  anti-terroristes ». Mais une telle référence codée à servi d’alibi pur intervenir et exploiter des régions importantes avec un grand potentiel économique.

La vieille devise coloniale «  des miettes pour l’Afrique » est réinventée par les pouvoirs de la globalisation qui se représentent parfaitement l’ampleur des largesses économiques inexploitées du continent. Pendant que la Chine, les Indes et la Russie développe chacune leur approche afin de courtiser l’Afrique, les US sont investis principalement dans les actions militaires, qui promettent d’infliger des maux secrets et de déstabiliser de nombreuses nations.

Le coup d’état du Mali, en 2012, mené par le capitaine d’armée Amadou Haya Sanogo, entrainé par les USA, n’en est qu’un exemple.

Dans son discours de 2013, la Secrétaire d’état Hillary Clinton, avertissait contre «  un nouveau colonialisme en Afrique, où il est aisé de pénétrer, de prendre les ressources naturelles, de soudoyer les leaders puis de partir ». Alors que Clinton a bien sûr raison, elle faisait hypocritement référence à la Chine, pas à son propre pays.

L’influence croissante de la Chine en Afrique est évidente, et les pratiques de Beijing peuvent être injustes. Cependant, la politique de la Chine à l’égard de l’Afrique est beaucoup plus civilisée et axée sur le commerce que l’approche militarisée des USA.

La croissance des relations commerciales entre la Chine et l’Afrique, selon un rapport des News report des Nations unies, se produit à un « rythme époustouflant », comme elles passent de 10.5 milliards de dollars en 2000 à 166 milliards en 2011. Depuis lors, elles ont continué au même rythme impressionnant.

Mais cet accroissement a été couplé avec de nombreuses initiatives, y compris plusieurs milliards de dollars de crédit chinois aux pays africain afin de développer des infrastructures faisant cruellement défaut. Plus encore est allé au financement du «  Programme pour les talents africains » dont le but est de former des professionnels africains dans des secteurs variés.

Ca ne devrait donc pas être surprenant qu’en 2009,  la Chine surpasse les USA et soit le principal interlocuteur commercial de l’Afrique.

Le véritable colonialisme auquel Clinton se réfère dans son discours, est cependant en bonne voie dans la perception et le comportement des USA à l’égard de l’Afrique. Ce n’est pas une hyperbole, mais en fait un constat qui fait écho aux propres mots du Président Trump.

Lors d’un déjeuner avec neuf chefs d’états africains en septembre dernier aux Nations unies, Trump a parlé avec le même type d’état d’esprit que celui qui a inspiré les politiques coloniales occidentales depuis des siècles.

Peu après qu’il ait créé un pays du nom de Nambie, Trump s’est vanté  à propos de ses «  nombreux amis (qui vont) dans vos pays en essayant de s’enrichir ». «  Je vous félicite, a-t-il dit, ils y dépensent beaucoup d’argent ! »

Le mois suivant, Trump ajoutait le Tchad, son partenaire dévoué dans la lutte anti-terroriste à la liste des pays dont le citoyens sont interdits d’entrée aux USA.

Si l’on garde à l’esprit que l’Afrique a 22 pays à majorité musulmane, le gouvernement américain compromet toute vision diplomatique à long terme et est, au contraire, en train de s’enfoncer toujours plus dans la réponse militaire.

La poussée militaire US ne semble pas non plus faire partie d’une politique complète. Elle est aussi alarmante qu’elle est erratique, reflétant la constante dépendance des US sur les solutions militaires pour résoudre toutes sortes de problèmes, y compris des rivalités commerciales ou politiques.

Comparons ça avec la stratégie d’approche russe en Afrique. En ranimant d’anciennes camaraderies avec le continent, la Russie suit la stratégie d’engagement chinoise (ou dans son cas de réengagement), à travers des termes de développement ou de commerce favorables. Mais contrairement à la Chine, la Russie a un agenda largement ouvert qui inclut des exportations d’ares, qui remplace l’armement américain dans différentes parties du continent.

Pour Moscou, l’Afrique a un potentiel inexploité et exceptionnel comme partenaire politique qui peut appuyer la position de la Russie aux Nations unies.

Conscient de la compétition évidente, quelques chefs d’états africains travaillent maintenant afin de trouver des alliés en dehors du traditionnel cadre occidental, qui contrôle la plupart de l’Afrique depuis la fin du colonialisme traditionnel il y a plusieurs dizaines d’années.

Un exemple frappant est la visite en novembre dernier du Président du Soudan Omar al-Bashir en Russie et de sa rencontre au sommet avec le Président Vladimir Poutine.  «  Nous avons rêvé de cette visite depuis longtemps, a dit al-Bashir à Poutine, «  nous vons besoin de protection contre les actes agressifs des USA »

La « protection » convoitée comprend la promesse russe de moderniser l’armée soudanaise.

Inquiet de l’approche russe en Afrique, les US réagissent par des stratagèmes militaires et peu de diplomatie. La mini-guerre menée actuellement sur le continent poussera le continent plus avant dans les abysses de la violence et de la corruption, ce qui doit convenir parfaitement à Washington mais amènera une misère innommable à des millions de personnes.

Il est hors de question que l’Afrique ne soit plus une affaire uniquement occidentale pouvant être exploitée à merci. Mais il faudra des années avant que l’Afrique et ses 54 nations soient vraiment libérés de cet esprit colonial obstiné, enraciné dans le racisme, l’exploitation économique et les interventions militaires.

RAMZY BAROUD

Le Dr. Ramzy Baroud écrit sur le Moyen –Orient depuis plus de vingt ans. Il est un essayiste syndiqué internationalement, consultant médias, et auteur de nombreux livres, fondeur de la PalestineChronicle.com. Son dernier ouvrage «  Mon père était un combattant de la liberté : Gaza une histoire inédite, My Father Was a Freedom Fighter: Gaza’s Untold Story (Pluto Press, London). Son site web : ramzybaroud.net

 

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

Amérique : la grande panique du sexe William Kaufman

«  Il n’y a pour l’être au monde que dissimilitudes, disparités, rendez-vous manqués, déviations, dis-cours. La coïncidence met un terme à l’acte de penser et l’organisme se décharge, se vide. La discordance au contraire, fournit l’impulsion pour le travail de penser, pour discerner, dans la perception présente, la distance par rapport à la représentation de Das Ding absente. Lorsqu’il y a coïncidence, il n’y a donc plus de chance pour l’acte de penser. » Nestor Braunstein “La Jouissance un concept lacanien” p 34

The great American sex-panic 

2017 : Amérique, la grande panique du sexe par WILLIAM KAUFMAN

Je confesse être plus troublé que ravi par le grondement quotidien des idoles tombant pour une accusation de «  mauvaise conduite sexuelle », la fixation morbide des masses qui cachent des titillements privés, des sourires entendus et des claquements de lèvres sadiques derrière le masque public d’une réprobation solennelle.

Weinstein et Trump et Roy Moore et Bill Clinton sont de vils porcs et de pauvres types, pas de doute, j’ai toujours détesté l’arrogance des performances artistiques néo-libérales  arrogantes de Al Franken et le journalisme lèche-cul et carriériste de Glenn Thrush et de Charlie Rose, les derniers dominos à tomber sous les accusations publiques d’ avances «ou d’attouchements «  inappropriés ».

La frontière culturelle entre  tolérance et intolérance devient floue et glisse avec chaque nouvelle révélation, tout comme la litanie des péchés, présents ou passés, majeurs ou mineurs se concentre en une avalanche d’accusations indifférenciées de plus en plus graves une meute cavalante de «  Me-tooists ».  — des vagues successives de pelotages et de bisous envahissent maintenant la bande passante des chaînes d’information, nous laissant avec l’impression qu’il n’existe pas de crime contre l’humanité plus grands que le bond insollicité de la langue ou de la main d’un chien en chaleur, certains d’entre eux datant de vingt ou trente ans mais uniquement révélés lors des dernières semaines.

Soyons honnête, ces révélations «  choquantes » à propos de Franken- selon lesquelles il aurait essayé de rouler un patin à une femme une fois pendant une répétition et attrapé son sein somnolent en se moquant dans une pose ridicule ou peut-être que sa main s’est aventuré trop loin en direction du postérieur d’une femme pendant qu’il l’obligeait à se faire prendre en photo dans une foire il y a cinq ans- n’auraient suscité rien d’autre que des bâillements  il y a juste quelques semaines ou mois, dans l’ère AW, (Avant Weinstein). En fait ces deux femmes, apparemment si peu perturbées qu’elles ont pu garder ces incidents secrets pendant cinq ou six ans, n’auraient certainement pas pensé à rejoindre la procession solennelle des profanées sur les chaînes nationales si ce n’est pour l’effet de chaque cri du cœur successif dans la débandade.

Mais est-ce une avancée dans l’éthique collective quand le réservoir public des chocs et des indignations est si aisément tourneboulé et marqué par des pécadilles érotiques ? ici, bien sûr je dois faire la distinction entre un viol confirmé – un crime contre la dignité humaine toujours écoeurant  ou des menaces sous –entendues ou manifestes touchant la carrière en fonction de «  faveurs » sexuelles d’une part, et de l’autre les érutions volcaniquesbde passions érotiques impétueuses qui inévitablement laissent l’un ou les deux partenaires déconfit et embarrassé ou bien délaissé par des ouvertures inattendues ou malvenues, tactiles ou verbales.  Comme le blogueur de gauche Michael J. Smith le note : «  Tous les actes ne sont pas graves identiquement, une plaisanterie cochonne n’est pas aussi déplacée qu’un pelotage, et un pelotage n’est pas aussi grave qu’un viol. » Alors quels intérêts pour la santé mentale ou la raison dans l’irréfléchi  regroupement de mauvais glissement de la langue et d’ostensibles viols sous le même terme vaguement défini de «  mauvaise conduite sexuelle » ? Comme si il n’existait pas de différence importante entre une tape lourdaude ou une remarque déplacée lors d’une fête de bureau et un viol collectif ? Ce serait comme d’appliquer le terme de «  communiste » pour les défenseurs du système de protection médical «  single payer healthcare » et les militants pour un contrôle de l’économie entière par un seul parti centralisé—oh attendez, on a vu ça précisément, lors de l’ère Mac Carthy. Et maintenant… est-ce que cela ne commence pas à sonner comme quelque chose de familier ? Et non seulement les comportements mais aussi les mots sont tombés sous le contrôle : Dimanche Jeffrey Tambor  a rejoint le banc des accusés, sautant par-dessus bord en quittant la série acclamée d’Amazon, «  Transparent » après deux allégations de l’usage de termes lubriques  devant ses assistants et ses partenaires. La tâche de l’ostracisme s’est donc étendue des actes au simple discours.

D’une façon alarmante, le terme tartuffien de «  lubrique » a bénéficié d’une réhabilitation récente parmi les médias, rouage d’un conglomérat géant d’info-divertissement dont les subsides dépendent précisément de la dissémination de masse de la description télévisuelle de cas explicites de «  lubricité »  et de violence sexuelle que leur département des informations déplorent lorsqu’ils sont exhibé dans la vraie vie.

« Lubrique » a eu un certain retentissement lors de la campagne présidentielle quand les journalistes et les têtes pensant les stratégistes pro-Clinton montraient des signes d’horreur quotidiens aux révélations des propos grossiers et des discours de corps de garde du Donald sur Access Hollywood.  Il semble que c’ait été la première fois que ce mot ait bénéficié d’un tel écho depuis le 17ième siècle, depuis Salem et l’Angleterre victorienne. Le bataillon de l’élite anti-lubricité est certainement composé des mêmes membres de la Ivy League qui considéraient Henry Miller comme un génie, non pas en dépit de mais à cause de sa description crue du désir sexuel qui fait paraître les palabres privées de Trump ou les blagues de Tambor plutôt fades et inhibées en comparaison. ( Il n’est pas non plus improbable que ces mêmes personnes considèrent Quentin Tarentino, maître des viles obscénités du langage et de la violence comme un génie du cinéma) L’ensemble du spectacle est encore une fois comique et nauséabond.

Et il semble qu’une énorme partie du monde de l’art et de la littérature, de Pindar à Botticelli, de Shakespeare à Joyce ou à Updike va bientôt tomber également sous le couperet de la politique de la lubricité.  Disons qu’un Professeur d’Anglais à l’université, dans une unité de Transcendantalisme américain se voit assigné le travail sur un poème de Whitman «  I sing the body electric » et lise ce poème à haute voix à ses étudiants, y compris le passage suivant :

 

This is the female form,

A divine nimbus exhales from it from head to foot,

It attracts with fierce undeniable attraction,

I am drawn by its breath as if I were no more than a helpless vapor, all falls aside but myself and it,

Books, art, religion, time, the visible and solid earth, and what was expected of heaven or fear’d of hell, are now consumed,

Mad filaments, ungovernable shoots play out of it, the response likewise ungovernable,

Hair, bosom, hips, bend of legs, negligent falling hands all diffused, mine too diffused,

Ebb stung by the flow and flow stung by the ebb, love-flesh swelling and deliciously aching,

Limitless limpid jets of love hot and enormous, quivering jelly of love, white-blow and delirious juice,

Bridegroom night of love working surely and softly into the prostrate dawn,

Undulating into the willing and yielding day,

Lost in the cleave of the clasping and sweet-flesh’d day.

 

C’est la forme femelle

Un nimbe divin s’en exhale, de la tête au pied.

Elle attire

D’une attraction indéniable et sauvage

Je suis attiré par son haleine, comme si je n’étais qu’une vapeur impuissante, out s’effondre sauf elle et moi

Livres, art, religion, temps, la terre visible et solide, et ce que l’on attendait des cieux ou de la crainte de l’enfer est maintenant consumé

Des filaments déments, des pousses ingouvernables s’en déroulent, la réponse, tout pareil, ingouvernable

Cheveux, fessier, hanches, courbes des jambes, mains glissant négligemment, tout diffus, moi diffus de même

Reflux piqué par le courant, courant piqué par le reflux, la chair d’amour gonflant et délicieusement douloureuse

Des jets limpides et d’amour sans limite, brûlant et énorme, frémissant gel d’amour, jus choc de blancheur, et délirant

Nuit de noce amoureuse, travaillant sûrement et doucement vers l’aube de la prostate, ondulant dans le jour bienveillant et abandonnique

Perdu dans la fente de l’embrassement et du jour incarné *

Que se passerait-il si une étudiante devait s’effondrer de détresse au son des «  Frémissant gels d’amour » puis dénoncer le professeur pour avoir imposé un langage «  lubrique » et perturbant à ses étudiants ? Serait-il trainé devant le Comité éthique ? Se trouver débouté de sa chaire ? Forcé de démissionner ? Vous trouvez cela grotesque ? Alors prenez le temps de consulter le rapport ci-dessous paru dans «  The Atlantic » sur la tendance alarmante à expurger de ses contenus potentiellement érotiques et offensants les grands canons de la littérature occidentale :

Quelque chose d’étrange est en train de se produire dans les universités nord-américaines. Un mouvement se développe, non dirigé mais conduit largement par les étudiants, qui tend à nettoyer les campus de mots et d’idées, de sujets qui puisent entraîner de l’inconfort ou blesser. En décembre,, Jeannie Suk a écrit un article en ligne pour le New Yorker à propos d’étudiants en droit demandant à ses collègues de Harvard de ne pas leur enseigner la législation sur le viol – ou dans cas, de na pas utiliser le mot «  violer » ( comme dans «  violer la loi ») au cas où cela causerait de la détresse chez les étudiants…Un grand nombre de comédiens populaires, dont Chris Rock, a cessé de se produire sur les campus des universités. Jerry Seinfeld et Bill Maher ont publiquement condamné cette hypersensibilité des étudiants, disant que beaucoup trop d’entre eux n’avaient aucun sens de l’humour.

Deux termes sont sortis rapidement de l’obscurité pour incorporer le discours commun des campus. Les Microagressions sont de petites actions ou des choix de mots qui semblent porter sur eux aucune intention maligne  mais qui sont néanmoins considérés comme porteurs d’une forme de violence.  Les avertissements de déclenchement sont des alertes que les professeurs sont supposés émettre lorsque quelque chose dans leur cours est supposé entrainer une forte réponse émotionnelle. Par exemple, quelques étudiants ont demandé un avertissement pour le travail de Chinua Achebe «  Le monde s’effondre » pour la description de violences raciales et pour celui de F. Scott Fitzgerald, «  Gadsby le magnifique »  pour sa misogynie et la description de violences domestiques, de façon à ce que les étudiants ayant été auparavant victimes de violence domestique ou raciste puisse choisir d’éviter l’étude de ces œuvres, dont ils imaginent qu’elles pourraient réveiller les traumatismes passés.

Et ce virus de censure du puritanisme américain a franchi l’Atlantique pour bloquer jusqu’à l’enseignement de Shakespeare – oui, Shakespeare – dans les universités anglaises, comme cela a été développé le mois dernier dans——, The Independent:

Les universitaires critiquent les « avertisseurs de déclenchement » après que des étudiants de l’Université de Cambridge aient été prévenus de «  sujets potentiellement perturbants » dans des pièces de Shakespeare. Les étudiants de premier cycle ont apparemment été avertis  qu’un cours sur «  Titus Andronicus » et « La comédie des erreurs » incluraient  des «  discussions sur la violence sexuelle » et «  les agressions sexuelles ». Selon The Telegraph,  les «  avertisseurs de déclenchement » ont été postés dans les «  Notes de lecture » de la Faculté de Grande Bretagne, qui est un document qui circule parmi les étudiants de l’université. Les universitaires ont exprimé des inquiétudes quant u fait que les universités tentant de protéger les jeunes adultes de certaines questions ne puisse les rendre incapable de faire face à la vie réelle après leur diplôme. Les supportères* des «  avertisseurs de déclenchement » disent qu’ils servent à aider les étudiants qui pourraient être gênés au cas où le texte leur rappelle des expériences personnelles traumatisantes.

Cependant, des critiques comme Mary Beard, Professeure de littérature classique à Cambridge dit que permettre aux étudiants d’éviter d’aborder les épisodes traumatiques de l’histoire ou de la littérature est «  fondamentalement malhonnête ». Beard avait dit auparavant : «  Il nous faut encourager nos étudiants à pouvoir faire face à ça, même quand ils trouvent qu’ils se sentent bizarres ou mis en difficulté pour des tas de bonnes raisons. » David Crilly, directeur artistique du Festival Shakespeare de Cambridge dit : «  Si un étudiant de littérature anglaise ne sait pas qu’il y a des scènes de violence dans Titus Andronicus, il ne devrait pas être dans ce cours. »

Mais les voix raisonnables de Beard ou de Crilly luttent pour une cause noble mais perdue contre les vigiles culturels du politiquement correct, vociférant après le sang de la prochaine idole ayant chuté dans l’expression dévoyée de sa sexualité, dans une réception, un bureau, un lieu de répétition ou un bar. Mais s’il nous est possible de nous éloigner de la Haute cours de l’Inquisition,  pour atteindre le pays des vivants, c’est-à-dire du mortel simplement faillible, tourmenté par le sexe qui en fait forme la race humaine – qui n’a pas vécu des instants angoissés ou comiques, comme prédateur ou comme victime ou les deux à la fois, dans les affres insensées d’un moment de désir ? Et est-ce qu’un soudain accès de convoitise ou de passion justifie pour quiconque une réprimande de masse ou un claquement de langue réprobateur ou des confessions quotidiennes compulsives et des crucifixions médiatiques publiques à l’ère du BW *, sauf pour les plus extrêmes des féministes anti-sexe comme Andréa Dworkin, qui considère toute forme de relation hétérosexuelle comme une forme de viol.  Est-ce qui quiconque à part les puritains réactionnaires penserait à supprimer ou à éviter les livres de Henry Miller ? Ou de D.H Lawrence ? ou même d’Al Goldstein ? Et pourtant même Shakespeare se trouve à l’index du politiquement correct. Au sein des contingents politico-sexuels du début de la seconde vague féministe, il y eut, c’est certain, quelques éviscérations littéraires et quelques incendies culturels mais rien de comparable avec l’actuel pêle-mêle médiatique de lectures d’actes d’accusation pour des crimes contre l’humanité nécessitant des investigations publiques, des tribunaux, des dénonciations, une dévotion discordante de l’establishment libéral aux chasseurs de tête américains démodés et aux puritains ancrés dans la tradition de leurs ancêtres de Salem et du Sud fondamentaliste.

Trahissant une impulsion fondamentalement élitiste d’organisation et de contrôle, les inquisiteurs du politiquement correct reculent instinctivement avec dégoût de la tempête sans régle de la sexualité humaine. La source du désir, le torrent de toute passion et de tout plaisir, l’origine de la vie elle-même- qui parfois assourdi, aveugle et exalte chacun de nous. Avec l’âme d’un comptable et le tempérament d’un manager professionnel, les inquisiteurs du politiquement correct cherchent à confiner  le chaos dionysien d’Eros dans le cadre des restrictions bureaucratiques  des dossiers, des étiquettes et des procédures, comme si une pulsion sexuelle ou une rencontre étaient des transactions bancaires ou des comptes rendus d’audience au tribunal. Ainsi, les néo-libéraux conduisent ce front dans leur guerre incessante contre la nature, y compris les sources déréglées de la nature elle-même : regardez ! le spectacle consternant de ces mortels exsangues et sans joie menant des batailles futiles contre le dieu Eros. Les vigiles ne peuvent gagner cette bataille, bien sûr, mais ils peuvent infliger des dommages inutiles aux réputations, aux carrières, à tout un héritage culturel en renforçant leur bréviaire avec des avertissements de déclenchement, des codes de langage, et des règles d’ordre.

Quelque chose de complétement étrange est à l’œuvre ici – une ire autoritarienne mal avisée  sur les ratés spasmodiques de la comédie humaine combinée à un effondrement primal d’une classe dominante assiégée et de plus en plus désespérée et des clignotements de son hypocrisie sexuelle bien connue. C’est une panique morale qui est, ironiquement, immorale en son cœur, répressive et sécessionniste, une orgie de politique  identitaire animée par des énergies morales mal dirigées qui nourrissent une conformité frileuse de mots et de comportements et, ce faisant, entame les facultés critiques et l’indépendance nécessaires pour provoquer le status quo que les moniteurs du politiquement correct prétendent abhorrer. En réalité, leurs discours et leurs codes de conduite génère un esprit d’enrégimentassions plutôt que de rébellion, consolidant ainsi   le pouvoir de l’élite répressive, celle qui conduit la race humaine vers un désastre social, économique et écologique.

Il ne s’agit donc pas seulement de panique morale, mais d’une bizarre inversion de valeurs dans laquelle Bill Clinton meut assassiner 500.000 enfants irakiens, jeter des millions de femmes et d’enfants pauvres dans l’assistanat et énoncer les règles globales du commerce transnational avec le NAFTA mais n’ être révoqué ou stigmatisé pour aucune de ces atrocités mais pour une pipe taillée dans son bureau, dans laquelle Hillary Clinton peut prendre la tête de la  destruction de la Libye réduisant ce pays à une bauge primitive et non seulement n‘est pas  virée ou ostracisée mais récompensée par les Démocrates avec la nomination à la présidentielle et louée par les féministes de l’entreprise comme une championne de « l’inclusivité », dans laquelle Barack Obama appuie une réforme du système de protection de la santé frauduleuse, qui laisse 27  millions de personnes sans couverture  et d’autres millions avec des primes et des déductibilités qui rendent leur «  couverture » tout sauf utilisable, tout en condamnant des dizaines de milliers d’individus à mort chaque année parce qu’ils ne peuvent se permettre des soins médicaux au bon moment, et en lâchant 13. 050 kilos de bombes pour la seule année 2016, et il n’est cependant non seulement pas honni et couvert d’abomination en tant qu’escroc mais adulé comme une icône de la gouvernance éclairée dans laquelle l’entière élite dirigeante et ses associé des médias corporatistes sont sans cesse en train de sous-estimer- ou d’à peine mentionner- la gravit » du changement climatique qui pourrait tout bonnement signer la fin de l’espèce humaine dans une centaine d’années mais qui ne suscite pas d’ombrage inspiré ou de cris d’indignation de la part de quiconque dans ce cercle élitiste ou chez leurs acolytes face à cette urgence planétaire sans précédent.

C’est pourquoi les hématomes sur les ego longtemps enterrés, fraîchement venus au monde de la foule des privilégiés politiques  éclipse les meutres de masse, les écocides sur la courbe des outrages des fauseurs d’opinion de ce pays. La même cohorte solennelle – principalement blanche et issue de la classe moyenne, nombre d’entre eux, ardents partisans de McResistance DNC (ou, dans le cas de Leean Tweeden, l’accusatrice du roulage de patin , des conservateurs qui ont voté deux fois  pour George W. Bush)— est si facilement choquée presque jusqu’à l’apoplexie sur un vilain geste de la main ou de la langue et ignore pourtant discrètement ou ouvertement se réjouit de crimes hors-pair contre l’humanité : des guerres débilitantes sans fin contre des ennemis sans nom à l’étranger, de la corruption toxique de mercenaires et l’annihilation de la démocratie, des inégalités politiques et sociales de plus en plus choquantes. (les 1% du sommet de la population possède maintenant la moitié de la richesse mondiale), et des écocides omniprésents- commis et encouragés en toute impunité par les héros culturels des brigades du politiquement correct comme les Clinton et les Obama et leurs cohortes médiatiques et dans l’ élite politico-corporatistes.

Donc oui, poursuivez les violeurs et les pédophiles et laissez les souffrir en prison. Mais vous me pardonnerez si je reste distant par rapport aux cavalcades outragées sur la langue entêtée de Franken ou même les vannes juvéniles de la fraternité* de Trump quand le monde chancèle au bord du vide. L’échelle des valeurs de l’élite libérale et les questions qui nourrissent et épuisent leur capacité à l’outrage frôlent la démence morale. Leurs «  valeurs » tant vantées nous conduisent non vers la vertu ou vers le renouveau spirituel mais vers la moralisation nauséeuse de gardiens de la maison charnelle- vers les abysses.

William Kaufman est un écrivain et un éditeur qui vit à New York City, il peut être joint à  kman484@earthlink.net.

  • Traduction personnelle du poème de Whitman «  Je chante le corps électrique »
  • Frat ; pour Fraternité, clubs attachés aux universités aux USA
  • BW : réaction de Bordet-Wasserman, test sérologique permettant de dépister la syphilis
  • Supportère(s) : choix personnel de francisation d’un substantif passé dans la langue

 

Hypothèses pour une déroute N°2 Elisabeth Guerrier

Woolworth

Les lumières de New-York en cette période, qui pourrait jamais imaginer qu’elles doivent, une nuit, s’éteindre ? Qui pourrait imaginer avoir un jour à lutter afin de faire taire ce désir sans cesse reconduit de mieux-être qu’elles éclairent ? Qui pourrait jamais condamner le mieux-être, sa nécessité et la certitude que nous parlons tous de la même chose imprégnant presque chacune de nos pensées. Comme si n’étaient concevables que deux voies, l’une déjà condamnée depuis longtemps de l’abnégation, de l’ascèse et de la fustigation, et l’autre de la génération ininterrompue du plaisir, dans la recherche à peine voilée de l’élimination de toute douleur, de toute idée de la douleur au travers de rituels d’exorcisation devenus planétaires.

Les lumières de New-York en cette période, qui pourrait jamais imaginer qu’elles doivent, une nuit, s’éteindre ? Qui pourrait imaginer avoir un jour à lutter afin de faire taire ce désir sans cesse reconduit de mieux-être qu’elles éclairent ? Qui pourrait jamais condamner le mieux-être, sa nécessité et la certitude que nous parlons tous de la même chose imprégnant presque chacune de nos pensées. Comme si n’étaient concevables que deux voies, l’une déjà condamnée depuis longtemps de l’abnégation, de l’ascèse et de la fustigation, et l’autre de la génération ininterrompue du plaisir, dans la recherche à peine voilée de l’élimination de toute douleur, de toute idée de la douleur au travers de rituels d’exorcisation devenus planétaires.

Monde des corps, monde de la question sans cesse reposée du corps. Comme si personne ne nous avait jamais vraiment dit quoi en faire, jamais clairement expliqué ce qu’il était, ce qu’il en était plutôt, sauf à le manipuler dans la capacité créative sans cesse renouvelée de contraintes sauvages ou d’ aspirations tout aussi sauvages à l’idée factice mais tenace d’une possible liberté, à la maîtrise, à la santé absolue, à l’art martial de la survie.

New-York brûle-t-il ? Dans le temple du commerce de Broadway, la gargouille de Woolworth continuera de compter ses piécettes une à une, jusqu’à la fin des temps. C’est ainsi que son pays, et les nôtres avant et avec lui, ont définitivement tranché tout possible lien nous aspirant vers les hauteurs incommensurables en les ramenant à l’adoration inconditionnelle de la vente et du chiffre. Rasant la prétention des cathédrales, dont il a pillé les images et les perspectives, à poser avec insistance la question des pouvoirs et celle conjointe de l’au-delà en tentant d’y répondre à coup de pierre d’une façon monumentale.

New-York a remis les choses à leur place. Une place de chose, extrayant de la matière l’esprit pour la rendre plus faisable, plus malléable, plus rutilante, plus désirable, plus maîtrisable, la rendre plus ce que, justement, on peut déterminer sans la pression des symboles qui la figent dans une réponse qui frôlerait la transcendance dont, après tout, on ne sait pas grand chose de ce qu’elle est censé révéler. New-York, où même le ciel s’achète, a sorti des molécules ce qui les rendait signifiantes, les rendait emblèmes de ce quelque chose qui s’inscrit dans nos corps mais tait obstinément son nom.

New York a rendu tout vivant, possiblement vivant, d’une vie d’abord transférable, modifiable, achetable, et un jour, interminable. Derrière Woolworth comptant ses pièces sont encore là, comptant leurs gènes, ceux qui poursuivent sa quête d’une réponse, une seule, mais qui soit créée par nous-mêmes, la réponse offerte comme un paquet cadeau au monde entier dans la collusion de la science avec le macrocosme pour certains d’entre nous, la tentation robotique de l’immortalité. La théorie unique qui viendrait enfin et d’un coup, effacer par sa radicalité jusqu’à l’idée que c’est avant tout au doute que l’humain se réfère en tant qu’humain, qui l’oblige depuis des millénaires avec tant de zèle à se représenter et à représenter sa place dans l’univers à travers quelques images d’une conviction momentanée portant sur son ordonnancent, appuyée et définie par le symbole, et transformable, changeante mais effectuant à chacune de ses mutations ce travail de garde-fou sériant la fluidité et la précarité ontogéniques de notre nature.

Ce que nous avons réduit à quelque chose d’enfin intelligible se promène dans le silence infini, dans ce qui ronronne dans ce silence du bruit de fond de l’univers, serré dans la panse de Voyager, pour toujours hors d’atteinte, portant en lui quelques échantillons de nos plus belles productions, triées par l’air du temps nord-américain. Ses concepteurs nous aimaient, infiniment, comme ils ont aimé infiniment leur réalisation. Pays bienheureux dont l’art et le mysticisme fusionnent avec la technologie dans une copulation qui nous repousse aux limites de nos définitions.

Pourtant c’est là, pourtant c’est ainsi : nous ne saurons jamais qui nous sommes. Sauf à nous engloutir dans l’idée d’un progrès qui, enfin, nous révélerait à nous-même. Jamais nous ne pourrons avec certitude nous dire autrement qu’avec quelques signes, changeants au fil du temps et ni plus ni moins pertinents les uns que les autres. Il dit, cet ingénieur de la NASA, commentant de son expertise l’aventure Voyagerienne, “ Nous sommes sur la Voie lactée comme des morceaux de poireaux sur une pizza, un morceau de poireau ne peut voir un autre morceau de poireau et pourtant ils sont là.” Il le dit dans la langue des Maîtres et nous devons baisser la nuque devant cette vérité que la technologie a enfin rendue absolue, un peu décontenancés tout de même devant le vide, sidéral, qui se trouve derrière elle. Poireau ? Pizza ? Si c’est donc pour en arriver là, on se demande, tout ça pour ça, et on cherche alors, avec désespoir et peut-être avec la certitude que c’est sans issue, ce que ce “pour” pouvait bien vouloir dire, avant, puisqu’à part par l’entremise de quelques morceaux de pizza, on ne pourra plus lui donner aucune signification, après.

New-York a écrasé à mort la marge, le jeu, l’écart, où devait, pour la survie de notre espèce, résider, préservé, notre mystère et avec lui, tout mystère, le lieu des rituels tenus secrets où s’accomplissaient les transmutations et les réassurances, lieu par essence indéfinissable de la métaphysique sans laquelle, assez brutalement, nous cessons d’exister. Woolworth compte ses pièces dans une cathédrale qui dit tout. Et de ceci, nous ne nous en remettrons pas.

EG

Centre commercial Océanis, le dimanche 24 décembre 2017, 10 heures 30.

 

Freud, le premier anti-psychiatre Lawrence Kemelson

Traduction de l’article du Dr. Lawrence Kemelson ” Freud, le premier anti-psychiatre” paru dans la revue ” Mad In America”

Cet article semble avoir été écrit du fond d’une sorte de cellier profond, sombre, d’où tous les bruits pouvant en émaner étaient détournés depuis des années au profit des fanfares des certitudes scientistes. La lutte contre la psychanalyse et ce qu’elle nous dit est si ardente, menée avec une sorte de régularité si zélée qu’on ne peut pas ne pas se questionner sur ce qu’il en est de son message et de ce qu’il génère, par ce qu’il est, de rejet. Il va de soi que c’est l’image du pouvoir de l’homme sur lui-même qui ne peut battre en retraite, a fortiori dans un pays où le “tu veux, tu peux” et où toute la manière binaire d’envisager la vie comme un combat où on perd ou on gagne pour affirmer sa réussite visible et quantifiable, sont les maîtres mots de la culture même. Comment y introduire Freud, y réintroduire Freud, surtout quand les praticiens de sa théorie qui pouvaient sur place la défendre et la rendre convaincante se sont empressés de lui donner une tournure acceptable pour la bienpensance ambiante.

Il va de soi aussi que cet article est à cent lieux de cette même théorie, comme si, quoi qu’on en dise, la majeure partie du travail particulier de la cure et ce qu’elle a comme moteurs théorique et conceptuel ne pouvaient être en quelque sorte digérés et métaphorisés par l”’American way of life”. On se prend à rêver, devant l’ouverture d’une telle porte au coeur des trombes et des catastrophes générées par la propagande et le poids des financements de la biopsychiatrie et du cognitivisme, à un travail de fond sur la retranscription de ces mêmes concepts, une reprise en main des théories freudiennes où le passage si essentiel d’une langue à l’autre se fasse avec le souci d’y voir clair et de remettre la théorie de l’inconscient, car après tout, c’est bien de cela dont il s’agit avant tout, au centre des préoccupations, et ce, en collaboration, de part et d’autre de l’Atlantique. EG

Freud the first anti-psychiatre Mad in America

Freud  n’était pas psychiatre, il était neurologue qui a abandonné sa pratique de la médecine afin d’étudier le fonctionnement intime de l’esprit, la façon dont les sociétés se régulent et les échanges entre les deux. Il était plutôt un psychologue-sociologue-philosophe. Il vivait à l’ère victorienne quand, contrairement à aujourd’hui, la sexualité était réprimée et les femmes dévalorisées, ceci explique amplement pourquoi certaines de ses idées semblent étranges ou choquantes pour beaucoup maintenant. Mais si nous dépassons ces défauts, nous trouvons quelques concepts qui valent la peine.

Freud considérait la psychanalyse comme partie de la psychologie plutôt que de la médecine et insistait pour qu’elle ne soit pas médicalisée.  Il pensait que tout un chacun ayant les aptitudes pouvait être formé à pratiquer la psychanalyse, mais que la formation médicale diminueraient la capacité à associer librement.

Il était dédaigneux à l’égard des psychiatres : «  Dans les facultés de médecine, un docteur reçoit une formation qui est plus ou moins l’opposé de ce qui est nécessaire pour une pratique de la psychanalyse…Cela leur donne une attitude fausse et nuisible » Freud donc vit leur inauthenticité et leur dangerosité et fût le premier anti-psychiatre.

Il n’y a qu’aux USA que les psychiatres monopolisent avidement la psychanalyse contrairement aux souhaits de Freud, créant des termes obscurs comme «  superego » ( surmoi) et id ( inconscient) qu’eux seuls utilisent. Les psychiatres qui ont pathologisé publiquement le candidat à la présidentielle Goldwater en 1964 étaient si assoiffés de pouvoir, si impliqués politiquement. Des freudiens authentiques n’auraient jamais fait cela car ils croient que nous avons tous des conflits, Freud a donné à cela de la substance en expliquant logiquement les rêves, les mots d’esprits et les erreurs qui sont connus sous le nom de «  Lapsus freudiens ».

Il est souvent dit que ses théories ont été démystifiées. C’est dû au fait que l’origine génétique ou biologique des troubles émotionnels-comportementaux comme maladies du cerveau a été prouvée (comme le prophétise irrationnellement la psychiatrie moderne) plutôt que des réactions à des événements ou à des conflits inconscient-conscient trouvant leur origine dans l’enfance, comme il l’a rationnellement déduit. Mais ceci ne s’est jamais produit donc ses idées n’ont jamais été réfutées.

Comparons les deux approches : les thérapeutes freudiens n’appliquent pas d’étiquettes ostraciques ou stigmatisantes car nous luttons tous. Ils laissent les patients déterminer leurs propres buts et faire le travail actif de la thérapie puisque les associations ne peuvent être porteuses de sens et productives que si c’est le patient qui les effectue. Ils écoutent, comprennent et entre en relation profondément, patiement et respectueusement. Leurs clients réfléchissent aux raisons pour lesquelles ils agissent comme ils le font, ils explorent, expriment les probèmes qui viennent de la vie en société et apprennent à leur faire face de la façon qui leur convient. Ils utilisent leur réflexion afin d’augmenter la capacité à se soignereux-mêmes et le contrôle sur leur vie.

Mais la psychiatrie moderne se précipite d’une façon impersonnelle-jugeante, autoritaire sur des étiquettes qui classent le client comme «  malade » ou «  anormal ». Ils poussent les clients à enfouir leurs problématiques sous la surface plutôt que de les découvrir et de les envisager, leur déniant leur propre volonté puisque celles-ci sont « génétiques » et à obéir passivement. Leurs drogues taille-unique-qui-convient-à-tous rendent le patient muet, son esprit inactif et créent des éternellement dépendants et des zombies sans défense alignés pour leurs assemblées.

Donc, ces approches sont parfaitement l’opposé à tous égards : ‘L’ Anti-Freud’ est le  ‘modèle Pro-médical’. Les psychiatres Freudiens dans les années 50. 60 se sont battus contre la biopsychiatrie, ils étaient donc les prochains anti-psychiatres.  Le premier DSM ( 1952, lors du règne de Freud) ne catégorisait pas les symptômes en les transformant en maladies au nom pseudo-scientifique, mais explorait les liens causaux possibles entre les questions psychologiques et sociales.

Dans les dernières années, le but de Fred était moins de traiter «  la maladie mentale » que d’améliorer la société en augmentant la conscience et en diminuant la répression sociale ( ce qu’il fit), parce qu’il pensait que c’était la principale source de mécontentement5 Si il était encore vivant, il dirait probablement que c’est la répression émotionnelle plutôt que la répression sexuelle qui est la problème et l’attribuerait à «  la médicalisation de la vie quotidienne » de la psychiatrie, comme la nomme Szasz.6 Il accuserait le modèle médical d’empoisonner notre culture  pour nos handicaps, nos tueries, notre drogue et notre crise d’overdoses en disant : ‘ Je vous avais prévenu »

Voici comment il aurait analysé notre société «  malade » :

Le modèle médical amène les individus à réprimer leurs sentiments normaux/déplaisants/inacceptables comme la tristesse après un décès, les soucis quant à l’avenir où la colère, afin d’éviter de se faire appeler «  malade mental » si ils montrent ces sentiments. («  Avoir » une dépression, de l’anxiété, ou une personnalité bipolaire ou borderline si ils montrent les trois).

Beaucoup ayant une conscience d’eux-mêmes sont dupés et conduits à penser qu’il y a quelque chose qui e va pas chez eux (une maladie du cerveau) et dirigés vers la médicalisation de leurs problèmes et de leurs sentiments. Certains vont chez le psychiatre afin de les supprimer à l’aide de médicaments, d’autres essaient des traitements alternatifs en blâmant les toxines, les effets secondaires des médicaments, les régimes alimentaires, etc. La norme donc maintenant est devenue la répression émotionnelle et l’ignorance de soi. Cela étouffe la maîtrise des défis de l’existence. A cause de la médicalisation, le pourcentage la quantité des pensées, luttes, sentiments des individus qui sont inconscients ( ou mis sous sédation) est plus élevé que jamais. Et ceci a eu des effets désastreux.

Bien sûr beaucoup d’idées de Freud sont invalides ou ne s’appliquent plus, mais même Szasz acceptait son idée essentielle de l’inconscient et comment des questions ou des sentiments refoulés peuvent conduire à des actions ou des problèmes sans que nous en ayons conscience.7

L’antidote au modèle médical et à l’infestation de notre culture serait de réintroduire quelques-unes des théories de Freud (pas par la thérapie mais par l’éducation). Après tout, est-ce que le modèle opposé au modèle médical ne serait pas le meilleur moyen de le contrecarrer ? Combiner l’éducation avec la preuve du mensonge de la psychiatrie serait le meilleur moyen d’achever son règne. Les idées de Freud sont déjà à l’intérieur de nous, nous avons juste besoin de le ramener à la surface.

Freud est encore apprécié dans de nombreuses nations d’Europe. C’est peut-être pourquoi leur population est moins vulnérable aux vendeurs de drogues, légales ou illégales et donc pourquoi ils meurent moins fréquemment d’overdose. Alors, partenaires de Mad In America, pourquoi ne pas laisser Freud rejoindre notre équipe ? Il a de bonnes idées,  et surtout c’est lui qui a initié notre cause.

Laurence Kelmenson

Lawrence Kelmenson, MD

Lawrence Kelmenson a été psychiatre pendant 30 ans, exerçant auprès d’enfants, d’adultes et de familles. Il a fai ses études de médecine à l’Université d’état de New York, et accompli son stage en situation pour devenir psychiatre puis, ensuite chef de clinique, à l’Hopital De Craig House, à Beacon. New York, jusqu’en 2000, depuis il conduit des psychothérapies dans le domaine privé à Cold Spring, New York.

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

Histoires venues de l’isolement cellulaire.

On peut, bien sûr, toujours argumenter qu’ils “l’ont bien cherché” et qu’ils purgent là une peine à la mesure de leurs exactions. On peut aussi tout de même se demander ce qu’est l’idée de peine elle-même dans une forme d’emprisonnement de ce type. Qui doit être protégé et contre quoi ? Quel est au bout du compte le bénéfice social de ce genre de choix carcéral. Il vient parfois une vision différente de l’acte anti-social, quel qu’il soit, c’est de le considérer comme une part active de la vie collective, incontournable quelle que soit la forme de justice choisie et ses modes de condamnation, une partie d’un ‘” nous” imaginaire est ainsi enfermée dans des cellules de 150 sur 180 mètres. Ce rien à produire de sa propre vie, quoi qu’on ait pu en faire avant d’être enfermé, quel message est-ce qu’il renvoie à l’ensemble de ce que nous sommes ? En quoi, meurtre monstrueux ou pas, meurtre de gardiens ou pas, le fait d’être condamné au néant existenciel et à la solitude absolue viendrait mieux assurer une forme de rédemption et pour qui ? On peut peut-être imaginer que la “punition” pourrait résider en une obligation de faire quelque chose de soi, de retrouver après la chute, les voies d’un devenir, dans l’enfermement mais aussi dans la possibilité de se créer soi-même à partir des autres et de ses propres capacités. Pour dire donc que les rapports complexes de toute société avec le crime sont dans la forme qui leur est donnée une simple façon historique de régler ce avec quoi elle doit s’instituer, le rapport à sa loi et à ses lilites. L’enfermement est une voie simple, radicale mais qui mérite, surtout dans les formes extrêmes qu’il impose, de ne pas êtreconsidéré comme la seule voie évidente dans cette gestion de toute société par elle-même.EG . 

Five Unforgettable Stories From Inside Solitary Confinement

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Pelican Bay SHU

Le texte suivant a été soumis par le California Prison Focus de la part de  Cesar Francisco Villa, 51ans, un prisonnier «  membre d’un gang » “gang-validated” incarcéré dans l’unité sécuritaire de la prison d’état de  Pelican Bay (State Prison’s Security Housing Unit (SHU)). Il a été maintenu en cellule d’isolement pendant onze ans dans le SHU, condamné à y  être maintenu pour une durée indéterminée, car, dit-il, il ne fait pas partie d’un gang. «  Pour être considéré comme  membre inactif d’un gang, (susceptible de libération), il faut que vous divulguiez des informations sur le gang, mais si vous n’en faites pas partie, quelles informations pouvaient vous livrer ? Aucune, écrit-il.  Le processus de validation d’appartenance à un gang (gang validation process) au cours duquel les investigations déterminent si les prisonniers sont oui ou non membres de certains gangs et les isolent indéfiniment dans le SHU a été critiqué au cours des débats de l’Assemblée de Californie, en 2011 et 2013 comme manquant d’un vision globale adéquate et d’une  procédure effective adéquate. Actuellement des milliers de prisonniers en Californie correspondent aux critères du SHU pour la validation d’appartenance à un gang et sont détenus en cellule d’isolement.

“ Chaque matin commence avec un désastre potentiel. Chaque matin commence avec la colère, juste avant l’angoisse » . Villa écrit sur la monotonie frustrante de la vie en SHU, où il a développé de l’arthrite dans la colonne vertébrale, une hépatite, des problèmes de thyroïde et de l’hypertension artérielle.  Ci-dessous un extrait de sa description puissante de la vie en SHU, à partir d’une lettre qu’il a adressé à  California Prison Focus. Pour la version complète, cliquer ici. –Sal Rodriguez

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Lorsque l’on parle des cellules d’isolement et des effets qu’elles peuvent avoir sur la psyché, il ne s’agit pas d’une simple vue de l’esprit autour de laquelle s’enrouler. Il faut du temps pour comprendre ce à quoi les détenus de Pelican Bay sont soumis.  Et comprendre cette maladie qui rampe dans les esprits des administrateurs carcéraux laisse des nœuds dans l’estomac. Rien ne peut vous préparer à entrer dans le SHU. C’est un monde en soi où le froid, le silence et le vide viennent tous s’infiltrer dans vos os puis finalement dans votre esprit.

La première semaine, je m’étais dit : Ce n’est pas si terrible, je peux le faire. La deuxième, je suis resté debout en slip, tremblant sous la grêle et la pluie. Mais la troisième, je me suis retrouvé entrain de squatter un angle de la cour, limant les murs rugueux de béton avec mes ongles.  Mon sens de la décence humaine se dissipant un peu plus chaque jour. A la fin de la première année, mes mains et mes pieds ont commencé à se couper sous l’effet du froid. Je saignais sur mes vêtements, ma nourriture, entre les draps. Les bandages n’étaient pas autorisés, ou confisqués si on les trouvait.

Mon sens de la normalité a commencé à décliner au bout de trois ans d’isolement. Je commençais alors à me demander : est-ce que je peux le faire ? Plus sûr de rien du tout.

Bien que je ne l’ai pas réalisé à l’époque, – en y pensant rétrospectivement- l’effilochage a dû commencer à ce moment-là. Mon esprit a changé – Je ne serai plus jamais le même. La capacité à avoir une seule bonne pensée m’a quitté, aussi facilement que si il s’agissait d’un simple souffle de vent tamisant des vieux os fatigués.

Il y a un glissement définitif de la personnalité quand le bien devient le mal. L’obscurité qui plane au-dessus est épaisse, lourde et suffocante. Un claquement si aigu que l’écho en est assourdissant. Un bruit si fort que vous vous attendez à trouver du sang coulant de vos oreilles pendant les moments les plus désespérés.

Le réveil est le plus traumatique. A partir du moment où vos pieds nus touchent le sol en pierre, votre visage commence à s’affaisser, vos articulations se serrent – de pâles éclats dans le terrain du petit jour. Le plus léger glissement dans le calme de l’aube peut faire tomber un individu des SHU dans un tourbillon : si l’eau du lavabo n’est pas assez chaude, si la chasse d’eau est trop bruyante, si la coupelle du savon tombe, ou une tasse… en un instant vos dents nues tremblent de rage. Votre cœur cogne contre vos côtes, se coince dans votre gorge. Vous êtes capable que tuer n’importe qui à ce moment-là. Une attaque éclair, un coup, n’importe quoi qui puisse libérer la rage.

C’est le moment de rester rigide. Respirer profondément. Essayer de vous convaincre qu’il demeure quelques grammes de bon en vous. Ce n’est pas ainsi que vous voulez qu’on vous voie. Puis une mouette crie dehors- un autre tourbillon et vous vérifiez si vos oreilles ne saignent pas.

C’est une bonne journée

Onze années se sont écoulées depuis que je suis entré au SHU en attente de la «  gang validation ». Cette année, je vais avoir 52 ans. Mes capacités cognitives ont pris un drôle de pli ces dernières années. La détérioration est palpable. Quand je suis arrivé là, j’étais attentif et si vous permettez que j’utilise cette expression, j’avais l’œil vif.

Je croyais que je pourrai battre «  cette chose » quelle qu’elle soit. Je le confesse, j’étais ignorant.

Aujourd’hui, on peut me trouver à l’entrée de ma cellule. Mes doigts enfilés dans les orifices de la porte en métal. Je suis ramolli. Un mécanisme construit avec du gros calibre. Ma tête penchée dans une brume. Mon esprit pris dans un brouillard intense de néant. Je disparais, je le sais. Et ça n’a plus d’importance. Le désespoir est un virus que cache sous ma langue comme un petit caillou, comme si la pierre brillante pouvait aider à organiser mes pensées. Je disparais,  je le sais et cela n’a plus d’importance.

Quand je suis arrivé ici, j’étais attentif et si je peux me permettre l’expression, plutôt éveillé. Je pensais que je pourrai battre «  cette chose » quelle qu’elle soit. Je dois l’avouer, j’étais A trier ignorant. Aujourd’hui, on peut me trouver sur le devant de ma cellule, mes doigts pris dans les ouvertures de la porte en métal. Je boitille. Un mécanisme de lourd enveloppement. Ma tête suspendue dans une brume. Mon esprit perdu dans un épais brouillard de néant. Je disparais, je le sais. Mais ça n’a plus d’importance. Le désespoir est un virus que je cache sous ma langue comme un caillou magique, comme si une minuscule pierre pouvait m’aider à organiser ma pensée. Trier le gazouillis des détenus sans le caillou sous la langue dans leurs cellules de grognements et leurs inondations d’ignorance.  La concentration est une création abstraite pour ceux qui n’ont qu’une moitié de cerveau si une moitié de cerveau est une terrible chose à perdre. Et quelqu’un crie derrière moi «  Ne le perd pas, ne veux pas » Mais qu’y a-t-il à perdre si  tout ce que vous êtes est un virus que personne n’est autorisé à toucher.

Drôle. Quand je pense à la validation, je me souviens les vendredis après le travail, allant chercher mon chèque- tendant le ticket de parking au comptable, et lui demandant de le valider et je pense alors, comme c’est sympa, la validation est gratuite.

Oui, c’est moi, l’ignorant. Aujourd’hui, perdant ce qui me reste de la seconde moitié de moi-même.

Si je devais imaginer une vie à l’extérieur de Pelican Bay, à l’extérieur du SHU j’aurais à imaginer un hôpital. Et entre nous, je n’aime pas les hôpitaux. Je n’aime pas la puanteur des draps désinfectés, la force de l’odeur d’ammoniaque. Les blouses qui s’ouvrent par l’arrière, Les chemises à pois et les chaussons de papier.  Les chansons malades dans les lits malades, les sangles de cuir et les masques de cuir. Les électrochocs, les piqûres et les côtes cassées.

La vérité c’est que chacun à sa façon, nous sommes tous cassés.  Nous n’avons pas été finis, pas été remontés. Une composition de craquements et de fissures où rien ne sera jamais comme avant.

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Cellule d’isolement à Alcatraz

Thomas Bartlett Whitaker est incarcéré en cellule d’isolement dans le couloir de la mort de l’Unité Polunksy à Livingstone, Texas. Il a été accusé en 2007 d’avoir embauché un gangster pour éliminer sa famille. Pendant son séjour en prison Whitaker, âgé maintenant de 36 ans a obtenu un master avec mention très bien en Anglais et en sociologie et il travaille en ce moment à l’obtention d’un master en sciences humaines. Ecrivain prolifique, Whitaker a été trois fois vainqueur du Concours de PEN Prison Writing, et a contibué au livre «  L’enfer est une place toute petite : des voix s’élèvent de l’isolement» Hell Is a Very Small Place: Voices from Solitary Confinement. Avec l’aide de personnes à l’extérieur, Whitaker a aussi ouvert un site web, «  Quelques minutes avant six heures », Minutes Before Six ( faisant référence à l’heure à laquelle les exécutions ont lieu au Texas. Là, lui et d’autres écrivains détenus ont publié leur travail. Ci-dessous un extrait d’une lettre que Xhitaker écrivit à Solitary Watch à propos de son expérience en cellule d’isolement et ce que «  Quelques minutes avant six heures » avait provoqué en lui. Julia Hettigert

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Ecrire est le seul outil disponible dans ma boîte à outil. C’est en fait ça ou le suicide, pour être tout à fait honnête.  C’est encore très étrange pour moi que certaines personnes pensent que j’ai des facilités avec l’écrit parce que je n’ai jamais été satisfait ou impressionné par quoi que ce soit que j’ai produit. Je continue à dire que je vais continuer à faire ça jusqu’à ce que quelqu’un de plus doué se présente et me libére de mon devoir. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai ouvert ce site aux écrivains d’autres juridictions. J’ai toujours voulu faire ça, mais je n’avais pas la structure pour m’appuyer. Il y a une certaine politique dans les couloirs de la mort, les prisonniers qui clament leur innocence obtiennent pratiquement toute l’aide, comme cela se doit. Ceux parmi nous qui se déclarent coupables sont majoritairement ignorés. Je n’ai jamais eu plus d’une poignée de supporters et j’ai horreur d’avoir à leur demander de passer plus de quelques minutes par semaine sur mes insanités. D’une certaine façon, étonnamment, quelques personnes au cours des années ont découvert mb6 ( minute before six) et ont compris ce que je cherchais à faire avec ce site.

J’ai construit la plateforme mais je suis content que ce soient d’autres qui la portent maintenant. Il y aura un avenir pour ce site, surtout car il est fort probable que je sois exécuté en 2017.  Je viens de remplir ma Demande de grâce ( NOA) pour le 5ième circuit, qui est certainement la pire court de tout le monde occidental à laquelle adresser une demande de  grâce si vous êtes condamné à mort. Il est difficile de dire exactement comment vont se passer les choses, mais si ce n’est pas refusé et si je prends la route de la Cour suprême au Printemps, je serai plutôt surpris.  J’espère que Mb6 survivra un certain temps. Si c’est le cas, bien, je pense que nous avons essayé de faire quelque chose de bien. Je pense qu’il contient de bonnes informations et je sais que nos écrivains ont éprouvé  une certaine légitimité grâce à leur participation. Cela leur a donné quelque chose de positif sur lequel se centrer, sans compter avec le travail de l’écriture que je crois en soi fondamentalement réhabilitant.

En ce qui concerne l’isolement, vous me demandez comment je m’en sors. Je ne suis pas sûr que je m’en sorte, pas vraiment. Cela vous change, même ceux parmi nous qui étaient introvertis longtemps avant d’arriver en ces lieux.  Il n’est pas toujours simple de voir comment cet endroit vous lamine. Parfois, vous n’en prenez pas conscience  avant d’émettre  une opinion qui ne correspond avec rien de ce que vous avez jamais dit, et vous êtes étonnés, vous regardant dans la glace, vous demandant d’où est-ce que cela peut bien venir. Bien qu’étant introverti, j’ai toujours aimé la ville. Si je voulais manger vietnamien à trois heures du matin, eh bien, j’aimais avoir le choix . Certains aspects de la ville m’intéressent toujours, mis je sais que sans aucun doute que si je devais être libéré demain, je ne pourrais pas vivre entouré de gens. J’ai été obligé de vivre compressé dans ce minuscule espace avec une quantité de dégénérés pendant de trop longues années. J’ai besoin d’espace et de calme. De silence, de réel silence. Je vis dans cette étrange tension de croire dans les gens et dans le progrès sur un plan abstrait mais au fond, de détester viscéralement de très nombreux individus dans la réalité. A chaque fois qu’un de mes voisins manque de respect à une gardienne, je me consume sans bruit à l’intérieur.  Chaque fois que l’un d’entre eux commence un concours de hurlements  avec quelqu’un, même chose. Et pourtant je pourrais me faire gazer ou battre pour chacun d’eux si une cause plus haute le demandait. Je sais que c’est étrange. Je les aime en tant qu’idée, en tant qu’individus réprimés et vaincus mais, s’il vous plait, ne me faites pas entendre une seule de leurs plaintes.

Est-ce que tout ça est sensé ? Probablement pas. Mais je sais que vous comprendriez si vous viviez là. C’est la meilleure façon de vous  décrire cet endroit : il vous tord dans ses contradictions. Je dois me traquer presque constamment afin de ne pas dire ou faire quelque chose de déshonorant. J’étais dans un sacré état quand je suis arrivé là et à bien des égards, j’ai beaucoup gagné en self-control.  Mais en même temps, je me sens usé, comme si j’avais vécu dans une tempête de sable pendant onze années, avec mon âme rongée jusqu’à n’être plus qu’un petit morceau pathétique. Ils ne vous exécutent pas en vous donnant une date, vous êtes déjà mort en fait. Les seuls qui pleurent sur leurs destins sont ceux  qui étaient trop bouchés pour rien apprendre de cet endroit. C’est en quelque sorte la partie la plus triste. Cet endroit ruine les gens, il en rend certains fous. Il en oblige certains, comme moi à plonger si profondément qu’ils ne peuvent plus jamais se frayer un chemin jusqu’à la surface. Certains deviennent sui durs que la discipline ne peut plus avoir le moindre effet sur eux.

Avez-vous déjà lu Foucault ? Il a tort quand il prétend que la discipline s’inscrit dans le corps parlé. Le Panopticon ? Certains ici riraient devant cette technologie. Je fais certaines choses en face des gardiens et je leur demande d’oser m’interrompre. Pourquoi ? Trop d’anticorps rassemblés contre la peur et le pouvoir. Ils ne peuvent pas m’inspirer la peur. J’agis éthiquement parce que je l’ai choisi, pas parce qu’ils ont des gaz et des matraques ou des extraction team. Nous sommes au-delà de leur capacité à nous blesser, dans de nombreux cas.  L’ironie est qu’ils ont construit ces lieux pour héberger des super-prédateurs qui n’existaient pas  au début mais qui ont fini par être créés par les lieux. Des personnes qui ont passé une dizaine d’années ou deux ici ne peuvent plus jamais être libérées. Ils vont récidiver, parce qu’ils ne croient plus à l’idée de la loi. A travers cette expérience, ils ont vu qu’il s’agit  d’un groupe exerçant le pouvoir sur un autre groupe et cela les fait juste rire. Une fois que vous voyez vraiment le monde comme «  bellum omnium contra omnes », vous ne vous en remettez plus vraiment. La seule chose qui m’ait permis d’éviter ce genre de conclusion est que j’ai toujours considéré le monde comme absurde pour commencer.  Trop de Camus et de Sartre dans ma jeunesse. Rien de tout ça ne semble assez sérieux pour en prendre ombrage.

Ah, je viens de relire ce que j’ai écrit,  et j’espère que vous n’êtes pas sujet à la dépression. Je ne sais pas comment j’ai pu finir comme ça. J’étais drôle avant.

La ségrégation vous transforme en rabat-joie, apparemment.

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*  « La guerre de tous contre tous » est une description que le philosophe anglais Thomas Hobbes donne de l’existence humaine dans la nature .

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“Control Unit” par Thomas Silverstein

Thomas Silverstein,  qui a été décrit comme «  l’homme le plus isolé » d’Amérique, a été maintenu dans une extrême forme d’isolement cellulaire, avec l’ordre de demeurer sans «  contact humain » pendant 28 ans. Originellement emprisonné pour un vol à mains armées à l’âge de 19 ans, Silverstein purge une peine à vie sans liberté conditionnelle pour avoir tué deux détenus ( dont il dit qu’ils menaçaient sa vie) et un gardien, il est enfermé dans les profondeurs du système carcéral d’état depuis 1983.

Dans son procès en cours contre le Bureau fédéral des prisons, Silverstein affirme que ses dizaines d’années dans un complète isolement dans une petite cellule de béton viole le bannissement constitutionnel de toute punition cruelle ou inhabituelle, ainsi que les garanties d’un procès en bonne et due forme. ( le procès, mené par la Clinique des droits civils de l’Université de Denvers est décrit en détail dans notre article “Fortresses of Solitude.”)

Pour appuyer ce procès, Silverstein, âgé maintenant de 59 ans, a rédigé une longue «déclaration » dont le propos principal est de «  décrire mon expérience pendant cette longue période d’isolement cellulaire : la nature et l’impact des conditions si dures que j’ai enduré en dépit d’une conduite sans faille pendant plus de 22 ans, ainsi que mon ignorance de ce que je puisse au minimum faire afin d’alléger cet isolement. »

Après s’être excusé «  pour les actions qui m’ont amené là » particulièrement pour le meutre du gardien Merle Clutts, Silverstein affirme qu’il a «  travaillé dur afin de devenir un autre homme ». Il poursuit, «  Je comprends que je mérite d’être puni pour mes actions, et je n’attends pas d’être libéré de prison, je veux juste passer ce qui me reste de temps à vivre paisiblement, avec d’autres hommes matures purgeant leurs peines »

La majeure partie de la déclaration de Silverstein est un compte-rendu détaillé de son expérience et de son environnement, dans une suite de ce qui constitue le plus sécurisé et le plus isolé système carcéral de toutes les prisons fédérales : la notoire Unité de contrôle de Marion, le prototype supermaximum, à l’USP d’ Atlanta, dans un sous-sol sans fenêtre, une cellule «  de poche » de 150.180 cms ( ce qui est la taille standard d’un matelas grande largeur), à Leavenworth, dans un sous-sol isolé, une cellule nommé e la «  suite Silverstein », au Range 13 de l’Unité ADX de Florence, où il pouvait entendre le bruit fait pas=r les autres prisonniers dans les cellules voisines mais n’a jamais pu les voir.  Le texte suivant est écrit par Silverstein et concerne sa vie à l’USP d’Atlanta.

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La cellule était si petite que je pouvais toucher les deux murs  simultanément. Le plafond si bas que je pouvais toucher l’ampoule. Mon lit prenait la longueur de la cellule et il n’y avait aucun autre meuble. Les murs étaient en acier et peints en blanc. J’avais l’autorisation de porter des sous-vêtements mais je n’avais droit à aucun autre vêtement. Peu de temps après mon arrivée, l’équipe technique de la prison commença le réaménagement de l’aile, ajoutant plus de barreaux et d’autres équipements de sécurité  à la cellule pendant que j‘étais à l’intérieur.

De façon à ce que je ne sois pas brûlé par des étincelles et des braises pendant qu’ils soudaient plus de barres dans la cellule, je devais rster couché sur le lit avec un drap sur la tête. Il est difficile de décrire l’horreur qu’a été ce temps de construction. Pendant qu’ils montaient de nouveaux murs autour de moi, j’avais la sensation d’être enterré vivant. C’était terrifiant. Pendant ma première année dans cette cellule de poche, j’étais complètement coupé du monde extérieur  et n’avais aucun moyen d’occuper mon temps. Je n’avais pas droit aux visites ni au téléphone, ni à la lecture, sauf la Bible. Je ne pouvais parler à personne et il n’y avait absolument tien sur quoi centrer mon attention.

Je n’étais pas seulement isolé, j’étais désorienté dans cette cellule de poche. C’était exacerbé parce que je n’étais pas autorisé à avoir de montre ni d’horloge. En addition, la lumière brillante, artificielle demeurait allumée continuellement dans la cellule, augmentant la désorientation et rendant difficile le sommeil. Non seulement cette lumière est constamment allumée mais elle bourdonne sans arrêt. Le bourdonnement me rendait fou, d’autant plus que souvent il n’y avait aucun autre bruit autour. Cela peut paraître une chose insignifiante mais c’était mon seul monde.

A cause de l’éclairage artificiel et du manque de montre, je ne pouvais pas savoir si c’était la nuit ou le jour. Fréquemment je m’endormais et quand je me réveillais je ne savais pas si j’avais dormi cinq minutes ou cinq heures, n’avais aucune idée du jour ou du moment dans la journée. J’ai essayé de mesurer l’écoulement des jours en comptant les plateaux repas. Sans pouvoir avoir une idée du temps, pourtant, je pensais parfois que les gardiens étaient partis et ne reviendraient jamais. Je croyais qu’ils étaient partis depuis des jours et que j’allais mourir de faim. Il est probable qu’ils n’étaient partis que depuis quelques heures mais je n’avais aucun moyen de savoir.

J’étais si désorienté à Atlanta que je me sentais comme dans un épisode de « la quatrième dimension » Je sais maintenant que je suis resté là près de quatre ans. J’aurais eu l’impression d’y avoir passé une dizaine d’années si on ne me l’avait pas dit. Cela a semblé éternel et sans fin, incommensurable

Il n’y avait ni air conditionné ni chauffage dans ces micro-cellules. Pendant l’été la chaleur était insupportable. Je versais de l’eau sur le sol et je m’y couchais nu pour me rafraîchir.

Le seul moment où je pouvais sortir de ma cellule était lors de la récréation extérieure. J’étais autorisé à une heure par semaine de récréation. Je ne pouvais voir aucun codétenu ou rien du paysage environnant pendant ce temps à l’extérieur. Il n’y avait pas d’équipement d’exercice et rien n’à faire.  Ma vue s’est détériorée dans la micro-cellule, à cause peut-être de la lumière constante ou peut-être aussi à cause d’autres aspects de cet environnement si dur. Tout a commencé à devenir flou et je suis devenu sensible à la lumière, qui me brûlait les yeux et provoquait des maux de tête.

Pratiquement tout le temps, les gardiens refusaient de m’adresser la parole. Malgré cela j’ai entendu des gens, que je crois être des gardiens murmurer à la porte, en me disant qu’ils me haïssaient et en m’insultant. Jusqu’à ce jour, je ne sais pas si des gardiens ont vraiment fait ça, ou si j’ai commencé à perdre la tête et été sujet à des hallucinations.

Dans la micro-cellule j’ai perdu la capacité à distinguer ce qui était réel. Je rêvais que j’étais en prison, en me réveillant, j’étais incapable de savoir ce qui était réel et ce qui était un rêve.

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Dans une synthèse,  Silverstein réfléchit aux effets physiques et psychologiques de 28 ans de cellule d’isolement et sur son développement personnel comme artiste auto-didacte et praticien du yoga et de la méditation bouddhiste. Il a renouvelé sa demande d’autorisation à être admis dans le programme «  step-down » du BOP (Bureau of Prisons) afin d’obtenir un régime d’isolation moins strict.  La déclaration complète de 64 pages peut être lue là.

Mise à jour : Une déclaration, soumise comme expos par le Dr. Craig Haney, un des experts nationaux majeur sur les effets de l’isolement carcéral prolongé peut être lue là.

 

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Une sentence pire que la mort par William Blake

Tout d’abord publié en 2013, ce compte-rendu dévastateur de 25 années passées en isolement cellulaire sans interruption à New York a reçu plus d’un demi-million de clicks sur Solitary Watch seulement et a été republié sur des dizaines d’autres sites autour du monde. Des milliers l’ont lu comme la pièce majeur de  « L’enfer est un endroit minuscule », Hell Is a Very Small Place. Blake a entrepris de raconter «  ce qu’année après année, l’isilement abject fait à cette part immatérielle en notre cœur où l’espoir meurt ou survit et où l’esprit réside » et il réussit, comme peu l’ont fait avant lui ou depuis à décrire cette expérience viscérale de survive des dizaines d’années durant dans une Unité d’accueil spéciale (Special Housing Unitiy SHU). Presque cinq ans après la publication de son essai Billy Blake est toujours en isolement et il écrit toujours.

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J’ai traversé des moments si difficiles et expérimenté l’ennui et la solitude à un tel point que cela semble être comme une chose physique à l’intérieur – si épaisse qu’il semble qu’elle m’étouffe, essayant d’extraire la santé mentale de mon esprit, l’esprit de mon âme et la vie de mon corps. J’ai vu l’espoir devenir comme une chose éphémère et brumeuse, difficile à maintenir, et encore plus difficile à appréhender au fur et à mesure que les années puis les décennies disparaissaient alors que je restais enfermé dans le vide du monde SHU. J’ai vu des esprits glisser le long de la santé mentale, descendre dans la folie et j’ai été terrifié à l’idée que je finirai comme ces gars atour de moi qui ont craqué et sont devenus fous.  C’est une chose très triste de voir un homme sombrer dans la démence sous vos yeux parce qu’il ne peut plus supporter la pression que les boîtes exercent sur l’esprit, mais c’est encore plus triste de voir l’esprit sortir d’une âme. Et c’est plus désastreux. Parfois les gardiens de prison les trouvent pendus et bleus, parfois ils se cassent le cou en sautant de leur lit, les draps enroulés autour du cou qui sont aussi enroulés autour de la grille qui recouvre l’ampoule au plafond, tendus avec un bruit sec. J’ai vu l’esprit quitter les hommes des SHU et j’ai été témoin du résultat.

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

Chute et déclin : comment la société américaine se défait George Packer

Decline and fall: how American society unravelled George Packer

Déclin et chute : comment la société américaine se défait.

Il y a trente ans, le vieux contrat qui maintenait la société américaine a commencé à se défaire, avec la cohésion spéciale sacrifiée à l’appât du gain. Etait-ce un processus inévitable – ou est-ce que cela a été orchestré par une élite égoïste ?

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Youngstown, Ohio, était jadis un vivant pôle de l’acier. Maintenant, l’industrie est partie et la ville est pleine de maisons et de magasins abandonnés. Photograph: Brian Snyder/Reuters

George Packer

Aux environs de 1978, la personnalité de l’Amérique a changé. Pendant presque un demi-siècle, les US avaient été relativement égalitaristes, sûrs, orientés vers la démocratie et la classe moyenne, avec des structures en place là pour supporter les aspirations des gens ordinaires. On pourrait nommer cette période celle de la République Roosevelt. Guerres, grèves, tensions raciales et rébellion de la jeunesse agitaient la vie nationale mais un contrat de base entre Américains prévalait encore, dans les croyances sinon dans les faits : travaille dur, suit les règles, éduque tes enfants et tu seras récompensé, pas seulement en ayant une vie décente ou en ayant la perspective d’une vie meilleure pour tes enfants,  mais avec une reconnaissance de la société, une place à la table.

Ce contrat tacite fonctionnait avec un grand nombre de clauses et d’annexes qui laissaient un grand nombre d’Américains, la population noire et les autres minorités, les femmes, les homosexuels – dehors ou à moitié dedans. Mais le pays avait les instruments pour corrige ses propres défauts et les utilisa : des institutions saines comme le Congrès, les courts, les églises, les écoles, les nouvelles organisations non-violentes, le partenariat travail- commerce. Le mouvement pour les droits civils de 1960 fût une montée non violente de la masse menée par des noirs du Sud mais il attira l’appui essentiel de toutes ces institutions, qui reconnurent la validité morale et légale de ses réclamations et finalement, le besoin d’une paix sociale. La République Roosevelt comportait de très nombreuses injustices mais elle avait aussi la capacité de s’auto-corriger.

Les Américains n’étaient pas moins cupides, pas moins ignorants, égoïstes ou violents alors que maintenant, ni plus généreux, honnêtes intellectuellement ou idéalistes. Mais les institutions de l’Amérique démocratique, plus fortes que les excès des individus pouvaient habituellement les contenir et les maîtriser à des fins utiles. La nature humaine ne change pas mais les structures sociales changent, et c’est ce qu’elles ont fait.

A cette époque, la fin des années 70, tout semblait sans forme, morne, peu mémorable, Jimmy Carter était à la Maison Blanche , prêchant l’austérité  et l’esprit public et presque personne n’écoutait. L’affreux néologisme «  stagflation » qui combinait les deux phénomènes économiques normalement opposés de stagnation et d’inflation représentait parfaitement le marasme de l’époque. Ce n’est qu’avec le recul d’une génération entière que nous pouvons voir comment les choses commençaient à glisser à travers les paysage américain, envoyant le pays tournoyer vers une nouvelle époque.

Youngstown, Ohio, les fonderies qui sont nées avec la ville il y a un siècle ont fermé, les unes après les autres, à une vitesse étonnante, emportant plus de 50.000 emplois de cette petite vallée industrielle, et ne mettant rien à la place. A Cupertino, Californie, la Apple Computer Company sort le premier ordinateur public, the Apple II.  A travers la Californie, les électeurs votent pour la Proposition 13, déclenchant une révolte fiscale qui entame l’érosion du financement publique de ce qui a été l’une des meilleures écoles du pays. A Washington, les corporations s’organisent en lobby puissant dépensant des millions de dollars pour démanteler les lois sur le travail ou la consommation qu’ils avaient jadis accepté comme faisant partie du contrat social.

Newt Gingrich est nommé au Congrès comme membre du parti Républicain conservateur avec l’ambition de le détruire et de construire le pouvoir de son propre parti et le sien propre sur les ruines. A Wall Street, les frères Salomon lancent un nouveau produit financier nommé mortgage-backed securities, et deviennent la première banque d’investissement à passer au public.

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Un sidérurgiste à Youngstown, Ohio, en 1947. Dans le cadre de l’ancien marché, son dur travail était supposé être récompensé. Photographe : Willard R. Culver/National Geographic/Corbis

Les vastes courants de la génération passée : la désindustrialisation, la baisse des salaires moyens, la financiarisation de l’économie, l’inégalité des salaires, la croissance des technologies de l’information, l’inondation de l’argent sur Washington, la montée de la droite – tout cela trouve son origine dans la fin des années 70. Les US devenaient plus entreprenants et moins bureaucratiques, plus individualistes et moins communautaires, plus libres mais moins égaux, plus tolérants mais moins justes. La finance et la technologie, concentrées sur les côtes, sont devenues des usines à richesse, remplaçant le monde des biens par le monde des bits mais sans créer de large prospérité, pendant que le pays profond se creusait. Les institutions qui avaient été les fondations de la démocratie de la classe moyenne, de l’école publique à la sécurité de l’emploi en passant par la presse fleurissante et les législations efficaces ont entamé un lent déclin. C’est la période de ce que je nomme «  le déroulement ».

D’une certaine façon, le déroulement n’est que le retour à un état normal de la vie américaine. Par son analyse déterministe, les US ont toujours été un pays en roue libre et large ouvert,  avec un haut degré de tolérance aux grands perdants comme aux grands gagnants comme le prix d’opportunités égales dans une société dynamique. Si la marque du capitalisme nord-américain a des bords plus durs que dans d’autres démocraties, il vaut la peine pour l’échange de croissance et de mobilité. Il n’y a rien d’inhabituel dans le fait que les héritiers survivants de la fortune de Walmar possèdent à eux-seuls la même fortune que les 42% des Américains les plus pauvres, –– c’est le réglage par défaut du pays. Mark Zuckerberg et Bill Gates sont la réincarnation de Henry Ford et de Andrew Carnegie, Steven Cohen est un autre JP Morgan, Jay-Z est Jay Gatsby.

Les règles et les régulations de la République de Roosvelt furent des aberrations induites par un accident de l’histoire- dépression, guerre mondiale, guerre froide- qui ont amené les Américains à sacrifier un certain niveau de liberté en échange de leur sécurité. Il n’y aurait pas eu de Glass-Steagall Act, séparant les banques commerciales de banques d’investissement sans la déroute financière de 1933, pas de grand déploiement de la classe moyenne si l’économie des US n’avait pas été la seule valide après la seconde guerre mondiale, pas d’accord entre les affaires, le travail et le gouvernement sans un sens partagé de l’intérêt national face à des ennemis étrangers, pas de solidarité sociale sans la fermeture des portes aux émigrants pendant toute la moitié du siècle.

Lorsque la prééminence américaine fut défiée par les compétiteurs internationaux, que l’économie se retrouva dans des mers agitées  dans les années 70 et que le sentiment d’une menace étrangère diminua, le marché conclu s’interrompit. La Globalisation, la technologie et l’immigration accélérèrent leur déroulement, comme des marées inexorables. C’est sentimental au mieux sinon anhistorique de s’imaginer que le contrat social aurait pu survivre- comme de vouloir s’accrocher à un monde de familles nucléaires et de machine à écrire manuelles.

Cette vision déterministe est indéniable mais incomplète, ce qu’elle laisse hors de la photo est le choix humain. Une explication plus complète du  déroulement  prend en compte ces larges influences historiques mais aussi la façon dont elles ont été exploitées par l’élite nationale. Les leaders des institutions qui se sont délabrées. Les responsabilités dans l’Amérique d’après-guerre exigeait la coopération entre les deux partis au Congrès, et quand la Guerre froide s’est apaisée, la coopération s’est vue diminuer d’autant. Mais il n’y avait rien de déterminé historiquement quant à l’atmosphère empoisonnée et au langage diabolisant que Gingrich et d’autres idéologues conservateurs ont répandu dans la politique américaine.  Ces tactiques ont servi leurs intérêts étroits de vue et à court terme et quand la révolution de Gingrich a amené les Républicains au pouvoir au Congrès, leurs tactiques étaient confirmées. Gingrich est maintenant un has-been mais Washington aujourd’hui est autant sa ville que celle de n’importe qui.

Il était impossible que les compagnies sidérurgiques de Youngstown supportent la compétition mondiale et le désinvestissement local mais il n’y avait rien d’inévitable dans la suite donnée, une mêlée incontrôlable  dans laquelle les travailleurs sans emploi furent laissés à se débrouiller par eux-mêmes, pendant que les cadres faisaient l’acquisition de la carcasse inutile de l’usine endettée sous la forme de bonds poubelle et se partagèrent sa valeur restante. Il aurait pu être inévitable que les contraintes imposées aux banques américaines par le Glass-Steagall Act de 1933  aient pu commencer à se glisser sur la finance mondiale. Mais ce fût un choix politique de la part du Congrès et de Bill Clinton de déréguler Wall Street si complétement que rien ne s’interposait plus entre les grandes banques et la destruction de l’économie.

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Un des 99% : un manifestant d’ Occupy Wall Street à Union Square, New York, en 2011. Photographe : Spencer Platt/Getty Images

Beaucoup a été écrit par la précédente génération sur les effets de la globalisation. Beaucoup moins sur les changements des normes sociales qui l’ont accompagnée. Les élites américaines ont pris les vagues transformations de l’économie comme un signal de réécriture des règles qui régissaient leurs comportements. Un sénateur n’ayant recours à l’obstruction parlementaire qu’en de rares occasions, un PDG limitant son salaire à 40 fois ce qu’un employé touchait, au lieu de 800 fois actuellement, une multinationale géante assumant sa part d’impôts   au lieu d’inventer des voies créatives afin de n’en payer que près de zéro . Il y aura toujours des détournement de la loi dans les sphères du pouvoir. Ce qui détruit toute morale sous-jacente est  le détournement systématique, la transgression, le marché avec soi seulement.

Plus tôt dans l’année, Al Gore a empoché 100 millions de dollars (£64m) en un mois en vendant Current TV à al-Jazeera pour 70 millions de dollars et récupérant ses parts d’actions de Apple pour 30 millions. Peu importe que al-Jazeera appartienne au gouvernement du Qatar, dont les exportations de pétrole et la vision des femmes et des minorités rendent ridicules les idées que Gore promeut dans ses livres et ses films chaque année. Peu importe que ses actions Apple aient été obtenues avec sa position dans le bureau de la compagnie, un cadeau à un ancien concurrent à la présidentielle. Gore était un politicien engagé dont la carrière semblait dédiée au service public. Aujourd’hui– contrairement à Tony Blair – il a marchandé sa vie politique pour joindre la classe des rares super-riches mondiaux.

Il n’est pas étonnant que de plus en plus d’Américain pensent que le jeu est truqué. Il n’est pas étonnant qu’ils achètent des maisons qu’ils ne peuvent pas s’offrir puis laissent l’emprunt qu’ils ne peuvent plus rembourser. Une fois que le contrat social est compromis, une fois que le contrat est corrompu, seuls les pigeons continuent à respecter les règles.

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

Hypothèses pour une déroute N°1 Elisabeth Guerrier

La progression d’un mouvement à visée totalitaire ne s’effectue pas avec l’unique pression de la force.

Elle gagne en pouvoir par un martelage insidieux quant à ses effets mais clairs quant à son but qui est de « nettoyer » les parts dites malsaines, les parts réactionnaires, les vieux principes supposés obsolètes, en les désignant comme tels du côté du mal et en chargeant leurs valeurs de toute la responsabilité de nos frustrations ou de nos impuissances, postulant un ailleurs unifié et un avenir historique pacifié, un destin enfin connu et maîtrisé, à l’abri des erreurs commises dans le passé.

A la surface du profond malaise contemporain qui s’avère être plus du ressort d’une crise globale morale que politique, jaillissent quelques-uns de ces mouvements qui tout en prônant la défense de causes par ailleurs parfaitement justes et de changements nécessaires, sont entrain de revêtir les caractéristiques de totalitarismes en germe.

Quand dans les arguments se glissent les certitudes de détenir le bien et le bon en l’opposant aux maux et à la perversité ou à l’incurie d’un autre qui n’aurait pas, pas encore « compris », on est sur cette voie qui rassemble quelques élus et rejette comme les déchets qu’ils sont les éléments sans conscience. Le passage de ce rejet à la disparition matérielle est une question de temps et d’opportunités mais elle ne se produit pas après la prise de pouvoir. Elle est constitutive d’une vision de l’humain et d’une appropriation des réponses données collectivement dans la cadre d’une idéologie ou d’une doxa qui détiennent le droit de savoir au nom de tous ce qu’il est légitime et nécessaire de penser et de déterminer quelles actions se doivent d’accompagner ce savoir.

Cette exclusion des parts maudites, symboliques ou concrètes donne à tout totalitarisme un atout majeur, celui de pouvoir de cette manière « gérer » les zones d’obscurité, les non-dits, les refoulements, dénis, forclusions en tous genres qui sont les tisserands de la réalité mais sont assez mal supportés par nos consciences en mal de pureté et d’ordre.

Il n’est pas vraiment étonnant que, après cette poussée majeure de la pensée occidentale qui s’est opérée à la fin du XIXième siècle, après la première guerre mondiale et après la seconde et qui a mis en avant, grâce entre autres aux découvertes de la psychanalyse, la vision de l’humain comme insondable et également habité par des forces adverses et contradictoires dont il était incapable de se rendre parfaitement maître puisqu’il ne les reconnaissait pas en lui, on constate un rétrécissement drastique de ce champ ouvert dans les notions mêmes de bien et de mal et leur relativisation. Sous couvert d’avancée politicosociale, on ferme des champs de réflexion, et ce au prix d’un terrible effort de déni d’une réalité constitutive de l’humain, parce que l’Humain, c’est la question.

Et la question est ce qu’il porte en lui dans les différentes cultures et civilisations qu’il a construites, vénérées, puis détruites ou laissé perdre. C’est une question sur le sens, sur le pouvoir, sur l’appartenance et sur les règles et nécessités pour la mise en œuvre de ces frontières entre le bien et le mal, sur les rapports hiérarchiques et la nature du pouvoir sans lesquelles aucune société ne peut exister.

Mais il y a quelque chose de cette idée qu’à la question nous trouverions une réponse, une vraie réponse, bien scientifique et prouvée qui n’a pas résisté et un retour sur les fondements de cette civilisation occidentale qui n’a pas pu résister aux coups de boutoir de l’absence de réponse possible.

La psychanalyse est la matérialisation de ceci qu’on ne peut pas répondre et c’est ce qui l’a rendue impraticable au niveau idéologique et sociétal, ce qui aussi, une fois les bienfaits de son savoir sur l’absence de savoir remis à leur place d’insupportable connaissance voire de charlatanerie, l’a fait pourchasser par les redresseurs de tort scientistes et leurs ratiocinations mercantiles jusqu’à l’évacuer du champ même des représentations collectives possibles.

On se trouve donc aux prises avec deux phénomènes majeurs complètement inconciliables.

D’une part, un constat presque galopant de l’auto-destructivité générale générée par le système même qui sert de prima scientifique, économique, culturel et idéologique à l’ensemble de la marche du monde et, parce qu’il est tombé dans le gouffre du refoulement collectif et dans l’appareil de broyage de la pensée qui prévaut dans le système, d’autre part l’incapacité de hisser comme protection au moins imaginaire, ce savoir acquis pourtant sur cette auto-destruction, non pas comme phénomène ponctuel et historique mais comme donnée ontologique.

Et c’est dans ce gouffre de représentation là que se déploient les divers mouvements de ce qu’on peut nommer le nouveau puritanisme, avec en leur genèse, un rejet caché mais absolu de l’espèce humaine elle-même, considérée comme incapable d’évacuer la jouissance de la part maudite à laquelle elle s’est finalement sacrifiée.

Incapable également d’être passée en un siècle à travers deux guerres mondiales et divers charniers remarquables, une bombe atomique, un voyage interstellaire aux confins d’univers impensables, et d’en avoir retiré la substantifique moelle morale pourtant si indispensable à sa survie même.

Dans ces mouvements, on peut ici se référer aux mouvements spécistes pour qui l’animal est un alter ego de l’humain. Au véganisme qui dit la même chose ou presque, à tous les mouvements se cherchant dans l’image d’un homme débarrassé de ses tares et bionique, améliorable, transhumain sans trouble et sans ambivalence, et dans une certaine mesure à un néo-féminisme qui dédouanerait les femmes de leur propre part d’ombre.

C’est un peu comme si, ayant évacué la possibilité même de penser cette zone obscure de l’inconscient et tous les effets permanents sur les vies individuelles et collectives qu’elle exhibait sans qu’on puisse la comprendre, il n’était plus resté qu’une seule possibilité, celle de nier la spécificité de l’humain et sa nature par essence bancale.

Cet engouement pour les animaux par exemple est une des conséquences de l’abandon de soi et de l’espoir de se considérer comme créatures défendables et modifiables. Il va de soi qu’il n’est pas question de nier la barbarie vaine, complètement insalubre au niveau éthique comme au niveau alimentaire des usines à chair et de quelques pratiques traditionnelles malsaines, mais la folie collective autour de l’égalitarisme en tant qu’êtres identiques parce que vivants laisse perplexe. Parce que celui-ci est fortement, n’en déplaise à ses théoriciens, tâché d’anthropomorphisme, que cette idéologie est en principe une forme d’uniformisation du vivant qui n’augure rien de bon pour son éventuelle connaissance et que ce qui s’y renie est la nature par essence tragique de l’humain sur terre, et la conscience qu’il en a. Sa nécessité complètement unique à jouer sans fin avec le symbolique dans l’art ou la vie quotidienne, dans aussi évidemment la complexité du langage et sa capacité, comme damnation, à dire tout en même temps que n’importe quoi, et à se lier par la dialectique du mensonge et de la vérité, aux valeurs morales collectives qui ne sont pas données mais acquises, ce qui aussi est un des points impossibles à neutraliser ni à évacuer de l’humain. Etrange détour, après l’animal objet de pratiques de vénérations et de sacrifices expiatoires que la création de ce nouveau culte qui en sauvant des vies animales sauverait l’homme de sa propre destruction et de ce qu’il croit connaitre de lui-même.

Assez paradoxalement, quoique, ces mouvements arborent avec eux la vérité qui est celle du bien, et du bien connu pour tous mais avec la volonté de propager ce bien dans un prosélytisme qui le relie aux effets escomptés de la bonne parole.

Un peu comme si toutes les possibilités de cure et les rêves d’évolution avaient été investis comme salvateurs puis expérimentés mais en vain, pour ne laisser l’idée d’un changement possible non plus dans l’évolution d’un questionnement toujours ouvert sur notre propre statut d’être vivant et de ce qui le caractérise, mais dans la façon de traiter uniquement le vivant qui nous entoure.

Il semble que nous pouvons inclure dans ce mouvement les volontés presque désespérées de donner aux individus dits “ LGTB “ une visibilité qui tend à resserrer autour de la problématique de leur intégration une part de ce qui s’est effacé de la question humaine dans son rapport “ normal” au monde et à sa nature supposée. Là aussi vient se nier la possibilité d’encore avoir des “ choses à dire” qui puisse toucher la compréhension d’une forme culturellement standard de l’humain, clairement réparti en quelques catégories référentes.

A travers cet engouement pour une frange extrêmement minoritaire de la population mondiale, engouement qui peut évidemment prendre toutes les formes de la passion, on peut voir également un glissement sur une marge qui deviendrait le seul lieu possible de la recherche d’un sens commun considéré comme impossible à reconstruire ou à atteindre.

Le lieu commun de ces mouvements divers est celui de la différence, de l’exception et la question devient alors celle du lien qu’ ”on”, population de base entretenons avec ce groupe représenté comme “ extérieur” et luttant pour son inclusion. C’est dans ce même travail de la recherche d’un point de jointure et dans la volonté de créer un bord face aux critères vacillants d’une identité normée, sexuée, racée, socialement identifiable, que s’est déplacé la question de cette même identité.

EG Novembre 2017

 

L e talon d’argile de Freud / Critique de l’ouvrage de F. Crews “The making of an illusion”

Le talon d’argile de Freud

Freud’s Clay Feet

Lisa Appignanesi

OCTOBER 26, 2017 ISSUE

Freud : The Making of an Illusion

by Frederick Crews

Sigmund Freud; drawing by Siegfried Woldhek

Freud

Frederick Crews montre une loyauté dans ses préoccupations assez rare dans le milieu universitaire. Ses attaques contre Sigmund Freud on commencé dès le milieu des années 70 avec la revendication de sa reconversion publique hors des ctitiques littéraires freudiennes qu’il pratiquait à l‘époque. Depuis lors ses assauts ont trouvé un soutien de la part de nombreux limiers et intellectuels. Haut dans la liste de ces limiers est l’infatigable Peter Swales, qui fut assistant de la revue Rolling Stones et un adepte de l’ l’adulé G.I. Gurdjieff, qui s’est intéressé à Freud à cause de son utilisation de la cocaïne et a flairé toutes sortes de faits sur les origines de ses cas et sur sa soi-disant liaison avec sa belle-sœur. Les spécialistes comprennent des chercheurs dont les conclusions sur Freud de s’accordent pas toujours avec celles de Crews, quels que soient leur position à l’égard de sa pratique ou de ses écrits. Comme Karl Popper ou Adolf Grünbaum, ils peuvent mettre en cause le statut de scientifique de Freud  – d’abord si il en a un, ou si ses assertions sont suffisamment prouvées par les preuves empiriques.  Les 746 pages de la biographie de Crews, Freud: The Making of an Illusion, accablantes et hypnotiques par moment, portent sur la jeunsess de Freud et n’évoquent «  L’Interprétation des rêves »  qu’à la page 543, n’autorisant que quelques coups d’œil rapides à la seconde partie de sa vie. Elle marque le zénith de la croisade de Crews qui veut «  mettre un terme au mythe de la psychanalyse et de son créateur » en ôtant à Freud à la fois ses références empiristes et son image d’ « explorateur solitaire à la persévérance courageuse, à la capacité déductive brillante, aux intuitions fulgurantes  et aux pouvoirs thérapeutiques », une série d’attributions que Crews a trouvé dans la propre description de lui-même faite par Freud ainsi que dans la biographie de référence de Ernest Jones ( 1953. 1957)

L’idéalisation de l’homme Freud que Crews est si impatient de désigner comme une illusion aveugle est à peine prévalente. La plupart des experts, commentateurs, et même analystes n’ en ont pas besoin pour faire usage des intuitions de Freud sur l’opacité et l’impréductabilité de l’âme humaine, ou sur la façon dont l’amour et la haine coexistent, ou sur les échos de notre enfance en chacun de nous, nous enfermant parfois ou sur nos identifications aux figures premières de notre vie qui modèlent les humains complexes que nous devenont. Ou peut-être plus important, sur ce que nous partageons avec ceux parmi nous négligeamment labélisés par la quantité de diagnostics répertoriés dans le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM).

Jones lui-même, tout en rédigeant la biographie de Freud, avait changé d’allégeance théorique pour choisir Mélanie Klein, l’analyste hongroise qui influença tant la British Pychoanalytic Society. Bien sûr l’illusion freudienne ne fut prévalente aux USA que de 1950 aux environs de 1968. A cette époque Freud fut repris par les intellectuels libéraux puis radicaux tout d’abord, comme Herbert Marcuse, et la thérapie freudienne, dans sa traduction américaine, faisait partie de la formation en psychiatrie. Freud, qui mourut en 1939, devint une figure souvent comique du  « monsieur-je-sais-tout » dans la culture populaire. Ironiquement, en dépit de sa «  gloire » en 1956, l’année de son centenaire, il n’y avait que 942 psychanalystes officiellement déclarés dans tout le pays.

C’est l’attention que Freud a reçu qui irrite le plus Crews. Dans ses lignes d’introduction, il affirme avec exaspération : «  Parmi les figures historiques, Sigmund Freud se situe au niveau de Shakespeare et de Jésus de Nazareth pour la quantité d’attention qui lui a été accordée par les chercheurs et les commentateurs. » Certainement pas. Et sûrement pas même en Amérique où Jésus – avec son clergé et ses prêtres, dont beaucoup sont des chercheurs et des commentateurs, sans faire mention du nombre incroyable d’églises, d’adeptes, de websites – a toujours beaucoup plus d’attention que l’auteur de l’Interprétation des rêves ou de Malaise dans la civilisation. Mais Crews est en marche contre l’homme qui veut « volontairement détruire le temple de la loi pauline ». Il est possible que le Pape Pie XII n’ait pas noté ce point lorsqu’il a approuvé officiellement « la cure analytique comme méthode de soin »  en 1953, indiquant que «  la science affirme que la science a récemment éclairé les zones cachées de la structure psychique humaine ».1 Le Pape Francis lui-même a récemment révélé qu’il avait suivi une psychanalyse à l’âge de quarante-deux ans… Il a déclaré que son analyste était une femme courageuse.

Le sous-titre de Crews fait écho à «  L’avenir d’une illusion » (1927) de Freud, dans lequel Freud défend que nos croyances religieuses sont «  la satisfaction du plus ancien, du plus fort et du plus urgent souhait de l’espèce humaine ». Crews n’explore pas – comme l’a fait Erbest Gellner dans «  Le mouvement psychanalytique » (1985) – comment le développement de la psychanalyse peut être comparé à celui d’un mouvement religieux, ou comme ses revendications, en prétendant être scientifiques sont en fait celles d’un système de croyance déguisé. Ses attaques sont toujours personnelles. Crews est convaincu que si Freud est dépeint comme un escroc  et un scélérat falsifieur de cas et plus préoccupé par l’argent que par ses patients, alors tout ce qu’il a écrit sur les souvenirs refoulés, sur la sexualité et sur le désir, les fantasmes et le roman familial oedipien, les rêves, les lapsus et les manifestations quotidiennes de l’esprit humain ne sera considéré que comme les fictions sordides d’un Caligari dément, hypnotisé, dont Crews utilise le nom du cabinet comme titre d’un de ses chapitres.

Dans sa vision, Freud était un homme prêt à «  atteindre la gloire à n’importe quel coût » et qui a sacrifié «  son intégrité à la fois de scientifique et de médecin » dans ce but. Ayant créé une science sans base empirique, uniquement en la fabriquant, Freud, avec son inhabilité à « renoncer à son luxe », sa «  mentalité de commerçant » et son but de « protéger et promouvoir sa marque »  a été capable de perpétrer une arnaque gigantesque pendant le 20ième siècle.

La stratégie rhétorique à l’œuvre ici est celle d’un talentueux procureur. Elle enferme le lecteur. Ou bien vous achetez  ou bien vous êtes propulsé dans une identification avec l’accusé et tout en luttant pour respirer, souhaitez qu’un avocat de la défense se montre.

Cela nous amène aussi à nous demander pourquoi, le 23 juin 1938, à peine deux semaines après que Freud ait fui les persécutions nazies et atterri en Angleterre avec sa proche famille, il reçut une visite des représentants de la Société royale, la plus ancienne association scientifique du monde. Fondée en 1660, inspirée par Francis Bacon, et comprenant parmi ses éminents membres Isaac Newton et Charles Darwin, elle a choisi Freud pour être un de ses membres.

Pourquoi cette congrégation scientifique a-t-elle décidé d’accueillir Freud dans ses rangs ? La citation du certificat dit : «  pour son travail pionnier dans la psychanalyse ». Les membres toujours assez tracassiers, avec leur vision à long terme de l’histoire, savaient que la science n’est pas une chaumière étriquée dont les résidents, comme les adhérents d’une religion stricte, suivraient un ensemble rigide de règles éternelles, mais plutôt une vaste demeure changeante où l’observation non seulement des animaux mais aussi du monde humain peut compter comme une science, où les dubitatifs peuvent se tenir côte à cote et s’engager dans de chauds débats.

Dans leur sagesse, ils reconnaissent également que les scientifiques ne sont pas tous consistants ou dans leurs idées ou dans leurs vies. De même que la façon dont les unes modèlent les autres n’est jamais très claire. Newton, qui a formulé la loi du mouvement et de la gravitation universelle, était également un mystique avec des croyances étranges même pour son temps, et s’est comporté frauduleusement dans un conflit avec Leipniz. Crews, par contraste, semble idéaliser la science et même la déshistoriciser, oubliant qu’à l’époque où Freud a commencé à exercer, des pratiques médicales manifestement dangereuses étaient revendiquées par de nombreux médecins aux USA, les expérimentations cliniques de médicaments n’ont pas été instituées avant 1947.

Crews n’est intéressé que par les spéculations et les observations de Freud liées à l’hystérie et à ses premières études de cas, ou bien à sa rivalité et à ses réclamations de préséance, et sa «  répulsion paresseuse à collecter suffisamment de preuves ». Il dépeint Freud comme «  animé » par «  l’ «  envie » à l’égard du déjà renommé jeune Pierre Janet, et affirme que Freud a simplement emprunté à Janet ses conceptions de l’inconscient et de la formation du symptôme. Mais l’édition standard des écrits de Freud a soixante références à Janet et à ses idées, retraçant un débat bien alimenté entre eux ayant eu lieu entre 1888 et 1925. Freud peut souhaiter gagner le débat mais rien n’indique qu’il pensait que ses propres idées lui soient venues de nulle part – comme ses propres notes et ses références innombrables à la littérature ancienne et moderne le suggèrent.

Crews propose de très nombreux faits, bien que hautement sélectifs, à son cas. Son jeune Freud n’est pas seulement un neurologiste peu soigneux mais un cocaïnomane plein d’illusions, trahissant ses amis, homoérotique dans ses désirs (bien qu’il puisse avoir commis un adultère avec sa belle-sœur) ainsi que médecin avec très peu de patients sur lesquels baser ses théories changeantes. Ceux qu’il suivait, il les a laissés tomber, ou blessés ou faussement diagnostiqués. Son seul patient était lui-même. Lorsqu’il ne volait pas les idées des autres, il ne fournissait aucune preuve sur aucune des siennes. Il était également névrosé, dépressif, et obsédé par le sexe. Le reste n’est qu’une gigantesque arnaque. Tout l’édifice de la psychanalyse, les découvertes de Freud tout au long de ses écrits, sont une imposture – comme  doit l’être, par déduction, toutes les institutions de psychanalyse de par le monde, du Brésil à la Chine  et leurs ramifications

Beaucoup parmi les faits de base de l’argumentaire de Crews, comme il le reconnait, sont déjà apparu dans la biographie de Freud, bavarde mais beaucoup plus complète, d’Ernest Jones. Jones, malgré le mythe qu’il est supposé avoir généré, n’est pas un hagiographe. Il écrit sur l’usage que Freud a fait de cette nouvelle drogue qu’était la cocaïne, ses vues victoriennes des femmes et de la satisfaction psychique d’avoir des enfants (même si Freud a accueilli des femmes dans la nouvelle profession), ses changements de point de vue au gré de l’évolution de sa pratique, le contenu autobiographique de  «  L’interprétation des rêves » et plus.

Tout ceci en 1950, quand les biographies de personnages publiques n’évoquaient que arement les aspects privés. Quand la biographie de Jones parut aux USA en 1956, le Time a mentionné son appartenance à l’école du «  avec les défauts et les qualités ». Crews oublie les qualités et ne pointe que les défauts, les aggrave, et en trouve de nouveau. Dans le mouvement, ce qui émerge est un Freud horrible qui a quelque chose d’un paysan faustien de bande dessinée. «  Vers 1895, écrit Crews, Freud s’était déjà attribué une licence afin d’inventer, de supprimer, et de réarrranger les faits dans l’intérêt d’un autoportrait amélioré et de la vindicte théorique …Le chapitre sur Katherina, (dans les Etudes sur l’hystérie) nous permettent de voir que leur auteur… ne s’arrêtera devant rien afin de mettre en avant les preuves de ses prouesses imaginaires. »

Bien que Crews ait beaucoup écrit sur les caprices de la mémoire, pour les besoins du moment, ils ne semblent être fiables que tant qu’ils touchent les mauvais souvenirs de Freud. Les propres souvenirs de Freud, selon Crews, ne sont que mensonges. Dans un des points culminants d’un chapitre dédié à la mise en avant de l’échec de Freud avec les premières hystériques, sa nature pernicieuse et répugnante, et la façon «  dont tout le monde le considère avec méfiance ». parmi les Juifs de l’élite viennoise, Crews cite la mère d’Arthur Koestler parlant en 1953 à propos de son expérience avec Freud soixante-trois ans plus tôt. Ayant été adressée à un jeune neurologiste en 1890 à l‘âge de dix-neuf ans et n’y étant allée qu’à contre-cœur, elle se souvient d’un «  type dégoûtant », son intérêt pour le sexe était «  scandaleux et étrange » et personne dans ses connaissances ne le prenait au sérieux. On croirait une adolescente, bien que ce soit légèrement douteux, si ce qu’elle dit sur sa vision principale est vrai, qu’elle se soit jamais rendue chez Freud.

De telles preuves pourraient être utilisées afin de démontrer la conscience de Freud d’être un marginal solitaire mais Crews ne veut pas de cela non plus. Les propres soixante-dix pages de son autobiographie «  Etude autobiographique » (1925) sont utilisées afin de questionner la véracité de sa déception lorqu’il était pour la première fois à l’universtité de Vienne, en1873, à l’âge de 17 ans. «  Par-dessus tout, écrit le Freud de 68 ans, je trouvais que l’on s’attendait à ce que je me perçoive comme inférieur et étranger parce que j’étais juif. »   Crews est sceptique : si Freud avait rencontré de l’ostracisme en entrant à l’université, il aurait certainement voulu achever l’épreuve aussi vite que possible, mais il s’est attardé sur un pot pourri de cours. De meêm qu’il n’apparait pas qu’il ait été privé d’une vie sociale.

Puisque 21 % des étudiants étaient «  déjà » juifs, bien qu’ils ne composent que 10.1 % de la population viennoise, Crews ne fait aucune confiance au souvenir de Freud et ne les considère que comme des moyens de nourrir son propre mythe d’un « paria qui a noblement choisi d’affronter son destin ».

Bien sûr, il ya quelque chose du pionnier solitaire dans les Etudes autobiographiques de Freud. Elles font partie d’une série de brefs récits de vie de Docteurs éminents commanditée par les éditeurs de Leibzig dont beaucoup sont de la même veine. Ce sont les tropes de la profession. Ils se souviennent des jours héroïques de la médecine : ils sont les  récits ibsenesques des individus qui ont du gravir des chemins escarpés, ont lutté pour établir de nouveaux domaines d’étude – epidémiologie, santé publique et nouvelles antitoxines contre la diphtérie et, oui, psychanalyse. La légende romantique qu’attaque Crews – et elle n’est sans doute pas plus romantique que la romance de l’accumulation patiente de preuves pendant des années – n’est pas spécifique à Freud, même si il est celui que nous connaissons le mieux.

Mais c’est le questionnement des sentiments de Freud à propos de l’anti-sémitisme par Crews qui est lui-même questionnable. Contrairement à ce qu’il affirme, l’anti-sémitisme était un fait prévalent à l’universtié au moment ou Freud y est entré. Mais pas une personne affamée de savoir comme Freud l’était et serrée sur le plan financier ne se ferait guider par les préjudices et quitter ses études. Crews est tristement sourd à l’ambivalence, le désir simultané d’appartenance et celui de faire un triomphe de votre sentiment d’isolement, en particulier quand il s’agit de Freud.

La correspondance volumineuse entre Freud et sa fiancée Martha Bernays –  connue sous le nom de Die Brautbriefe – car elle couvre toute la période de leur fiançailles-a été récemment publiée sur la site de la librairie du Congrès et publiée d’une façon méticuleuse par une maison d’édition allemande.  Sur les cinq volumes en projet, trois sont en Allemand2  et un en Anglais. Bien qu’une sélection de lettres ait été publiée précédemment et que Jones ait eu accès à tutes, les Brautbriefe sont une nouvelle source apportée à la biographie de Crews.

Les lettres commencent en juin 1882, quand Freud est un jeune chercheur démuni et finissent en septembre 1886, lorsqu’il revient chez lui après ses quatre mois de recherches à l’hôpital de la Salpêtrière avec Jean-Martin Charcot, le Napoléon des neurologues. Elles couvrent la période qui voit Freud s’installer dans un cabinet privé, tout en travaillant à l’hôpital, de façon à ce qu’il puisse gagner assez pour faire vivre sa femme et ses enfants, aisni que de nombreux autres memebres de sa famille qui dépendent de lui. Les Brautbriefe, éloquentes de part et d’autre  sont largement utilisées par Crews pour jeter du vitriol à Freud. Ses références constantes à l’argent et son besoin désespéré d’en trouver- ou bien à partir de découvertes qui lui assureraient un poste sûr à l’avenir , vers la fin de la période où il a décidé d’abandonner la recherche jusqu’à ses patients payants- ne sont jamais considérés comme des choses que Martha pourrait attendre pour pouvoir justifier le fait qu’il repousse leur mariage. Dans la vision de Crews, ils sont le signal de la valorisation de la richesse par Freud au dépend de son intégrité scientifique ou de ses patients. Crews est décontenancé par la quantité quotidienne de références à «  des maux de tête migraineux, de dépression invalidante, et d’éclats de fureur » parfois contre Martha mais principalement contre les gens qui l’ont offensé. C’est également Martha qui récupère tous les hauts et les bas qui accompagnent l’usage de la cocaïne de Freud pendant toutes ces années ainsi que ses fantasmes lubriques et plus tristement, ses échecs avoués avec son ami Ernst Fleisch von Marxow sur son addiction à la morphine. Pour Crews, il est difficile de comprendre pourquoi cette Martha intelligente, cultivée et d’un milieu plus favorisé – a attendu tant d’années et s’est décidée à épouser ce tyran malhonnête et raté que dépeint Crews et soit restée avec lui pendant cinquante ans et six enfants.

Sa décision est d’autant plus étonnante étant donné la croyance en la preuve fortuite qui a soi-disant placé sa sœur Minna, qui avait déménagé chez eux peu après qu’elle ait eu son sixième enfant, directement dans le lit de son mari, pas seulement lors de ses voyages, qui se serait terminé par un avortement, mais aussi dans une maison emplie d’enfants qui n’auraient jamais rien remarqué. Personne n’a jamais vu les deux ensemble dans un lit non plus, de même que n’existe aucun compte-rendu d’avortement dans les recherches pourtant assidues menées sans la vie privée de Freud. Les rumeurs sur la relation viennent d’une remarque désinvolte qu’aurait faite Jung- lui-même adultère avéré- en 1957, selon laquelle Minna lui aurait confessé cette aventure, alors qu’il quittait l’appartement de Freud en 1907.

La concentration totale de Crews sur les détails de ce qu’il nomme avec insouciance : «La célébration de l’amour entre Minna et Sigmund sur les rives du lac Garda » et l’avortement qui est supposé en découler est faite pour miner les acquis moraux attribué au «  légendaire » Freud par ses biographes Ernest Jones et Peter Gay. Mais est également importante pour Crews, l’opportunité que l’épisode lui offre de faire une analyse textuelle – de nous donner «  une leçon sur la façon d’appréhender les textes de Freud avec une pleine conscience de leur duplicité. »

Son but est de révéler combien les écrits de Freud sur les rêves, sur les souvenirs-écrans (ou bien souvenirs qui cachent d’autres souvenirs enfouis), l’amour, le sexe, le mariage, sont plus autobiographiques que nous ne le savions déjà. Son Freud est de toute évidence mégalomanique, jamais préoccupé par les patiens ou par quoi que ce soit d’humain ou de social. Donc les essais de Freud sur le sexe, l’amour, le mariage, (1908,1910,1911) sont construits sur son propre cas et non sur des comportements plus généraux. Cependant ses contemporains viennois, comme Arthur Schnitzler ou Stephan Zweig – tout comme les premières féministes qui condamnent le manque d’éducation, y compris sexuelle des femmes de l’époque, dépeignent bien une vie qui correspond aux descriptions de Freud.

Crews  a une bonne vision de la culture générale de la médecine psychiatrique et neurologique au tournt du siècle dernier, mais dans ses tentatives zélées de mettre Freud en accusation, il échoue à lui donne son propre poids historique ; Il n’existait pas de traitement pour les maladies psychiatriques, y compris l’hystérie, avec sa quantité de symptômes souvent sévères. Les traitements étaient violents, punitifs et parfois mortels.

Parce que Freud a appris de Charcot, Crews tente de le déprécier. Chacot était bien sûr théâtral dans ses cours publics et utilisait l’hypnotisme. Mais l’hypnotisme était une des méthodes  expérimentales scientifiques de l’époque, et dans le cas  de Charcot c’était un outil diagnostique. Crews choisit de ne pas mentionner que ce que Freud apprit de Charot était «  la chose génitale » – la sexualité présente partout dans l’hopital ou dans les histoires que les hystériques se racontaient à elles-mêmes et que Freud, contrairement à Charcot, écoutait.

En contraste, Crews admire à juste titre le psychiatre Emil Kraeplin, un contemporain de Freud, pour ses classements et ses descriptions ordonnées des maladies, dont le genre sert de base pour le DSM. Kraeplin put avoir produit des classements valorisés par Crews, il est aussi quelqu’un qui croit dans les criminels denaissance et un ferme eugéniste, faits dont Crews ne se soucie pas. Charcot et Kraeplin avaient une importante population asilaire qui leur permettait de’établir leurs classifications mais aucun d’entre eux n’était intéressé en premier lieu par la guérison des malades mentaux ;

Il s’avère que c’est ce que Freud cherchait. A l’époque, les hôpitaux psychiatriques et les cliniques privées utilisaient toutes les drogues qu’ils pouvaient trouver, du chlorure au bromure de potassium afin de calmer leurs patients. Les comportements anxieux des malades, souvent verbalement, sexuellement et physiquement agités- étaient bien connus. Il est à peine surprenant que Josef Breuer ait utilisé des sédatifs sur Bertha Pappenheim, connue sous le nom de Anna O., la première patiente des «  études sur l’hystérie »,  ou que Freud ait tout d’abord utilisé cela et toutes les techniques alors disponibles. Gérer ces patients était le mieux que l’on puisse faire et l’échec était la norme.

Cependant, Freud a laissé les drogues et l’hypnotisme en faveur de sa nouvelle cure, de parole et d’écoute, beaucoup plus douce. La plupart des hopitaux et asiles, de même que les cliniques ne l’ont pas fait. Au cours du vingtième siècle plus «  scientifique » sont apparues les cures miracles, souvent mortelles à l’usage, comme l’insuline, l’arrachage de dents, la lobotomie et les électrochocs. Les électrochocs modernes utilisent des décharges électriques beaucoup plus intenses que celles  du dix-neuvième siècle utilisées par le jeune Freud et dont Crews se moque.

La décision de Crews de transformer le travail de Freud avec ses premières patientes hystériques en un exposé de son incompétence de novice génère une lecture sans saveur. De nombreuses maladies mentales ou psychoaffectives sont incurables et chroniques. Si Freud s’est d’abord tourné vers une étilogie sexuelle puis finalement familiale pour les conflits intrapsychiques qui selon lui menaient à la maladie, il nous a averti assez fréquemment, comme dans le cas de Dora, sur ses propres erreurs de traitement. Quelle que soient les fausses interprétations de l’approche autoritaire et patriarcale  de cette adolescente perturbée, Dora ne se suicida pas comme le craignaient ses parents, ni d’ailleurs aucun autre patient de Freud. Ce peut ne pas être un résultat miraculeux mais ce n’est pas  non plus un échec total, comme toute personne travaillant dans l’environnement contemporain de la santé mentale le reconnaîtra certainement. Freud, contrairement à beaucoup à son époque, reconnu que la voix des femmes valait d’être entendue – et que les femmes étaient des êtres sexués  avec des désirs. Crews fait le choix de ne donner aucun compte rendu positif des analyses avec Freud mais il y en eu de fort notables, notamment celles de la poéte américaine HD (Doolittel) et de l’écrivaine et psychanalyste d’origine russe Lou Andreas-Salomé.

De même qu’il n’est pas exact que Freud n’ait eu presque aucun patient sur lesquels fonder ses hypothèses en début de carrière ou qu’il faisait régulièrement de mauvais diagnostics. Le livret professionnel de ses patients de 1896 à 1899 est conservé à la Librairie du Congrès. Freud a reçu presque soixante patients par an en plus de cinq-cents visites. C’est à travers ces séances et son auto-analyse  qu’il a évolué d’une brève pratique de l’hypnose à la cure psychanalytique basée sur la libre association, l’analyse des rêves et du transfert. Après 1900, sans compter les années de guerre, il travaillait avec des patients jusqu’à onze heures par jour.

Mettre des mots sur des conflits psychologiques semble aider. Les récentes révélations selon lesquelles les preuves négatives dans les essais cliniques des médicaments psychotropes si appréciés ont été évacuées par des médecins ayant bénéficié des faveurs des laboratoires pharmaceutiques, la façon dont les résultats cliniques mis en avant n’étaient que les résultats favorables, le silence sur les effets secondaires, dont le suicide – tout ceci a fait paraître bien bénignes les fautes de la psychanalyse.3  La cure psychanalytique peut ne pas produire de résultats immédiats mais elle ne provoque pas de dégâts comparables. Les assureurs peuvent reconsidérer les coûts pour un patient sur la durée d’une vie. Mais, à considérer également, main dans la main avec le développement de ces drogues psychotropes « scientifiques » hautement racoleuses, le nombre de personnes souffrant de désordre mentaux a crû énormément.

Contrairement à Adam Phillips dans son brillant «  Becoming Freud » ( 2014) ou Joel Whitebook sans sa rcente biographie intellectuelle ( 2017), Crews n’est jamais intéressé dans l’abord de ce que les écrits de Freud peuvent encore éclairer sur les mystères de la vie quotidienne actuelle. Je pense que lorsqu’il s’agit de Freud et de la psychanalyse, j’emprunterai la citation de Stanley Cavell :

« La plupart des philosophes de ma tradition, sinon tous, je crois, se réfèrent à la psychanalyse avec méfiance, se demandant habituellement si la psychanalyse mérite le nom de science… Je suis moi-même convaincu que le corpus des écrits de Freud et une quantit considérable d’écrits qui en dépendent ont atteint un horizon de savoirs insurpassé sur l’esprit humain. Je ne serai donc pas satisfait avec une réponse niant à la psychanalyse le statut de science, si cette réponse nie cet horizon de savoir.

  1. 1

Dagmar Herzog, Cold War Freud (Cambridge University Press, 2017), p. 52. 

  1. 2

Sigmund Freud and Martha Bernays, Die Brautbriefe, edited by Gerhard Fichtner, Ilse Grubrich-Simitis, and Albrecht Hirschmüller in collaboration with Wolfgang Kloft (Frankfurt am Main: Fischer, 2011–2015). 

  1. 3

See Marcia Angell’s articles in these pages, among them “Drug Companies & Doctors: A Story of Corruption,” January 15, 2009; “The Epidemic of Mental Illness: Why?,” June 23, 2011; and “The Illusions of Psychiatry,” July 14, 2011. See also David Healy, The Antidepressant Era (Harvard University Press, 1999) and Let Them Eat Prozac: The Unhealthy Relationship Between the Pharmaceutical Industry and Depression (NYU Press, 2004). 

Traduction Elisabeth Guerrier

Est-ce que les Démocrates veulent la guerre avec la Russie ? Stephen F. Cohen

Est-ce que les Démocrates veulent la guerre avec la Russie ?

Do Liberal Democrats Want War With Russia?

“Le Russiagate” encourage la possibilité d’un conflit direct avec Moscou, et les libéraux, il y a quelques temps opposés à ce genre de politique, la promeuvent maintenant.

Par Stephen F. Cohen

Nation Les éditorialistes Stephen F. Cohen et John Batchelor poursuivent leur discussion hebdomadaire sur  la nouvelle guerre froide US-Russie. Les premiers épisodes, maintenant dans leur quatrième année sont sur le site TheNation.com.)

Libéral-démocrate depuis toujours, Cohen posent les questions comme suit :

Chaque mois amène les USA plus près d’une guerre avec la Russie. Trois points périlleux sont bien connus La Syrie, où des forces armées assistées par les US ont apparemment tué trois généraux russes, en Ukraine, où le Congrès et peut-être l’administration Trump ont décidé d’envoyer plus d’armement, que Kiev se promet d’utiliser contre les rebelles soutenus par les Russes, et à la frontière russe, où Washington dit que Moscou menace «les frontières de l’OTAN » sans expliquer comment les forces de l’OTAN sont venus ici en partant d’Allemagne.

Mais il existe un autre facteur périlleux – celui que Washington appelle le «  Russiagate » avec ses allégations persistantes ( quoi que toujours sans preuve) que le Kremlin a dirigé une attaque massive sur la Démocratie américaine de multiples façons pendant la campagne présidentielle de 2016, du hacking de la DNC aà la diffusion d’emails nuisant à H. Clinton, à l’usage de médias russes et même à la compromission de Facebook dans la désinformation russe et dans la diffusion de «  fausses nouvelles » liées à Trump dans l’esprit des électeurs américains.

Et enfin et pire, que les «  associés » américains de Trump et peut-être le Président lui-même ont été en contact avec le Kremlin dans ces opérations infâmes.

Ayant pris les proportions d’un phénomène politique inévitable, le Russiagate » entraîne les chances d’une guerre avec la Russie au moins dans les trois prochaines années. Il dépeint la Russie comme une «  nation hostile », il a compromis les promesses de Trump de relâcher les tensions et de coopérer avec Moscou. Et il décourage les voix anti-guerre froide dans les médias et dans la politique américaine.

Dans le passé, les libéraux Démocrates ne se sont pas toujours, initialement ou unanimement, opposés à de telles pratiques mais finalement beaucoup d’entre eux l’ont fait, comme pendant la guerre du Vietnam  et lors de l’approche de la guerre contre l’Irak. Mais depuis plus d’un an le parti démocrate, y compris les leaders libéraux, ainsi que la presse influente qui leur est associée se sont montré profondément complices dans la promotion de la Russiagate » avec très peu d’exception dans les médias populaires.

Bien sûr, les allégations de la Russiagate n’ont pas commencé après l’élection de Trump en Novembre 1916, comme il a été largement dit, mais lors de l’été et de l’automne 2016, avec les journalistes libéraux-Démocrates et le médias pro-Clinton, y compris le New York Time, plantant la graine d’une conspiration « Trump-Poutine », avec le maintenant infâme «  dossier «  Trump, alors secrétement financé par la campagne de Clinton, et Clinton elle-même brandissant Trump comme «  la poupée » de Poutine pendant l’un de leurs débats télévisés. Quand Obama a annoncé les sanctions contre la Russie en Décembre 2016, y compris, a-t-il dit des cyber-attaques logées quelque part dans les infra-structures de ce pays, il a cité ce qui allait devenir la Russiagate comme raison, sans pouvoir présenter de preuve.

 

Depuis lors, les Démocrates, avec parmi eux des libéraux auto-proclamés, ont sans arrêt approvisionné et perpétué la 3russiagate ». Au Congrès, par exemple, les Représentants Adam Schiff, Jackie Speier, Eric Swalwell, et Maxine Waters, et les Sénateurs Mark Warner et Richard Blumenthal ont été en premières lignes. Abandonnant les standards du journalisme de preuves vérifiables, de sources fiables et de couverture équilibrée, le New York Times et le Washington Post ont augmenté leur publication d’allégations de grande envergure données comme des faits. (Pour leur pratique, se reporter les nombreux articles critiques du journaliste récompensé Robert Parry sur consortiumnews.com.) Ces nouvelles de la presse écrite sont amplifiées presque chaque nuit sur MSNBC et CNN. De nombreux médias moins importants jouent le même rôle.

Et pire, les libéraux et les pro-Démocrates ont surpassé les charges les plus dangereuses selon lesquelles en 2016 «  l’Amérique s’est faite attaquer par le gouvernement russe. » comme l’a psalmodié Morgan Freeman dans une vidéo récente produite par les libéraux hollywoodiens. «  Nous sommes en guerre », a-t-il déclaré. Est-ce que cela peut signifier autre chose que le lancement immédiat d’une attaque de Washington contre l’autre super-puissance nucléaire ?

De même que cet appel implicite à la guerre n’est pas simplement  venu de célébrités informées d’une façon questionnable. La semaine dernière, un éditorial du Times a dit à ses lecteurs qu’en 2016, « la Russie avait essayé de compromettre la souveraineté américaine. » tout comme elle l’avait fait en Ukraine en 2014. Selon l’éminent intellectuel et analyste politique libéro-démocrate Robert Reich, la Russie a commis « une attaque sans précédent contre notre démocratie. », le Professeur ayant apparemment oublié ou réduit Pearl Harbor et le 11 septembre. Et dans un discours important de politique étrangère, le «  dissident » Bernie Sanders a déclaré au Parti démocrate «  Nous savons maintenant que le gouvernement russe s’est engagé dans un effort massif pour compromettre une de nos plus grandes forces : l’intégrité de nos élections et notre foi entre notre propre démocratie ».

Non, insiste Cohen, nous ne le «  savons » pas, ce qui nous ramène à ce que les libéro-démocrates n’ont pas fait cette fois mais qu’ils ont fait avant. Il n’ont montré aucun scepticisme au regard des allégations officielles et médiatiques sur le soi-disant piratage de la DNC par le Kremlin ou sur l’abus furtif de FaceBook et d’autres médias, en dépit de preuves et de témoignages contraires, encore, à quelques exceptions près.

Ils n’ont pas protesté, comme ils le font souvent, contre la criminalisation croissante de contacts habituels avec la Russie, financiers, diplomatiques ( comme les contacts en sous-main) ou même conjugaux mais ils ont promu le vrai dossier «  fausses informations » anti-Trump

Bien qu’une fois les ennemis des opérations de renseignements secrètes dans la politique américaine, les libéraux n’ont pas protesté, ni même montré un quelconque intérêt dans le rôle évident joué par les chefs de l’intelligence dans la mise au point du Russiagate sous Obama. Et ils ont manifesté encore moins d’intérêt dans les nouvelles preuves que la campagne de Trump était en fait surveillée par le FBI, comme l’a suggéré plus tard le Président et pour lequel il a été copieusement ridiculisé. ( Voir par exemple, Evan Perez, et al., CNN.com, le 19 Septembre.)  Au lieu de ça, les Démocrates, y compris les libéraux, ont transformé les agences de renseignement en des sources iconiques ( de témoignages et de fuites) Bien sûr le chef de l’intelligence nationale sous Obama, James Clapper, dont les dénigrements contre les Russes comme supposés ethniquement subversifs  n’ont pas non plus perturbés les libéraux, est dans l’équipe de conseil du nouveau «  Comité pou enquêter sur la Russie » hollywoodien qui a écrit le script de Norman Freeman.

Plus encore, peut-être les libéraux, qui auraient il y a quelques temps été choqués de lire dans un article récent du Times que les méthodes d’investigation du Conseiller spécial Robert Mueller étaient «  des tactiques agressives »  «  des tactiques de choc et d’effroi afin d’intimide les témoins et les cibles potentielles ».  Des méthodes, comme le dit une source » pour semer la terreur dans le cœur des gens de Washington ». Mais il n’y a pas eu d’outrage libéral, aucune action de l’ACLU, uniquement des articles applaudissant Mueller pour son honnêteté et l’encourageant, comme Ryan Lizza dans le New Yorker.  Pas même le Times ne suggère que Mueller, incapable de trouver des preuves d’une «  collusion »  électorale pourrait «  se trouver dans une expédition qui rappelle les abus d’antant » ( Et nous apprenons que Mueller veut les enregistrements IRS remontant à plusieurs années, bien avant la montée au pouvoir de Trump. Est-ce que les Démocrates ayant collaboré au pillage de la Russie dans les années 90  se préoccupent de savoir jusqu’où de telles investigations vont aller ?)

Au bout du compte, les libéro-démocrates semblent indifférents au ramollisement à l’égard de la censure médiatique. Une part d’entreelle est douce. : des voix informées antiRussiagate et des voix co la Guerre froide, sont régulièrement exclues des reportages de la presse populaire, des pages de débat et des invités aux émissions. Mais il existe une ébache de censure plus dure – des campagnes offi=cielles ou non, toutes bien financées pour purger la «  désinformation et la propagande russe » des médias américains, même lorsqu’elle est exprimée par des Américains avec leurs propres outils d’analyses dissidents. ( Voir l’exigence de Samanta Power que nous «  augmentions notre vigilance » et son attente de médias qui soient des gardiens et des arbitres.) Ce qui aussi trahit un mépris pour le Premier amendement mais aussi pour les électeurs américains qui, vraisemblablement, un peu comme des zombies, n’ont aucun pouvoir critique en propre. A ce propos le d’habitude loquace PEN et autres protecteurs des libertés civiles sont aussi silencieux.

En bref comme le pense Cohen, les libéro-démocrates trahissent leurs propres traditions les meilleures. En privé, certains justifient leur nouvel illibéralisme en insistant sur le fait qu’il s’agit d’une résistance contre Trump, que Trump est le pire des maux. Mais l’histoire a montré depuis longtemps qu’un tel raisonnement de fin-justifie-les-moyens ne finit pas bien pour les libéraux- ni pour personne d’autre.

Et, bien sûr, les libéro-démocrates étaient jadis au premier rang de la lutte pour éviter un conflit nucléaire avec la Russie. Plus maintenant.

Stephen F. Cohen

Stephen F. Cohen est Professeur émérite d’Etudes russes et de politique à l’Université de New York et à l’Université de Princeton, il est un rédacteur contribuant à The Nation.

 

Le programme en 12 points de la psychiatrie pour produire des toxicomanes. Lawrence Kemelson

Psychiatry’s 12-Step Program for Producing Heroin Addicts

Le programme en 12 points de la psychiatrie pour produire des toxicomanes

Lawrence Kelmenson, MD

August 25, 2017

Mad in America

J’ai précédemment montré comment la capacité de la société à classer la tristesse comme une « maladie du cerveau » depuis 1990 avait à une pointe dans le nombre d’adultes dépressifs chroniques.  Dont beaucoup ont été conduits dans une addiction aux opiacés par des médecins qui ont capitalisé sur leur vulnérabilité. Ceci a induit la crise d’overdoses aux opiacés qui elle aussi a commencé en 1990.

Mais même si cela a rendu facile pour des adolescents le fait de trouverr des comprimés d’opiacés dans le porte-monnaie de leur parents ou dans le cabinet du médecin depuis 1990, les overdoses d’héroïne ( qui adviennent principalement chez les jeunes qui ont d’abord consommé des opiacés). N’ commencé à croître que plus tard ( 2006) en dépit du fait que l’héroïne était présente depuis les années 60. Je crois que c’est parce que les dépendants à l’héroïne actuels forment une nouvelle couvée. Les racines de leur création ont été plantées en 1990, quand les mensonges des médecins sur une immaturité normale de l’enfant qui aurait été une «  maladie génétique du cerveau » a été acceptée. Ceci a permis à la psychiatrie de commencer son programme en douze points pour produire des addictions à l’héroïne, menant du berceau à ( presque) la tombe .

  1. Proclamer à tort que les enfants sont câblés génétiquement pour mûrir, de façon à dévaloriser le rôle clef des parents qui investissent moins dans leur éducation.
  2. Diagnostiquer des enfants normalement inattentifs, impulsifs ou caractériels comme ayant une «  maladie du cerveau » permanente ( ADHD ou bipolarité) et avertir les parents en conséquence qu’il serait inutile de les élever normalement puisqu’ils sont «  inéducables ».
  3. Par contre conseiller aux parents et aux écoles de les éduquer sur un mode d’intervention sanitaire, de façon à ce qu’ils n’apprennent jamais comment prévoir, planifier et mener à bien des tâches seuls.
  4. Leur dire que les défis et les attentes de ces enfants doivent être grandement réduites, de façon à ce qu’ils ne soient pas préparés aux pressions fortes, et aux exigences de l’âge adulte.
  5. Conseiller aux parents de ne pas poser de limites ni de sanctionner de mauvais comportements de façon à ce que ces enfants n’aient pas à apprendre comment réguler leurs impulsions et leur rage et en conséquence n’apprennent jamais l’auto-discipline.
  6. Conseiller aux parents et à leurs enfants de ne pas explorer, discuter, résoudre tout problème qui les dérange ( en affirmant qu’il n’y en a pas) de façon à ce qu’ils n’apprennent pas à les résoudre ni comment développer des relations confiantes.
  7. Renforcer l’irresponsabilité, l’incapacité, la sauvagerie en les sauvant dès qu’ils ont des problèmes, leur donner des A faciles et autre récompenses victimaires.
  8. Remplacer une éduction solide par des recours aux tranquillisants de façon à ce que le seul outil que l’enfant apprend jamais à utiliser pour se trouver est la capacité à rendre son esprit brumeux avec des molécules chimiques.
  9. Remplacer une éducation solide avec l’Individualized Educational Programs ( Programme d’éducation individualisé ) et des aménagements qui les dorlotent afin de donner l’illusion de succès qui ne se produisent pas.
  10. Capitaliser leur vulnérabilité et leurs conduites à risque pendant leur jeunesse en les guidant vers l’addiction au moyen de succédanés euphorisants comme l’Adderal
  • Nourrir leur addiction en les encourageant à la nier, déclarant : «  Vous n’êtes pas un toxicomane, puisque ce sont des prescriptions faites par votre médecin pour guérir votre maladie.
  • Si ils acceptent leur addiction et souhaitent travailler à trouver des outils pour devenir sobres, berner les en leur offrant de devenir encore plus toxicomanes par le «  traitement » de leur addiction mais qui plus souvent la développe, comme le Suboxone.

A travers ces étapes, la psychiatrie plante les graines de l’addiciton tôt dans la vie, puis les nourrit continuellement jusqu’à l’âge adulte. La psychiatrie et les programmes des Alcooliques anonymes (AA’s 12 step programs) sont similaires en ce que le principe essentiel de ces deux programmes est de s’abandonner à une autorité plus é digne de confiance ». L’autorité de la psychiatrie n’est que la psychiatrie et ses médicaments addictifs. Dans les AA, vous ne pouvez temporairement pas vous faire confiance puisque ce sont les drogues qui vous contrôlent, donc ils vous enseignent à gérer votre situation d’une façon responsable. Mais en psychiatrie, on vous apprend à ne jamais vous faire confiance puisque de «  mauvais gènes » vous contrôle, et que vous avez donc besoin en permanence confier la responsabilité à des psychiatres et à leurs drogues. Il n’est donc pas surprenant I qu’une méta-analyse ait trouvé que les enfants identifiés d’ADHD se tournent vers les drogues illicites au moins trois fois que les autres, qu’ils soient sous médicaments ou non. La psychiatrie a pris en charge «  l’éducation » des enfants et a récemment ajouténearly 3 times as often as non-labeled kids1,  le « traitement » des addictions dans son domaine toujours croissant, avec des résultats désastreux.

Voici quelques statistiques qui, regroupées, supportent mon argument que la psychatrie est la cause de notre épidémie d’héroïne. Il y a eu une croissance par six de prescriptions de stimulants pour l’ADHD entre 1991 et 2000. L’âge moyen pour le premier diagnostic d’ADHD est 7 ans, il leur faut donc 15 ans pour atteindre 22 ans ( l’âge moyen des usagers d’héroïne). Ceci explique l’augmentation ( six-fold) des overdoses entre 2006 et 2015, après qu’elles soient restées stables pendnat les 10 années précédentes. Kurt Cobain n’était pas seulement en avance sur son temps musicalement, il a aussi suivi cette voie.

Les quatre nations67 avec le plus fort taux par habitant de diagnostic d’ADHD sont les quatre premières nations pour le taux d’overdose per capita, dans le même ordre 8.. Les états11 avec le plus haut taux d’overdose10  par capita ont également un très fort taux de disagnostiqcs d’ADHD. Celles où l’ADHD est le moins diagnostiqué 9 ont le taux d’overdose le plus bas. Le ratio par individus de blancs, hispaniques, noirs ( 19.10.4) 12 est virtuellement identique au taux d’overdose per capita parmi ces ethnicités. ( 19. 10. 6). Ce ratio d’overdoses était presque égal avant que  le premier contingent d’enfants diagnostiqués ADHD n’atteignent l’âge adulte. Les blancs étaient en fait à la seconde place 13.  Le ratio hommes.femelles adolescents «  traités » pour ADHD était à peu près de 3.1 en 2003.14 — à cette époque le ration des overdosespar héroïne hommes femmes est aussi de 3.1. Il est maintenant de 2.2. 115.

Ceci correspond trop bien, comme les pièces d’un puzzle, pour être le fruit d’une coincidence. Avec le fait que les clients traités pour ADHD se suicident 5 à10 fois plus  souvent16 et meurt dans des accidents de la route deux fois plus souvent 18 (ce qui est probablement aussi une des raisons majeurs pour expliquer  la montée récente de ces deux chiffres) ceci suggère que les parents ne devraient pas laisser leurs enfants être diagnostiqués ADHD si ils veulent qu’ils atteignent un grand âge. Donc de façon à éradiquer toutes ces épidémies contemporaines aux USA, leur source commune doit aussi être éradiquée. C’est la bio-psychiatrie. La façon moderne de se défoncer et de mourir aux USA.

Traduction Elisabeth Guerrier

 

Les smartphones sont-ils entrain de détruire une génération ? J. M. Twenge

Have Smartphones Destroyed a Generation?

 

Plus à l’aise on line que dehors à faire la fête, les adolescents de la génération post-millénaire sont plus en sécurité, physiquement, que aucun adolescent ne l’a jamais été. Mais ils sont au bord d’une crise de santé mentale.

JEAN M. TWENGE

 

SEPTEMBER 2017

 

Un jour, l’été dernier, aux alentours de midi, j’ai appellé Athena, une fille de 13 ans qui vit à Houston, Texas. Elle a répondu avec son propre téléphone, elle en a un depuis qu’elle a 11 ans, donnant l’impression qu’elle venait juste de se réveiller. Nous avons bavardé à propos de ses chansons et de ses émissions TV favorites et je lui ai demandé ce qu’elle aimait faire avec ses amis. «  On va au centre commercial » a-t-elle dit. «  Est-ce que tes parents t’y conduisent ? » ai-je demandé, le souvenant de ma préadolescence, dans les années 1980, où j’aimais les heures sans parents, faisant du shopping avec quelques amis. «  Non, j’y vais avec m famille, » a-t-elle répondu, «  Nous y allons avec maman, et mes frères et nous marchons légèrement derière eux. Je dois faire vérifier ma présence toutes les heures ou toutes les demi-heures. »

Ces sorties au centre commercial sont rares- à peu près une fois par mois. Plus souvent Athena et ses amis passent du temps ensemble sur leurs téléphones, sans chaperon. Contrairement aux dolescents de ma génération, qui auraient passé une soirée à occuper la ligne famiiale fixe avec des comerages, ils parlent sur Snapchat, l’application du smartphone qui permet à ses usagers d’envyer des photos et des vidéos qui disparaissent rapidement.

Ils font attention à maintenir leur «  Snapstreak » qui montre combien de jours d’affilée ils ont été connectés les uns aux autres. Parfois, ils ont des captures d’écrans de photos particulièrement ridicules de leus amis. «  C’est du bon chantage » dit Athena. (Parce qu’elle est mineure, je n’utilise pas son vrai nom). Elle m’a dit qu’elle avait pssé la plupart du temps en vacances à rester seule dans sa chambre avec son téléphone. C’est comme ça qu’est cette génération, dit-elle, «  Nous n’vons pas eu la chance de connaître une autre vie que celle des Ipads et des Iphones. Je pense que nous aimons nos téléphones plus que nous aimons les personnes véritables. »

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Je fais des recherches sur les différences générationnelles depuis 25 ans, ayant commencé quand j’étais un étudiant de psychologie en post-doctorat de 22 ans. Typiquement, les caractéristiques qui en viennent à définir une génération apparaissent graduellement, suivant une ligne continue. Les croyances et les comportements qui étaient déjà présents continuent simplment à se manifester. La génération du millénaire par exemple, est une génration hautement individualiste mais l’individuaisme n’a fait que se confirmer depuis que la génération du Baby boom s’est branchée, débranchée, a abandonné ses études. Je me suis habitué à des graphiques de tendances qui ressemblent à des modestes vallées et collines.

Puis j’ai commencé à étudier la génération d’ Athena.

Aux environ de 2012, j’ai not des changements rédicaux dans les comportements des adolescents et dans leurs réactions émotionnelles.

Les gentilles tendances vallonées des courbes graphiques sont devenues des montagnes escarpées et des ravins profonds et de nombreuses caractéristiques de la génération du millénaire ont commencé à disparaître. Dans toutes mes analyses de données gnérationnelles, certaines remontant à 1930, je n’avais jamais rencontré une telle chose.

Les aspects de l’indépendance, si puissante chez les générations antérieures, ont moins d’attrait pour les adolescents actuels.

Au début, j’ai cru qu’il s’agissait d’une petite déviation mais la tendance s’est confirmée, sur plusieurs années et dans une série d’enquêtes nationales. Les changements n’était pas seulement en quantité mais en nature. La plus grande différence entre les adolescents nés au millénaire et leurs prédécesseurs était dans la façon dont ils voyaient le monde. Les ados actuels diffèrent de la génération Y ( 1980.2000) non seulement dans leur vision mais aussi dans la façon dont ils passent le temps. Leurs expériences qu’ils mènent chaque jour sont radicalement différentes de celles que menaient leus prédécesseurs quelques années auparavant.

Que s’est il passé en 2012 qui ait pu créer une telle modification de comportements ? C’était après la grande récessio, qui a officiellement duré de 2007 à 2009 et a eu un effet plus sévère sur la génération qui tentait de se frayer un chemin à la recherche d’un emploi dans une économie dévastée. Mais c’est le moment où la population américaine possédant un smartphone a dépassé les 50%.

Plus je consulte les enquêtes sur les comportements et les attitudes des adolescents, plus je parle à de jeunes gens comme Athena, pls il devient clair que leur génération est modelée par le smartphone et par la montée concomittante des médias sociaux.

Je l’appelle l’ Igen. Nés entre 1995 et 2012, les membres de cette génération grandissent avec des smartphones, ont un compte instamgram avant d’entrer au lycée, et ne se souviennent pas d’une époque avant internet. La génération Y a grandi avec le web également mais il n’était pas omniprésent dans leur vie, à portée demain sans arrêt, jour et nuit. Les membres les plus âgés de l’Igen étaient des pré-adolescents quand le Iphone a été mis sur le marché, en 2007, et des lycéens quand le Ipad est entré en scène en 2010. Une enquête de 2017 portant sur plus de 5000 adolescents américains a montré que trois d’entre eux sur quatre possède un Iphone.

L’advenue du smartphone et de sa cousine la tablette a été suivie rapidement par des écrits sur les effets délétères du «  temps à l’écran ». Mais l’impact de ces produits n’a pas été clairement évalué et va bien au-delà des préoccupations habituelles sur des capacités d’attention diminuées. L’arivée des smartphones a radicalement changé cha=cun des aspects de la vie des adolescents, de la nature de leurs interactions sociales à leur santé mentale. Ces changements ont affecté les jeunes dans chaque angle de la nation et dans toutes les couches sociales. La tendance apparait chez les adlolescents qu’ils soient riches ou pauves, quelque soit ses origines ethniques, dans les villes, les banlieues, les petites bourgades. Partout où se trouve une tour de téléphonie, il y a des adolescents vivant leur vie sur leur smartphone.

Pour ceux d’entre nous qui se souviennent d’une adolescence plus analogique, cela peut sembler troublant et étranger. L’objectif des études générationnelle cependant ‘est pas de succomber à la nostalgie le bon vieux temps, c’est de comprendre comment il est maintenant. Certains changements générationnels sont positifs, certains négatifs et beaucoup sont les deux. Plus à l’aise dans leur chambre que dans une voiture ou à une fête, les adolescents d’aujourd’hui sont plus en sécurité qu’aucun adolascent ne l’a jamais été. Ils sont notoirement moins suceptibles d’avoir un accident et ayant moins le goût de l’alcool que leurs prédécesseurs, moins susceptiles de subir les effets secondaires de l’alcool.

Psychologiquement par contre, ils sont plus vulnérables que l’étaient leurs ainés. Les taux de dépressions et de suicide ont monté en flèche depuis 2011. Ce n’est pas exagérer de décrire la Igen comme étant au bord de la pire crise de santé mentale depuis des décennies. Une grnde partie de cette détérioration peut être tracée sur leurs téléphones.

Même lorsqu’un évènement notoire – une gue avancée technologique, un concert gratuit dans la boue- joue un rôle fédérateur au sein d’un group de jeunes, aucun facteur unique ne définit jamais une génération. Les modes de parentalité continuent à évoluer, comme évoluent les cusrsus scolaires et culturels, et ces éléments importent. Mais la montée simultanée des smartphones et des médias sociaux a causé un séisme d’une magnitude que nous n’avons pas observé depuis très longtemps, sinon jamais. Il y a des preuves irréfutables que ces appareils que nous avons placés entre les mains des adolescents ont un effet profond sur leurs vies en les rendant profondément malheureux.

Au début des années 1970, le photographe Bill Yates fit une série de portraits au skating Sweetheart de Tampa, en Floride. Dans l’un d’eux, un adolescent sans chemise se tient avec une grande bouteille de peppermint collée à la ceinture de son jean. Dans une autre, un garçon qui nesemble pas avoir plus de douze ans pose avec une cigarette dans sa bouche. La patinoire était un lieu où les enfants pouvaient échapper à leurs parents et habiter un monde à eux, un monde où ils pouvaient boire, fumer, et se’envoyer en l’air à l’arrière de leurs voitures. Dans un noir et blanc très pur, les adolescents du babyboom, fixent l’objectif de Yates avec la confiance en soi née du fait d’avoir fait ses propres choix. Même si, et peut-être spécialement si, vos prantes ne pensent pas que ce sont les bons choix.

Quinze ans plus tard, pendant ma propre adolescence, en tant que memebre de la génération X, fumer avait perdu un peu de son prestige mais l’indépendance avait définitivement gardé le sien. Mes amis et moi, nous combinions afin d’obtenir nos permis de conduire aussi vite que possible, prenant des rendez-vous au DMV ( Department of Moor Vehicles)  pour le jour où nous aurions seize ans et utilisant notre liberté fraîchement conquise afin de fuir le confinement de nos banlieues. Quand nos parents nous demandaient : «  Quand rentres-tu à la maison ? », nous répondions, «  Quand veux-tu que je rentre ? »

Mais les allures d’indépendance, si puissantes pour les générations précédentes ont moins d’impact sur les générations actuelles  qui sont beaucoup moins suceptibles de quitter la maison sans leurs parents. Le changement est étonnant, les adolescents de 16 à 18 ans en 2015 sortent moins souvent que ceux de 13 à 14 ans en 2009.

Les adolescents d’aujourd’hui ont également moins de chance d’avoir des rendez-vous amoureux. L’étape initiale que les Génération X appelaient «  bien aimer » ( comme dans «  Oh, je t’aime bien ) les enfants la nomme «  parler »  choix ironique pour une génération qui prfère les textos aux conversations réelles. Après que deux ados aient «parlé » pendant un certain temps, ils peuvent commencer à se rencontrer. Mais seulement 45 % des lycéens de terminale ont déjà eu des rendez-vous alors que pour la Génération X et pour les baby boomers, le nombre était de 80%

Le déclin des rendez-vous évolue avec le déclin de l’activité sexuelle. La chute est la plus forte pour les adolescents de 14 à 15 ans réduit de presque 40% depuis 1991. L’adolescent moyen maintenant a eu des relations sexuelles pour la première fois au début de son année de Première., une année entière plus tard que les adolescents de la Génération X. Moins d’adolescents ayant des relations sexuelles a contribué à ce que certains considèrent comme une des tendances les plus positives dans la jeunesse ces dernières années.  Le taux de naissance chez les adolescents a touché un de ses plus bas scores en 2016, plus faible de 67% par rapport à son pic le plus récent, en 1991.

Même la fait de conduire, un symbole de la liberté adoclescente inscrit dans la culture américaine, de Rebel Without a Cause à Ferris Bueller’s Day Off, a perdu son attractivité pour les adolescents actuels. Preque tous les lycéens du babyboom avaient leur permis de conduire dès le printemps de leur année de Terminale, plus de un adolescent sur quatre aujourd’hui ne l’a pas à la fin du lycée. Pour certains, papa et maman sont de si bons chauffeurs qu’il n’y a pas de besoin urgent de conduire. «  Mes parents me conduisaient partout et ne se plaignaient jamais, j’ai toujours été conduit ; « m’a dit un étudiant de 21 ans de San Diego. «  Je n’ai pas passé mon permis jusqu’à ce que ma mère me dise qu’il le faallait car elle ne’allait plus continuer à me conduire à l’école.  Elle a finalement obtenu son permis six mois après son 18ième anniversaire. D’une conversation à l’autre, les ados décrivent le fait de passer leur permis comme quelque chose que leurs parents les poussent à faire- une notion qui aurait té impensable pour les générations antérieures.

L’indépendance n’est pas gratuite – vous avez besoin d’argent pour payer l’essence, ou la bouteille de schnaps. Avant, les ados travaillaient en grand nombre, impatients de financer leur liberté ou poussé par leurs parents afin d’apprendre la valeur de l’argent. Mais la génération I ne travaillent pas autant (ni ne gère son propre argent) . À la fin des années 70, 77% des lycéens de terminale travaillaient pendant l’année scolaire, vers le milieu des années 2010, seulement 55%. Le nombre des élèves de Première qui travaille a baissé de moitié. Ce déclin s’est accéléré pendant la grande récession, mais l’emploi d’adolescent n’a pas repris même quand le nombre d’emploi a augmenté.

Bien sûr mettre la responsabilité sur le dos des générations antérieurs n’est pas une innovation de la génération I. La génération X (millenials) dans les années 1990, ont été les premiers à repousser les habituels marqueurs de l’âge adulte. Les jeunes de la génération X étaient tout aussi enclins à conduire, bore de l’alcool, et sortir que la génération de baby boomers et plus susceptible d’avoir des relations sexuelles et de tomber enceinte à l’adolescence. Mais en laissant leur adolescence derrière eux, la génération X s’est mariée et à commencer une carrière plus tard que leurs prédécesseurs.

La Gen X s’est débrouillée pour étirer l’adolescence au-delà de toutes les limites antérieures. Ses membres ont commencé à devenir adultes plus tôt et fini de devenir adultes plus tard. Avec la génération X et I, l’adolescence s’est à nouveau contractée – mais simplement parce que ses débuts ont été retardés. A travers une quantité de comportements : boire, sortir, passer du temps sanssupervision, les adolescents de 18 ans agissent maintenent plus comme ceux de 15 ans agissaient et ceux de 15 ans comme ceux de 13. L’enfance maintenant s’étire bien avant dans les années du lycée.

Pourquoi les adolescents d’aujourd’hui attendent-ils plus longtemps avant d’accèder à la fois aux responsabilités et aux avantages de l’âge adulte ? Les changements dans l’économie et dans l’éducation jouent certainement un rôle. Dans une économie de l’information, qui récompense les études longues plus que les emplois précoces, les parents peuvent être enclins à encourager leurs enfants à rester à la maison et à étudier plutôt qu’à exercer un emploi à temps partiel. Les ados, en retour, semblent se satisfaire de cet arrangement casanier- non pas parce qu’ils sont plus studieux mais parce que leur vie sociale est vécue par leur téléphone. Ils n’ont pas besoin de quitter la maison pour passer du tems avec leurs amis.

Si les ados d’aujourd’hui étaient une génrtion de bûcheurs, on le verrait dans les données.  Mais les élèves de 3ième, seconde ou première dans les années 2010 passent en fait moins de temps sur leur travail personnel que le faisait la Génération X dans le début des années 1990. ( Les lycéens se préparant à passr quatre ans à l’université passaient le même temps sur leur travail personnel que leurs prédcesseurs.) Le temps que les élèves de Terminale passent dans des activités comme les clubs d’étudiants et le sport a peu changé récemment. Combiné audéclin des emplois à temps partiel, cela signifie que la génération I a plus de temps libre que la Génération X en avait, pas moins.

Alors, que fait-elle de tout ce temps ? Ils sont sur leurs téléphones, dans leur chambre, seuls et souvent en détresse.

Jasu Hu

Une des ironies de la génération I est que malgré le fait qu’elle passe beaucoup plus de temps sous le même toit que leurs parents, on ne peut pas dire que les ados soient plus proches de leurs pères ou de leurs mères que l’étaient leurs prédécesseurs. «  J’ai vu mes amis dans leur famille, ils ne leur parlent pas » me dit Athena. Ils ne disent que «  Okay, okay, des truxcs comme ça  quand ils sont sur leur téléphone. Ils ne font pas attention à leur famille. » Comme ses pairs, Athena est une experte dans le débranchage de ses parents quand elle veut se concentrer sur son téléphone. Elle a passé presque tout l’été avec ses amis mais tout était par textos ou snapchat ? «  J’ai été plus sur mon téléphone qu’avec de vraies personnes » dit-elle «  Mon lit a, comme une empreinte de mon corps. »

En ceci aussi elle est typique. Le nombre d’ados qui rejoingent leurs amis preque chaque jour a chuté de plus de 40% entre 2000 et 2015. Le dclin s’est spécialement accentué récemment. Ce n’est pas qu’une question de nombre d’ados faisant la fête, mais du nombre d’ados simplement passant du temps dehors. C’était quelque chose que tous les ados faisaient, les ringards et les sportifs, les riches et les pauvres, les bons et les moyens à l’école. La patinoire, le terrin de bascket, la piscine municipale, les coins spéciaux pour se tripoter. Tout a été remplacé par des espaces virtuels auquels on a accès par les applications et le web.

On pourrait s’attendre à ce que les ados passent tnt de trmps sur ces noveaux espaces parce que ça les rend heureux mais la plupart des données montrent qu’il n’en est rien. L’enquête de «  Monitoring the future », créé par l’Institut national d’usage de drogues et sensé avoir une représentativité nationale a posé à des lycéens de Terminale 1000 questions chaque année depuis 1975 et à des lycéens de Troisième et de Seconde depuis 1991. L’enquête demanden aux adolescents s’ils sont heureux et combiende temps libre ils passent sur différentes activités, y compris de activités sans écran comme les interactions interpersonnelles, et l’exercice physique, et récemment, les activités avec écran comme l’usage des médias sociaux, les textos, et les recherches sur le web. Les résultats ne peuvent pas être plus clairs. Les ados qui passent plus de temps que la moyenne sur leurs écrans sont plus susceptibles d’être malheureux et ceux qui passent plus de tmps sdans des activités sans écran sont plus susceptibles d’être heureux.

Il n’y a pas une seule exception. Plus d’activités face aux écrans sont liées à moins de bonheur et toutes les activités hors écran à plus. Les élèves de Troisième qui passent 10 heures et plus par semaine sur les médias sociaux sont susceptibles à 56 % de plus de dire qu’ils sont malheureux que ceux qui consacrent moins de temps aux médias sociaux. Il faut l’admettre, 10 heures par semaine, c’est énorme. Mais ceux qui passent de 6 à 9 heures sur les médias sociaux sont tout de même susceptibles à 47 % de plus que ceux qui les utilisent moins de dire qu’ils sont malheureux.

L’opposé est vrai en ce qui concerne les interactions interpersonnelles. Ceux qui passent un temps au-dessus de la moyenne avec leurs amis sont 20% moins susceptibles de dire qu’ils sont malheureux que ceux qui se retrouvent avec leurs amis moins souvent que la moyenne.

Plus les adolescents passent de temps face à leurs écrans plus ils témoignent de symptômes de dépression.

Si vous deviez donner un conseil pour une adolsecence heureuse à partir de cette enquête, ce serait tout ce q’il y a de plus simple : laissez vos smartphones et vos ordinateurs, et allez faire quelque chose, n’importe quoi qui ne nécessite pas d’écran. Bien sûr ces analyses ne prouvent pas d’une façon univoque que les écrans causent la trisesse.  IL est porssible que des adolescents tristes passent pus de temps en ligne. Mais des recherches récentes suggèrent que le temps face aux écrans, en particulier à travers l’usage des médias sociaux cause vraiment du mal être. Une étude à demandé à des étudiants ayant une page Face Book de remplir une brève étude sur leur téléphone pendant deux semaines. Ils recevaient un message avec un lien cinq fois par jour et rapportaient leur états d’âme et combien de tempsils avaient utilisés Face Book. Le plus ils l’utilisaient, le moins heureux ils se sentaient, mais se sentir malheureux ne les amenaent pas à plus de temps passé sur ce média.

Des médias sociaux comme Face Book promettent de nous connecter avec des amis. Mais la Génération I qui apparait de ces études est une génération solitaire, disloquée. Les ados qui visitent les médias sociaux chaque jour mais vint des amis en personne moins fréquemment sont les plus susceptible de partager ce choix : «  Souvent je me sens seul » et «  Je me sens être à l’écart de beaucoup de choses » et «  Je souhaite souvent avoir plus de vrais amis ». Le sentiment de solitude chez les adolescents à grimpé en 2013 et est demeuré haut depuis.

Ceci ne veut pas dire que, à un niveau individuel, les enfants qui passent plus de temps en ligne sont plus solitaires que ceux qui y passent moins de temps. Les adolescents qui passent beaucoup de temps sur les édias sociaux passent aussi plus de temps avec leurs amis, en moyenne. Des ados hautement socialisés le sont plus dans les deux cas et ceux qui le sont moins également. Mais à un niveau générationnel, quand des adolescents passent plus de temps sur leurs smartphones et moins de temps avec leurs amis, le sentiment de solitude est plus commun.

La dépression aussi. Une fois de plus, les effets des activités sur écran ne peuvent pas tromper : le plus de temps passé en ligne, le plus de chance de témoigner de symptômes de dépression.

Les élèves de Troisième qui sont de gros utilisateurs des médias sociaux augmentent leur risques de dépression de 27%, pendant que ceux qui font du sport, vont aux sevices religieux ou même font leur travail scolaire plus que la moyenne diminuent les risques d’une façon significatrice.

Les adolescents qui passent trois heures ou plus avec des appareils électroniques augmentent de 35% les facteurs de risques de suicide, comme de faire de plans pour se suicider ( ce qui est =beaucoup plus que les risques par exemple liés au fait de regarder la télévision). Une enquête qui capture étonnament et indirectement l’isolation croissante des enfants, en bien et en mal : depuis 2007, le taux d’homicide au sein des adolescents a décliné mais le taux de suicides a augmenté. Comme les adolescents ont commencé à moins passer de temps ensemble, ils sont devenus moins susceptibles de se tuer les uns les autres et plus susceptibles de se tuer eux-mêmes. En 2011, pour la première fois en 24 ans, le taux de suicide adolescents était plus élevé que le taux d’homicides.

La dépression et le suicide ont de nombreuses causes, trop de technologie n’est pas le seule d’entre elles de toute évidence. Et le taux de suicide chez les adolescents était même plus élevé dans les années 1990, longtemps avant l’arrivée des smartphones. Mais à peu pès quatre fois plus d’Américians prennent des anti-dépresseurs qui sont souvent pescrits pour traiter les dépressions sévères, le type le plus lié au suicide.

Quelle est la conexion entre les smartphones et l’apparente détresse psychologique que cette génération éprouve ? Malgré tout leur pouvoir à mettre en connexion les enfants jour et nuit, les médias sociaux aussi exacerbent l’inquiétude liée à cet age d’être laissé de côté. Les adolescents d’aujourd’hui peuvent se rendre à moins de fêtes et passer moins de temps ensemble mais lorsqu’ils se retrouvent, ils en témoignent sans rpit sur Snapchat, instaram ou face book. Ceux qui ne sont pas invités sont mis au courant sans pitié. On a constaté que le nombre d’adolescents qui se sent marginalisé a atteint un niveau record. Comme pour l’augmentation du sentiment de d’isolement, l’augmentation dans lcelui d’être mis de côté a été rapide et significatif.

Cette tendance est particulièrement sensible chez les filles.  Chez elles, 48% de plus en 2015 qu’en 2010 disent qu’elles se sentent souvent laissées pour compte, et 27% chez les garçons. Les filles utilisent les médias sociaux plus souvent, avec des opportunités supplémentaires de se sentir exclues et isolées lorsqu’elles voient leurs amis et leurs camarades de  classe se retrouver sans elles. Les médias sociaux prélèvent une taxe psychique sur l’adolescent postant quelque chose également, car il attend avec anxiété  la reconnaissnce avec des commentaires et des like. Quand Athena poste des photos sur Instagram, elle me dit «  Je suis nerveuse, à propos de ce que les gens pensnent et vont dire. Ça m’agace parfois quand je n’ai pas assez de likes sur une photo. »

Les filles portent aussi le plus gros de la montée des symptômes dépressifs parmi les adolescents. Les symptômes dépressifs chez les garçons ont augmenté de 21% entre 2012 et 2015 pendant que chez les filles ils augmentaient de 50%, plus de deux fois plus. L’augmentation des suicides également est plus forte chez les filles. Bien que le taux augmente pour les deux, trois fois plus de filles entre 12 et 14 ans ont mis fin à leurs jours en 2015 qu’en 2007, contre deux fois chez les garçons. Le taux de suicides est toujours le plus aht chez les garçons, en partie pce qu’ils utilisent des méthodes plus léthales mais les filles commencent à combler l’écart.

Ces conséquences désastreuses pour les adolescentes peuvent aussi s’enraciner dans le fait que les filles expérimentent plus souvent le cyberharcélement. Les garçons tendent à se harceler physiquement alors que les filles le font plus en compromettant le statut social de la victime ou ses relations. Les médias sociaux donnent aux collégiennes et lycéennes  une plateforme pour mener à bien le type d’agression qu’elles préfèrent, exluant ou ostracisant d‘autres filles vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Les compagnies de médias sociaux sont évidemment au courant de ces problèmes et à un niveau ou un autre se sont appliquées à prévenir le cyberharcèlement. Mais leurs diverses motivations sont, c’est le moins qu’on puisse dire, complexes. Un document ayant fuit de FaceBook récemment a indiqué que la compagnie revendait à des publicitaires sa capacité à d »terminer l’état afffectif des adolescents en fonction de leur comportement en ligne et de pointer même «  les moments ou les jeunes ont besoin d’une poussée de confiance » Facebook a reconnu que le doument était authentique mais a nié qu’il ait offert des «  outils pour cibler les individus en fonction de leur état émotionnel. »

In july 2014, a 13-year-old girl in North Texas woke to the smell of something burning. Her phone had overheated and melted into the sheets. National news outlets picked up the story, stoking readers’ fears that their cellphone might spontaneously combust. To me, however, the flaming cellphone wasn’t the only surprising aspect of the story. Why, I wondered, would anyone sleep with her phone beside her in bed? It’s not as though you can surf the web while you’re sleeping. And who could slumber deeply inches from a buzzing phone? “

Curieux, j’ai demandé à des étudiant(e) de l’Université d’état de San Diego ce qu’ils faisaient de leurs téléphones quand ils dormaient. Leurs réponses témoignaient d’un profil obsessionnel. Presque la moitié dormaient avec leur téléphone, le glissant sous leur oreiller, sur le matelas, ou au moins à portée de main près du lit (Ils devaient, ils l’utilisent tous comme réveil) Leu téléphone est la dernière chosen qu’ils voient avant de s’endormir et la première au réveil. Si ils s’éveillent au milieu de la nuit, ils finnisent souvent par jeter un coup d’oeil à leur téléphone au lit. Quelques-uns utilisent le langage de l’addiction : ” Je sais que je ne devaris pas mais je ne peux pas m’en empêcher.” m’a dit l’un d’entre eux à propos du fait de vérifier son téléphone ds son lit. D’autres considérent leur télphone comme une extension de leur corps – ou même comme un amoureux. ” Avoir mon téléphone près de moi pendant que je dors est un réconfort.”

C’est peut-être un réconfort mais le smartphone réduit le temps de sommeil des adolescents : beaucoup maintenant dorment moins de sept heures par nuit. Les spécialistes du sommeil disent que les adolescents devraient aoir à peu près neuf heures de sommeil par nuit. Un adolescent qui dort moins de sept heures est enmanque de sommeil. 57 % des adolescents en 2015 étaient en manque de sommeil par rapport à 1991. Et simplement dans les dernières quatre années, de 2012 à 2015, 22% d’adolescents supplémentaires n’avaient pas sept  heures de sommeil.

Cette augmentation est étrangement chronométrée, à nouveau présente quand les adolescents obtiennent un smartphone. Deux enquêtes nationales montrent que les adolescents qui passent trois heres ou plus su leur téléphone ont 28% de chance supplémentaires de dormir moins de sept heures que ceux qui y passent mons de trois heures et que les adolescents qui visitent les médias sociaux chaque jour ont 19% de chance supplémentaire d’être en manque de sommeil. Une méta-analyse des études sur les appareils électroniques utilisés par les enfants montre des résultats similaires. Les enfants qui utilisent les médias juste avant de se coucher sont plus susceptibles de dormir moins bien et ont deux fois plus de chance d’être somnolents pendant la nuit.

Le matériel électronique et les médias sociauxsemblent avoir une capacité toute particulière à modifier le sommeil. Les adolescents qui lisent des livres ou des magazines plus souvent que la moyenne ont en fait légèrement moins de chance de se trouver avec des troubles du sommeil. Ou bien parce que le fait de lire les berce aant de dormir ou parce qu’ils peuvent laisser leur livre à l’ehure du coucher. Regarder la télévision plusieurs heures par jour n’est que rès peu lié aux troubles du sommeil. Mais il est très difficile de résister aux smartphones.

Les troubles et le manque de sommeil entraîneent une myriade de problèmes, y compris des capacités à penser et à raisonner compromises, plus de susceptibilité d’être malade, du gain de poids et une pression artérielle élevée. Cela affecte aussi l’humeur : les gens qui ne dorment pas assez sont sujets à l’anxiété et à la dépression. Encre une fois, il est difficile de tracer un lien précis de cause à effet. Les smartphones pourraient cause un manque de sommeil qui conduirait à la dépession, ou les téléphones pourraient causer la dépression qui induirait des troubles du sommeil. Ou certains facteurs pourraient causer à la fois l’augmentation de la dépression et du manque de sommeil. Mais les smartphones, avec leur luière bleue brillant dans l’obscurité joue vraisemblablemnt un rôle   majeur.

La corrélation entre la dépression et l’usage des smartphones est suffisamment forte pour suggérer que plus de parents devraient dire à leurs enfants de laisser leurs téléphones. Comme le rapporte d’écrivian spécialiste de la technomogie Nick Bilton, c’est une politique que certains cadres de la Silicon Valley suivent. Même Stve Jobs a limité  pour ses enfants l’usage du téléphone qu’il a créé.

Ce qui est en jeu n’est pas seulement la façon dont les enfants expérimentent l’adolescence. La présence consante des smartphones est susceptible d’affecter leurs comportements longtemps en tant qu’adultes. Parmi les individus qui ont fait face à une dépression, au moins la moitié s’y trouve confronté à nouveau dans leur vie. L’adolescence est une période clef pour développer des compétences sociales, comme les adolescents passent moins de temps en face à face avec leurs amis, ils ont moins d’opportunités de les développer. Dans la prochaine déennie, nous avons des chances d voir plus d’adultes qui connaissent l’émoticone adéquat pout telle situation mais ne reconnaisent pas l’expression faciale correspondante.

Je réalise que de réduire la technologie peut être une exigence irréaliste à l‘égard d’une génération d’enfants si habitués à être branchés tout le temps. Mes trois filles sont nées en 2006,2009, et 2012. Elles ne sont pas encore assez agées pour afficher les signes de l’attitude des ados de la Igen mais j’ai déjà été le témoin direct de la façon dont les médias se sont incrustés dans leurs jeunes vies. J’ai observé la dernière née à peine capable de marcher se frayant un chemin vers l’Ipad en toute confiance. Celle de six ans demandant à avoir un Iphone. J’ai pu entendre celle de neuf ans discutant des de la dernière application qui enthousiasmait sa classe. Enlever les cellphones de mains de nos enfants sera difficile, certainement plus que ne l’a été pour la génération de mes parents le fait d’amener leurs enfants à éteindre MTV et à sortir un peu. Mais plus semble être en jeu dans le fait de pousser les adolescents à utiliser leur responsabilité face au téléphone et il y a des bénéfices à gagner à instiller dans l’esprit de nos enfants l’importance de la modération. Des effets significatifs, à la fois sur la santé mentale et la qualité du sommeil apparaissent après deux ou trois heures d’usage d’appareils électroniques. La moyenne des adolescents passe à peu près deux heures ou plus par jour sur leurs appareils, Une limite légère posée pourrait éviter aux enfants de tomber dans des habitudes dommageables.

Lors de ma conversation avec les adolescents, j’ai vu les signes que les adolescents eux-mêmes relient certains de leurs troubles à leur téléphone omniprésent. Athena m’a confié que lorsqu’elle passe du temps avec quelqu’un, ils regardent souvent leur smartphone au lieu d’elle. «  J’essaie de leur parler de quelque chose et en fait ils ne me rgarde pas en face. «  dit-elle, «  Ils regardent leur téléphoneou à leur montre apple «. «  Quel effet ça fait, quand vous essayez de parler à quelqu’un et qu’il ne vous regarde pas ? «  Je pense que ça blesse. Je sais que la génération de mes parents ne faisaient pas ça. Je pux évoquer quelque chose de super  important, et ils n’écoutent même pas. »

Une fois, le dit-elle, elle se baladait avec une amie qui était entrain d’envoyer un texto à son petit-ami. J’essayais de lui parler de ma famille, et de ce qui se passait et elle était comme ça, ah oui, bon, bon » Je lui ai alors pris son téléphone des mains et je l’ai lancé contre le mur. »

Je n’ai pas pu m’empêcher de rire, «  Tu joues au Volley-ball ? » « As-tu un bon bras ? » «  Oui », a-t-elle répondu.

Cet article a été adapté du livre de Jean M. Twenge à venir «  Igen, pourquoi les enfants super-connects d’aujourd’hui sont devenus moins rebelles, plus tolérants, moins heureux ‘ et complètement inadaptés à l’âge adulte – et ce que cela signifie pour les autres, iGen: Why Today’s Super-Connected Kids Are Growing Up Less Rebellious, More Tolerant, Less Happy—and Completely Unprepared for Adulthood—and What That Means for the Rest of us.

Traduction : Elisabeth Guerrier

Néo-libéralisme : l’idéologie à la base de tous nos problèmes Georges Monbiot

Avant de prendre connaissance de ce très bon article de G. Monbiot sur l’histoire du néo-libéralisme et sur ses caractéristiques, il semble intéressant de présenter cette citation de Carl Sagan dans le Counterpunch du 12.08.

En effet, la plupart des idéologies qui ont eu à ordonner la vie sociale, politique et culturelle de pays entiers sur des durées plus ou moins longues ont toujours affiché avec ostentation leur identité, leurs critères de réussite collective ou individuelle et mis en place, sur un mode coercitif quand c’était nécessaire et adapter les critères d’une idéologie à la réalité rend la coercition et la répression toujours nécessaires, les étapes et les cadres devant amener le peuple à se plier dans l’enthousiasme et pour son bien. 

Une des caractéristiques du néo-libéralisme est qu’il n’avance que masqué et, après s’être abreuvé des travaux de Edward Bernays, a mis au point une méthode vouée au succès presque absolu, ne pas avoir à s’imposer de l’extérieur mais devenir partie prenante, essence même de la vie, des valeurs et même, plus grave, des modes de penser les réalités et les identités individuelles et collectives des sociétés auxquelles il s’impose.

. ” S’imposer ” n’est pas le terme puisque dans ce lent mais radical mouvement vers l’individu et son bonheur comme régles propagandiques fondamentales du consumérisme qui est son combustible  rien ne semble faire pression Le mimétisme, mis en avant par René Girard,  en tant que dynamique constituant le social,  fonctionnant sans coup férir dans un monde où l’autre en miroir est sans cesse visible et évaluable et où le neuro-marketing s’occupe de joindre au flux nos plus fervents désirs d’aliénation.

C’est par choix et en prônant une des valeurs essentielles du néo-libéralisme, la liberté, que s’organise le mouvement sans fin du capitalisme dans sa forme contemporaine, la plus raffinée technologiquement et médiatiquement et la plus sauvage humainement et socialement. 

Carl Sagan fait ici référence à l’Amérique et observe sa lente décomposition intellectuelle mais il pourrait, devrait ici, sortir du spectre national pour mettre en lumière les mêmes effets, dus au système idéologique et fonctionnant en vortex, de la totale soumission des USA aux valeurs de dérégulation du néo-libéralisme, à la fois miroir et leader d’un fonctionnement qui s’est auto-proclamé ” global ” , sur l’ensemble de la planète et qui a donné à l’économique l’indépendance et le pouvoir en repoussant le politique  vers le rôle de factotum des fantasmes du marché. EG

Carl Sagan: ” J’ai eu la vision de l’Amérique au temps de mes enfants et petits-enfants, quand les USA sont devenus une économie de service et d’information, quand presque toutes les usines-clefs sont parties vers de nouveaux pays, quand des pouvoirs technologiques incroyables sont entre les mains de quelques individus et que personne représentant l’intérêt public ne peut même envisager les problématiques, quand les gens ont perdu la capacité à organiser leurs propres agendas ou à questionner de manière compétente les détenteurs de l’autorité, quand, étreignant nos boules de cristal et consultant nerveusement nos horoscopes, nos facultés critiques déclinent, incapables de distinguer entre ce qui est agréable et ce qui est vrai, nous glissons, sans presque nous en apercevoir vers la superstition et l’obscurantisme. L’abrutissement de l’Amérique est le plus palpable dans la lente perte de tout contenu consistant dans des médias à l’influence énorme : Les petites phrases de 30 secondes, maintenant réduite à 10 ou moins, les programmes au dénominateur commun le plus bas, les présentations crédules, la pseudoscience et la superstition, mais tout spécialement une sorte de célébration de l’ignorance.”
” I have a foreboding of an America in my children’s or grandchildren’s time–when the United States is a service and information economy; when nearly all the key manufacturing industries have slipped away to other countries; when awesome technological powers are in the hands of a very few, and no one representing the public interest can even grasp the issues; when the people have lost the ability to set their own agendas or knowledgeably question those in authority; when, clutching our crystals and nervously consulting our horoscopes, our critical faculties in decline, unable to distinguish between what feels good and what’s true, we slide, almost without noticing back into superstition and darkness. The dumbing down of America is most evident in the slow decay of substantive content in the enormously influential media, the 30-second sound bites (now down to 10 seconds or less), lowest common denominator programming, credulous presentations on pseudoscience and superstition, but especially a kind of celebration of ignorance.”

Citation du jour dans la revue Counter Punch

Néolibéralisme– l’idéologie à la base de tous nos problèmes.

Faillites financières, désastres environnementaux, et même la montée de Donald Trump – le néolibéralisme a joué un rôle dans chacun d’eux. Pourquoi la Gauche a-t-elle échoué dans la proposition d’une alternative ?

2304 ‘Pas d’alternative ( le “ TINA”) Ronald Reagan et Margaret Tatcher à la Maison blanche

. Photograph: Rex Features

George Monbiot

@GeorgeMonbiot

Imaginez si les gens en Union soviétique n’avaient jamais entendu parler du communisme. L’idéologie qui domine nos vies a, pour la plupart d’entre nous, aucun nom. Mentionner la dans une conversation et vous serez récompensé par un haussement d’épaules. Même si vos interlocuteurs ont entendu ce terme auparavant, ils vont lutter pour le définir.  Le Néo-libéralisme, savez-vous ce que c’est ?

Son anonymat est à la fois le symptôme et la cause de son pouvoir. Il a joué un rôle majeur dans une remarquable variété de crises. Le  crack financier de 2007.2008,   le mouvement offshore de la richesse et du pouvoir, dont l’affaire des Panama Papers ne nous offre qu’un aperçu, le lent effondrement de la santé publique et de l’éducation, la pauvreté infantile résurgente, l’épidémie de solitude, l’effondrement des éco-systèmes, la montée de  Donald Trump. Mais nous répondons à ces crises comme si elles émergeaient isolément, apparemment ignorants du fait qu’elles ont toutes été ou catalysées ou exacerbées par la même cohérence philosophique. Une philosophie qui a- ou avait- un nom. A part celui-ci, quel plus grand pouvoir peut-il opérer sans nom ?

L’inégalité est requalifiée de vertueuse. Le Marché assure que chacun ait ce qu’ il mérite.

Le Néo-libéralisme est devenu si pénétrant que nous le reconnaissons à peine comme une idéologie. Il semble que nous acceptions la proposition selon laquelle cet idéalisme, cette foi millénariste décrit une force neutre, une sorte de loi biologique, comme celle de l’évolution de la théorie darwinienne. Mais cette philosophie a vu le jour dans une tentative consciente de  réorganiser la vie humaine et de faire se déplacer les termes du pouvoir.

Le Néo-libéralisme voit la compétition comme l’élément le plus caractéristique des relations humaines.

Il redéfinit les citoyens comme des consommateurs, dont les choix démocratiques sont exercés au mieux en vendant et en achetant, un processus qui gratifie le mérite et punit l’inefficacité.

Il maintient que le «  marché » délivre des bénéfices qui ne pourraient jamais être atteint par la planification.

Les tentatives de limiter la compétition sont traitées comme antinomiques à la liberté. Les impôts et la régulation doivent être réduits au minimum, les services publics doivent être privatisés. L’organisation du travail et les négociations par les  . syndicats sont décrits comme des distorsions du marché qui empêchent la formation d’une hiérarchie naturelle de gagnants et de perdants. L’inégalité est redéfinie comme vertueuse : une récompense de l’utilité et un générateur de richesse, qui retombe sur tous afin de les enrichir. Les efforts pour créer une société plus égalitaire sont à la fois contre-productifs et moralement corrosifs. Le Marché assure que tous ait ce qu’il mérite.

Nous avons internalisé et nous reproduisons son Credo. its creeds. Les riches se persuadent qu’ils ont acquis leur richesse grace à leur mérite, ignor    ant les avantages – comme l’éducation, les héritages, ou la classe sociale d’appartenance, qui peuvent les avoir aidé à la créer. Le pauvre commence par se blamer lui-même à cause de ses échecs, meme lorsqu’ils ne peuvent rien faire pour changer le context des circonstances.

Le chômage structurel n’a pas d’importance : si ils n’ont pas d’emploi c’est parce qu’ils ne sont pas assez entreprenants. Le coût impossible du logement n’a pas d’importance : si votre carte de crédit est épongée, c’est parce que vous êtes incapable et dépensier. Le fait que vos enfants n’aient plus de terrain de jeu n’a pas d’importance : s’ils deviennent obèses, c’est votre problème. Dans un monde gouverné par la compétition, ce qui tombent en marche se font définir et se définissent eux-mêmes comme des perdants.

Parmi les résultats, comme as Paul Verhaeghe le note dans son livre What About Me? On trouve des épidémies d’automutilation, des troubles de l’alimentation, de la dépression, de la solitude, l’anxiété des performances et de la phobie sociale. Il n’est peut-être pas surprenant que la Grande-Bretagne, dans laquelle l’idéologie néo-libérale a été appliquée le plus rigoureusement soit la capitale européenne de la solitude.  Nous sommes devenus néo-libéraux maintenant

Le terme de “ néo-libéralisme” fût introduit lors d’un meeting à Paris en 1938. Parmi les délégués, on trouvait deux hommes qui définiront cette idéologie, Ludwig Von Mises and Friedrich Hayek. Tous deux exilés d’Autriche, ils voyaient la social-démocratie, incarnée par le New Deal de Franklin Roosevelt et le développement progressif de l’état-providence en Grande Bretagne comme des manifestations du collectivisme qui occupait le même spectre que le Nazisme ou le Communisme.

Dans son livre « La route vers la servitude » The Road to Serfdom, publié en 1944, Hayek argument que la planification gouvernementale, en écrasant l’individu, mènerait inexorablement à un contrôle totalitaire. Comme l’ouvrage de Mises, « Bureaucratie », « La route vers la servitude » fut largement lu. Il fut remarqué par certaines personnes très riches, qui virent dans cette philosophie une opportunité pour eux de se libérer des régulations et des taxes. Quand, en 1947, Hayek fonda sa propre organisation qui allait répandre la doctrine du néo-libéralisme la Société du Mont-Pélerin  – il fût supporté financièrement par des millionnaires et par leurs fondations.

Avec leur aide, il commença à créer ce que Daniel Stedman Jones décrit dans son livre “ Les maîtres de l’univers”, Masters of the Universe comme “ une sorte d’Internationale néolibérale” : un réseau international d’universitaires, d’hommes d’affaires, de journalistes et d’activistes. Les soutiens fortunés du mouvement fondèrent une  série de groupes de recherche  qui raffinèrent et assurèrent la promotion de l’idéologie. Parmi eux, l’American Enterprise Institutel’ Heritage Foundationle Cato Institutel’ Institute of Economic Affairsle Centre for Policy Studies et l’  Adam Smith Institute. Ils financèrent également des positions académiques et des départements, particulièrement dans les Universités de Chicago et de Virginie.

En évoluant, le néo-libéralisme devint plus véhément. La vision d’Hayek selon laquelle le gouvernement devrait réguler la compétition afin d’éviter la création de monopoles fût remplacée – parmi des apôtres américains comme  Milton Friedman – par la croyance que le pouvoir des monopoles pouvait être considéré comme une récompense pour l’efficacité.

Quelque chose d’autre se produisit pendant la transition : le mouvement perdit son nom. En 1951, Friedman était content de se décrire lui-même comme un néo-libéral . Mais peu de temps après, le terme commença à disparaître. Encore plus étonnant, même lorsque l’idéologie devint plus Claire et le mouvement plus cohérent, l’appellation perdue ne fut remplacée par aucune alternative commune.

Tout d’abord, malgré son financement gigantesque, le néo-libéralisme resta dans la marge. Le consensus d’après-guerre était universel : les prescriptions économiques de John Maynard Keynes étaient largement appliquées, le plein emploi et la libération de la pauvreté étaient des buts communs aux USA et dans l’Europe de l’ouest, les taux d’imposition étaient élevés et les gouvernements cherchaient les issues sociales sans embarras, développant de nouveaux services publiques et des réseaux de sécurité.

Mais en 1975 quand les politiques keynésiennes commencèrent à s’effondrer et que la crise économique frappe des deux côtés de l’Atlantique, les idées néolibérales commencèrent à pénétrer les médias grand public. Comme le remarqua Friedman  quand le moment vint pour le changement, il y avait là une alternative toute prête. Avec l’aide de journalistes sympathisants  et de conseillers politiques, des éléments du néo-libéralisme furent adoptés, spécialement en ce qui concerne la politique monétaire, par l’administration Carter aux USA et par le gouvernement de Jim Callaghan en Grande Bretagne.

Après la prise de pouvoir de Margaret Tatcher et de Ronald Reagan, le reste du colis suivit rapidement : des baisses d’impôt massives pour les riches, l’écrasement des syndicats, la dérégulation, les privatisations, la sous-traitance et la compétition dans les services publics. A travers l’IMF, la Banque mondiale, le Traité de Maastricht et la World Trade Organisation, les politiques néolibérales furent imposées – souvent sans l’approbation démocratique – presque partout dans le monde. Plus étonnant encore leurs adoptions par des partis qui se disaient auparavant «  de gauche » : le Labour party ou les Démocrates par exemple. Comme le note Stedman Jones : «  Il est difficile d’imaginer une autre utopie aussi pleinenemt réalisée. »

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Il peut sembler étrange qu’une doctrine promettant le choix et la liberté ait été promue avec le slogan «  Il n’y a pas d’alternative »  mais comme Hayek le remarquait lors d’une visite à Pinochet au Chili – une des premières nations à avoir appliqué le programme dans sa totalité- « Mon choix personnel penche vers une dictature libérale plutôt que vers un gouvernement démocratique dévoué au libéralisme. » La liberté qu’offre le néolibéralisme, qui semble si séduisante quand elle est évoquée en termes généraux, se révèle être la liberté des prédateurs, pas du menu fretin.

L’indépendance à l’égard des syndicats et de la négociation peut permettre de supprimer les salaries. L’indépendance à l’égard de la régulation signifie la liberté d’empoisonner les rivières,  de mettre en danger les travailleurs, d’imposer des taux des taux d’intérêt injustes et de mettre au point des instruments de finacement exotiques. La liberté face à l’impôt signifie la liberté dans la distribution des richesses qui peuvent extraire les peuples de la pauvreté.

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Naomi Klein l’écrit dans La doctrine du choc ,  les néolibéraux ont defendu l’usage des crises afin d’imposer des lois impopulaires pendant que les populations étaient distraites : par exemple dans l’après-coup du coup d’état de Pinochet, la guerre en Irak ou l’ouragan Katrina que Friedman décrit comme «  une opportunité pour réformer radicalement le système éducatif » en Nouvelle Orléans

Lorsque les politiques néolibérales ne peuvent pas être imposes nationalement, elles le sont au niveau international, à travers les traits commerciaux incorporant le « investor-state dispute settlement »: des tribunaux offshores dans lesquels les corporations peuvent faire pression pour le détournement des lois de protection environnementale ou sociale. Lorsque le Parlement a voté pour restreindre la vente de cigarettes, protéger la qualité de l’eau contre les compagnies minières, geler des lois sur l’énergie ou prévenir contre les arnaques des firmes pharmaceutiques envers l’état, les compagnies l’ont poursuivi, souvent avec succès.

Le Néo-libéralisme n’ pas été conçu comme un libre-service du racket mais c’est ce qu’il est rapidement devenu.

Un des autres paradoxes du néo-libéralisme est que la compétition universelle s’appuie sur une quantification et une comparaison universelle. Le résultat est que les travailleurs, les chercheurs d’emploi et les services publics sont sujets à un régime étouffant  et chicanier de vérifications et de guidance, supposé identifier les gagnants et punir les perdants. La doctrine que Von  Mises proposait devait nous libérer du cauchemar bureaucratique de la planification centralisée en a, à sa place, créé une autre.

Le néo-libéralisme n’a pas été conçu comme un libre-service du racket mais c’est ce qu’il est rapidement devenu. La croissance économique a été remarquablement plus lente dans l’ère néolibérale (depuis 1980 en grande Bretagne et aux US) qu’elle l’avait été dans les décennies précédentes. L’inégalité dans la distribution des richesses et des revenus, après soixante années de déclin, a crû rapidement sur cette période, à cause de l’écrasement des syndicats, des réductions d’impôts, de l’augmentation des loyers, de la privatisation et de la dérégulation.

La privatisation et la mise sur le marché des services publics comme l’énergie, l’eau, les trains,  la santé, l’éducation les routes et les prisons ont permis aux firmes privées d’installer des postes de péage face de biens essentiels et d’en faire payer les locations ou bien aux citoyens ou au gouvernement, pour leur usage.  La location est une autre face des rentes. Quand vous payez un prix gonflé pour un ticket de train, seulement une partie compense l’opérateur pour l’argent dépensé en carburant, salaries, le matériel roulant et autre. Le reste reflète uniquement le fait  qu’ils vous ont à leur merci.

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Au Mexique,  Carlos Slim s’est vu attribuer le contrôle de presque tous les services téléphoniques et il devint bientôt un des hommes les plus riches de la planète.. Photograph: Henry Romero/Reuters

Ceux qui possèdent les services privatisés ou semi-privatisés font des fortunes gigantesques en investissant peu et en chargeant un maximum. En Russie et aux Indes, les oligarques ont acquis des organismes d’états qui étaient bradés et pratiquement toutes les lignes terrestres et les services de téléphonie mobile passèrent sous le contrôle de Carlos Slim qui devint un des hommes les plus riches au monde.

La financialisation comme  Andrew Sayer le note dans : Why We Can’t Afford the Rich, (Pourquoi ne peut-on pas s’offrir les riches ?) a eu un impact similaire. « Comme les loyers, dit-il, les intérêts sont un revenu non gagné qui augmente sans aucun effort. » Comme les pauvres s’appauvrissent et le riches s’enrichissent, les riches acquièrent un contrôle accru sur un des points essentiels : l’argent. Les taux d’intérêt, d’une façon majeure, sont un transfert d’argent des pauvres vers les riches. Comme les prix du foncier et le retrait des fonds d’état criblent les gens de dettes  (pensez aux basculement des bourses pour étudiants aux prêts pour étudiants), les banques et leur exécutif font le ménage.

Sayer prétend que les quatre dernières décennies ont été caractérisées par le transfert de richesse pas seulement des pauvres vers les riches mais aussi au sein des riches eux-mêmes : de ceux qui faisaient de l’argent en produisant de nouveaux biens de consommation ou de nouveaux services à ceux qui ont construit leurs fortunes en contrôlant les biens existant et en accumulant les fonds, les intérêts et les capitaux. Les revenus gagnés ont été supplantés par les revenus non gagnés.

Les politiques néolibérales sont partout, assaillies par les échecs du marché. Non seulement les banques sont-elles «  trop grosses pour échouer » mais les corporations le sont aussi qui ont à charge de délivrer des services publics. Comme le remarque Tony Judt dans  Ill Fares the Land, Hayek a oublié que les services nationaux vitaux ne peuvent pas être autorisés à s’effondrer, ce qui signifie que la compétition ne peut s’y exprimer. Le business ramasse les profits, l’état prend les risques.

Plus l’échec est massif, plus l’idéologie s’extrémise. Les gouvernements utilisent les crises néolibérales à la fois comme excuse et comme opportunité pour les baisses d’impôts, la privatisation de des services publics restants, la création de trous dans le filet de la protection sociale, la dérégulation des entreprises et la re-régulations des citoyens. L’état qui se hait lui-même plonge maintenant ses dents dans chaque organe du service public.

Il est probable que le pire impact du néolibéralisme ne soit pas l’état de crise économique qu’il a généré mais l’état de crise politique. Au fur et à mesure que se réduit le camp de l’état, notre capacité à changer le cours de nos vies par le vote se contracte également.  A sa place, la théorie néolibérale affirme que le choix des individus peut s’exercer à travers leurs dépenses. Mais certains ont plus à dépenser que d’autres : dans la démocratie de la grande consommation ou de l’actionnariat, les votes ne sont pas distribués égalitairement. Le résultat est une déresponsabilisation des classes pauvres et de la classe moyenne. Et comme les partis de droite comme ceux de  l’ancienne gauche  adoptent des politiques néolibérales identiques, la déresponsabilisation se transforme en suppression du droit de vote. Un grand nombre de personne ont été balayés de la vie politique.

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Slogans, symboles et sensation … Donald Trump. Photograph: Aaron Josefczyk/Reuters

Chris Heges remarque que “ les mouvements fascists construisent leur base non sur les politiquement actifs mais sur les politiquement inactifs, les “ perdants” qui sntent, souvent à raison, qu’ils n’ont pas de voix ou de rôle à jouer dans le jeu politique.” Quand le débat politique ne s’adresse plus à eux, les gens deviennent réactifs à sa place aux slogans, aux symboles et aux sensations. Pour les admirateurs de Trump par exemple, les faits et les arguments paraissent sans intérêt.

Judt explique que l’épais réseau d’interactions entre les citoyens et l’état a été réduit à rien sauf à de l’autorité et de l’obéissance, les deux seules forces qui nous lient au pouvoir central. Le totalitarisme que craignait Hayek est suppose apparaître qund les gouvernments, ayant perdu toute autorité morale qui provident de l’organisation des servces publics sont réduits à “cajoler, menacer et finalement forcer les citoyens à leur obéir “.

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Comme le communisme, le néo-libéralisme est un dieu qui a échoué. Mais la doctrine zombie continue de tituber, et une des raisons e nest son anonymat. Ou plutôt, son ensemble d’anonymats.

La main de la doctrine invisible est bougée par des appuis invisibles. Lentement, très lentement, nous avons commence à découvrir les noms de quelques-uns d’entre eux. Nous avons trouvé que l’ Institute of Economic Affairs, qui a abondamment argumenté dans les medias contre la régulation de l’industrie du tabac a été secrétement financé par la British American Tobacco depuis 1963. Nous avons découvert que  Charles et David Koch, deux des hommes les plus riches de la planète, ont finacé l’institut qui a donné naissance au au mouvement du Tea Party . Nous avons découvert que Charles Koch, en créant l’un de ses groups de réflexion,  establishing one of his thinktanks, a noté que “de façon à éviter des critiques indésirables, la façon don’t le gropue est contrôlé et ditrigé ne doit pas faire l’objet d’une large information.”

Avant les nouveaux riches étaient dépréciés par ceux qui avaient hérité de leur fortune. Aujourd’hui, la relation s’est inversée.

Les mots utilisés par le néo-libéralisme dissimulent plus qu’ils n’élucident. “ Le marché “ semblent un système naturel qui pèse sur nous à égalité, comme la gravité ou la pression atmosphérique.  Mais il est tendu de relations de pouvoir. Ce que “ veut le marché “ tend à signifier ce que les entreprises et leur patrons veulent.  “L’investissement “ comme le note Sayer, signifie deux chosen complètement différentes. L’une est le financement d’activités socialement utiles, et productives, l’autre est la recherche d’avantages à faire fructifier par le prêt, les intérêts, les dividends et l’accroissement du capital. Utiliser le même mot pour différentes activités “ camoufle les sources de la richesse”, menant à la confusion entre l’extraction de richesse et la crcréation de richesse.

Il y a un siècle, les nouveaux riches étaient déconsidérés par ceux qui héritaient de leur argent. Les entrepreneurs cherchaient la reconnaissance sociale en se faisant passer pour des rentiers. Aujourd’hui la relation s’est inverse : les rentiers et les héritiers se décrivent eux-mêmes comme des entrepreneurs. Ils affirment avoir gagné les revenus dont ils ont hérité

Ces non-dits et ces confusions sont de maille avec l’anonymat et l’absence de residence du capitalism modern : le modèle de la franchise  qui assure que les salariés ignorent pour qui ils travaillent ; les compagnies enregistrées dans des filets de statuts secrets offshore si complexes que même la police ne peut pas en découvrir les bénéficiaires, les arrangements contribuables qui embobinent les gouvernements, les produits financiers que personne ne comprend.

L’anonymat du néo-libéralisme est férocement gardé. Ceux qui sont influences par Hayeck, Mises et Friedman tendent à rejeter le terme, maintenant, avec raison, qu’il n’est utilisé aujourd’hui uniquement péjorativement . Mais ils ne nous offrent aucune alternative. Certains se décrivent comme des libéraux classiques ou des libertaires, mais ces descriptions sont toutes les deux source d’erreur et d’auto-effacement car ells suggérent que rien ne s’est passé avec “ La route vers la servitude”,La bureaucratie”, ou dans le travail classique de Friedman, “Capitalisme et liberté.”

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Pour tout cela, il y a quelque chose d’admirable dans le projet néo-libéral, du moins dans les premiers temps. C’était une philosophie disteincte, innovane promue par un réseaucohérent de penseurs et d’activistes avec un plan d’action clair. C’était un movement patient et persistant. La Route vers la servitude devint une route vers le pouvoir;

Le triomphe du néo-libéralisme reflate aussi l’échec de la gauche. Quand le laisssez-faire économique a conduit à la catastrophe de 1929, KeynesNeoliberalism’s triumph also reflects the failure of the left. When laissez-faire economics led to catastrophe in 1929, Keynes a fourni une modèle économique complet pour le remplacer. Quand le modèle keynésien exigeant du management s’est heurté aux regulations dans les années 70, il ya avait une alternative prête. Mais qund le néo-libéralisme s’est effondré en 2008, il n’y avait… rien. C’est pourquoi les zombies marchent. La gauche et le centre n’ont produit aucun cadre general de pesnée économique dans les 80 dernières années.

Chaque évocation de Lord Keynes est une aveu d’échec. Proposer des solutions keynésiennes aux crises du 21ième siècle c’est ignorer trois problèmes évidents :  Il est difficile de mobiliser les gens sur des idées anciennes,, les défauts exposés dans les années 70 n’ont pas disparu et d’une façon plus importante, eelles n’ont rien à proposer à propos de la donnée la plus grave, la crise environnementale. Le Keynésianisme fonctionne en stimulant la demande du consommateur afin de promouvoir la croissance économique. La demande du consommateur et la croissance économque sont les moteurs de la desctruction environnementale.

Ce que les histoires du Keysianisme et du néo-libéralisme montrent est qu’il est insuffisant de sopposer à un système cases. Une alternative cohérente doit être propose. Pour les partis travaillistes, les Démocrates et la gauche étendue, la tâche centrale devrait être de developer un programme économique Appollo, modelé sur les emandes du 21ième siècle.

  • George Monbiot How Did We Get into This Mess?Est publié ce mois-ci chez Verso.s published this month by Verso. bookshop.theguardian.com

Nous ne pouvons que conseiller le travail d’ARTE ” Capitalisme “ en 6 moments qui replace la doctrine dans son contexte historique.

Traduction : Elisabeth Guerrier

“Pas si renseigné” Paul Robinson “Irrussinalaty”

Les vents ont tourné quelque peu depuis le “Russian gate” et tout le battage médiatique outre-Atlantique autour d’une soi-disant intervention russe dans les élections américaines. Ils ont tourné également pour les informations concernant les transports massifs de troupes de l’OTAN dans les Balkans et en Suède et la question de ce qui se tramait derrière ce vide médiatique touchant, qu’on le veuille ou non, la paix de l’Europe et plus encore la menace nucléaire. C’est ainsi, les mémoires sont courtes, les spasmes des passions relayés sans arrêt, nous sommes au bout des effets si bien ciblés par Ellul dans son étude de la propagande sociale.

Le petit peuple court toujours derrière et ce qu’il tente de saisir est choisi pour lui dans la hiérarchie des faits politiques et plus encore dans la manipulation, presque obscène à ce niveau, de ces même faits. Il est fort probable que nous n’ayons jamais depuis la Deuxième guerre mondiale été confrontés à un tel niveau de manipulation médiatique et en ce qui concerne les stratégies de déstabilisation de DT, à une telle bascule dans le jeu avec un feu qui pourrait nous faire tous exploser pour satisfaire les velléités politiques de quelques oligarques et de leurs sbires. Le Washington Post dans ce contexte devrait faire office de cas d’école dans la fabrication des sentiments de la masse mais il est loin d’être le seul lors de cette folie collective aussi virulante que la fièvre qui s’empara des temps du Mac Carthisme.

C’est à lui, à ce petit peuple, d’aller glaner ailleurs des bribes de contre-vérité, d’oser se démarquer des mouvements de fond qui sont dirigés sans lui mais qui le dirigent, c’est à lui d’aller donc chercher des voix autres, dissidentes pour rétablir, ou du moins tenter de rétablir ce qui, il y a longtemps se nommait ” la vérité”.  EG

A propos

Bienvenue à  Irrussianality ! Ce blog est axé sur deux sujets : les relations entre la Russie et l’Ouest et la prise de décisions apparemment irrationnelle qui domine la plupart des relations internationales ( IR). Les deux sont, bien sûr connectées : les relations entre la Russie et l’Ouest sont gâchées par des préjugés, de l’incompréhension, des préjugés. J’espère contribuer à travers ce blog d’une façon minimale à la mise en pratique d’une  politique étrangère rationnelle.

Je suis Professeur d’Université à Ottawa. J’ai écrit à propos des Russes et de l’histoire de l’Union soviétique, de l’histoire militaire et de l’éthique militaire.

Les liens à mes livres sont disponibles dans le menu «  Books »  Paul Robinson

NOT SO INTELLIGENT

Pas si intelligent •

Comme dit le proverbe :  « L’intelligence militaire est une contradiction dans les termes ». L’intelligence civile n’est souvent pas très intelligente non plus. Phillip Knightley, qui a passé des dizaines d’années à investiguer le monde de l’espionnage,. Phillip Knightley, conclut que les résultats de la CIA étaient “consternants”. En dépit de l’aura entourant son nom, le KGB n’est guère mieux dit Knightley, citant le Général du KGB Oleg Kalugin, qui note que : “ Quand les gens dissent que les renseignements soviétiques ont pénétré les plus hauts échelons des gouvernements de l’Ouest, je sais que ce n’est pas vrai. » Il n’existe pas d’exemple enregistré où la CIA ait recruté qui que ce soit aux plus hauts échelons du Gouvernement soviétique non plus. Knightley ajoute également que,

Lors d’une conférence sur l’histoire des renseignements tenue en Allemagne en 1994 à laquelle assistaient un panel de maîtres en espionnage de l’Est et de l’Ouest je les ai mis au défi de nommer un seul événement historique important en temps de paix dans lequel les services de renseignements auraient joué un rôle décisif. Aucun d’entre eux ne l’a pu.

En bref, les données historiques suggèrent que les services de renseignements n’ont en fait pas d’espions places dans les institutions de leurs cibles principales, leur savoir de ce qui se trame dans les esprits des chefs d’états étrangers est très limité et souvent tout à fait faux, et ils ne sont pas aussi tout-puissants que le suppose la plupart des gens.

Si l’on en croit le Washington Post, cependant, la CIA a pénétré dans le saint des saints du Kremlin. Selon les dernières révélations de ce journal :

Au début du mois d’Août, une enveloppe avec d’extraordinaires  restrictions de maniement est arrivée à la Maison blanche. Envoyée par courrier de la CIA, elle comprenait  des “ instructions” uniquement visibles dans leur contenu par quatre personnes : le Président Barack Obama, et trois conseillers principaux. A l’intérieur se trouvait une bombe à retardement des renseignements, un rapport établi en plongeant profondément ses sources dans le Gouvernement russe qui détaillait l’implication personnelle directe du Président Poutine dans une cyber campagne qui modifie et compromette la course à la Présidence américaine. Mais il y avait plus. Les renseignements avaient capture les instructions spécifiques de Poutine sur les objectifs de cette opération audacieuse – faire échouer ou au moins compromettre l‘élue du Parti démocratique, Hillary Clinton et aider à faire élire son opposant, Donald Trump.

L’histoire de la CIA écrite en 2008 par Tim Weiner et qui fait référence : « L’héritage de cendres » “Legacy of Ashes, révèle ce que la revue du New York Times a appellé une « litanie de l’échec »  des débuts de l’agence jusqu’à nos jours. Etant donné son passé, combien d’entre vous, chers lecteurs, croient vraiment que la CIA a « ses sources profondément ancrées dans le gouvernement russe » et soit capable de fournie de telles informations ?

Mais imaginons que peut-être elle le puisse. Si c’était le cas, ce serait un agent d’une importance exceptionnelle, la source la plus haut placée que la CIA ait jamais eue, si importante évidemment que, selon le Washington Post, seulement quatre personnes sont autorisées à lire ce qu’il (ou elle) produit. Cependant, une de ces quatre personnes ou l’une dans ce qui doit également être un groupe restreint au sein de la CIA qui connaisse la source (qui d’autre cela pourrait-il être ?) a mis sa sécurité en danger en révélant a aggravé ce crime en révélant l’existence de cette source au monde entier. Gardons à l’esprit que, autant que l’on sache, la CIA n’a jamais eu d’agent «  profondément ancré dans le gouvernement (ou les soviets) russe ».  Cette personne est donc une recrue star parmi les recrues stars. Et maintenant, cette couverture a explosé.

On peut donc imaginer, donc, que l’histoire du Washington Post aurait dû causer des cris d’outrage et des appels à une investigation immediate au sein de ce qui est certainement le cœur des  infractions à la sécurité. Mais, assez bizarrement, ce n’est pas ce qui semble se produire. Le manque de soucis très visible portant sur une source soi-disant si étonnamment précieuse que ses informations sont réservées à quatre personnes, est tout simplement extraordinaire. A cela on peut donner deux explications :

  1. Les gens à Washington se fichent de protéger leurs sources de la CIA, quelle que soit leur valeur, et sont très satisfaits de les jeter sous le bus si cela leur donne un avantage politique. Ceci implique à la fois les individus qui laissent filtrer de telles histoires à la presse, la presse elle-même, et aussi le pouvoir politique élargi, qui ne semble pas trop dérangé par une telle affaire. Ceci en retour pourrait suggérer que ces individus manquent gravement de fiabilité, et qu’on pourrait donc prendre ce qu’ils affirment avec la plus grande circonspection. ou
  2. Les gens ne sont pas inquiets à cause de cette fuite pour la simple raison que la «  source » profondément ancrée dans le Gouvernement russe n’existe pas. L’histoire est une vaste fumisterie, pure et simple.

J’incline personnellement pour l’option 2

Mise à jour 1 : Quelqu’un m’a notifié une option 3, personne n’est inquiet de faire exploser la couverture de la source parce qu’elle a déjà été explosée. La source, selon cette version, sont les trois cyber-experts russes arêtes à Moscou en Janvier. Je confesse que ce n’est pas ce que j’ai cru comprendre quand le Washington Post a évoqué  le « profondément ancré dans le Gouvernement russe » parce que ces personnes ne faisaient pas partie du Gouvernement, mais en ce qui concerne deux d’entre eux, dans le FSB (qui, bien qu’institution de l’état ne fait pas partie du  « gouvernement ».) (La troisième personne arrêtée travaille en fait pour une compagnie privée, Kaspersky). J’accorde que cette option est possible en théorie (bien que tout lien entre les personnes arrêtées et les interférences dans les élections soit une spéculation, puisque nous n’avons aucune preuve de ce lien.) Mais dans ce cas, l’article est très mal rédigé.

Mise à jour 2: Il me semble que je devrais pointer d’autres options, par exemple, la source existe et a bien dit ce que le Post rapport mais il elle l’a totalement fabriqué et l’a dit aux Américains parce qu’il elle pensait que cela rendrait les Américians heureux et permettrait de maintenir les mouvements financiers alertes, etc.

  • La traduction d’ « Intelligence » par « renseignements » ne permet pas le jeu de mot choisi par l’auteur, nous avons donc gardé le terme anglo-saxon d’intelligence.

Maintenant, seulement cinq hommes possèdent presque autant de richesse que la moitié de la population mondiale. Paul Buchheit

 

Now Just Five Men Own Almost as Much Wealth as Half the World’s Population

Par Paul Buchheit

In Common dreams

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Ce n’est pas une méritocratie, c’est une oligarchie (Photo: Pixabay/CC0)

L‘an passé, c’était 8 hommes, puis c’est descendu à 6, et maintenant presque 5.

Pendant que les Américains se focalisent sur Trump, les super-riches prennent la fuite avec nos richesses et la peste de l’inégalité continue à se répandre. Une analyse des données de 2016  a trouvé que les cinq déciles les plus pauvres de la population mondiale possèdent environ 410 milliards de richesse totale. Le 06/08/17, les cinq homes les plus riches du monde possédaient environ 400 milliards de dollars. En moyenne donc, chacun de ces hommes possède autant que environ 750 millions d’individus.
Pourquoi laissons-nous quelques individus s’approprier de larges portions de la richesse mondiale ?

 
La plupart des super-riches sont Américains. Nous, peuple américain avons créé l’internet, développé et fondé l’intelligence artificielle et construit les infrastructures de transport, cependant nous laissons uniquement quelques personnes en recevoir presque tout le crédit, avec des centaines de milliards de dollars.
Les défenseurs d’un fossé de richesses hors de contrôle dissent que c’est okay, parce que, après tout, l’Amérique est une “méritocratie” dans laquelle les super-riches ont “ gagné “ tout ce qu’ils possèdent. Ils prennent en compte les mots de   Warren Buffett: ” le Génie de l’économie américaine, notre insistance sur la méritocratie, un système de marché et les lois ont permis de génération en génération de vivre mieux que les parents vivaient. »

Mais ce n’est pas une méritocratie. Les enfants ne  vivent plus mieux  que leurs parents. Dans les huit ans suivant la récession, la valeur du Wilshire Total Market a plus de TRIPLÉ, montant d’un peu plus de  $8 milliards de dollars à près de 25 milliards. La grande majorité de cette augmentation est allée aux Américains les plus riches. Juste en 2016, les 1% les plus riches ont effectivement fait basculer plus de $4 milliards de richesse de la nation vers eux-mêmes, avec presque la moitié du transfert de richesse ($1.94 milliards)  venant des 90% de la population la plus pauvre – classes moyenne et pauvre- Il s’agit de plus de $17,000 en immobilier ou économies par ménage de la classe   moyenne ou pauvre donnés aux  super-riches.

Une méritocratie ?  Bill Gates, Mark Zuckerberg et Jeff Bezos ont fait peu qui ne se serait produit de toute façon. TOUTES les technologies modernes américaines ont commencé avec – et dans une large mesure continuent avec- nos impôts, nos institutions de recherche et nos financements aux corporations.
Pourquoi laissons-nous des personnes riches non qualifiées nous dire comment vivre, tout spécialement Bill Gates !

En 1975, à l’âge de 20 ans,  Bill Gates fondait Microsoft avec son camarade de lycée Paul Allen. A la même époque, le système d’exploitation CP/M de Gary Kildall était le standard industriel. Mais Kildall était un innovateur, pas un homme d’affaire et quand IBM commença à faire des appels d’offre pour l’ OS du PC IBM, ses délais amenèrent le marché à Gates. Bien que la compagnie nouvellement fondée Microsoft ne puisse pas couvrir les besoins d’IBM, Gates et Allen virent une opportunité et ils achetèrent donc dans l’urgence les droits d’une autre compagnie oS, qui étaient basés sur un autre systéme CP.M de Kildall. Kildall voulu les poursuivre mais la loi de la propriété intellectuelle pour les softwares n’avait pas encore été établie. Kildall devint un créateur qui se fit prendre.

Bill Gates donc, se servit des autres pour devenir l’homme le plus riche de la planète. Et maintenant, à cause de sa grande richesse et du mythe de la méritocratie, BEAUCOUP DE PERSONNES SE TOURNENT VERS LUI POUR TROUVER DES SOLUTIONS DANS DES ZONES EN DANGER POUR LES BESOINS HUMAINS VITAUX comme l’éducation et la production alimentaire/

— Gates et l’éducation : Il a promu le moniteur galvanique de réponse épidermique  afin de mesurer les réactions biologiques des étudiants ainsi que l’enregistrement vidéo des enseignants  afin d’évaluer leurs performances. A propos des écoles il dit, « Les meilleurs résultats se trouvent dans les villes où le maire est en charge du système scolaire et où l’ conseil d’école n’est pas aussi puissant. »

— Gates en Afrique :  Grâce à des investissements ou à des marchés avec MonsantoCargill,et Merck, Gates a démontré ses préférences pour le contrôle corporatiste sur les pays pauvres, réputés incapables de s’aider eux-mêmes. Mais aucun problème, selon Gates, D’ici à 2035, il n’y aira Presque plus de pays pauvres dans le monde. »

Warren Buffett : Exige que les impôts soient augmentés ( à la condition que sa proper compagnie n’a pas à les payer)
Warren Buffett s’est fait l’avocat d’une augmentation des impôts sur la fortune  et de taxes immobilières raisonnables.  Mais sa propre compagnie, But his company Berkshire Hathaway a utilisé des “ montants hypothétiques” afin de “ payer” ses impôts tout en ajournant 77 millions en impôts réels.
Jeff Bezos :  50 milliards en moins de deux ans et lutte sans faillir contre l’imposition
Depuis la fin de 2015, Jeff Bezos aaccumulé suffisamment de fortune pour couvrir les 50 milliards du budget immobilier national.  qui sert à plus de cinq millions d’Americains. Bezos, qui a profité abondamment de l’Internet et des infrastructures construites pendant des années par de nombreuses personnes avec beaucoup de nos impôts, a utilisé des paradis fiscaux  et des lobbyistes chers payés  afin d’éviter de payer les impôts  dus par sa compagnie.

Mark Zuckerberg (6ième fortune mondiale, 4ième fortune des USA)

Pendant que Zuckerberg était entrain de developer sa version de réseau social à Harvard, deux étudiants de l’université de Columbia, Adam Goldberg et Wayne Ting construisaient un système nommé Campus Network, qui était be&ucoup plus sophistiqué que les premières versions de  Face Book. Mais Zuckerberg avait l’étiquette de Harvard et un meilleur  support financier . II est aussi prouvé  que Zuckerberg a détourné les ordinateurs de ses concurrents afin de compromettre les données des usagers.

Maintenant, avec ses millions, il a créé une fondation “ caritative”, qui, en réalité est une compagnie à exemption d’imposition illimitée, le laissant libre  tde faire des dons politiques et de vendre  ses parts sans payer d’impôts.

Tout s’est mis en place pour le jeune Zuckerberg. Il ne lui reste plus rien à faire sauf de viser la Présidence.

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La fausse promesse de la philanthropie.

Beaucoup des plus grandes fortunes ont voué  l’essentiel de leurs biens à des causes philanthropiques. C’est très généreux s’ils tiennent leurs promesses. Mais là n’est pas vraiment le problème.

Les milliardaires américains ont tous accumulé leur fortune grâce à la recherche, à l’innovation et aux infrastructures qui ont créé les fondations de nos technologies modernes. Ils en ont récolté le crédit, avec leur fortune massive, venus de succès qui dérivent de la société plutôt que de quelques individus. Une part significative de ces richesses devrait être dévouée à l’éducation, aux logements, à la recherche sur la santé. C’est ce que les Américains, leurs parents et leurs grands-parents ont gagné après un demi-siècle de dur labeur et de productivité.

Paul Buchheit est Professeur d’université et memebre actif de l’US Uncut Chicago. Son dernier livre,  Disposable Americans: Extreme Capitalism and the Case for a Guaranteed Income. Il est également le fondateur de le développeur de sites sur la justice sociale et sur l’éducation ((UsAgainstGreed.org, PayUpNow.org, RappingHistory.org),  et l’éditeur et principal auteur de “American Wars: Illusions and Realities” (Clarity Press). Il peut être contacté à  paul [at] UsAgainstGreed [dot] org.

Traduction : Elisabeth Guerrier

Concernant les pratiques caritatives de la Fondation Bill et Melinda Gates, lire cet article très bien documenté traduit en cinq parties  « La Fondation Gates, une force positive ? » et paru dans  « Global Justice now »

Article paru le 25.06 dans TruthOut à propos de l’analyse de Paul Buchheit

Le responsable des Nations unies avertit que “les océans sont menacés comme jamais auparavant”

 

 

Le responsable des Nations unies avertit que “les océans sont menacés comme jamais auparavant”

 

UN chief warns oceans ‘under threat as never before’

 

 

Antonio Guterres nous dit qu’une étude récente affirme que si rien n’est fait, le poids des déchets plastique pourrait dépasser celui des poisons d’ici 2050

 

 

 Nations unies

 Antonio Guterres parle à l’ouverture de la Conférence des Nations unies sur les océans à New York. [Carlo Allegri/Reuters]

 

 

Le Secrétaire général Antonio Guterres  a ouvert la toute première conférence des UN  sur les océans avec l’avertissement que “les mers sont en danger comme jamais auparavant” avec une étude récente alertant sur les déchets plastiques  qui pourraient dépasser la masse des poissons d’ici 2050 si rien n’est fait.

Le responsable des Nations Unies a dit lundi aux Présidents, ministres, aux diplomates et aux militants environnementaux de Presque 200 pays les océans, “ la source de vie de notre planète “  étaient sévèrement endommagés par la pollution, la surpêche et par les effets du changement climatique ainsi que par les déchets.

La conférence de cinq jours, qui a commence le jour de la journée mondiale de l’environnement est le premier événement majeur à se concentrer sur le climat depuis que le Président Donald Trump a annoncé mercredi que les USA allaient se retirer des accords  historique de 2015  établis lors de la conférence   des accords de Paris sur la climat.  – une décision critiquée par le Président de Bolivie, Evo Morales et par d’autres porte-paroles.

Les Nations unies accentuent leur pression sur la changement climatique, alors que Trump repousse les accords de Paris.

Guterres  a dit que le but de la conférence est de « renverser le courant » et de résoudre les problèmes que nous avons nous-mêmes créés.

Il a ajouté que les intérêts rentrant en compétition sur des territoires et sur les ressources naturelles depuis trop longtemps  freiné les progrès dans le domaine du nettoyage et de la restauration de la santé de nos océans qui couvrent les deux tiers de la planète.

« Nous devons mettre de côté les intérêts nationaux à court terme afin de prévenir une catastrophe globale à long terme. » a dit Guterres. «  conserver nos océans et les utiliser durablement est une façon de préserver la vie elle-même »

Le Président de l’assemblée générale Peter Thomson, un diplomate fidjien a dit que “ le temps est venu pour nous de corriger nos mauvaises pratiques »

«  Nous avons libéré une peste de plastique sur l’océan qui souille la nature de si nombreuses façons. » a-t-il dit, «  Il est inexcusable que l’humanité jette l’équivalent d’une grande benne à ordure de plastique dans l’océan chaque minute de chaque jour. »

 

Thomson  a aussi averti que les pratiques de pêche illégales et destructives et la production d’aliments pour les pêcheries mènent les réserves  vers le point de disparition.” Il a ajouté que la production croissante d’oxyde de carbone par l’homme ne mène pas seulement vers le changement climatique mais conduit à la montée des niveaux de la mer en réchauffant les océans et en les rendant plus acides avec moins d’oxygène, ce qui dégrade la vie marine.”

A regarder : la quête de salut pour les récifs de coraux

Thomson dit que la conférence représente certainement la meilleure opportunité pour” renverser le cycle du déclin que l’activité humaine a apporté aux océans” et pour déclencher les actions afin d’atteindre les buts de s NU de 2030 pour conserver et organiser les ressources des océans.

La Conférence a demandé aux gouvernements, aux groupes des Nations unies, à la société civile de s’engager afin d’agir sur la santé des océans. Jusqu’ici, plus de 730 engagements ont été reçus, la plupart pour préserver des zones protégées, selon le porte-parole de la conférence Damian Cardona.

A la fin de la conférence de vendredi, presque 200 pays vont rédiger un appel à l’action à l’égard des questions marines sur lesquelles Cardona dit que l’accord est fait.

Le Président de la Micronésie, Peter Christian dit que les îles du Pacifique sont inquiètes que l’océan ait été laissé seul pour se soigner après avoir été utilisé comme décharge pour les déchets industriels et comme terrain de test pour l’armement,  et avoir été pollué par l’homme sur ses côtes et par les bateaux en mer.C et appel pressera les nations pour créer des mesures robustes à long terme afin de réduire l’usage du plastique, y compris celui des sacs plastiques et d’agir sur la montée des eaux qui menace de nombreuses îles, sur la montée des températures des océans et l’augmentation de l’acidité.

Accentuant l’importance de la participation des tous les pays faisant partie des Accords de Paris, Christian a ajouté dans une apparente référence à la décision de Trump,  « Pendant que certains peuvent continuer à nier la culpabilité humaine dans les effets destructeurs du changement climatique sur les îles et leurs habitants… aucun homme, aucune île, aucun village ni aucune nation ne peut nier que les déchets dans nos océans sont bien le fait de l’homme. »

 

«  Et que l’homme à cause de ça se doive de nettoyer son désordre. »

Le Bolivien Morales a été plus direct, disant à la conférence que « le gouvernement des USA, un des «  principaux pollueurs au monde », avait décidé de quitter les accords de Paris en niant la science, en tournant le dos au plurilatéralisme et en essayant de denier un possible future aux générations à venir. »

Ceci en a fait une des menaces principales pour la Terre et pour la vie elle-même » a dit Morales.

 
TechKnow – Etouffer la planète: le problème avec le plastique.

Source: AP news agency

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

L’économie robotisée; prêts ou pas, elle est là. JP. Sottile

Dans cet article largement référencé, JP.Sottile évoque les profonds changements dans la distribution du travail qui sont déjà en cours et vont se préciser au niveau mondial à travers ce qui se nomme la “quatrième révolution industrielle”, la révolution robotique.

Les données qu’il présente ont de quoi faire froid dans le dos, 65% des emplois à faible qualification pouvant être remplacès par des robots, entre autres, c’est plus qu’une révolution, c’est une euthanasie de la classe ouvrière, et non seulement de la classe ouvrière mais également des nombreux postes intermédiaires, banques et interventions chirurgicales comprises. Il évoque à plusieurs reprise la terme “d’apocalypse” socio-culturelle générée par ce remplacement systématique des compétences humaines par des tâcherons technologiques sans états d’âmes et sans faiblesse.

On laissera de côté des questions lancinantes sur les fins et les moyens de survie de notre espèce et sur le vide impressionnant de tout projet de devenir caché sous les spasmes du progrès technique. La vision de l’avenir de JP Sottile se replie sur la nécessité de créer une économie parallèle de proximité face à cette économie de masse dirigée par quelques holigarches n’ayant plus à faire appel à la main d’oeuvre humaine.

Il est par contre un point qu’il ne questionne pas et c’est assez étrange pour être relevé ici. Ce système auto programmé tend à faire baisser les coûts et à rendre la production et l’acheminement des biens de consommations plus rapides, plus efficaces et surtout moins chers. Bien, rien à dire à ce propos. Mais par contre, dans cette quête d’une économie réduite à la seule prise en compte de la production et de la consommation, il oublie de poser une question essentielle; Cette main d’oeuvre humaine reléguée est en effet celle-là même qui fait vivre cette même économie en dépensant ses revenus dans les biens de consommation de masse.

Lui retirer le pain de la bouche c’est, en même temps, éliminer la possibilité de la voir dépenser son pécule mensuel dans les accessoires bas de gamme présents dans les tonnes de containers qui traversent les océans. C’est un peu comme si dans l’idéologie de la “production de masse” on avait dans cette psychose sans régulation du devenir humain, gardé uniquement la “production ” et éliminé , enfin,” la masse”. Sans même poser cette masse comme simplement indispensable au fonctionnement global de l’économie. Car si les robots sont à coup sûr efficaces pour charger les containers de produits qu’ils auront également fabriqués et montés, seront-ils ceux qui, aussi, les achèteront ? Et si plus personne, dans ces masses réduites à l’inexistence, ne peut les acheter…EG

L’économie robotisée : prêts ou pas, elle est là

The robot économy, ready or not, here it comes

JP Sottile, Truthout | News Analysis

 

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Duc Tran , ingénieur en robotique, observe le chargement complètement automatisé d’un camion lors d’un test aux ateliers de Wynright Robotics à Arlington, Texas en Juillet 2012  (Photo: Brandon Thibodeaux / The New York Times)

Le 17 septembre tout a changé.

Ce jour-là, en 2013, l’Université d’Oxford publia un article inoffensif rédigé par deux économistes inconnus. «  L’avenir de l’emploi «. Mais “The Future of Employment” n’était pas simplement un nouvel exercice de jeu avec l’opacité des nombres  écrit par deux scientifiques ennuyeux. Non, c’était un rapport explosive qui prédisait une robotisation apocalyptique qui pourrait changer la nature de la civilisation humaine, ou peut-être même les humains eux-mêmes.

Heureusement, le carnage à venir  décrit par Carl Benedikt Frey et Michael A. Osborne n’est pas un scenario catastrophe où   Skynet  balaie systématiquement notre espèce humaine ou un futur proche sombrement éclairé  où des  Replicants attrayants lutte violemment afin de donner du sens à leurs émotions en voie d’apparition dans un Los Angeles perpétuellement inondé.

Au lieu de ça, les économistes ont prévu un monde oh combien réel où  le deuxième homme le plus riche de la planète,  — Jeff Bezos d’Amazon, — parade en jubilant comme  Sigourney Weaver dans un  exosquelette robotisé massif  construit par Hankook Mirae Technology.

Ils présagent l’avenir proche de robots comme Handle, le robot Michael Jordanesque  construit par Boston Dynamics. Handle peut sauter comme un super-héros, peut courir un marathon en trios heures et, si Masayoshi fils le CEO de Softbank voit juste, il sera probablement plus intelligent que vous dans quelques  décennies.

Ils envisagent l’avenir avec des semblables à  Gordon, le “premier robot serveur de bar aux USA..” Gordon peut server jusqu’à 120 bières en une heure.” Ils prédisent aussi l’arrivée de semblables Otto, la plate-forme auto-conduite créée par UBER pour server des cargaisons de bières à des consommateurs assoiffés. Et puis, il y a Pepper, le compagnon  empathique, “du quotidien” compagnon qui ne se contente pas de travailler dans les aéroports et le  banques, mais a aussi été “adopté” par les foyers japonais et mêm “recruté” dans les écoles.

Le futur commence maintenant

 

Il s’agit de la “prochaine économie”, et, que l’on soit prêt ou pas, elle arrive à la vitesse grand V de la Loi de Moore. Cette rapide accelération de la Quatrième révolution industrielle  est entrain de transformer en une prémonition apocalyptique “L’avenir de l’emploi,  — que 47% des emplois des USA pourront être perdus dans les deux prochiaines décennies. En une solide épitaphe  à l’ ére  de l’économie réglée par la manufacture et de la consommation disparaissant rapidement

De sérieux avertissements sont venus de  Bill GatesStephen HawkingElon Musk et, plus inquiétant, d’expert en cybersécurité qui ont récemment prédit  d’une menace portant sur des robots hackés se retournant violemment contre les populations et leurs animaux de compagnie, dans un scénario gonflés rappelant «  la purge ». Cependant, bien avant que se manifestent des Roomba détraqués ou des Peppers maussades, des millions de travailleurs vont devoir se battre pour se débrouiller seuls avec la brutale réalité de leur obsolescence non programmée.

C’est une économie où les métiers de la fabrication nécessitent un diplôme universitaire, , où l’intelligence artificielle remplace les employés administratifs, , où des kiosques automatisés  délogent les personnels de service  et où des véhicules sans chauffeur  menacent les revenus de plus de 10 millions d’Américains qui conduisentt pour vivre.

C’est  “L’Industrie 4.0.” C’est une économie où le centre de distribution dirigeable Amazon plane au –dessus des villes, déployant ses drônes sans effort afin de délivrer des produits construits par des robots, des imprimantes 3D ou par les deux. Franchement, c’est la jungle d’Amazon ici.

Son plan de  “transformer ” le commerce de l’épicerie avec des magasins  presque sans humains est juste la prochaine étape d’une  “apocalypse de la vente au détail”  en court, conduite par Amazon qui conduit les magasins de briques et de ciment humains vers l’extinction. Amazon domine également le marché de l’assistant AI- avec son assistant personnel auto-éducable, étrangement glaçant Alexa. Et maintenant, Amazon cherche à devenir le leader des entrepôts automatisés de plus en plus nombreux  dans un mouvement pour conquérir le marché du futur de la conduite automatique dans le transport par camion et ole transport maritime.

Même les emplois sous-payés dans l’agriculture pourraient devenir com^plètement inutiles avec la cuillette de fruit automatique avec le toucher adroit nécessaire pour les récoltes dans les champs Américains and Européens. Des robots ont déjà remplacé les travailleurs migrants bon marché repoussés par les lois anti-immigration. Et de nouvelles usines entièrement automatisées produisent des maisons modulaires pendant que des maçons robotisés promettent de provoquer dans le domaine de la construction ce que l’automatisation a produit dans les mines de charbons.

C’est une économie où, selon le rapport de la Maison Blanche fait au Président Obama en 2016,  il y a 83% de chance que les travailleurs qui gagnent 20 dollars de l’heure ou moins voient leur main d’œuvre remplacée par des robots dans les pcinq prochaines années; et que ceux qui sont dans les 40 dollars de l’heure aient 31% de chance de voir leur travail supplanté par celui des machines” Et ce n’est pas une coïncidence si cette apocalypse robotique vienne à un moment où l’ère de la croissance épique connue dans l’après-guerre semble toucher à sa fin.

Le pic de la demande en pétrole et  le pic des produits de consommation peuvent signaler plus que l’efficacité de la croissance énergétique ou que la saturation  du marché avec les produits bon marché. Ils peuvent également signaler l’accroissement d’un   mode de stagnation économique comme au Japon,  dans tout les pays développés. Ceci pourrait représenter la fin de l’hypothèse d’une croissance sans borne, intenable écologiquement.

La fin du siècle américain

 L’idée d’après-guerre d’une croissance sans limite a émergé après le boum industriel qui se produisit en même temps que  le “ siècle américain”. Les investissement sans limite des états dans les complexes militaro-industriels créèrent une ligne de fond de métiers bien payés, de spécialisations plus ou moins élevées qui contribuèrent à élever le plancher – ainsi que les attentes des consommateurs – pour les travailleurs, tout en alimentant des trusts énormes comme celui de Boeing, Westinghouse et General Electric,

Le Keynésianisme militaire fût une  vague fiable sur laquelle de nombreux navires ont flotté dans un rêve américain d’expansion sans fin.

Hélas, elle a aussi dû conjurer une série de guerres coûteuses, et cauchemardesques pour ceux qui en payèrent le prix, chez eux ou à l’étranger.

Un élément souvent négligé cependant, est la façon dont l’automation a aidé à maintenir une croissance continue dans la productivité, même si les salaires stagnaient. Comme le Guardian le notait récemment, , “En 2015, un travailleur typique dans la production aux USA gagnait 9% de moins qu’un travailleur identique en 1973. Pendant ces mêmes 42 années, l’économie américaine à enregistré une croissance de 200% ou l’équivalent de 11 trillions de dollars. «  Ce décalage entre les salaires et la productivité a augmenté les inégalités. Mais elle a aussi présenté un problème pour les producteurs ayant à faire face à une chute du pouvoir d’achat de leurs clients. Autrement dit, les travailleurs n’étaient pas assez payés assez pour mener à bien, ou au moins satisfaire une croissance continue.

Pour rester à flot, l’économie a besoin: 1) d’un flux massif de crédit consommation afin de créer un pouvoir d’achat artificiel, 2) des prix toujours à la baisse sur toujours plus de bien de consommation de façon que les travailleurs dont les salaires stagnent puissent se permettre de consommer quand un salaire moyen par famille pouvait permettre de vivre.

Pour en arriver là, les emplois se déportèrent en Chine, mais un des moteurs inapprécié de ce mouvement vers le travail bon marché fût l’arrivée de l’automatisation qui firent des humains américains une façon beaucoup moins efficace de créer du matériel. BuzzFeed rapporte dans une récente etude du Bureau national de recherche en économie (National Bureau of Economic Research), que « depuis 1900, chaque robot installé dans les usines américaines réduisait l’emploi dans les alentours de 6.2 travailleurs. » Le seule chose moins chère que de remplacer un travailleur américain avec de la technologie avancée était d’exploiter le travail bon marché en Chine et dans les pays en voie de développement. Mais ce n’est plus vrai.

Mais encore, Oxford s’est joint à Citibank en 2015 afin de produire une image complète  de la menace globale sur l’emploi. Dans   « Technologie au travail » , « Technology at Work, » de chercheurs montrent que 75% des robots dans le monde sont «  concentrés géographiquement » dans seulement cinq pays, la Chine, l’Allemagne, le Japon, la Corée et les USA,  parmi ceux-ci, la Chine est de loin, «  le marché à la croissance la plus rapide ». En fait, ils déterminent que “ en moyenne, 57% des emplois sont susceptibles d’automatisation,  mais que le nombre s’élève à 69% en Inde et à 77% en Chine.

Comme pour donner la réplique,, le nouveau  « plan de cinq ans »  de la Chine prévu pour mettre la Chine en position de leader de la robotique a déjà produit des As if on résultats.  La Chine est le leader mondial dans la production de robots industiels et les robots deviennent une option meilleur marché et plus productive que la main d’œuvre chinoise. C’est la simple réalité du 21ième siècle, minant les promesses vides d’une Amérique grande à nouveau  en faisant revenir les emplois de Chine. C’est un plan grandiose pour la croissance…si vous avez une machine à remonter le temps assez grande pour 320 millions d’individus.

Non seulement la Chine s’automatise à un rythme toujours plus soutenu mais les techniques d’impression en 3D sont entrain de changer radicalement la façon dont  tout est fabriqué.. EMême si nous commençons à accoutumer nos têtes à un futur plein de fusils en 3D – , les chercheurs sont entrain de mettre au point des techniques d’impression en 4D avec du matériel évolué   qui peut s ‘auto-assembler –, se réparer et même se reproduire à volonté.

D’une façon encore plus significative, l’intelligence artificielle est entrain de dévaster le terrain des professions diplômées dans le cadre de métier non-manuels dont on pensait auparavant qu’il ne subiraient jamais d’automation.

Voici simplement quelques exemples des dégâts subits par les emplois de l’apocalypse robotique.

Goldman Sachs “emploie” Marcus – une plateforme de prêt entièrement automatisée qui fait partie d’un projet de complet changement de look AI dépassant les humains dans des champs comme «  la vente, le commerce et la recherche ».

Fukoku Mutual Life Insurance se tourne vers l’ordinateur d’IBM Watson Supercomputer, qui recouvre 6000 clients de l’enterprise, allant des Hôtels Hilton à Whirlpool et à Visa.

* Le responsable mondial du digital de Coca-Cola prévoit d’utiliser le robot AI pour créer des pubs avec des narrations automatisées, et AI crée déjà de la musique pour les publicités  et des jingles.

* Le Washington post possédé par Jeff Bezos utilise Heliograf pour sélectionner des histoires sur les  Jeux olympiques de Rio en 2016  avant de le modifier légèrement pour «  couvrir » la campagne des élections de 2016.

* Le Smart Tissue Autonomous Robot (STAR) a “dépassé” récemment un chirurgien dans un test de capacité. Cette avancée augure d’un futur proche où les robots assisteront et réaliseront une variéte de procédures chirurgicales.

Comme dans d’autres domaines, les robots médicaux prouveront finalement qu’ils peuvent travailler plus vite, plus efficacement et sans l épuisement humain. Le prix élevé des docteurs auront à faire la balance avec des centaines de robots qui pourront accomplir des milliers d’interventions sans se plaindre et sans erreur, particulièrement depuis que AI si bien éduqué peut prédire des malaises cardiaques  et des diagnostics de cancer de la peau. Comme cela se produit dans les produits manufactures, cela peut prédire un revolution dans les soins de santé qui abaissera les coûts et augmentera l’accès à des soins hautement specialisés. C’est ce niveau d’efficacité implacable, à la Terminator qui est entrain de déranger l’actuel modèle économique pour tout, de la vente au détail  et des restaurants, à l’éducation et l’armement.

Et puis après ?

La Quatrième révolution industrielle peut être l’ère de l’obsolescence humaine pour laquelle les trois révolution précédentes  ne peuvent pas être un guide. Parce que artificiellement créé, , sur le modèle humain,  des réseaux d’apprentissages profound sur le mode neuronal génèrent déjà des processus si complexes que meme les scientists qui les ont créés ne peuvent pas déterminer comment, par exemple, une voiture autoconduite et autoapprenante,  peut prendre la décisions qu’elle prend quand elle conduit dans le New Jersey. Autrement dit, nous ne parlons pas de menace industrielle, des machines à vapeur ou des cartes perforées. Nous parlons de travailleurs meilleur marché, plus efficaces, et infiniment améliorables qui (ou qui ?) ( That or who, pas de nuance en Français)  sont prêts à reprendre Presque tous les comportements humains.

C’est pourquoi les leaders technocrates parlent de plus en plus d’économie “New Collar” ( référence aux catégories américaines de Blue collars ou de white collars), où les humains non seulement travaillent avec des machines intelligentes mais commencent aussi à se mêler physiquement aux machines  dans un effort pour rester au niveau. Alors que certains voient ceci comme une forme de singularité à venir  dans l’horizon métaphysique de la conscience humaine, Elon Musk le voit comme  la seule façon  pour nous de nous maintenir face à ce qui est, en fait, une toute nouvelle classe de travail forcé… et il a une start-up pour le prouver.

Hélas, le travail forcé peut être le modèle économique le plus applicable à notre prochain système économique. Comme de plus en plus d’emplois sont convertis à l’AI, les robots et les algorithmes, de plus en plus de richesse va s’accumuler dans les mains de ceux qui sont déjà au sommet de la pyramide. Comme les pharaons, ces maîtres de l’univers vont profiter du déclin du coût du travail grâce aux robots qu’ils vont «  employer ».

Comme la Revue MIT Technology Review le décrit , cela va générer une mâne pour des firmes comme Goldmann Sachs, où ‘ le salaire d’un directeur moyen va probablement être augmentée, tout en ayant de moins en moins d’employés à bas salaire avec qui partager les bénéfices. ». Parce qu’ils sont dans les affaires de levier d’argent pour faire plus d’argent, ils peuvent prospérer – au moins pendant uncertain temps. Dans le monde du tonnerre, hautement financialisé de la grande vitesse, des algorithmes des marchés.

Mais ce sera également un temps où les inégalités ne toucheront plus seulement les individus mais aussi les compagnies. Le monde tech. est rempli de licornes hi-tech comme Uber qui galopent vers des valeurs de plus en plus hautes avec juste une fraction de la force de travail. he tech world is filled with hi-tech unicorns like Uber that gallop to higher and higher valuation with just a fraction of the workforce (6,700) supportée par Ford (201,000), Hertz (30,000) ou une des firmes leaders dans le transport par camion (18,000). Les compagnies à succès avec moins d’emplués et plus de robots complèteront le processus de «  déindustrialisation »  souvent mis sue le compte de la globalisation. En surface, la sous-traitance et l’offshore semblent les principales causes de fractures ouvrant les écarts de salaries et de richesse. Mais ils ne sont que le résultat logique de l’orientation de la croissance toujours vers plus de productivité, au lieu de  sa direction ( et celle de la consommation) à travers l’augmentation des salaires et du déploiement des emplois. Les robots sont simplement moins chers, plus efficaces et plus productifs dans cette vision que tout le reste.

Cependant, la prochaine économie n’a pas à se présenter comme un scenario de fin du monde. Elle peut être partie d’une économie viable où la technologie remporte une victoire au cœur des hydrocarbones, fait baisser le coût  dépenses de santé et étend les banques  à des communautés mal desservies ?. La prochaine économie peut également devenir une transition vers une «  économie des jobs temporaires » open-source, peer-to-peer, micro-entreprenariale, avec des réseaux micro-organisés qui élimine les intermédiaires. Le  “Maker Movement” pourrait inspirer une “ économie organisée “ d’artisans, de fermiers urains et d’échanges hyper locaux qui fonctionne en parallèle à l’économie robotisée, à la production de masse. Ces biens faits main et ces services pourraient valoir beaucoup plus dans un monde où la production de masse n’est éloignée que d’un clic et d’un dirigeable Amazon.

Comme nos besoins sont de plus en plus comblés par des systèmes hyper-efficaces et Auto conduits, la seule acquisition qui pourra avoir de l’importance est le savoir. Et le savoir doit devenir plus que le «  moyen » d’obtenir cet emploi tant desiré à la sortie du lycée ou de l’université- parce que les moyens de production ne nécessiteront plus la présence humaine, la sueur humaine et les larmes. C’est peut-être que que veut dire le  Alibaba de Jack Ma qui non seulement se  lamente sur un monde de souffrance à venir comme l’économie –technologique s’étend sur la globalisation, mais quand il dit également  que l’éducation doit être réformée afin d’ élever des enfants plus créatifs et curieux, qui autrement seront mal préparés à leur avenir. «  C’est un avenir où le savoir – et la créativité qu’il suscite- devra être une finalité en soi. »

Et quand Musk pense au jour où des humains augmentés se soulèveront afin d’interrompre sa vision d’un avenir pline de Terminator, le veritable test sera comment nous voulons nous organiser en tant que société – ou si nous continuons simplement à ignorer – la souffrance de plus en plus grande du mouvement qui s’opère d’une économie à l’autre. De toutes les façons, ce n’est pas seulement à venir. C’est déjà là.

 

 

 

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JP SOTTILE

JP Sottile est un jopurnaliste freelance, un historien publié et animateur radio et un réalisateur (The Warning, 2008). Son itinéraire inclut une intervention dans le Newshour, C-Span et la production d’un magazine d’information pour ABC, affilié à WJLA à Washington. Son émossion hebdomadaire «  Dans les gros titres avec The Newsvandal » en collaboratioon avec James Moore, se toient chaque vendredi sur KRUU-FM à Fairfield, Iowa. Son blog porte le psuedomyme «  The Newsvandal »

Traduction Elisabeth Guerrier

 

De la dissuasion à l’apocalypse William Astore


De la dissuasion à l’apocalypse

 

William Astore

Tomgram: William Astore, From Deterrence to Doomsday?

 

Posted by William Astore at 7:29am, April 13, 2017.
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Passons outre l’évident. La manière, par exemple, dont la décision de Trump de lancer 59 missiles de croisière Tomahawk contre une base aérienne syrienne, n’est qu’un exemple supplémentaire de ce que nous savons déjà. Les actes de guerre sont la prérogative et uniquement le  prérogative, du Président ( ou des commandants militaires à qui Trump a confié une plus grande capacité à agir par eux-mêmes) Vérifications, équilibre, je doute que aucun d’entre eux ne s’applique quant il s’agit de guerre, dans le style américain. Ces jours-ci, le seul contrôle écrit  sont ceux du Pentagone et «  l’équilibre » n’est pas un concept en dehors de la gymnastique.

Pendant ce temps, Trump a appris que que tout  débat féroce,  à l’intérieur, que tou ramous provoqué par une intrigue de palais  qui pourrait faire rougir le Tzar peut être, et bien, interrompue en lançant 59 missiles de croisière  ou leur équivalent sur un terre lointaine afin de sauver les « beaux bébés » (Oublions les bébés  que ses propres généraux ont tués). Lançons les missiles, envoyons les corps d’armée, lâchons les avions et nous aurons tous ceux que nous aurons agressé par tweet, y compris HillaryJohnNancyMarco, et Chuck pour vous applaudir et louer vos actions.

Ils seront rejoin par l’aile droite officielle ( bien que pas par  la non officielle), alors que les  neocons et leurs amis vous acclamerons comme le Churchill du 21ième siècle. Ou du moins, tout ceci sera vrai jusqu’à – consultons W. Bush et b. Obama sur ce point- ce que, vous savez, le lendemain du jour où, nous avons expérimenté ça encore et encore, pendant les   15 dernières années de guerres   américaines, le jour où il devient subitement clair ( une fois de plus) que les choses vont vraiment, vraiment très très mal.

Pendant que nous attendons, voici une suggestion qui vient à l’esprit tout en lisant les dernières réflexions du chroniqueur régulier de TomDispatch   le Lieutenant-Colonel retraité de l’armée de l’air, William Astore qui écrit sur le complexe militaro-induistriel à l’âge de Trump. N’est–il pas grand temps d’attribuer aux industries finançant les guerres leur juste part ? Après tout, il n’existe aucun objet, bâtiment, muse, stade ou meme vie civile par les temps qui courent, qui n’affiche pas le sponsorat d’entreprise et même ne vive que grâce à lui. Dans ma ville par exemple, les clubs de base-balls new-yorkais,  Les Mets jouent à Citi Field, alors que les Giants et les Jets passent leur saison au  MetLife Stadium.  Etant donné le rôle que les fabricants d’armes géants jouent dans les guerres, et la  façon étonnamment performante dont ils sèment leurs guerres tout autour de la planète, n’est-il pas temps de traduire le pouvoir militariste de plus en plus grand du commandeur-en-chef en une version militaire du sponsorat ?

Est-ce que  Raytheon, le fabricant de ces 59 missiles de croisière uilisés par Trump récemment, ne doit pas recevoir le plein credit de façon à ce que la couverture médiatique se réfère au coup de massue Raytheon ? La prochaine attaque de drône  au Yémen ne devrait-elle pas s’appeler la General Atomics MQ-9 moissonneuse batteuse ?  Est-ce que toute frappe à venir par le système d’armement  le plus cher  de cette planète ou de toute autre, ne devrait pas se nommer Lockheed F-35 Lightning Joint Strike Fighter Storm ?  Nous sommes dans un nouvel âge de l’amélioration corporatiste. N’est-ce pas une époque où les guerres devraient s’ajuster et où le complexe militaro-industriel devrait recevoir le crédit qu’il mérite amplement ?  Tom

 

 Que signifie une politique étrangère  “L’Amérique d’abord ?”

Mettre l’armée américaine en premier, en deuxième et troisième
Par  William J. Astore

A quoi ressemble la politique étrangère de “ l’Amérique en premier “ sous la présidence de Trump ? Tout d’abord, oublions l’ancien label d’ »isolationnisme ». Avec la fin des premiers cent jours de Trump approchant, il semble qu’une politique militaire prioritaire cherche à achever l’hégémonie globale, ce qui signifie la mise en route potentielle d’une machine de l’apocalypse.
Le candidat Trump s’est engagé à render la force armée américaine si forte qu’il n’aurait pas besoin de l’utiliser, puisque personne n’oserait s’y attaquer – dissuasion, c’est le mot. Mais la réalité sur le terrain (et dans les airs) est déjà très différente.   Les généraux du Président Trump ont commencé lâcher cette force armée d’une façon dont l’administration Obama pourtant à peine émue à l’idée de bombarder ou de déferler avait jugée excessive et trop risquée pour les civils. La semaine dernière, 59 US .  missiles de croisière  (valeur : $60 millions ) ont écrasé une base aérienne en Syrie, une réponse extravagante à une attaque à l’arme chimique dans ce pays qui peut conduire à nouveau à une escalade.  Pendant ce temps, des armes US sont sur le point d’être vendues  aux monarchies Sunnites  dans le Golfe persique sans beaucoup de soucis pour les abus à l’égard des droits humains  et les Saoudiens vont se voir offrir un peu plus de support pour mener leur guerre dévastatrice sur les civils du Yémen. Il ne fait pas de doute que d’autres opérations militaires et qu’une escalade dans le Grand Moyen Orient ne soient.  Sur l’habituelle  “table” de Washington où “ toutes les options” sont supposes être gardées.

La plupart des Américains croient en la manipulation selon laquelle l’armée US est prête à dissuader et à prévenir des attaques sur le sol américain, spécialement celles du “terrorisme radical islamique”.

Vendu comme de la dissuasion, la Sécurité nationale de Washington a, en fait, explosé  en quelque chose qui ressemble au mécanisme de la guerre permanente. Ignorant les stratégies les plus basiques, impulsif et grandiloquent, son actuel Commandant en chef est habilité par ses conseillers va-t-en-guerre  et par les hommes qu’il nomme “mes généraux”  qui rêvent de budgets encore plus importants. ( Même la promesse de Trump d’une augmentation de 54 milliards pour le Pentagone cette année n’est pas assez pour certains officiers supérieurs )

Les réalités de la nouvelle ère de victoire de Trump

Bienvenue dans la nouvelle ère de victoire de  Trump.  Il ne s’agirt pas en fait de’en finir avec la guerre mais d’exercer «  pression globale, un pouvoir global »  tout en vendant le plus possible d’armement.   Cela promet d’étendre ou de prolonger le chaos en Irak, au Yémen, et vraisemblablement en Iran, parmi d’autres pays. Dans le grand Moyen-Orient, les efforts conduits par les US ont produits un Irak déchiré par la guerre qui s’effondre. Les drones US et leur support à la campagne de bombardements saoudien on laissé le Yémen glisser vers la famine.  La Syrie reste un désastre humanitaire, déchirée par la guerre même si des troupes supplémentaires sont déployées sur le terrain. ( Le Pentagone ne dit pas combien, mais il nous demande de nous centrer sur les capacités    plutôt que les forces au sol.) Plus loin à l’Est, la guerre sans fin d’Afghanistan est, selon le Pentagon,  “dans une impasse “, ce qui signifie que les Talibans ont en fait gagné du terrain comme une nouvelle menace potentielle.  Regardant vers le Sud et vers l’Ouest, l’Afrique est la dernière cour de récréation  pour les forces opérationnelles spéciales de l’armée US  comme l’adminiostration prépare, parmi d’autres choses, une opération en Somalie.

Pour Trump et ses généraux, une approche de l’“ Amérique d’abord ” signifie en fait  l’armée en premier,  en second et en troisième. Cela n’empêche pas qu’ils ne peuvent imaginer ces opérations comme déstabilisantes. ( Futur gros titre envisageable :  Trump détruit  la Syrie afin de la sauver) Selon le Général Joseph Votel, tête des Commandes centrales US , par exemple, le pays qui présente les plus grandes menaces pour la stabilité  “ dans le Moyen Orient est l’Iran, sentiment partagé par le Général James Mattis, le Secrétaire de la défense.

 

Vous excuserez les Iraniens, ainsi que les Russes et les Chinois s’ils pensent différemment. Pour eux, les USA sont clairement l’entité la plus déstabilisatrice au monde. Si vous étiez un Chinois ou un Russe ou un Musulman Shiite, comment donc vous apparaîtrez les activités militaires US ?

* Expansionnistes ?

* Dédiées à la domination via des dépenses militaires colossales et de l’interventionnisme global ?

* Engagés dans une hégémonie économique et idéologique via des banques puissantes et des intérêts financiers qui cherchent à avoir le contrôle sur les marchés mondiaux  au nom de la préservation de leur « liberté » ?

Ne serait-ce pas un bilan logique, même si il manqué de saveur ? Pour beaucoup d’observateurs, les US semblent être les leaders des touche-à-tout de l’armement et les meilleurs vendeurs d’armes, une perception supportée par des actions militaires montant en flèche et une diplomatie en chute libre sous Trump.   De sérieuses coupes dans le financement du Département d’état, alors que le Pentagone voit son budget augmenté ( encore une fois),.

Pour des observateurs extérieurs,  les ambitions de Washington semblent claires : dominance globale, menée à bien et renforcée par la “très, très, très fort ” armée que le candidat Trump clamait   ne jamais avoir à utiliser mais emploie déjà avec frénésie sinon abandon.

Ne jamais sous-estimer le pouvoir du complexe militaro-industriel

Qu’ajoute la politique de ”L’Amérique d’abord ” aux politiques militaires précédents ? Pourquoi le budget du Pentagone, au même moment que les actuelles opérations militaires, est-il entrain d’enfler sous son contrôle ?

Il y a plus de cinquante ans, le sociologiste C. Wright Mills apporta des réponses qui semblent toujours d’actualité. Dans son essai datant de 1958, ”  La structure du pouvoir dans la société américaine”, il disséqua  le «  triangle du pouvoir ». il consiste, explique-t-il, des chefs d’entreprise, des chefs militaires et des politiciens travaillant de concert, mais également d’une façon telle que l’agenda des entreprises corresponde aux projets militaires. Cette combinaison, suggère-t-il, détruit la capacité des politiciens à modérer et à contrôler les impératifs militaro-industriels ( en assumant qu’ils en aient l’envie)

” L’ordre militaire américain “ écrit Mills “ auparavant une maigre institution opérant dans un contexte de méfiance populaire, est devenu la figure la plus importante et la plus onéreuse du gouvernement, derrière des relations publiques souriantes, elle a le rictus et la maladresse d’une bureaucratie prolifique. Les chefs militaires ont gagné une légitimité politique et économique. La soi-disant menace permanente place une prévalence sur leurs têtes et virtuellement, toutes les actions politiques et économiques sont maintenant jugées en terme de définition militaire de la réalité. »

Pour lui, le danger est assez simple, “ la coïncidence du domaine militaire et du royaume industriel les renforce réciproquement et subordonne plus avant le simple home politique. Ce n’est  pas  l’homme politique de parti, mais l’exécutif entrepreneurial qui est maintenant suppose s’asseoir avec les militaires et répondre à la question : qu’est ce qu’on fait ?

Considérons la création de l’administration Trump, une émeute de milliardaires et de multimillionaires. Son Secrétaire d’état, l’ancien PDG de Exxonmobile, Rex Tillerson n’est pas ce que l’on peut appeler un diplomate. Bien sûr, il semble peu intéressé dans les conseils du personnel du Département d’état mais il sait comment faire son chemin dans les réunions des salles du conseil d’entreprise. Le conseiller de Sécurité nationale de Trump et son secrétaire de la défense et de la sécurité intérieure sont tous ou bien des Généraux en service ou récemment retraités. Dans le cercle proche de Trump, les cadres s’assoient avec les militaires pour décider de ce qui doit être fait.

Peu après que Mills ait formulé ses critiques prophétiques sur l’élite au pouvoir , le Président Dwight D. Eisenhower avertit du danger croissant d’un complexe militaro-industriel. Depuis, le complexe de Ike s’est seulement étendu. Avec l’ajout du Département de la sécurité intérieure après le 11 septembre, et toujours plus d’agences de renseignement (dix-sept principales au dernier recensement)  le complexe ne fait que croître au-delà du contrôle civile. Sa position dominante à cheval sur le gouvernement est pratiquement impossible à critique. D’une façon figurative, il est le roi de Capitol Hill.

Le candidat Trump a pu se plaindre de ce que les USA perdaient des milliards de dollars dans les conflits récents, les invasions, et les occupations, mais de nombreuses entreprises américaines ont profité de ces «  changements de régime ». Après que vous ayez aplati un état comme l’Irak, vous pouvez le réarmer. Quand vous ne leur vendez pas des armes ou ne rebâtissez pas les infrastructures que vous avez détruites, vous pouvez exploiter leurs resources. Ces guerres qui semblent interminable en Irak ou en Afghanistan sont les illustrations de ce qui se produit quand les intérêts des entreprises se mêlent aux imperatifs militaires.

Pendant que Mills ou Eisenhower avertissaient sur les risques de tells développements, ils pourraient alarmer l’Amérique de 2017.  Jusqu’à maintenant, les post-contingents, “tous volontaires”, des militaires professionnels, sont devenus des étrangers, sinon des divorcés d’avec la population, une séparation aggravée par le culte actuel du guerrier se développant en leur sein. Non seulement les Américains sont-ils de plus en plus isolés de leurs  combattants, mais ils le sont des guerres américaines également.  Elles continuent d’être menées sans  l’approbation formelle du Congrès et Presque sans sa simple supervision. Combinez ça avec la décision due la Cour suprême Citizens United qui change directement l’argent des entreprises en activisme politique, et vous avez ce qui est de plus en plus un système de gouvernance des 1% dans lequel un Président milliardaire préside le, cabinet le plus riche  de toute l’histoire dans ce qui est maintenant la capitale de la guerre, pendant que des liens militaro-industriels incarnent ce qui étaient les peurs les plus sinistres de Mills et d’Eisenhower.

La machine de guerre américaine qui s’est emballée a peu à voir ces jours-ci avec la dissuasion et beaucoup avec la continuité d’un état de guerre permanente. Mettez tout cela ensemble et vous avez la parfaite formule pour un désastre.

Dissuader notre trajet vers l’apocalypse

Qui a mis le pétrole américain au milieu des déserts du Moyen Orient ?  C’est la question que les militants pacifistes ont posé  avec un humour grinçant juste avant l’invasion de l’Irak. Selon l’opinion rabâchée de Trump, les USA auraient du bien sûr récupérer le pétrole irakien juste après l’invasion de 2003.  A défaut d’autre chose, il a dit ce que beaucoup d’Américains croient, et ce que de nombreuses multinationales cherchent à faire.

Considérons l’engagement de Jimmy Carter. Il ya à peu près quarante ans, Carter a pressé les Américains à modérer leur appétit, conserver leur énergie et se libérer de leur dépendance paralysante au pétrole étranger et à leur consommation sans frein de biens matériels. Après que les critiques l’ait catalogué de discours de malaise, Carter fit volte-face et accrût les dépenses militaires en établissant la doctrine carterienne de protection du Moyen Orient comme intérêt vital pour les USA. Le peuple américain répondit en élisant Ronald Reagan malgré tout. Comme les Américains continuaient à apprécier un mode de vie réglé par la consommation qui aspire à lui seul près de 25% de la production mondiale d’énergies fossiles (tout en ne représentant que 3% de la population mondiale), l’argent actif de la Maison blanche travaille à ouvrir toujours plus de forages sur le plan mondial ; Des milliards sont en jeu.

Pas très étonnant que, en devenant président, Trump ait agi rapidement pour accélérer la construction de nouveaux pipelines retardée ou interdite par le Président Obama tout en détruisant les protections environnementales liées à la production des industries fossiles. La production domestique accélérée, avec la coopération de l’Arabie saoudite ( le véto de Trump à propos des Musulmans a soigneusement évité de cibler les seul pays qui produit 15 des 19 terroristes des attaques du 11 septembre- devrait permettre au pétrole de continuer à couler, aux profits de croître et au niveau des mers du globe de monter.

Une donnée : l’armée américaine à elle seule absorbe plus d’énergie fossile  que la Suède dans son entier. Quand il s’agir de consommation d’énergie, nos forces armées sont le premières entre toutes.

Avec ses réserves pétrolifères massives, le Moyen Orient reste un lit pour les guerres pour les ressources à venir, ainsi que pour les conflits religieux et ethniques, exacerbés par le terrorisme et les attaques déstabilisantes de l’armée US.  Dans ces circonstances, , quant il s’agit de désastre mondial à venir, il n’est pas très difficile d’imaginer que l’actuel Moyen Orient puisse servir d’équivalent aux Balkans lors de l’infâmie de la Première guerre mondiale

Si Gavrilo Princip, un terroriste Serbe “au noir” opérant dans une région disputée et ravagée par la guerre a pu enflammer le monde en 1914, pourquoi un terroriste de ISIS ne le ferait-il pas un siècle plus tard ? En considérant les nombreuses lignes de rupture et les forces impliquées, y compris la Russie, la Turquie, l’Iran, Israël, l’Arabie saoudite et les Etats unis, tous travaillent ostensiblement ensemble pour combattre le terrorisme même s’ils ne se positionnent que pour maximiser leurs propres avantages et s’éliminer les uns les autres. En de telles circonstances, un vacillement politique, suivi d’un tremblement de terre géopolitique semblent tout à fait possible. Sinon, une secousse d’ISIS suivie d’un mouvement majeur dans le Moyen Orient, il n’y a pas de raccourcis vers de possibles zones à risques dans un monde de plus en plus susceptible. D’une attaque au sabre avec la Corée du nord en passant par une joute avec les îles artificielles  construites par les Chinois au sud de la Mer de Chine.

En tant qu’historien, j’ai passé beaucoup de temps à étudier la force militaire allemande du 20ième siècle. Dans les années qui ont conduit à la Première guerre mondiale, l’Allemagne émergeait comme super-puissance mais pourtant, paradoxalement, elle se voyait comme menacée de plus en plus par ses ennemis, en tant que nation encerclée et oppressée. Ses chefs d’état craignant plus que tout la Russie. Cette crainte les a amenés à déclencher une guerre préventive contre ce pays. ( Bien sûr, ils ont attaqué la France en 1914 mais c’est une autre histoire). Cette guerre incroyablement risquée et coûteuse, déclenchée dans les Balkans, échoua lamentablement et pourtant elle fût dupliquée à une niveau encore plus horrible vingt années plus tard. L’armée allemande, louée comme «  la meilleure au monde » par ses chefs et vendue à son peuple comme une armée de dissuasion s’est transformée pendant ces deux guerres mondiale en une machine apocalyptique qui a saigné le pays à blanc tout en assurant la destruction de partie significatives de la planète.

Aujourd’hui, l’armée américaine loue elle-même  pareillement comme la “ meilleure du monde” même en s’imaginant entourée par des menaces puissantes ( La Chine,  la Russie,  la Corée du nord et le terrorisme mondial, en tête de liste). Vendue au peuple américain pendant le Guerre froide comme une force de dissuasion, un pilier de stabilité contre les joueurs de domino communistes, cette armée s’est transformée elle-même en une force aléatoire.

Rapellons-nous ici que l’administration de Trump a réaffirmé la quête de l’Amérique pour une suprématie nucléaire radicale .  Elle a appellé à une “nouvelle approche”  de la Corée du nord et de son programme d’armement nucléaire. (Quoi que cela puisse signifier, ce n’est pas une référence à la diplomatie). Même dans une croissance du nucléaire et une stratégie de la corde raide, Washington continue de vendre de l’armement- c’est de loin le plus grand vendeur d’arme du 21ième siècle- et le chaos sur toute la planète, accroissant ses efforts en tant que guerre contre la terreur et la vendant comme la seule façon de gagner.

En mai 1945, quand le rideau est tombé sur le dernier soubresaut de l’Allemagne comme puissance dominatrice mondiale, le monde était heureusement encore innocent face à l’armement nucléaire. Tout est différent maintenant, la planète est, c’est le moins que l’on puisse dire, surdotée de machines C’est pourquoi il est vitalement imùportant de reconnaître que l’Amérique d’abord de Trump est tout sauf isolationniste dans l’acceptation du vieux vingtième siècle, cette façon de parler est une recette pour prolonger la guerre en créant toujours plus de chaos et d’états effondrés dans le grand Moyen Orient et vraisemblablement au-delà, et que cette politique déjà dangereuse de Guerre froide, supposée dissuasive, que ce soit contre l’armement traditionnel ou nucléaire, au regard de la bellicosité de Trump, pourra exploser comme une version de l’apocalypse.

Ou, pour évoquer celà d’une autre façon, considérons cette question : Est-ce que le Coréen du nord Kim Jong-un le seul leader instable possédant un armament nucléaire sur la scène mondiale ?

Lieutenant colonel en retraite ( USAF) et Professeur d’histoire, Astore est un éditorialiste régulier de  TomDispatchSobn blog est le Bracing Views.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

Le moment de diversion de Trump Robert Parry

Trump’s ‘Wag the Dog’ Moment Robert Parry

Avril 7, 2017

 

Exclusif : Le Président Trump a gagné les applaudissements des Néo-cons pour sa décision  prise dans l’urgence d’attaquer la Syrie en tuant environs une dizaine de Syriens, mais sa décision imprudente à tous les aspects d’une diversion.

Par  Robert Parry

Juste deux jours après que la nouvelle d’une soi-disant attaque au gaz sarin dans le nord de la Syrie, le Président a repoussé les conseils de l’Intelligence service qui doutaient de la responsabilité du régime syrien et a lance une opération de représailles en lançant des missiles sur la zone aérienne syrienne.

Trump a immédiatement gagné les applaudissements du Washington Officiel, spécialement ceux des néo-cons qui essaient de gagner le contrôle sur sa politique international sur ses conseillers nationalistes et personnels depuis sa victoire surprise du 8 novembre.

Il ya également une dispute interne autour du renseignement. Mercredi soir, le Secrétaire d’état Rex Tillerson a dit que les services de renseignements US affirmaient «  avec un haut degré de confiance » que le gouvernement syrien avait lâché du poison par gaz sur des civils dans la province de Idlib.

Mais un nombre d’agence de renseignement ont faits des déclarations contradictoires, disant que la prépondérance des preuves suggérant que les affiliés à Al Qaeda étaient en faute, ou bien en ayant orchestré une libération intentionnelle de l’agent  chimique comme provocation ou bien en en ayant possédé un container qui aurait explosé pendant un bombardement conventionnel.

Une des sources de renseignements affirme que le scenario le plus vraisemblable est une mise en scène orchestrée par les rebelles, souhaitant forcer Trump à changer de politique, annonçant quelques jours plus tôt que le gouvernement US ne cherchait plus de “ changement de régime” en Syrie et se concentrerait sur l’attaques des ennemis communs, les groupes terroristes islamiques qui représentent le cœur des forces rebelles

La source dit que l’équipe de sécurité nationale de Trump s’est divisée en deux parties, d’un côté  les conseillers les plus proches, le nationaliste fauteur de trouble Steve Bannon et le beau-fils Jared Kushner  et de l’autre une vieille ligne de néo-cons qui se sont regroupés autour du Conseiller à la sécurité nationale  H.R Mc. Master, un général des armées qui est un protégé  du favori des néo-cons, le Gen. David Petraus.

Les querelles internes de la Maison blanche

Dans cette approche, l’exclusion récente du Général en retraite Michel Flynn comme Conseiller à la sécurité nationale et la sortie cette semaine de Steve Bannon du Conseil de sécurité nationale furent des éléments clef de la réintégration des néo-cons au sein de la présidence de Trump. Les étranges personnalités et les positions extrémistes de Flynn et Bannon rendirent leur exclusion plus facile, mais il y avait des obstacles que les néo-cons voulaient éliminer.

Bien que Bannon et Kushner soient souvent présentés comme des rivaux, dit la source, ils partagent la croyance que Trump devrait dire la vérité sur la Syrie, en révélant l’analyse de la CIA faite sous l’administration Obama que l’attaque au gaz sarin de 2013  était une fausse déclaration afin d’entraîner le Président Obama à rejoindre complètement la guerre en Syrie aux côtés des rebelles – et les analyses des renseignements sont identiques en ce qui concerne l’incident de mardi.

Au lieu de ça, Trump a suivi l’idée  de créer une urgence  sur le jugement initial  blâmant Assad pour l’événement du gaz toxique de Idblid. La source a ajouté que Trump considérait l’assaut de mercredi soir comme une façon de changer les sujets de conversation de Washington, où son administration a subi les attaques incessantes des Démocrates déclarant que son élection était due à une opération couverte par les Russes.

Si changer de discours était le but de Trump, il a réussi partiellement en contrant les critiques sévères de certains néo-cons comme le Sénateur John Mac Cain, et Lindsey Graham qui ont loué ces attaques, comme l’a fait le Premier ministtre israélien B. Netanyahu. Les neocons et Israel cherchent depuis longtemps à créer un « changement de régime » à Damas même si le départ de Assad devait conduire à une victoire des extrémistes islamistes, associés à Al Qaeda ou à l’Etat islamique.

 Faire diversion

Trump emploie une “stratégie de diversion”  dans laquelle il met en lumière son leadership dans une situation de crise international afin de détourner l’attention de ces problèmes de politique intérieure, cela rappelle Clinton et sa décision d’attaquer la Serbie en 1999 comme des nuages commençaient à entourer se vie sexuelle avec Monica Lewinski.

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Le Président Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans une conférence de presse le 15 février 2017 . (Screen shot from Whitehouse.gov)

Les conseillers de Trump, dans leur communiqué de presse le mardi soir, sont revenus en grande largeur sur la compassion que Trump éprouvait à l’égard des victimes du gaz et sur sa décision de bombarder les bases aériennes de Assad, en contraste avec la volonté de Obama de permettre à la communauté des renseignements de mener une enquête sérieuse sur les preuves autour de l’attaque au sarin de 2013

En fin de compte, Obama a écouté ses conseillers des services spéciaux de renseignement qui lui ont dit qu’il n’ y avait aucune preuve irréfutable “ impliquant le régime de Assad et il a annulé au dernier moment les frappes aériennes–tout en maintenant publiquement la fiction que les USA étaient certains de la culpabilité de Assad.

Dans les deux cas, – 2013 and 2017 – il ya de grands doutes sur la responsabilité de Assad. En 2013, il venait juste  d’inviter les Nations unies en Syrie  pour qu’ils enquêtent sur l’usage du gaz sarin par les rebelles et donc cela n’avait aucun sens de lancer une attaque au gaz sarin dans les banlieues de Damas, sachant qu’alors que les enquêteurs seraient détournés de leur enquête.

Pareillement maintenant, Assad a gagné militairement avec un avantage décisif sur les rebelles et a remporté une victoire diplomatique majeure avec l’administration Trump ayant annoncé que le «  changement de régime «  n’était plus une priorité en Syrie. Assad, qui est un homme rusé, aurait dû savoir qu’une attaque aux armes chimiques engendrerait une contre-offensive des USA et mettrait en jeu les avancées qui ont été effectuées avec l’aide russe et iranienne.

L’argument oppose à cette logique, dévellopé par le NYT et d’autres organs d’information dédiés aux positions néo-cons – est principalement que Assad est un barbare furieux qui est en train de tester une nouvelle position de force en provoquant Trump. Bien sûr, si c’était le cas, Assad aurait revendiqué ses actes plutôt que de les nier.

Mais la logique et le respect ne sont plus des valeurs dans le Washington officiel, ni au sein des medias américains.

La montée des services de renseignements

L’alarme au sein de la communauté des renseignements à propos de la décision précipitée de Trump s’est réverbérée du Moyen Orient à Washington où l’ancien officier de la CIA Philip Giraldi a rapport qu’il avait entendu que ses contacts sur le terrain étaient choqués par la façon dont l’histoire du gaz sarin avait été distordue  par Trump et les medias officiels.

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L’ancien officier de la CIA Philip Giradi. (Photo credit: Gage Skidmore)

Giraldi a confié lors de l’émission de Scott Horton: « J’entends, venant de sources du terrain situées au Moyen Orient; des individus qui son t intimement lies aux services de renseignement disponible qui disent que le contenu narrative que nous entendons tous à propos du gouvernement syrien ou des Russes ayant fait usage d’armes chimiques est une imposture. »

Giraldi a dit que ses sources étaient plus proches de l’analyse postulant un lâché accidentel de gaz après qu’un dépôt d’Al Qaeda ait été bombardé par une frappe russe.

Les services de renseignements confirment plutôt bien le compte-rendu que les Russes ont donné, qui est qu’ils ont heurté un abri où les rebelles- maintenant ce sont des rebelles qui sont bien sûr connectés à Al Qaeda- stockaient des armes chimiques leur appartenant et que cela a causé une explosion qui a entraîné des pertes. Apparemment les renseignements sont très clairs là-dessus.

Giraldi a évoqué la colère de la communauté des  services de renseignement à propos de cette distorsion des informations afin de justifier les représailles militaires de Trump, elle était si forte que certain officier opérant clandestinement considéraient leur passage au public.

“ Les membres de l’agence ( CIA) et les militaires qui sont au courant du travail des services de renseignement sont effrayés par tout ça parce que Trump a complètement transformé ce qu’il devait avoir su – ou peut-être pas- et ils craignent que cela n’avance vers une situation qui pourrait aisément tourner dans un conflit armé”.  Giraldi a dit, avant les frappes de jeudi « Ils sont étonnés de la façon dont tout cela est manipulé à la fois par l’administration et par les médias. »

Une couverture biaisée

Les medias US ont présenté la crise actuelle avec le biais profondément néo-cons qui a infecté la couverture de la Syrie et du grand Moyen-Orient depuis des dizaine d’années. Par exemple, le New York Times de vendredi a publié un article à la une  de Michael R. Gordon  et Michael D. Shear qui ont traité la responsabilité du Gouvernement syrien pour le gaz sarin comme a fait acquis. La longue histoire ne daignait même pas inclure les démentis de la Syrie et de son partenaire russe q touchant leur responsabilité.

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Le  destroyer  Arleigh Burke-class missile USS Ross  lance une attaque à terre avec un missile tomahawk à partir de la Méditerranée  le 7 avril 2017. (Navy photo by Petty Officer 3rd Class Robert S. Price)

L’article correspondant aussi au désir de Trump d’être décrit comme un homme réactif et un leader fort. Il est dépeint comme ayant présidé à des délibérations intenses de guerre et de paix et affichant un profond humanisme concernant les victimes du gaz, un des rares moment où le Time qui est devenu un fiable journal de propagande néo-con, ait jamais écrit quelque chose de favorable à Trump

Selon le rapport syrien de vendredi, l’attaque US a tué 13 peronnes, y compris des soldats de la base aérienne.

Gordon, dont les services rendus à la cause néo-cons sont notoires a été  l’auteur principal  avec  Judith Miller  de l’histoire du faux “ tube d’aluminium” de 2002 qui prétendait que le leader Irakien Saddam Hussein construisait un programme de construction d’ armes nucléaires, un article qui fût cité par les assistants du Président Bush  comme argument choc pour l’invasion de l’Irak en 2003.

Au regard des événements de cette semaine, La volonté désespérée de Trump de renverser sa couverture médiatique négative et les preuves  douteuses accusant Assad pour l’incident de Idlin pourraient convenir au film ‘de 1997, “ Wag the dog” ( diversion) dans lequel un président dans la tourmente crée une fausse crise en Albanie.

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Une fausse scène de guerre dans la comédie noire «  wag the dog » ( diversion)  qui montre une fille et son chat fuyant un bombardement en Albanie

Dans le film, l’opération de la Maison blanche est une cynique opération psychologique  montée pour convaincre le people américain que les innocents enfants albanais, dont une ravissante petite fille portant son chat sont en danger quand, en réalité, la fille est une actrice posant devant un écran vert qui permet d’inclure des scènes féroces de destruction dans le fond.

Le journaliste d’investigation  Robert Parry a défait de nombreuses histories anti-Iran pour l’Associated Press et new sweek dans les années 1980. Vous pouvez vous procurer son dernier livre America’s Stolen Narrative,  l’imprimer ici ou comme ebook. Amazon and barnesandnoble.com).

 

Traduction Elisabeth Guerrier

Berner les Américains sur  la santé et la guerre Nicolas J S Davies

 

Duping Americans on Healthcare and War Nicolas JS Davies

March 30, 2017

Exclusif : Le peuple américain s’est fait vendre une loi mortelle à la fois pour son système de protection santé minable et pour sa machine de guerre à perpétuité – et il n’existe pas de fin en vue.

Par Nicolas J S Davies

Le Président Trump et ses amis milliardaires viennent de découvrir comme le système de protection santé est compliqué dans ce pays. – pour tous les autres, s’entend. Ils vont bientôt trouver comme l’armée US est elle aussi compliquée, et pour de nombreuses raisons identiques.

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Le Président Trump s’adressant à une cession commune du Congrès le 28 février 2017 (Photo de la Whitehouse.gov)

La protection santé n’est compliquée aux USA que parce que les USA sont le seul pays riche au monde où les intérêts d’entreprises privées se sont taillées une telle part dans la maladie et la santé de son peuple La fonction  lucrative des assurances maladies y est.unique dans le monde entier ; les prescriptions de médicaments coûtent plusieurs fois le prix de celles d’autres pays,  et les entreprises à but lucratif ont mis main basse sur plus de 21% des hôpitaux américains  depuis 1965.

Tous les autres pays développés fournissent les soins de santé à leur population principalement à travers le secteur public,, avec un rôle plus faible du secteur privé, habituellement des entités à but non lucratif. Les prix des médicaments sont maintenus par les pouvoirs publics de ces grands systèmes publics de couverture.

Ces systèmes font tous face à des challenges lorsqu’ils essayent de maintenir la qualité d’accueil des patients au milieu des coûts montants de nouveaux médicaments ou de nouvelles technologies de soin, mais la structure de base sur la politique de santé publique dans chacun de ces pays est bien établie et stable.

Si la population des autres pays prête jamais attention à la crise de la santé aux USA, il doit sembler que nous attachons de l’importance à cela pour des raisons proprement culturelles. Nous devons apprécier les débats gigantesques sur la santé qui s’imposent régulièrement, pour les mêmes raisons que nous mangeons dans nos voitures et que nous pratiquons des sports différents. En dehors des USA il est inconcevable qu’un pays riche autorise que des dizaines de milliers de personnes puissent mourir prématurément  chaque année à cause d’une absence d’accès aux soins ou que le public manque du pouvoir politique de l’’empêcher  de se produire.

Course vers le fond

Depuis une génération, les USA ont mené une “course vers le fond” parmi les pays développés afin d’assurer que la récompense des technologies avancées et de l’accroissement de la productivité soient offerts aux investisseurs fortunés et aux exécutives des entreprises, au lieu d’aller aux travailleurs qui développent, rendent efficientes et maintiennent ces mêmes technologies, aux USA et dans le monde.

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Rep. Paul Ryan, R-Wisconsin

Un élément central de cette contre-révolution  néolibérale est l’expansion du monde corporatiste, et du secteur privé dans des zones de la vie qui étaient auparavant ancrées dans le secteur public, comme la santé, l’éducation, les services, les transports et la justice criminelle.

En dépit des déséquilibres énormes dans le pouvoir du marché ,  entre les gens ordinaires et les grosses entreprises, la croyance quasi religieuse en le “ marché” comme mécanisme le plus efficace d’organisation de tous les aspects de la société demande que même les services publics comme l’assurance maladie et l’éducation soient privatisés et soumis à «  la magie du marché ». Les leaders politiques et affairistes américains sont déterminés à prouver qu’une assurance maladie privée peut fonctionner, et puis à l’exporter au reste du monde comme partie de l’expansion sans répit du capitalisme US sans répit.

Mais l’assurance maladie et l’éducation publiques ne peuvent pas être abandonnées avec succès aux  aléas du marché, même aux USA, quand le secteur public se montre plus essentiel que les architectes du néolibéralisme l’ont clamé.

Quand les US admettront finalement que cette expérience brutale de privatisation de l’assurance santé a échoué et qu’ils sont finalement obligé de redonner les rênes de cette partie sensible de la vie publique américaine au secteur public, ce sera un signal puissant que le projet néolibéral a passé un point crucial – et que le pendule politique a commence à se balancer vers un avenir plus rationnel et plus démocratique.

Force de dissuasion ou agression ?

Comme le système privatisé de santé, l’armée US est compliquée d’une façon unique, d’une façon telle que le monde n’arrive pas à y voir clair après 18 ans de guerres menées par les USA qui ont tuée à peu près deux millions de personnes  et laissé une demie douzaine de pays dévastés.

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Au début de l’invasion US en Irak en 2003, le Président G.W. Bush a ordonné que les forces armées américaines conduisent une opération aérienne sur Bagdad connue comme” Choc et effroi”

Ce n’est pas tout à fait une coïncidence que notre crise de santé et d’armement aient quelques éléments troublants en commun dans la mesure où ils sont les produits d’un même système politique et économique.

Notre industrie pharmaceutique qui dysfonctionne et notre machine de guerre meurtrière sont de loin les plus onéreux systèmes de “ soin “ et de “ défense” dans le monde. Tous deux énormément profitables, mais ne valorisant jamais leur bénéfice en des termes de meilleure santé ou de société plus sûre, les missions qui justifient leurs existences et leur expansion sans fin à nos dépends.

Ce sont également deux zones de la politique publique dans lesquelles de mauvais choix peuvent inévitablement et d’une façon prévisible mener à des pertes massives de vies humaines. Quand il s’agit de garder les gens en sécurité contre les maladies et les guerres, respectivement, le système  de santé et  militaire  échouent catastrophiquement en dépit de leur coût toujours croissant. En fait , d’énormes quantités d’argent investies contribuent à leur échec en corrompant et en distordant les buts non commerciaux qu’ils sont tous deux supposes poursuivre.

Une machine de guerre de pire en pire

Mais le militarisme US implique des complications qui éclipsent même les ravages du système de protection sociale privée. Pendant que les médias d’ “information” produisent 24 heures sur 24 des  ” débats au sommet” de la CIA et des accusations du Parti démocratique  sur la Russie s’étant imiscée dans les élections américaines, des bombes américaines sont en train de  tuer des milliers de civils en Irak à Mossul, comme elle l’ont fait partout en Irak, en Afghanistan et dans d’autres pays musulmans depuis 2001

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Un Sergent de l’Air force attend afin de sécuriser le chargement d’un cargo dans un C-130H Hercules à Qayyarah Airfield West, Irak, Feb. 3, 2017. (Air Force photo by Senior Airman Jordan Castelan)

Contrastant avec notre débat sans fin sur la santé publique, les contradictions du militarisme US ont à peine été débattues. Les politiciens ne discutent des buts des interventions armées qu’en termes euphémistes et toute évaluation honnête de  de la mort, de la violence et du chaos que nopuis avons libérés pays après pays depuis les 18 dernières années est strictement tabou à travers tout le spectre politique.e have unleashed in country after country for the past 18 years is strictly taboo across the political spectrum.

Il ya une contradicition inhérente au fait d’utiliser des armes pour promouvoir la paix. Je me souviens avoir demandé à mon père, un médecin de la marine anglaise, comment il résolvait cette contradiction, qui était plmus visible dans son cas en tant que docteur voué à ne faire ” d’abord aucun mal”. Il me répondit qu’il pensanit qu’une forte défense était la meilleure dissuasion contre l’agression.

A part ce jour de juin 1954, où son navire ” bombarda des positions terroristes”  sur le Kedah Peak en Malaisie, mon père passa son entière carrière dans une marine de paix se rétressissant comme le soleil couchant de l’empire britannique. La Grande-Breatagne est restée au dehors du Viet-nam, à part pour quelques opérations de couverture , et aucun autre pays n’a attaqué la GB, la vision de sa carrière par mon père comme dissuasive contre les agressions a pu rester intacte.

Même le Président Trump souscrit à l’idée que le rôle légitime du pouvoir militaire est de servir de dissuasion pour les autres. En février, il a déclaré son intention  d’ajouter 54 milliards par an au budget militaire de l’administration Obama, qui avait déjà battu les records depuis la deuxième guerre mondiale.  Mais dans un discours quelques jours plus tôt, Trump a promis de construire une machine de guerre plus grosse, plus chère, strictement pour la dissuasion, comme il l’avait régulièrement promis pendant toute sa campagne. ” Et nous l’espérons, nous n’aurons jamais à l’utiliser, mais personne ne va jouer avec nous ” a-t-il dit. ” Personne. Ce sera le plus grand consortium militaire de l’histoire de l’Amérique”

La persécution du gros bâton

Mon père et notre nouveau président faisaient tous deux écho à l’avertissement de Teddie Roosevelt de ” parler gentiment mais de tenir un gros bâton”. Mais il existe une distinction évidente entre le fait de tenir un bâton afin de faire savoir aux autres que vous êtes prêts à vous défendre et de menacer et d’attaquer les gens avec lui.

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Brandir des armes est devenu une marque d’appartenance lors des rallyes du Tea Party s’opposant à l’Affordable Care act d’Obama;

De nombreux Américains  gardent des armes chez eux afin de se protéger contre le crime, mais des statistiques sur la longue durée montrent que les armes au domicile ont plus de 20 fois de chances  de finir par blesser ou tuer quelqu’un dans une tentative de suicide, de la violence domestique ou par accident que dans de l’auto-défense contre des intrusions criminelles. (Ma femme et moi-même furent une fois presque tués dans notre propre demeure en rentrant chez nous tard dans la nuit et avons surpris une invitée qui ne nous avait pas prévenus qu’elle était armée.) Pourrions-nous commettre une même erreur à un niveau international dans notre désir de maintenir une    “forte défense” ?

L’idée que la diplomatie devrait être renforcée par  des menaces et de la force  est devenue centrale dans la politique états-unienne pendant la période de l’après-guerre froide  mais elle ne tarda pas à être considérée comme une stratégie à haut risque, même dans les cercles politiques. Après les guerres catastrophiques en Corée et au Vietnam, les leaders US étaient assez inquiets à propos des guerres et pour cela, ils évitèrent de faire des menaces qui auraient entraîné les USA dans de nouvelles guerres.

Ils ont donc renoncé à user la force simultanément mais les ont menées en faisant intervenir des groupes de proximité supportés par de petits déploiements des Forces spéciales US en Amérique central et par la CIA en Angola et en Afghanistan. Ces opérations « déguisées, calmes et sans couverture médiatique »   , comme les nomme un Officier supérieur, étaient protégées de l’œil public par des  avocats du secret et de la propagande » , mais cependant ils ont rencontré la résistance du public et des membres du Congrès opposés à la guerre.

Le problème d’une menace crédible

Dans des débats houleux avec l’administration Reagan, le Secrétaire d’état Georges Schultz argument que la diplomatie US devrait être soutenue par la menace de la force, alors que les Secrétaire de la défense, Caspar Weinberger, avertissait les US contre l’emploi des menaces d’emploi de la force qui pouvaient mener à un autre désastre comme la guerre du Viêt-Nam. La vision de Weinberger était partagée par les leaders des forces armées américaines, dont de nombreux s’étaient battus en tant que jeunes officiers au Viêt-Nam.

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Le Président Reagan avec les Vice-Président Georges W Bush le 9 février 1981  (Photo credit: Reagan Presidential Library.)

Après le bombardement des campements des Marines US à Beyrouth et l’invasion US de Grenade en 1983, le Secrétaire Weinberger afficha publiquement une doctrine de la guerre limitée en 1984, quand il accepta  l’idée maîtresse de Shultz mais définissait des limites strictes et des conditions sur l’emploi des menaces de forces.  La Doctrine Weinberger  déclarait que les USA les USA ne devraient utiliser des menaces ou employer la force qu’en face d’objectifs clairs et atteignables, et uniquement lorsque les intérêts vitaux nationaux ou allies étaient en jeu, et seulement avec le support du public et du Congrès.

Mais la notion elle–même de menace probable  pour supporter la diplomatie est une idée dangereusement séductrice, et la Doctrine Weinberger devint  «  le nez du chameau dans la tente » qui fut suivi rapidement par le chameau entier.

Alors que les leaders US cherchaient à exploiter   les  « dividendes du pouvoir » de l’après-guerre froide, les officiels va-t-en-guerre et leurs sbires suggérèrent que le Général Manuel Noriega à Panama et le Président Saddam Hussein en Irak ne s’était pas inclines devant les menaces d’une attaque américaine parce qu’ils ne croyaient pas que les USA donneraient suite à ces menaces. Les faucons insistèrent en disant que si les USA se contentaient de menacer et n’utilisaient la force que facilement et intensément, ces menaces deviendraient crédibles et ces ennemis se rendraient sans combattre.

Le déloyal Colin Powel

Représentant de forces armées, le Général Colin Powel a été un ancien protégé de Weinberger mais a construit sa  carrière en couvrant le crime et en vendant des politiques dangereuses au public au Viet-Nam, en Iran et dans la première guerre du Golf jusqu’à sa performance manipulatrice et traîtresse devant le Conseil de sécurité des NU en 2003. Powel afficha et promu la théorie de la «  menace probable » dans un article de la revue “ Foreign affairs “ en octobre 1992, écrivant que : « les menaces de force militaire ne fonctionneront que quand les leaders des USA auront décidé qu’ils étaient prêt à utiliser la force… Le Président ne peut persuader un opposant de son sérieux que si, bien sûr, il est sérieux. »

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Le Secrétaire d’état Colin Powel présente un faux échantillon d’Anthrax en février 2003, pendant un discours au Conseil de sécurité,  argumentant les preuves américaines que l’Iran détenait des stocks de WMD

A peu près à la même période, ce fût un de ses acolytes, le surnommé “la doctrine Ledeen ” propagandiste militaro-industriel qui avança la «  théorie de la menace probable » plus ouvertement dans un discours à l’American Enterprise Institute.  « Tous les dix ans à peu près, les USA ont besoin de choisir un petit état merdique et de le lancer contre le mur, juste afin de montrer au monde que nous sommes sérieux. »

De toute évidence, ce n’est pas un objectif diplomatique pour les pays puissants de harceler et de détruire les pays plus faibles comme Ledded l’a décrit. En fait c’est illégal selon la  U.N. Charte, qui a été rédigée justement pour prévenir ces sortes de comportements dans le cadre de la politique internationale.

Vingt-cinq ans après, on peut voir clairement que ces menaces de force utilisées par les USA et leurs alliés, pourtant crédibles, n’ont convaincues aucun des adversaires de nos pays à rebrousser chemin, et ont servi uniquement de prétextes pour mener des guerres catastrophiques, ou pour les aggraver pays après pays, Kosovo, Afghanistan, Irak, Lybie, Yémen, Somalie, Syrie etc.

Condamner la démocratie

 

Ce n’est pas parce que les menaces US manquent de crédibilité, ni parce que la machine de guerre n’est pas assez financée, comme semble le penser le Président Trump. C’est parce que les menaces minent la diplomatie en fermant chacun de côtés sur des positions hostiles qu’il serait humiliant politiquement d’abandonner. Quand le côté proférant les menaces est puissant, lourdement armé comme le sont les US, cet effet est encore plus prononcé, pas moins, parce que la pression politique des deux côtés est plus intense.

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La Secrétaire d’état Hillary Clinton dénonçant les attaques fatales du consulat américain à Benghazi, Lybie, en septembre 2012. (State Department photo)

A son crédit, le Président Obama s’est retiré juste après avoir menace de mener des attaques dévastatrices sur la Syrie en 2013, parce que   les agences de renseignements US douta     ient que le gouvernement syrien soit responsable des  attaques à l’arme chimique de Ghouta,  le public américain ayant dit d’une façon massive à Obama et au Congrès qu’il ne voulait  pas de cette guerre, et la Russie a négocié une résolution diplomatique. Mais le retrait au dernier moment de Obama fut si exceptionnel qu’il est encore condamné fortement par les va-t-en guerre de toutes sortes.

Les leaders US proclament que ce sont les menaces et les sanctions qui ont “ amené l’Iran à la table des négociations” à propos de son armement nucléaire. Mais cela ne résiste pas à une observation sérieuse. En fait, durant le premier terme d’Obama, son approche «  double » de l’Iran, conduisant des négociations parallèlement aux sanctions et aux menaces fut un échec abyssal. Cette politique n’a réussi qu’à pousser l’Iran à construire 20.000 centrifugeuses afin de produire son propre matériel nucléaire, alors que les sanctions punissait le people iranien pour faire valoir leur droit à un programme nucléaire civil dans le contexte du Traité de non-prolifération nucléaire ( Nuclear Non-Proliferation Treaty (NPT).

Pendant ce temps, comme l’a expliqué un official du Département d’état (et ancien otage de l’ambassade US) à l’auteur Trita Parsi, ce sont les USA qui ont refusé de considérer Oui, comme une réponse,  pas l’Iran. La dispute n’a été résolue qu’après que John Kerry ait remplacé Hillary Clinton en tant que Secrétaire d’état et commence de sérieuses négociations qui ne soient pas compromises par de nouvelles menaces ou sanctions.

L’échec de la diplomatie d’après-guerre froide basée sur les menaces et sur l’usage de la force ne surprendrait pas les diplomates américains qui ont ébauché l’ U.N. Charter et ont été les témoins de sa signature à San Francisco en 1945. L’article 2.3 de la charte stipule:   « Tout membre doit régler ses conflits internationaux par des moyens pacifiques de telle façon que la paix et la sécurité, que la justice ne soient pas mises en danger ». Dans la clause suivante, ils soutiennent ce point avec une prohibition, non seulement de l’usage de la force mais aussi de la «  menace » ou de l’usage de la force contre la souveraineté territoriale ou l’intégrité politique et l’indépendance de tous les pays.

Après les deux guerres les plus destructrices et meurtrières de l’histoire, les diplomates américains de cette génération n’avaient besoin d’aucune incitation pour reconnaître que la menace d’emploi de la force le plus souvent préparait l’usage de la force et que l’ordre du monde base sur la nécessité primordial de paix devait tuer le danger de guerre dans l’œuf en interdisant les menaces autant que l’usage de la force.

 Gros bâton ou gilet-suicide ?

J’espère que ce bref parcours dans l’histoire récente illustrera ce qui devrait être évident, qu’il existe un fossé entre le genre de  « forte défense »  dans laquelle la plupart des Américains croient comme dissuasive et l’agression de l’actuelle politique militaire américaine. Dans la rhétorique politicienne,  il semble y avoir une fine ligne entre le fait de se munir d’un  « gros bâton » afin de dissuader les agresseurs et construire une énorme machine de guerre  afin de menace et d’attaquer les autres pays, mais, dans la pratique la différence est évidente.

Le Président George W. Bush  dans une tenue de vol après son atterrissage sur le porte-avions USS. Abraham Lincoln afin de donner son discours  “ mission accomplie «  à propos de la guerre d’Irak, le 1ier mai 2003

Notre dangereuse stratégie de «  menace probable »  post-guerre froide  est finalement et d’une façon prévisible, le vecteur de confrontations avec des pays qui peuvent se défendre eux-mêmes plus efficacement plutôt qu’avec les pays relativement sans défense que nous avons attaqué et détruit depuis 1999. Les USA et leurs alliés ont échoué a vraiment battre des forces de résistance faiblement armées  en Irak, en Afghanistan, au Yémen, en Lybie, en Somalie, au Pakistan, en Syrie, en Palestine ou en Ukraine. Sommes-nous maintenant « probablement menacés »  pour attaquer la Corée du nord, ou l’Iran, ou la Russie ?

Tout comme une arme à la maison, la crédibilité de nos menaces s’est montrée une épée à deux tranchants qui s’avèrent être aussi dangereuse pour nous que pour nos ennemis. Nous avons transformé «  « Parle doucement et porte un gros bâton » en quelque chose comme «  Menace les tous et porte un gilet suicide »

Il est temps d’ôter le gilet-suicide, de tourner nos dos à la stratégie de la corde raide et à la guerre, et de revenir à une diplomatie légitime qui ne soit pas basée sur les menaces, envisageables ou autres. Le problème avec nos menaces n’est pas que d’autres pays y croient vraiment. Le problème le plus sérieux est ce que nous le fassions; et que ce soit une prescription de guerre, pas une façon de maintenir la paix.

J’écris délibérément “ guerre”, pas “guerre sans fin” parce que toutes les guerres s’achèvent, d’une façon ou d’une autre et celle-ci s’achèvera aussi. Mais l’escalade de la guerre globale que nous avons déchaînée ne peut pas finir bien pour notre pays ni pour le monde, à moins que nos leaders fasse un choix décisif de la terminer pacifiquement et diplomatiquement.

Ce serait un changement de paradigme fondamental dans la politique étrangère américaine, à égalité avec l’offre d’un système de soin pour tous les Américains. Et l’alternative devrait être impensable.

Nicolas J S Davies est l’auteur de  Blood On Our Hands: the American Invasion and Destruction of Iraq.  Il a aussi écrit les chapitres de  “Obama at War” en évaluant le 44ième Président : une carte sur le premier terme d’Obama en tant que leader progressif.

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Traduction : Elisabeth Guerrier

 

La danse de mort Chris Hedges

Il semble important de donner une place aux chroniqueurs dissidents nord-américains, tant les propos des médias, même les plus ” éclairés” ( The Nation, Common dreams etc.) ont le nez encore collé au résultat inattendu ( le restera-til donc jusqu’aux prochaines élections) et sont comme hypnotisés par la personnalité de Trump, négligeant le poids du contexte suystémique qui l’a amené au pourvoir. Nous publions cet article de Chris Hedges  afin qu’une de ces voix se fasse entendre, qui remet la situation actuelle dans sa dynamique historique et éclaire les mécanismes sous-jacents qui l’ont entrainée. Les références aux modèles de décadence civisationnelle seront certainement considérés comme un peu  sommaire, tout comme le sera son renvoi aux concepts freudiens de pulsion de mort. Mais ils ont l’énorme avantage de nous ramener à la vision d’un système dont tous les éléments agissent les uns sur et avec les autres, dans un contexte qui semble nous dépasser.EG

 

 

The Dance of Death

Posted on Mar 12, 2017

By Chris Hedges

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Mr. Fish / Truthdig

 

L’élite dominante ne cherche plus à construire. Elle cherche à détruire. Elle est génératrice de mort. Ils se languissent du pouvoir sans limite de cannibaliser le pays, de polluer et dégrader l’écosystème afin de nourrir leur insatiable besoin de richesse, de pouvoir et d’hédonisme. Les vertus de la guerre et de l’armée sont célébrées. L’intelligence, l’empathie et le bien commun sont bannis. La culture est dégradée au rang de kitch patriotique L’éducation n’a comme but que de prévoir l’efficacité technologique afin de servir le moteur empoisonné du système capitaliste. L’amnésie historique nous coupe du passé, du présent et du futur. Ceux qui sont désignés comme improductifs ou sans emploi sont répudiés et laissés à lutter dans la misère ou enfermés dans des cages. La répression étatique est indiscriminée et brutale. Et, présidant l’ignoble, le Grand guignol est un Monsieur Loyal dérangé, tweetant des absurdités de la Maison blanche.

Le cimetière des empires mondiaux – Sumériens, Egyptiens, Grecs, Romains, Mayas, Khmers, Ottomans et Austro-hongrois – suivirent la même trajectoire d’effondrement moral et physique. Ceux qui règnent  à la fin des empires sont des psychopathes, des imbéciles, des narcissiques ou des déviants, l’équivalent des empereurs romains dépravés Caligula, Néron, Tibère ou Commode. L’écosystème qui soutient l’empire est dégradé et épuisé. La croissance économique, concentrée dans les mains d’une élite corrompue, dépend d’un péonage bancal de dettes imposé à la population. Les guerriers professionnels, les spéculateurs financiers et les PDG d’entreprise sucent la moelle de la société.

La réponse myopique de l’élite à l’effondrement imminent du monde naturel et de la civilization est de faire travailler les populations asserviues plus dur pour moins cher, de dilapider le capital dans des projets grandioses comme les pyramides, les palaces, les murs frontaliers et le fracking et de déclarer des guerres. La décision du Président Trump o d’augmenter les dépenses militaires  de 54 milliards de dollars et de récupérer les fonds necessaries sur la chair des programmes sociaux est une comportement type des civilisations en phase terminale. Quand l’empire romain a chuté, il essayait de soutenir une armée d’un demi-million de soldats qui était devenues un drainage parasite des ressources publiques.

Les mécanismes bureaucratiques créés par toutes les civilisations les ruinent finalement. La différence maintenant, comme le note Joseph Tainter dans “The Collapse of Complex Societies,”( La chute des sociétés complexes) est que “ la chute, si et quand elle arrivera sera cette fois globale. Une nation ne peut plus s’effondrer seule. Le monde se désintégrera comme un tout. “

Les civilisations sur le déclin, en dépit des signes tangibles de désintégration qui les entourent restent fixes sur l’objectif de la restauration de leur “ grandeur”. C’est leur illusion qui les condamne. Elles ne peuvent pas voir que les forces qui ont donné lieu à la modernité, c’est-à-dire la technologie, la violence industrielle, les énergies fossiles sont celles-là même qui les mènent à l’extinction. Leurs leaders sont entraînés uniquement à server le système, adorant comme des esclaves les vieux dieux longtemps après qu’ils aient commence à exiger le sacrifice de millions de victimes.

“L’espoir nous guide d’inventer de nouvelles réparations pour de vieux problémes, qui à leur tour créent plus de dangereux problèmes.  Ronald Wright écrit dans  “A Short History of Progress.” (Une histoire courte du progrès). “ L’espoir élit les politiciens avec les promesses les plus grosses et les plus vides et comme tout courtier ou tout vendeur de loto le sait, la plupart d’entre nous choisiront le plus menu espoir contre la frugalité prudente et prévisible. L’espoir, comme l’avidité nourrit les moteurs du capitalisme” .

Les candidats de Trump,—Steve Bannon, Jeff Sessions, Rex Tillerson, Steve Mnuchin, Betsy DeVos, Wilbur Ross, Rick Perry, Alex Acosta et tous les autres- ne sont pas des avocats de l’innovation ou des réformes. Ils sont des chiens de Pavlov qui salivent devant des montagnes d’argent. Ils sont bien équipés pour voler aux pauvres et faire plonger les budgets fédéraux. Leur obsession de simples d’esprit avec l’enrichissement personnel les conduit à démanteler toute institution ou a abolir toute loi ou régulation qui viendrait se mettre dans le chemin de leur convoitise. Le capitalisme, note Karl Marx, est «  une machine qui démolit les limites ». Il n’existe pas de sens inné des proportions ou des échelles. Une fois que tous les empêchements externes sont levés, le capitalisme global transforme sans scrupule l’humain et le monde vivant afin d’en extraire du profit jusqu’à son épuisement ou son effondrement. Et quand le dernier moment de la civilisation arrive, les édifices dégénérés du pouvoir semblent s’effriter en une seule nuit.

Sigmund Freud a écrit que les sociétés, tout comme les individus, sont mues par deux pulsions primaires. Une est la pulsion de vie, Eros, la quête d’amour, de nourriture, de protection et de préservation. La seconde est la pulsion de mort, nommée Thanatos par les post-freudiens guidée par la peur, la haine et la violence. Elle cherche la dissolution de tout ce qui vit, y compris celle de notre existence même. Une de ces deux forces, écrit Freud, est toujours ascendante. Les sociétés en déclin embrassent la pulsion de mort avec enthousiasme, comme Freud l’observe dans  “Civilization and Its Discontents,”( Malaise dans la civilisation) écrit à l’aube de la montée du Fascisme européen et de la Seconde guerre mondiale. “C’est dans le sadism, où la pulsion de mort modifie l’objet érotique selon ses propres buts et cependant satisfait pleinement son besoin pulsionnel que nous réussissons à obtenir la vision la plus claire de sa nature et de son lien avec Eros “ écrit Freud. “Mais meme lorsqu’elle emerge sans but sexuel, dans la furie aveugle de la destructivité, nous ne pouvons pas manqué de reconnaître que la satisfaction de l’instinct est accompagnée par un degré extraordinaire de satisfaction narcissique, accordant une satisfaction des vieux souhaits d’omnipotence à l’Ego »

Le désir de mort, comme Freud l’a compris, n’est pas, tout d’abord, morbide. Il est séduisant et excitant. Je l’ai constaté lors des guerres que j’ai couvertes. Un pouvoir quasi divin et une furie guidée par l’adrénaline, meme de l’euphorie, baigne les unites armées ou les groups religieux ou ethnoiques a qui est donnée la possibilité de détruire n’importe quoi et n’importe qui autour d’eux. Ernst Junger a capturé ce «  monstrueux désir d’annihilation » dans son travail sur la Première guerre mondiale «  Orage d’acier »

Une population aliénée et assaillie par le désespoir trouve de la puissance et du plaisir dans une orgie d’annihilation qui prend vite la forme d’une auto-annihilation. Cela n’a aucun intérêt de nourrir un monde qui  l’a trahie et a contrecarré ses rêves. Elle cherche à éradiquer ce monde et à le remplacer par son paysage mythique. Elle se tourne contre les institutions, aussi bien que contre les groupes ethniques ou religieux qui deviennent les boucs émissaires de sa misère. Elle pille les réserves qui diminuent avec abandon. Elle est séduite par les promesses fantastiques des démagogues et par les solutions magiques caractéristiques du droit chrétien ou de ce que les anthropologistes appellent «  culte de la crise. »

Norman Cohn, dans « A la poursuite du Millénium : Messianisme révolutionnaire au Moyen-âge et pendant la Réforme et ses effets sur les mouvements totalitaires modernes (The Pursuit of the Millennium : Revolutionary Messianism in Medieval and Reformation Europe and Its Bearing on Modern Totalitarian Movements, » dessine un lien entre cette période turbulente et la nôtre. « Les mouvements millénaristes sont une réponse psychologique particulière et collective à un profond désespoir social. Ils sont récurrents à travers l’histoire humaine. Nous n’en sommes pas immunisés

« Ces mouvements ont varié dans leur ton de l’agressivité la plus violente au pacifisme le plus nuancée et leur but de la spiritualité la plus éthérée au matérialisme le plus terre à terre, il est impossible de dénombrer les voies possible de concevoir le millénaire et la route qui y mène. » écrit Cohen. «  Mais les similarités peuvent se présenter tout comme les différences et plus on observe attentivement les poussées de militantisme social du chiliasme ( autre terme pour millénarisme) pendant le Bas-moyen âge, plus apparaissent des similarités. Les anciens symboles et les anciens slogans bien sûr disparaissent et sont remplacés par des nouveaux, mais la structure des fantasmes de base semble ne pas avoir changé du tout. »

« Ces mouvements, écrit Cohen, offrent un mythe social capable de prendre entièrement possession de ceux qui croyaient en lui. Il explique leur souffrance, il promet des récompenses, il éloigne leur anxiété et leur  donne l’illusion de sécurité- même lorsqu’il les guide, tenus ensemble par un enthousiasme commun, dans une quête qui est toujours vaine et souvent suicidaire. »

« Aussi arriva-t-il que des quantités de personnes se comportèrent avec une énergie furieuse et partagèrent un même fantasme qui, bien que trompeur leur apportait  un soulagement émotionnel intense si intense qu’ils pouvaient uniquement vivre à travers lui et étaient parfaitement d’accord pour mourir pour lui. Ce fût un phénomène qui se manifesta plusieurs fois entre le 11ième siècle et le 16ième siècle, tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre, et qui, en dépit des différences évidentes de contexte culturel et de son ampleur, n’est pas étranger à la croissance des mouvements totalitaires, avec leurs leaders messianiques, leur mirages millénaristes et leur boucs émissaires démonisés dans le siècle actuel. »

La rupture d’une société d’avec la réalité, comme la nôtre a été séparée de la reconnaissance collective du changement climatique et les conséquences fatales de l’impérialisme et de la désindustrialisation la laisse sans les mécanismes intellectuels et institutionnels lui permettant de se confronter à sa mort imminente. Elle se maintient dans un état d’auto-hypnose et de délire. Elle cherche des euphories momentanées et du sens dans des divertissements bon marché et des actes de violence et de destruction, y compris à l’égard des individus qui sont démonisés ou blâmés pour la chute de la société. Elle précipite sa propre immolation tout en brandissant la supposée inévitabilité d’une résurgence nationale. Idiots et charlatans,* les servants de la mort, nous conduisent dans les abysses.

* On se reportera pour cette description des prédateurs de l’aire politique en place à l’ouvrage de Roland Gori  ” La fabrique des imposteurs “

 

Traduction Elisabeth Guerrier

La politique derrière le “scandale russe” R. Parry

Les contenus des médias nord-américains présentent depuis l’élection de Trump une curieuse constance. Ils désignent avec tenacité un ennemi idéal extérieur pour mettre en jeu la légitimité de cette élection. Et à travers cette désignation ostentatoire de l’ennemi à abattre, ils mettent en avant la stratégie déjà bien avancée de déstabilisation du régime russe qui était inscrite dans les projets des Démocrates, associés en ce mouvement aux néo-cons. Le matraquage, puissant, sans répit, exercé à travers les médias et repris en coeur par de nombreuses publications dissidentes cherchant avant tout à saper l’élection qui reste insupportable, est une des multiples marques de la puissance de la propagande et de sa capacité à manipuler sans limite une opinion qui, de jour en jour, devient de plus en plus sensible aux “risques” d’agression encourus par l’Europe ou par les USA face à cet ennemi qui eut l’arrogance de déployer un contre-pouvoir en Syrie et en Ukraine mais est désigné comme le danger à abattre, fût-il soudain surgi de presque nulle part dans les faits mais de la mythologie anticommuniste du Mac Carthysme  dans les fantasmes collectifs.

Les enjeux mondiaux sont si importants, la volonté d’action belliqueuse si marquée dans cette nation qui est la plus déployée militairement au monde et n’est pas restée une seule année sans contribuer ou déclencher une guerre depuis des décennies, nation où la guerre est avant tout une industrie à rentabiliser, qu’il est nécessaire de mettre et de remettre à jour les faits, ou plutôt leur absence, dans un contexte de mensonge politique flagrant, misant sur l’amnésie entretenue des consommateurs d’information.E.G

The Politics Behind ‘Russia-gate’

Le 4 Mars 2017

Exclusif : L’hystérie à propos du “ scandale russe” continue de croître – tout comme le cercle des ennemis du Président Trump – mais en son cœur il est possible qu’il n’y ait rien alors qu’elle pousse le monde vers un anéantissement nucléaire, écrit Robert Parry.

Robert Parry

Il doit y avoir un élément de faire-demi-tour-est-fair-play dans la façon dont les Démocrates font l’analyse grammaticale des termes de l’Avocat général Jeff Session et d’autres officiels de l’administration Trump afin de pouvoir les coincer sur des charges de “ parjure”. Après tout, les Républicains ont fait de «  enfermez-la » un chant populaire, évoquant l’usage discutable et illégal de son serveur emails privé en tant que Secrétaire d’état et de son affirmation sous serment soi-disant fausse suivant laquelle ses avocats auraient vérifié manuellement chacun des 30.000 ou quelques emails  qui furent effacés comme étant personnels.

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Le Président Donald Trump prêtant serment le 20 Janvier 2017 ( Photo de Whitehouse.gov)

Mais c’est gravement dangereux que de jouer le “ je te tiens” partisan  à propos des relations avec l’autre puissance nucléaire mondiale majeure. Si, par exemple, le Président Trump se trouve oblige de démontrer combine il peut être ferme avec la Russie- afin de sauver sa peau politique- il pourrait aisément faire un mauvais calcul qui pousserait les deux puissances dans une guerre qui pourrait bien être la guerre qui les finisse toutes- avec la fin de la civilisation humaine. Mais les Démocrates, les libéraux et les médias de masse semblent haïr Trump à un tel point qu’ils pourraient prendre le risque.

L’hystérie de Washington à l’égard de la Russie a atteint un tel point que le chroniqueur du New York Times Thomas L. Friedman a comparé le soi-disant piratage des emails démocratiques à Pearl Harbor ou au 11 Septembre, deux incidents qui ont amené les USA  à déclarer la guerre. Sur MSNBC, dans le show Morning Joe, Friedman a exigé que les allégations de piratage soient considérées avec le plus grand sérieux : “ C’est un événement de l’ampleur de celui du 11 septembre. Ils se sont attaqués au cœur de notre démocratie. C’est un événement à l’échelle de Pearl Harbor, il touche au plus profond  de notre démocratie. “

 

Pas de “ fausses nouvelles”

 

Il est également important de préciser que rien de ce qu’a publié Wikileaks n’est faux. Il n’y a eu aucune “fausse nouvelle”. Bien sûr une des raisons principales ayant rendu ces emails intéressants est le fait qu’ils mettaient à jour des conduites répréhensibles et des trahisons de la part des Démocrates et de la campagne Clinton.  Le point principal révélé par les emails de DNC fut que les leaders de la campagne des primaires avaient violé leur devoir de l’approcher  d’une manière équilibrée quand ils ont miné le champ d’action de Bernie Sanders. Plus tard, les emails de Podesta ont révélé les contenus des discours de Clinton aux banquiers de Wall Street, qu’elle cherchait à cacher aux électeurs et quelques unes des stratégies de financements de la Fondation Clinton.

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L’ancienne Secrétaire d’état, Hillary Clinton s’entretenant avec des supporters lors d’un rallye de la champagne à Phoenix, Arizona en 2016. (Photo by Gage Skidmore)

Autrement dit, même si les Russe avaient révélé ces informations au people américain, comment le fait d’être au courant de faits concernant la campagne présidentielle s’attaquerait-il “ au Cœur de la Démocratie  “ ? Habituellement; les journalistes croient que fournir la vérité, même si elle embarrasse certains personnages politiques ou certains partis politiques est sain pour la démocratie. En tant que journaliste américain, je préfère recevoir mes informations d’individus qui ont les meilleurs intérêts de l’Amérique à cœur mais je ne suis pas naïf au point de penser que des individus qui  font fuir des documents ne le font pas pour des intérêts personnels. Ce qui est le plus important ce sont des nouvelles authentiques et dignes d’intérêt.

Franchement, j’ai trouvé le matériel de Wikileaks beaucoup plus approprié pour un débat sur la politique américaine que les rumeurs obscènes que la champagne de Clinton a fait circuler sur Trump se faisant soi-disant uriner dessus par des prostituées russes dans un hôtel cinq étoiles de Moscou, affirmation pour laquelle aucune preuve n’a été présentée.

Rappelons-nous également que personne n’a cru que les emails DNC.Podesta ont été significatifs dans le résultat des élections 2016. Clinton elle-même a blâmé le directeur du FBI James Corney pour avoir brièvement ré ouvert  les investigations du FBI dans son serveur email privé vers la fin de sa champagne, ceci étant la raison de l’effondrement de ses sondages. Il est notoire également que Clinton a conduit une campagne horrible, qui a compris des gaffes à couper le souffle, comme celle de qualifier les supporters de Trump de «  déplorables », ce fiant beaucoup trop à des positions négatives et échouant à organiser une vision satisfaisante de l’avenir tout en ignorant les signes que son leadership dans la région industrielle des US étaient entrain de  disparaître. En  d’autres termes, les efforts actuels pour décrire les révélations sur les emails des Démocrates comme décisive dans la campagne est de l’histoire révisionniste.

Et pourtant nous voilà avec le Washington Post, le New York Times, CNN et pratiquement tous les medias  (en cœur avec les libéraux et les Démocrates) haletant à chaque fois qu’on découvre que quelqu’un dans le cercle de Trump a rencontré un Russe. Nous sommes supposés oublier que le gouvernement russe a collaboré d’une façon très proche avec le gouvernement u.s.- et en particulier avec les agences nationales des services secrets- sur des questions vitales. La Russie a assisté les troupes US dans leur approvisionnement en Afghanistan, le Président Putin a joué un rôle majeur dans la restriction du programme nucléaire iranien et il s’est aussi arrange pour que le gouvernement syrien se débarrasse de ses armes chimiques. Les deux derniers points ont fait partie des succès diplomatiques les plus notoires d’Obama.

Mais ces deux domaines de coopérations, l’Iran et la Syrie, ont contribué a faire de Putin une cible pour les puissant néo-conservateurs de Washington qui s’excitaient à l’idée d’une intervention militaire directe sur ces deux pays. Les néo-cons, avec les gouvernements israéliens et saoudiens voulaient des “ changements de régime” à Téhéran et Damas, pas des accords diplomatiques qui laissaient les gouvernements en place.

Les Neocons au sein du gouvernement US- y compris l’Assistante du Secrétaire d’état Victoria Nuland, les Sénateur John Mc. Cain et le Président de la foundation pour la démocratie nationale Carl Gershman – ont alors visé un “ changement de régime” en Ukraine, réalisant sa sensibilité pour la Russie. Gershman, dont l’association est financée par le Gouvernement, a appelé l’Ukraine “ le plus grand prix” et une étape majeure pour évincer Poutine de la Russie, Mac Cain a appuyé les ultra-nationalistes ukrainiens qui tiraient suer la police dans le square Maidan de Kiev, et  Nuland conspirait avec l’ambassadeur US en Ukraine, Geoffrey Pyatt sur la façon  de «  coller » ou d’ « accoucher » d’un changement de gouvernement.

La stratégie des néo-cons a fonctionné en évinçant le Président élu ukrainien Victor Yanukovych et en obligeant Poutine à intervenir au nom des ethnies russes menaces en Crimée et dans l’est de l’Ukraine. Ce qui, en retour, a été transformé par l’Ouest en «  invasion russe ».

Des intérêts partisans

Au lieu de se positionner contre ces fauteurs de troubles néo-cons, Obama les a suivi. Plus tard, les Démocrates ont vu un avantage politique à devenir les super-faucons faisant face à la Russie, essentiellement manœuvrant à la droite des Républicains, spécialement quand Donald Trump a gagné d’une façon inattendue la nomination, en, partiellement, appelant à de meilleurs relations avec la Russie.

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L’ambassadeur de Russie aux USA, Sergey Kislyak. (Photo from Russian Embassy)

Comme la campagne 2016 plongeait dans l’infamie comme la plus affreuse de toute l’histoire des USA, Clinton matraquait Trump à propos de la Russie, l’appelant le pantin de Poutine. Mais le dénigrement des Russes n’a pas semblé beaucoup aider Clinton.

Bien qu’il ait été calculé pour attirer quelques Républicains modérés, il a aussi repoussé beaucoup de Démocrates pacifistes.

Cependant, malgré une fondation vacillante et une construction hasardeuse, L’officiel de Washington ajoute maintenant de plus en plus de terrain au «  scandale » russe. Les rescapés d’Obama ont sauté sur un prétexte  indigne pour attaquer le Conseiller à la Sécurité nationale Michael Flynn – citant le Logan Act, de 1799, jamais poursuivi en justice puis enfermant Flynn parce qu’il n’avait pas complètement en mémoire une   conversation téléphonique  du 29 décembre avec l’Ambassadeur russe alors qu’il était en vacances dans la République dominicaine.

D’une façon identique, les medias et les Démocrates mettent au point dans la cadre d’un cas de  “parjure” l’Avocat général Sessions à cause d’une réponse formulée d’une façon  négligente lors d’une déposition de confirmation à propos de ses contacts avec les Russes. Il avait rencontré deux fois Kislyak ( tout comme l’ont fait beaucoup d’autres à Washington). L’accusation  au bord de l’essoufflement est que peut-être Sessions et Kislyak complotaient sur la façon dont le Kremlin pourrait aider dans la champagne de Trump, mais il n’existe aucune preuve pouvant étayer cette théorie de la conspiration.

Ce qui se passé ici devrait être évident; L’administration Obama, les Démocrates et les medias ont été horrifié par l’élection de Trump. Ils ont d’une façon compréhensible été offensés par la comportement personnel de Trump et son inadéquation criante à la présidence. De nombreux supporters de Clinton, spécialement des femmes, furent amèrement déçues par l’échec de la première femme d’un des partis essentiels à être nominée qui perdit face à un rustre se vantant de la manière dont il pouvait, en utilisant se renommée et sa gloire, attraper les génitoires de femmes vulnérables qui, ne pouvaient, selon lui, rien faire contre lui.

Il y avait également des inquiétudes sur les choix politiques de Trump en ce qui concerne l’environnement, l’immigration, l’éducation et la justice. Parmi les néo-cons et leurs acolytes interventionnistes libéraux, il y avait également des inquiétudes sur le fait que Trump ne continuerait pas les stratégies de «  changement de régime » dans le Moyen-Orient et leur hostilité envers la Russie. Aussi, ces forces anti-Trump se sont-elles accrochées à l’arme la plus disponible, les suspicions que Trump ait pu s’acoquiner d’une façon ou d’une autre avec les Russes. Cela n’avait pas d’importance que les preuves en soient faibles ou non existantes. Elles seraient suffisantes pour répandre les allégations sous la couverture des “ déclarations” des services de renseignements US.

Personne d’important n’allait demander la révision des preuves et, certainement, avec la disponibilité de l’Agence de sécurité, la mémoire des individus pourrait être testée contre les transcriptions des conversations et s’avérer active. Des faux-pas verbaux pourraient devenir des pièges parjures. Il pourrait y avoir  une chasse aux sorcières contre quiconque ait parlé à un Russe.   Toute forme de rejet de la part des gens de Trump pourrait être reconstruite comme une « façon d’étouffer l’affaire ».

Ayant travaillé à Washington pendant Presque quarante ans, j’ai déjà vu des investigations politiques, à la fois dans l’évacuation de véritables crimes d’état (comme  le traffic de cocaïne des Contra nicaraguéen et la collaboration des Républicains avec les gouvernements étrangers afin de réduire l’influence démocrate en 1968 et 1980) et dans la fabrique de scandales qui n’existaient pas ( comme les offenses factices de Whitewater, le scandale des voyages, le scandale des dossiers, le scandale chinois etc..sous Bill Clinton qui s’est finalement fait épinglé pour le crime affreux de mentir à propos de sexe.)   Jusqu’ici, au moins, le «  scandale russe »  est plus proche des premiers que des derniers.

Ce que j’ai également appris pendant ces années est que le dans Washington, le pouvoir – beaucoup plus que la vérité- détermine quels scandales doivent être pris sérieusement ou non. «  Le «  scandale russe » révèle que les centres du pouvoir établi se déploient contre Trump – les medias principaux, les néo-conservateurs, et le Parti démocrate – et ont plus de pouvoir que l’administration désorganisée de Trump.

Le reporter d’investigation Robert Parry  a mis à jour plusieurs histoires sur les Contra d’Iran pour l’ Associated Press et Newsweek dans les années 1980. Vous pouvez acheter son dernier ouvrage :, America’s Stolen Narrative,  ou l’imprimer ici  ou comme E.book chez ( Amazon ou sur barnesandnoble.com).

Tags: Democrates Donald Trump Hillary Clinton Robert Parry Russie

Traduction : Elisabeth Guerrier

Bienvenue à Trumpland : le leg d’Obama Luciana Bohne

L’article de Luciana Bohne remet d’une façon précise et critique les évènements politiques actuels dans leurs perspectives de visées permanentes des USA et de leur complexe militaro-industriel et économique. Il y est précisé à quel point l’appartenance politique modifie peu les projets expansionnistes qui agissent comme les fers de lance de tout candidat, manipulés par les ténors des médias et habiles à orienter une opinion publique si facile à convaincre. Trump n’amènera rien d’autre que ce qui est déjà prévu depuis longtemps, il ne fera que mettree à jour des manipulations auparavant effectuées dans l’ombre par l’administration d’Obama, plus membre du starsystème que politicien courageux dont le bilan meurtrier est tout aussi effrayant que celui de son prédécesseur. EG

Welcome to Trumpland: Obama’s Legacy

Fevrier  2017

 

Bienvenue à Trumpland : le leg d’Obama

LUCIANA BOHNE

socialmedia

Un nouveau gang est au pouvoir à Washington. Personne ne sait comment ni pourquoi, mais l’ancien gang est entrain de contre-attaquer de toutes ses forces. Un charlatan est à la tête de ce nouveau gang ; il dit qu’il s’oppose à tout ce que l’ancien, patron a fait. Il dit qu’il remettra tout en ordre sur place et dans le monde, cependant son cabinet de consiglieri  entasse des Ajax musclés du Pentagone, des banquiers avaricieux et des vautours de Wall Street ainsi que la mère planétaire de tous les plus grands pollueurs de l’énergie fossile – Exxon Mobil.

Une couvée des vilains habituels, pas moins vilains que les précédents. Son patron du travail s’est opposé à l’augmentation du salaire minimum. Son patron de la trésorerie est un ancien partenaire de Goldmann et Sachs, les pollueurs économiques internationaux. De première catégorie.

En janvier 2017, en janvier 2017, le bulletin des scientifiques de l’atome ont avancé leur  « horloge du Jugement dernier » de trente secondes vers deux minutes et demie avant minuit, le plus proche d’ Armageddon depuis 1953. Les causes, ont-ils écrit, sont la volatilité nucléaire et le changement climatique. Les signes que Trump puisse renverser le cours du Jugement dernier sont assez peu prometteurs. Le rendez-vous de Rex Tillerson signifie qu’Exxonmobile fonctionnera comme Secrétaire d’état virtuel. Les régles de la guerre d’état :    Créons une course aux armements. Nous les surpasserons à chaque essai et nous leur survivrons tous. » Selon Trump s’adressant par téléphone à Mika Brzelinki en décembre, si nous pouvons faire confiance au rapport de l’invité du « Morning Joe » de MSNBC.

Pendant ce temps, pendant et après le processus électoral, l’appareil circulatoire de la démocratie à deux gangs a montré des symptômes terminaux d’artériosclérose. Alors qu’un système de démence latente se montre au jour, le système politique a lui aussi perdu son marbre. Plus de deux millions et demi de femmes ont participé à la Marche des femmes le jour suivant l’inauguration, protestant contre les menaces de Trump sur les droits des femmes. – Une masse jamais vue dans les rues auparavant pour s’opposer aux massacres d’Obama , qui incluent un nombre disproportionnés de civils, dont de nombreuses femmes. Vous savez, le nombre 50.000 en Libye, 10. 000 au Yémen ainsi qu’en Ukraine, 400.000 en Syrie, 2500 à Gaza pour ne sélectionner que les plus connus. Ajoutons à cela les millions de déplacés internes et les réfugiés (65 millions en 2017, jusqu’à 59 millions en 2016) fuyant les guerres et la déprédation économique engendrées par les chevaliers du néo-libéralisme et du néo-colonialisme de l’administration obaméenne.

Mais on ne doit pas en vouloir aux lève-tard.

Derrière le vieux gang se tient un régime de mensonges, une marée de cupidité, un fléau d’inagalité, une peste de guerres, un règne d’hypocrisie. Avant le nouveau gang, une vision de Pandore, ouvrant plus largement sa vilaine boîte pleine d’ennuis. Plus de maux lâchés pour rejoindre ceux déjà libérés. Les rues se sont transformées en asile de discorde, de ridicule, d’alarme, et de confusion parce que la harpie oublieuse tueuse en série Hillary Clinton a perdu et que la bouffon fou et le zeppelin orange a gagné, le milliardaire Trump, tête d’un empire de 11 industries, commerces, et entreprises financières. «  Ami du peuple »

Je n’invente pas tout ça.

Le résultat des élections a été une bombe à fragmentation politique. The result of the election has been a political cluster bomb.  De mini-bombes continuent à exploser sous la forme de protestations, de marches et d’hystérie médiatique. Rien de tout cela ne se concentre sur ce qui importe vraiment : l’avenir de l’humanité sur une planète surchauffée, mise en danger par la pulsion systématique de l’Amérique vers l’espace et le pouvoir sur la planète.

C’est de la géopolitique, idiot…

Un tohu-bohu populaire a explosé à propos des mérites et des torts des deux maux. Comment un système politique peut-il être porté si bas ? Les deux maux ne font qu’un. Dans l’air empoisonné, j’entends l’écho de la réécriture sardonique de «  Hymne de bataille pour la République » de Mark Twain qui dénonçait à son époque la descente dans le bourbier moral de l’impérialisme de la guerre Espano-américaine de 1898.

Mes yeux ont vu l’orgie de l’épée lancée

Il cherche les réserves où les richesses de l’étranger sont gardées

Il a lâché son éclair fidèle et avec malheur et mort compte

Son envie marche en avant

Mine eyes have seen the orgy of the launching of the sword
He is searching out the hoardings where the strangers’ wealth is stored
He has loosed his fateful lightning, and with woe and death has scored
His lust is marching on.

Il serait rassurant d’entendre un pays uni en un chœur provocant la violence domestique et étrangère des officiels et de leurs soutiens. Mais la nuit n’est pas encore assez noire pour que la chouette de Minerve commence à voler et révèle les abus collectifs des gangs sur notre confiance en leurs mythes orgueilleux. Nous avons échoué sur une surface de ténèbres, sur une grisaille que les pouvoirs qui nous dénient la compréhension sont entrain de peindre encore plus gris. Nous ne pouvons pas lire le passé donc nous sommes incapables de bouger vers l’avenir. Nous avons le sentiment que ce que nous pensons savoir n’est pas ce qui est.  Nous ne sommes pas même sûrs de vivre dans le présent.

Comment une telle suspension dans le temps ne rendrait-elle pas nauséeux ?

« La nausée n’est pas en moi… je la sens à l’extérieur, je suis à l’intérieur » C’est ainsi que Racontin, le protagoniste de u roman de JP Sartre «  La nausée »  explique la répulsion physique qu’il éprouve à toucher la réalité autour de lui. – une chaise, une personne, une œuvre d’art. Mais où est donc la pourriture ?  «  Je la sens là sur les murs, dans les placards, tout autour de moi. »  À quoi est-ce que cela ressemble ? «  Un monstre, une carapace géante, un plongeon dans la boue ? Une dizaine de griffes ou de nageoires labourant lentement dans le limon ? Le monstre se redresse. Au fond de l’eau.

Est-ce que Trump est le nouveau nom de Grendel ? Sous le choc des semaines avant l’inauguration, les ménestrels médiatiques du vieux gang ont bien sûr crié qu’un monstre avait été libéré du marécage du Lagon blanc par des racistes votant dans l’intérieur des terres. Les Rustofariens. Les ménestrels ont semé la panique urbaine. Les foules ont grondé : Foutons en l’air les élections, recomptons les votes, abolissons le Collège électoral, déclarons Trump inapproprié. Ce monstre, sur le point de squatter un bureau de forme ovale, comme tant d’autres élus avant lui, était supposé accueillir Hillary Clinton.

Mais elle s’est transformée en lui !

Son gang a pointé le doigt vers la Russie. C’était la Russie qui avait amené ce vent mauvais, pas la folie du clan Clinton, pas la soif de sang des années Obama, pas le massacre politique du lymphatique social-démocrate Bernie Sanders, qui aurait pu sauver les fesses du gang, lui donnant quatre nouvelles années d’échec mais une vie respectable. C’était la Russie qui avait tissé la toile de la destinée – La Russie, qui n’est pas née d’une femme, artificielle, mauvaise, tâchée par le péché originel du communisme, la marque de Caïn. La Russie qui avait amené « le grand bois de Birnam jusqu’à la colline de Dunsinane » et coupé la montée de la Lady, reine du Chaos dans ses premières marches d’ascension pour devenir impératrice du monde, dont elle a vidé de sang de larges parts ayant elle-même  « marché si avant dans le sang que si elle cessait de s’y plonger, retourner en arrière serait aussi fatigant que d’aller en avant. » Elle fut laissée là, dans un mi-courant ensanglanté, et ils ont rué.

Le gang mondial en entier- la Heimat des globalistes de «  la communauté internationale », sont sortis dans un chœur de lamentations. Les eunuques politiques européens ont crié de concert avec leurs maîtres américains. Ici se trouvait le miroir présidentiel parvenu dans lequel la Heimat du bon et du grand ne pouvait plus d’admirer agrandie, superbe, plus humaniste que le reflet de sa brutale vulgarité étroite d’esprit qui s’y reflétait maintenant. La mauvaise foi du vieux gang était devenue insupportable. Leur propre image, supportée par un baratin idéologique décevant – les «  valeurs libérales » était détruite. Qu’en était-il des slogans solennels «  la société civile », «  le règne de la loi », la dédicace à des principes universels, le respect des identités, la protection des minorités ethniques,  le zèle appuyant la liberté religieuse ? Qu’en était-il des phrases pompeuses, de la lubrification des promesses exaltées ? Tout cela évanoui dans le vortex de la stupidité et de l’ignorance des masses et de leur boîte à bulletin de vote despotique.  Rien à entendre à part les mugissements d’un nouveau vent affreux.

Avant que Trump n’émerge gagnant du marécage, tout avait déjà été le contraire de tout. Et le devint plus encore. La libération de 100.000 civiles à Aleppe en décembre 2016 par l’Armée syrienne renforcée par ses alliés russes, après quatre années de terreur soutenue par l’Ouest, fût nommée «  crime de guerre ». La séparation de la Crimée de l’Ukraine par référendum populaire à 90% d’avis favorables pour joindre la Russie fût nommée «  Une agression russe ». Le coup US Europe en Ukraine ( 2013.14) planifié et exécuté par le Département d’état néo-con d’Obama et coûtant 5 milliards de dollars, mettant à la place d’un gouvernement élu une junte de ministres et d’officiels néo-nazis, fût nommé «  le retour de la démocratie en Ukraine ». Le fascism, maintenant attribué à Trump comme une nouveau, était cache en plein jour dans le règne des guerres illégales, des changements de régime, des sanctions omniprésentes, et des interventions de guerre de proximité d’Obama, ignorées studieusement ou fictionnalisées par les courtiers en terreur des médias,  les experts, les cellules d’analyses, les fondations et l’empire des officiels

Ces “ réparateurs” ont inversé les causes et les effets.  Ils ont obscurci le fait que la séparation de la Crimée d’avec l’Ukraine était l’effet du coup d’état des US à Kiev.  Ils l’ont utilisé comme cause afin de resserrer l’emprise militaire de l’OTAN  autour de la Russie, y compris avec des missiles offensifs, baptisés « défensifs ». Ainsi les effets du changement de régime en Ukraine sont devenus la cause de la militarisation de l’Europe centrale et de l’est. Avec comme objectif la Russie. Cette militarisation contre le fantôme d’une agression russe porte la grand nom de Atlantic Resolve 2017, que le Département US de la Défense justifie en ces termes sur son site :

« Les USA démontrent leur engagement à l’égard de la sécurité international à travers une série d’actions ayant pour but la réassurance des alliés de l’OTAN et des partenaires de l’engagement de l’Amérique à maintenir la paix et la stabilité à la lumière de l’intervention russe en Ukraine » ( c’est moi qui souligne)

Le porte-voix du complexe militaro-industriel, John Mac Cain, a tourné la réalité sens dessus-dessous dans une instruction au nouveau gang afin de perpétuer les sanctions contre la Russie.

« En juste trois ans, sous Vladimir Poutine, la Russie a envahi l’Ukraine, annexé la Crimée, menacé les alliés de l’OTAN, let est intervenue militairement en Syrie, laissant derrière elle des traces de mort, de destruction et de promesses trahies dans son sillage. »

Dans un monde rationnel, l’énormité de ces accusations serait lancée aux planificateurs du gang néo-libéral et néo-con d’Obama, mais aucun ego impérialiste ne peut admettre avoir moralement tort. Il habille sa propre violence dans des vêtements dorés, patinés obligeamment par les medias officiels. Les haillons sanglants de la responsabilité sont enfilés sur quelqu’un d’autre, qui doit être démonisé, de préférence par les medias libéraux. Rachel Maddow par exemple, érigée  experte en soviétologie à l’instant dans  sa déclamation incendiaire liant la Russie capitaliste de Poutine au socialisme stalinien de l’URSS.

Dites-moi ce qui rallie le public américain – y compris et surtout les Libéraux- aux côtés du drapeau national plus précipitamment que de lever le fantôme communiste ?

La manipulation des nouvelles et la distorsion de la réalité les plus puissantes aux mains du pouvoir. Elles peuvent faire disparaître la réalité. Le Yémen par exemple, . La “ Coalition” saoudienne, soutenue par les US et la Grande-Bretagne a commence à bombarder le Yémen le 23 mars 2015. Depuis lors3.2 millions de Yéménites ont été déplacés, la moitié de la population souffre de malnutrition, 10.000 civils ont été tués ( ce qui fait 13 civils par jour), 2 millions d’enfants ne peuvent pas se rendre à l’école, Presque 15 millions de personnes ( dont 55% d’enfants) n’ont pas accès aux soins médicaux de base.

Et pourtant, nous n’entendons rien à propos de cette souffrance. Les USA et la Grande-Bretagne, en fait ont profité de la guerre contre le Yémen. L’administration d’Obama a vendu sur le marché mondial de l’armement pour plus de 200 milliards d’armes, la plus grande vente depuis la 2ième guerre mondiale – plus de 100 milliards  à l’Arabie saoudite à elle seule. La contribution de la Grande-Bretagne à l’arsenal saoudien a été de 3.2 milliards pour l’année dernière à elle seule. Les US et la GB continuent de fournir le support logistique et de renseignement à la coalition saoudienne, qui est intervenue aux côtés du Président yéménite Rabbu Mansour Hadi, qui a fui vers l’Arabie saoudite en plein milieu de la guerre civile de son peuple.

Mais à travers les années Obama, tout était silencieux sur le front yéménite dans le royaume officiel et son porte-parole médiatique sur la cible voulue des infrastructures civiles vitales ; les écoles et les hôpitaux, les mariages et les funérailles. Lors de funérailles à Sana, en octobre dernier, une frappe saoudienne a tué 114 civils. Avant le la bombardement du Yémen ne commence, le gang Obama imposa des sanctions et des blocus au Yémen – tout ceci sans aucune résolution du conseil de sécurité de l’ONU ou aucune volonté d’adhérer aux lois internationales. Le directeur de «  Save the children » au Yémen a remarqué récemment :

«  Même avant la guerre, des dizaines de milliers d’enfants yéménites mouraient de causes évitables. Mais maintenant, la situation est pire et on estime à 1000 le nombre d’enfants mourant chaque semaine de causes évitables comme les diarrhées, la malnutrition, ou les infections respiratoires. »

En ce qui concerne la politique internationale, ce « raciste » n’est pas différent du  « post-raciste ». Les planificateurs de Trump mettent le Yémen sur la carte mais uniquement afin de l’utiliser comme trique afin de frapper sur l’Iran. Au Yémen, ils sont supposés se préparer à accroître les interventions de drones d’Obama, sa fameuse «  liste tueuse », accentuant le rôle des USA dans la guerre civile et cherchant à s’engager plus directement. En prenant le Yémen comme exemple, il devient clair qu’à la fois les libéraux et le président antilibéral considèrent le business de l’armement comme une industrie nationale. Les deniers mots d’Obama dans son poste ont exalté la soi-disant invincibilité des prouesses militaires américaines. Le 22 décembre a posté sur Twitter : « Les Etats-Unis doivent renforcer et étendre son potentiel nucléaire d’une façon importante jusqu’à ce que le monde devienne raisonnable en ce qui concerne le nucléaire. »

Il n’y aura pas de retranchement de la belligérance  sous Trump. Dans les premières suites de sa nomination, le Président Trump a dirigé son Secrétaire de la Défense James Mattis vers :

« L’initiation d’une nouvelle posture nucléaire afin d’assurer aux USA un équipement nucléaire dissuasif moderne, robuste, flexible, résilient, prêt à l’usage et conçu d’une façon appropriée afin de repousser les menaces et de réassurer nos alliés. »

Lors de sa première visite au Pentagone, le Président a signé un mandat exécutif appelant à l’expansion de l’armée américaine, y compris de son arsenal nucléaire, afin qu’elle soit prête pour la guerre avec ses “ compétiteurs proches”, comprenez la Chine et la Russie. « Je signe un mandat exécutif afin de commencer à reconstruire les services armés des Etats-Unis. » a-t-il dit au Pentagone pendant cette signature.

Ainsi le complexe militaro-industriel fût-il rassuré après avoir perdu son candidat favori, Hillary Clinton. Ainsi le rapporte le New York Times, le Pentagone lui-même, anticipant les directives de Trump à Mattis et la signature du mandat exécutif avait préparé des «  options classifiées » afin d’accroître l’usage des forces d’opérations spéciales, d’augmenter le nombre des troupes en Irak et en Syrie et d’augmenter la délégation d’autorité de la Maison Blanche au Pentagone et aux autorités de terrain. Les «  Options classifiées » comprennent l’armement des Kurdes syriens pour la bataille attendue de Raqqa, sur un schéma évident d’inclusion entre la Turquie et la Russie dans leur rapprochement tardif à propos d’un «  changement de régime » en Syrie

Il existe des indications que, contrairement à l’aversion affirmée par Trump pour les  « changements de régime » ; Iran devienne la nouvelle Syrie. A la suite des tests ballistiques des missiles de moyenne portée le 30 janvier, le Conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn, a commencé une campagne de belligérence verbale, de désinformation et de mensonges contre l’Iran. Dans une déclaration, Flynn a déclaré que :

« Le récent lancement de missiles est une attaque contre le conseil de résolution de a Sécurité des Nations unies 2231, qui demande à l’Iran de n’entamer aucune activité liée aux missiles balistiques supposée être capable de transporter des armements nucléaires, y compris des lancements utilisant d’une façon importante de la technologie de missiles balistiques. »

Cette une grossière distorsion du test iranien sur ses missiles. La résolution de 2231 du Conseil de sécurité des Nations Unies interdit à l’Iran le développement de missiles pouvant transporter des têtes nucléaires mais cette résolution ne mentionne rien qui empêche l’Iran de développer ses propres capacités de défense. Les missiles testés en janvier n’avaient aucune capacité de porter des têtes nucléaires. L’Iran  n’a pas violé la Résolution 2231.

La distorsion de la représentation donnée par Flynn à propos des missiles iraniens murmure la mélodie concoctée par Bush et les néo-cons sur l’organisation de l’invasion fatale de l’Irak, prétendant que Saddam Hussain avait des armes de destruction massive. Ce mensonge a coûté un million de morts à l’Irak, le dessin et la division de l’intégrité de la politique irakienne, des réfugiés internes et externes par millions.

D’une façon inquiétante, Flynn termine son propos ave c une menace : « A partir d’aujourd’hui, nous mettons officiellement l’ Iran sur la liste rouge. » .  A la suite vinrent les  sanctions visant 25 personnes et entreprises connectées avec le programme de missiles de l’Iran, y compris des Chinois et leurs compagnies.

En conclusion, il me semble difficile d’envisager les raisons d’agir du gang militaire à DC. Des objectifs à long terme semblent partagés : les moyens pour la domination globale des USA par l’économie et les militaires. Et ce qui semble la pomme de discord est la façon de dominer l’opinion publique américaine. La guerre s’appuie sur une réthorique. Les valeurs libérales versus les valeurs populistes. C’est pourquoi ils luttent pour le contrôle sur l’esprit du public. Il ne devrait s’       abandonner à auxcun de ces moyens de persuasion. Il est possible que la seule ligne optimiste dans l’ascension de Trump soit la résurgence potentielle et le renforcement de la résistance populaire.

Luciana Bohne est co-fondatrice de Film Criticism, un journal d’étude cinématographique, et enseigne à l’Université Edingorg en Pennsylvanie. Elle peut être jointe à : lbohne@edinboro.edu

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

La complète stupidité de la guerre froide par Gary Leupp

La complète stupidité de la nouvelle guerre froide

 

 

Par GARY LEUPP

 

 

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Photo by Jedimentat44 | CC BY 2.0

 

 

 

Cela semble si étrange, vingt-sept années après la chute du Mur de Berlin  de devoir endurer un nouvelle Guerre froide avec la (en fait capitaliste) Russie.

Le Président russe est attaqué par la classe politique officielle et les medias comme ils n’ont jamais attaqué les anciens leaders soviétiques, il est personnellement diffamé et traité de corrompu, de dictateur vénal, arrêtant et assassinant  des opposants politiques, des journalistes dissidents, voulant à tout prix restaurer l’URSS.

(La dernière accusation s’appuyant largement sur le commentaire de Vladimir Putin disant que la dissolution de l’URSS avait été « une catastrophe », « une tragédie » – ce qu’à plus d’un égard elle a été. La presse choisissant d’ignorer ce qui suivait disant que «  Quiconque ne regrette pas l’URSS n’a pas de cœur, mais quiconque veut la restaurer n’a pas de cerveau. » Ce qui rentre en conflit avec le simple point de vue affirmant que Putin regrette la Russie impériale des Tzars, sinon ses commissaires et, brûlant de ressentiment à l’égard du triomphe occidental, projette une revanche parfaite à travers des guerres d’agression et des expansions territoriales.

Les medias US, suivant le scripte de Département d’état dépeignent la Russie comme un pouvoir expansionniste. Qu’ils puissent le faire, avec un tel succès, jusqu’à ce que même les plus progressifs citoyens – comme ceux consternés par la victoire de Trump se sentant enclins à blâmer des forces extérieures-  puissent le croire, est le témoignage de la force résistante de leur pouvoir  et de l’utilité de la création d’un état d’esprit favorable à la Guerre froide.

Les autorités militaires nous rappellent sans cesse : Nous nous levons contre une menace existentielle ! Et on a envie de dire que ça, évidemment, n’a aucun sens ! La Russie est deux fois plus grande que les US avec la moitié de sa population. Ses bases à l’étranger peuvent être comptées avec les doigts des deux mains. Les US ont plus de 800 bases à l’étranger.

Le budget de l’armée russe représente 14%  de celui des USA.  Elle se réclame pas d’être une nation exceptionnelle envoyée par Dieu pour préserver la “ sécurité “  suivant ses termes partout sur la surface du globe.

Depuis la dissolution de l’URSS en 1991, les USA ont déclenché des guerres  (parfois en créant de nouveaux états-clients) en Bosnie ( 1994.5) en Serbie  (1999)  en Afghanistan ( 2001- ?)  en Irak ( 2003- ?) en Libye ( 2011) en Syrie ( 2014-?) tout en envoyant des pluies de frappes par drones du Pakistan au Yémen en passant par l’Afrique du nord. Ces guerres-basées-sur-du-mensonge  ont produit des centaines de milliers de morts civils, des millions de réfugiés, et la catastrophe actuelle à travers tout le «  Projet pour un grand Moyen-Orient ».

Il n’est aucune raison de sous-estimer leurs malfaisances.

Les USA sont à la tête d’une alliance militaire en expansion formée en 1949 afin de contrer l’Union soviétique et le communisme global en général. Sa raison d’être est morte depuis de nombreuses années. Cependant elle est passée de 16 à 28 membres depuis 1999, et les nouveaux membres, l’Estonie et la Lettonie partagent des frontières avec la Russie.

(Imaginez le Pacte de Varsovie s’étendant jusqu’à inclure Mexico. Mais non, le Pacte de Varsovie de l’URSS et des six alliés européens a été dissous il y a 26 ans dans l’attente idéaliste que l’OTAN suivrait en un grand mouvement de coopération et de paix)

Et cette alliance de l’OTAN, en théorie prévue pour défendre le Nord-Atlantique a été déployée tout d’abord après la longue (et pacifique) Guerre froide dans ce qui avait été une  Yougoslavie neutre (n’ayant jamais été membre du Traité de Varsovie ni de l’OTAN), l’Afghanistan ( à plus de 4828 kilomètres de l’Atlantique nord) et le pays d’Afrique du nord, la Libye. L’été dernier, l’OTAN a effectué ses manœuvres les plus imposantes depuis la chute de l’Union soviétique, impliquant 31.000 militaires en Pologne, répétant une guerre contre la Russie. (Le ministre des affaires étrangères allemand, Frank-Walter Steinmeier les a d’ailleurs critiquées en les qualifiant de bellicistes)

Les officiels de l’Alliance ont exprimé leur outrage quand la Russie a répondu à cette belligérance en plaçant un nouveau missile sol-air S-400 ainsi qu’un système nucléaire Iskander sur son territoire de Kaliningrad, entre la Pologne et la Lituanie sur la côte baltique. Mais la Russie a été, en fait, comparativement plutôt passive au sens militaire pendant toute cette période.

En 1999, alors que l’OTAN s’apprêtait à occuper la province serbe du Kosovo (bientôt proclamée pays indépendant en violation des lois internationales), les gardiens de la paix russes se précipitaient à l’aéroport de Pristina, Kosovo afin d’asseoir le rôle russe dans l’avenir de la province serbe. C’était un geste hardi qui aurait pu provoquer un choc entre l’OTAN et la Russie. Mais l’officier britannique présent sur le terrain, refusa sagement l’ordre donné par le Général  Wesley Clark de bloquer le mouvement russe, déclarant qu’il ne déclarerait pas la troisième guerre pour le Général Clark.

Ceci, souvenons-nous,  s’est passé après que le secrétaire d’état Bill Clinton, Madeleine Albright ( souvenez-vous, la compares d’Hillary qui a déclaré qu’il y aurait une place spéciale en enfer pour les femmes qui ne voteraient pas pour des femmes) a présenté aux négociateurs russes et serbes à Rambouillet un plan pour l’occupation par l’OTAN non seulement du Kosovo mais de toute la Serbie. C’était une exigence ridicule, rejetée par les Ruses et par les serbes mais dépeinte par la porte-parole non-officielle du Département d’état et belliciste Christiane Amanpour comme “ la volonté de la communauté international”. Comme si la Russie n’était pas membre de cette communauté internationale.*

L’opération de l’aéroport était largement un challenge symbolique à l’hégémonie américaine  sur l’ex-Yougoslavie, une marque de protestation qui aurait du être prise au sérieux à l’époque.

En tous cas, le nouveau leader de la Russie,  Poutine fût aimable après les attaques du 11 septembre  2001, allant jusqu’à offrir à l’OTAN un corridor de transport militaire à travers la Russie jusqu’en Afghanistan ( fermé en 2015). Ceci fût salué par George W. Bush par l’accroissement du nombre des pays de l’OTAN augmenté de sept pays en 2004. ( La presse américaine ne rendit qu’un léger compte de cet extraordinaire développement géopolitique, elle vit et continue de voir l’expansion de l’OTAN comme aussi peu problématique que l’expansion des Nations unies ou de l’Europe) Puis en avril 2008, l’OTAN annonça que la Géorgie ferait partie des prochains membres à rejoindre l’alliance.

Bientôt le Président géorgien fou  Mikhail Saakashvili, stimulé par la perspective de son appartenance à venir à l’OTAN déclencha une guerre contre la province dissidente de l’Ossétie du sud, qui n’a jamais accepté son rattachement au nouvel état de Géorgie établi sur la dissolution de la République socialiste de Géorgie de 1991. Les Ossètes, craignant le nationalisme résurgent géorgien cherchèrent un rapprochement avec la Fédération russe. Et le peuple de l’Abkhazia fit de même.

Les deux  « conflits gelés » entre la Géorgie et ses peuples, sont restés tells à cause du déploiement des forces russes et géorgiennes de main mise de la paix. La Russie n’avait pas reconnu ces régions comme indépendantes  ni donné son accord pour leur inclusion dans la Fédération russe. Mais quand des soldats russes moururent  dans une attaque de la Géorgie en août, la Russie répondit par une brève invasion punitive. Reconnaissant ensuite les deux états nouveaux (six mois après que les USA aient reconnu le Kosovo)

Saakashvili, au cas où vous soyez intéressés, fût destitué, accusé de crimes économiques, et privé de sa citoyenneté géorgienne. Après un emploi bref à l’Ecole de droit international et de diplomatie de Fletcher, à propos duquel, en tant que membre de la faculté de Tufts, je me sens profondément honteux – il fût employé comme gouverneur d’Odessa en Ukraine par le régime pro-OTAN mis au pouvoir par le coup d’état du 22 février 2014 soutenu par l’OTAN.

Le Sen. John McCain a proclamé en 2008 : «  Nous sommes tous des Géorgiens maintenant » et a plaidé pour l’aide militaire américaine au régime géorgien En tant qu’avocat de la guerre comme régle, MC. Cain devint alors le premier défenseur d’un changement de régime en Ukraine afin de permettre l’entrée de ce pays dans l’OTAN. Les néocons au Département d’état comprenant principalement l’amie de MC Cain Victoria Nuland, décidèrent de placer 5 milliards de dollars dans le support aux  « aspirations européennes du peuple  ukrainien » ( ce qui veut dire : le désire de nombreux ukrainiens dans la partie ouest du pays de joindre l’UE- risquant, bien que vraisemblablement sans le réaliser, une réduction de leur niveau de vie sous un programme d’austérité à la manière grecque – suivi par une appartenance à l’OTAN, resserrant le nœud coulant autour de la Russie.

Le  président ukrainien a opté pour un pack d’aide généreux. Cette décision – de nier ces “ aspirations européennes ” fut utilisée pour arranger le coup d’état.

Mais regardons cela du point de vue russe. Regardons simplement cette carte montrant l’expansion de l’OTAN et imaginons le s’étendre sur ce vaste territoire ( le plus vaste d’Europe en fait) entre la Russie à l’est et la Pologne à l’ouest, longeant la Mer noire au sud. Les pays faisant partie de l’OTAN sont à présent montrés en bleu foncé, l’Ukraine et la Géorgie en vert. Imaginons l’incliusion de ces pays. Et imaginons que l’OTAN demande à la Russie de libérer ses équipement navals de Sébastopol, qui sont russes depuis 1783, les retournant en faveur de l’alliance (on répète l’anti-russe). Comment quiconque pourrait-il comprendre la situation en Ukraine sans prendre en compte cette base historique ?

Les Russes ont dénoncé le coup d’état contre le Président Yanukovych (élu démocratiquement- si cela importe- en 2010) qui a été fomenté par des néo-fascistes  et marqué dès le début par une campagne anti-russe infecte encouragée par le Département d’état US. La majorité de la population à l’est du pays, habité par des ethnies russes parlant Russe et n’ayant fait partie de l’Ukraine qu’à partir de 1917, ont aussi dénoncé le coup d’état et refusé d’accepter le régime anticonstitutionnel qui a pris le pouvoir le 22 février.

Quand ces individus rejetèrent le nouveau gouvernement et déclarèrent leur autonomie, l’armée ukrainienne fut envoyée pour les réprimer mais échoua, d’une façon embarrassante, quand les troupes, confrontées aux Babushkas en colère leur tournèrent le dos.  Le régime depuis lors s’appuie sur le néo-fasciste Azov Battalion pour persécuter les sécessionnistes  dans ce qui est devenu depuis un autre “ conflit gelé”.

La Russie, sans aucun doute, a assisté les sécessionnistes pendant qu’ils refusaient leur annexion  au territoire ukrainien, poussant à la création d’un système fédéral pour le pays  négocié par les parties. Des familles russes  enjambèrent la frontière russo-ukrainienne. Il y a de nombreux vétérans de la guerre contre l’Afghanistan dans les deux pays. L’armée soviétique intégrait des éléments russes et des ukrainiens. On peut assumer qu’il y a plus qu’assez de Russes en colère à propos d’atrocités comme celles  des meurtres des 42 Russes opposants au gouvernement à Odessa pour alimenter les volontaires du Dombas.

Mais il existe peu de preuves (mise à part la poignée de rapport faisant état de quelques douzaines de “ véhicules militaires non catégorisés en provenance de Russie à la fin 2014) d’une «  invasion » russe de l’Ukraine. Et l’annexion de la Crimée (c’est-à-dire la restauration de son statut de territoire russe de 1954) suivant un référendum tout à d=fait crédible, n’a nécessité aucune «  invasion » puisque il y avait déjà 38.000 soldats stationnés là. Tout ce qui leur restait à faire était de sécuriser les bâtiments du gouvernement, et de donner aux soldats ukrainiens l’option de quitter ou de rejoindre l’armée russe. (Beaucoup de soldats ukrainiens  ont choisi de rester et d’adopter la citoyenneté russe.)

Malgré tout, ces deux incidents – la brève guerre contre la Géorgie de 2008 et la réponse ( tempérée) de Moscou au coup d’état ukrainien de 2014- ont été présenté comme des preuves d’un projet global d’expansion militaire, demandant une réponse ferme des US. L’ensemble de la classe des commentateurs des medias câblés adopte ce récit.

Mais ce sont des fous aveugles. Qui a, en ce jeune siècle, entraîné plus de désordre que les USA, saccageant des pays entiers, massacrant des centaines de milliers d’innocents, provoqué plus d’outrages à travers des séances de tortures grotesquement décrites, générant de nouvelles troupes terroristes et inondant l’Europe de réfugiés qui comprennent quelques individus prêts à semer le chaos et la terreur dans les villes européennes ?  Comment une personne rationnelle peut-elle avec un tant soit peu  de lucidité sur l’histoire depuis 1991,  conclure que c’est la Russie qui est l’agresseur ?

Et pourtant, c’est ce que dit la sagesse populaire. Je doute de pouvoir obtenir un poste de commentateur à la télévision, si vous me le demandez. Les téléprompteurs vont faire allusion quotidiennement à l’agression de Poutine et à l’expansion russe et au besoin pour tout Président mâture de respecter la tradition séculaire de supporter l’OTAN à n’importe quel prix. Et donc maintenant, les commentateurs se doivent de répéter ce que 17 services de renseignement ont conclu : «  Vladimir Poutine a interféré avec les élections américaines »

Puisqu’il n’y a aucune preuve de ce fait, on doit conclure que les Démocrates perdants  ont plongé les mains dans le sac assez fiable des boucs émissaires  et postulé que la Russie et Poutine en particulier doivent avoir piraté le DNC afin de – à travers la révélation de sources de première main d’une validité irrécusable, révélant la détermination de le DNC à faire élire Clinton, tout en Donald Trump comme le candidat républicain – sabotant Sanders et en promouvant ( à travers leurs représentants médiatiques) compromettre la légitimité de Clinton.

Toutes sortes de libéraux, y compris les meilleurs défenseurs de Sanders comme Tina Turner, sont complètement embarqués dans la champagne de diffamation anti-Poutine. C’est triste et préoccupant que tant de personnes progressistes souhaitent sauter dans le train d’une nouvelle guerre froide. C’est comme si ils n’avaient rien appris de l’histoire mais avaient positivement hâte, dans leur peur et leur rage, de revivre l’époque du Maccarthysme.

Mais le fond de l’affaire est que la russophobie américaine ne repose pas sur la raison, le jugement ou le savoir sur l’histoire récente et sur la capacité à faire des comparaisons rationnelles. Elle repose sur des présupposées quasi-religieux sur «  l’exceptionnalisme américain” et en particulier sur le droit des USA à s’étendre militairement au dépend de la Russie – comme un bien évident en soi, plutôt que comme le risque affreux distinct, évident d’une menace de troisième guerre mondiale.

Les faucons du Congrès – bipartisans, immoraux, ignorant, soumis à Israël, opportunistes salauds – sont déterminés à dissuader le président –élu ( la bile me monte à la gorge en utilisant ce terme mais c’est vrai, c’est ce qu’il est techniquement)  de tout rapprochement significatif avec la Russie ( Mon  dieu, ils doivent être horrifiés à l’idée de la possibilité que Trump suive le conseil donné par Kissinger de reconnaître le droit d’annexion russe de la Crimée ! )  Ils veulent tant l’embarrasser avec l’accusation d’être ( Comme Hillary l’a accuse lors de la champagne) la « marionnette » de Poutine qu’il se dédit de sa vague promesse de «  s’entendre avec la Russie »

Ils  ne veulent pas s’entendre avec la Russie. Ils veulent plus d’expansion de l’OTAN, plus de confrontations. Ils sont furieux contre la victoire russo-syrienne contre les forces menées par Al Qaeda soutenues par les USA en Syrie, spécialement la libération d’Alep que les médias US (1) n’ont jamais pu couvrir n’ayant aucun journalistes sur place et peu d’intérêt puisque les événements de Syrie provoquaient d’une façon si puissante les points proposés par le Département d’état organisaient les reportages (2). Transformant systématiquement, comme la victoire tragique du mal, la victoire d’Assad sur une héroïque opposition imaginaire et (3) voyant le renforcement de la position de la Syrie comme la réémergence de la Russie comme superpuissance.  (ce qu’ils ne peuvent absolument pas accepter, au titre d’une sorte de conviction religieuse. Les USA de la doctrine officielle devant maintenir «  leur dominance sur un spectre entier » sur la monde et prohiber l’émergence de tout compétiteur possible, pour toujours.)

*****

La première Guerre froide était basée sur la peur de l’Occident capitaliste devant l’expansion socialiste. Elle était basée sur la compréhension que l’URSS avait battu les Nazis, avait une prestige extraordinaire dans le monde et représentait alors le centre du mouvement d’accès global au communisme dans le monde.  Elle était basée sur la crainte de voir plus de pays affirmer leur indépendance face à au capitalisme impérialiste, empêchant les investisseurs d’accèder le monde des affaires. Elle avait un contenu idéologique. Celle-ci n’en a pas. La Russie comme les USA sont engagés dans le capitalisme et l’idéologie néolibérale. Leurs conflits sont de mêmes natures que ceux des USA et de l’Allemagne au début du 20ième siècle. Le Kaiser était au moins aussi «  démocratique » que l’étaient les US, le système n’était pas le problème. Il s’gissait juste de s’affronter pour le pouvoir, et comme cela s’est produit, les uSA intervenant dans la Première guerre mondiale tardivement et après que tout le monde soit épuisé, n’eurent qu’à nettoyer la place. Lors de la deuxième guerre mondiale, en Europe, les USA avaient hésité à envahir le continent en dépit des appels répétés des Soviets à le faire, ils ont répondu à la chute de Berlin aux mains des forces armées rouges en déployant des témoignages de forces vers la ville afin de pouvoir en réclamer le crédit partagé.

Puis les choses se tendirent, après la guerre, établissant  leur hégémonie sur presque toute l’Europe – beaucoup, beaucoup plus d’Europe que celle devenue une zone pro-soviétique, qui s’est depuis la fin du Traité de Varsovie complètement évaporée. La Russie est une version tronquée, affaiblie de son ancien self. Elle ne menace les USA d’aucune des façons don’t les USA s’effrayent eux-mêmes. Elle ne s’étend pas sous forme d’alliance militaire, elle ne détruit pas le Moyen –Orient à travers des changements de régime justifiés auprès des Américains par une désinformation pure et simple. En septembre 2015, Putin a demandé aux US, aux Nations unies «  Réalisez-vous ce que vous avez fait ? »

Malheureusement, les habitants de ce pays ne sont pas éduqués par leurs écoles, par la presse ou même par leurs site web favoris, à réaliser ce qui s’est fait et à quel point c’est horrible, et comment tout est basé sur des mensonges. Les informations mensongères sont ce qui est à l’ordre du jour.

Le haut est le bas, le noir est le blanc, la Russie est l’agresseur, les USA sont la victime. Le nouveau président doit jouer avec son équipe et , au nom de dieu, comprendre que Poutine est l’Hitler de notre temps et si Trump veut s’entendre avec lui, il faudra qu’il devienne un joueur de l’équipe embrassant la plus basique de ces vérités  dans ce pays si particulièrement impérialiste : La Russie ( avec son patrimoine nucléaire, qui fait pendant à égalité avec celui des USA) est l’ennemi, dont chaque action se doit d’enflammer les sentiments anti-Russes,  comme le sentiment par défaut à l’égard de ce pays encerclé par l’OTAN, criblé de sanctions, non menaçant en place d’une relation raisonnable et prudente.

*****

L’affreux « correspondant national en chef » de CNN, John King ( ancien époux de Dana Bash,  l’également affreuse «  correspondante politique en chef » de CNN, vient juste de poser une question, avec un air d’agressivité irritée :  «  Qui Donald Trump respecte-t-il le plus ? Les services de renseignements US ou le type qui a commence Wikileaks ? »  (Assange)

IC’est une exigence pour le camp Trump d’acheter le jeu du blame sur les Russes, ou d’être accuse de diffamation comme proche du lanceur d’alerte motive piour exposer les crimes multiples de l’impérialisme US.

.Donc, la vraie question est : Est-ce que Trump joue le jeu et crédite les  « les services de renseignements »  qui génèrent des «  productions des services de renseignements » à la carte, ou est-ce qu’il repousse les poussées des bellicistes qui cherchent une épreuve de force avec la Russie de Poutine ? Est-ce que la seconde Guerre froide va tou »ner court gentiment ou culminer dans une conflagration que la « Destruction mutuelle assure » (MAD)  était supposée rendre impossible ?

La dernière solution serait plus que stupide. Mais les gens stupides – ou les gens sages exploitant cyniquement la stupidité des autres – modèlent l’opinion chaque jour et depuis la première Guerre froide se sont basés sur d’innombrables mensonges.

Gary Leupp est Professeur d’histoire à l’Université de Tufts et occupe un poste au Département des religions. Il est l’auteur de «  Servants, Shophands eand laborers in the town of Tokugawa au Japon, Male colors, The construction of homosexuality à Tokugawa, Japon, de Interratial intimacy in Japan, Westerne men and japanese women, 1543. 1900. Il est contributeur à “ Hopeless : Barack Obama etand the politics of illusion ( AK Press)s Professor of History at Tufts University, and holds a secondary appointment in the Department of Religion. He is the author of Servants, Shophands and Laborers in in the Cities of Tokugawa JapanMale Colors: The Construction of Homosexuality in Tokugawa Japan; and Interracial Intimacy in Japan: Western Men and Japanese Women, 1543-1900. He is a contributor to Hopeless: Barack Obama and the Politics of Illusion, (AK Press). 

Il peut être joint à gleupp@tufts.edu

 

 

Traduction Elisabeth Guerrier

 

 

 

Plus d’articles de :GARY LEUPP

 

Walter Lippman ” Public Opinion”. Extrait traduit

Traduction d’un bref passage, à l’ humour grinçant, de Walter Lippman ” Public Opinion”.
Ecrit en 1922, éclairé par la débâcle idéologique de la Première guerre mondiale, il est un des fondateurs de la réflexion sur les tenants du libéralisme, alors opposé au mouvement communiste qui prenait de plus en plus de place dans les débats de sociétés. Ce livre est une perle d’analyse des rouages de l’information et de la construction des stéréotypes à la fois individuels et collectifs, de même qu’une description pointue des caractéristiques de ce qui constitue les spécificités de l’esprit américain. Ce passage évoquera des stratégies bien connues et plus que jamais d’actualité d’autant que Lippman à qui un des premiers colloques sur la genèse du libéralisme fût dédié est également le créateur de deux concepts majeurs, celui de “Guerre froide” et lui aussi plus que jamais de circonstance de “fabrique de l’opinion”.

 

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“Il arriva alors au sein de la nation que la parti belliciste qui était au contrôle du Bureau des affaires étrangères, des postes clefs et de presque toute la presse eût des visées sur les territoires de plusieurs de ses voisins. Ces revendications territoriales étaient nommées “La grande Ruritanie ” par l’élite qui considérait Kipling, Teitschke et Maurice Barrès comme cent pour cent ruritaniens. Mais cette idée grandiose ne déclenchait à l’étranger nul enthousiasme. Aussi, apposant la fleur la plus fine du génie ruritanien, comme le disait leur poète lauréat, sur les cœurs, les hommes d’état ruritaniens partirent pour diviser et conquérir. Ils séparèrent la revendication en secteurs. Pour chacune des parties ils évoquèrent les stéréotypes à propos desquels un ou plusieurs de leurs alliés trouvèrent difficilement à redire, ces mêmes alliés espérant pouvoir faire aboutir leurs propres revendications territoriales en utilisant ces mêmes stéréotypes.
Le premier secteur se trouvait être une région montagneuse habitée par des paysans étrangers. La Ruritanie l’exigea pour parachever ses frontières géographiques naturelles. Si vous fixez votre attention assez longtemps sur la valeur ineffable de ce qui est naturel, ces étrangers se dissolvent dans la brouillard, et ne restent visibles que les pentes des montagnes.Le secteur suivant était habité par des Ruritaniens, et selon le principe qu’aucun individu ne devrait vivre sous des lois étrangères, il fût réannexé. Puis vint une ville d’une importance commerciale considérable, qui n’était pas habitée par des Ruritaniens. Mais au 18ième siècle, elle avait fait partie de la Ruritanie et suivant le principe du droit historique, elle fût réannexée. Un peu plus loin, se trouvait un magnifique gisement de minéraux appartenant à des étrangers et exploité par des étrangers. Suivant le principe de réparation des dommages de guerre, il fût annexé. Au-delà existait un territoire occupé à 97% par des étrangers, constituant une frontière géographique naturelle avec une autre nation n’ayant jamais historiquement fait partie de le Ruritanie. Mais une de ses provinces, ayant été fédérée à la Ruritanie, avait eu anciennement des échanges commerciaux avec elle et sa classe dominante était ruritanienne. Suivant le principe de défense de la supériorité culturelle et la nécessité de défendre la civilisation, le pays fût réclamé. Finalement, il y avait un port complètement déconnecté de la Ruritanie, à la fois géographiquement, économiquement, historiquement, ethniquement et traditionnellement. Il fût exigé sur la base de sa nécessité pour la défense nationale.”

Public Opinion. p.113 Walter Lippman

Le sucre est l’alcool des enfants Robert Lustig

 Le sucre est “ l’alcool des enfants”, pourtant nous le laissons dominer sur la table du petit-déjeuner breakfast table

Robert Lustig

 

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En moyenne, les céréales contiennent l’énorme quantité de 12 grammes de sucre, tout compris, dans leur présentation habituelle matinale.Photograph: Stockbyte/Rex Features

 

Avec les enfants consommant la moitié de leur dose de sucre journalière le matin, il n’est pas étonnant qu’ils soient atteints de diabète et de maladies du foie. Il nous faut nous battre contre les intérêts des multinationales.

Le petit-déjeuner est considéré par la plupart des experts en nutrition, y compris par la Public Health England, comme étant le repas le plus important de la journée. Il permet à votre cerveau et à votre métabolisme de se mettre en route et il supprime l’hormone de faim dans votre estomac de façon à ce que vous ne mangiez pas trop au déjeuner. Mais dans nos vies occupées, il est facile de se tourner vers ce qui est vite fait, bon marché ou possible à consommer rapidement. Des céréales froides, des flocons d’avoine tous prêts. Pour ceux gardant  les anciennes habitudes du «  Je vais servir quelque chose de chaud pour le petit-déjeuner »,  c’est un sandwich à chauffer au micro-onde. Tu dois y aller maintenant ? Une barre de granola, une barre protéinée, ou un smoothie au yoghourt.

Hélas, comme l’a découvert l’enquête du National Diet and Nutrition , ce que vous faites c’est de donner à votre enfant une énorme quantité de sucre avant de les faire partir : en moyenne la moitié de leur dose quotidienne. Il y a une raison pour laquelle l’ Organisation mondiale de la santé et le Département de l’agriculture des Etats unis   ont fourni des indices de limites maximales pour le sucre, parce qu’un régime trop riche en sucre cuit le foie et le cerveau de votre enfant; exactement comme l’alcool.

L’alcool fournit des calories mais pas de nourriture ( 7kcal/g). Il n’implique pas de réaction biochimique. Consommé régulièrement et à forte dose, l’alcool est toxique, indépendamment de ses calories et de la prise de poids qu’elles entraînent. Tous ceux qui y sont exposés ne deviennent pas dépendants mais suffisamment pour justifier une taxe et des restrictions d’accès, spécialement pour les enfants. Clairement, l’alcool n’est pas une nourriture- c’est une drogue dangereuse, parce qu’il est à la fois toxique et addictif.

Le sucre compris dans l’alimentation est composé de deux molécules : le glucose et le fructose. Le fructose, tout en étant source d’énergie ( 4kcal/g) est tout de même vestigial pour l’humain, encore, il n’entraîne pas de réaction biochimique. Mais le fructose est métabolisé par le foie exactement de la même manière que l’alcool. C’est pourquoi, quand il est consommé régulièrement et à fortes doses, le fructose est tout autant toxique et addictif,  indépendamment de ses calories et de ses effets sur le poids. Et c’est pourquoi vos enfants contractent maintenant des maladies dues à l’alcool,  (des diabètes de type deux et les stéatoses hépatiques) mais sans l’alcool, parce que le sucre est «  l’alcool des enfants »  et tout comme avec l’alcool, les boissons à fort taux de sucre sont liées à des problèmes comportementaux chez les enfants.

En moyenne, les céréales contiennent la quantité énorme de 212 grammes de sucre, tout compris, dans une portion moyenne. Aux USA, en 2011, l’Environmental Working Group (EWG) a identifié 17 marques de céréales pour le petit-déjeuner  dirigées vers les enfants dans lesquelles il sucre ajouté constituait plus de 50% de calories et 177 dans lesquelles il constituait 40% ou plus. En dépit de la notoriété de cette information, l’ enquête suivante  de l’EWG en 2014 a note qu’une seule marque de céréales pour le petit-déjeuner  parmi les pires de la liste avait réduit sa quantité de sucre.

Voici deux exemples des stratagèmes mis en œuvre par les multinationales pour accoutumer vos enfants au sucre. Considérons le son aux raisins secs, juste du son et des raisins n’est-ce pas ? Il y a 19 grammes de sucre dans une portion, mais le raisin n’en offre que 11 grammes. C’est parce que les raisins sont imbibés d’une solution de sucre afin de les rendre beaucoup plus sucrés. Deuxièmement, mes favoris – Lucky Charms – ils sont “ magiquement délicieux “-. Pourquoi ont-ils des marshmallows dans leur boîte ? Parce que les céréales coûtent plus cher que les marshmallows. Ils occupent de la place dans leur boîte et pourtant la compagnie les taxe plus. Une grande stratégie pour les affaires.

La conspiration du sucre

Mais ceci ne s’arrête pas là. Considérons un pot de yoghourt à la grenade, qui contient 19 grammes de sucre. Un yoghourt simple en contient 7 grammes, tout en lactose ( le sucre du lait) ce qui n’est pas un problème. Voilà pourquoi chaque yoghourt à la grenade contient 12 grammes de sucre ajouté. De plus l’industrie cache bien le sucre. Il existe 56 noms différents pour le sucre; en choisissant différents sucres comme le cinquième, le sixième, septième ou huitième ingrédient, il peut rapidement être ajouté aux ingrédients principaux. La US Food and Drug Administration a promis de changer les indications  afin d’abolir ces pratiques, mais l’EU doit encore donner suite.

Voici un des dangers les plus pernicieux dansla nourriture des enfants et des nouveaux-nés En 2015, le Centre de contrôle des maladies (US Centers for Disease Control) a examiné les informations nutritionnelles de 1074 produits alimentaires à l’usage des enfants et des nouveaux-nés. Il a trouvé que 32% des repas pour nouveaux-nés, la majorité des en-cas pour enfants et les jus de fruits pour les enfants contenaient au moins une source de sucre ajouté, avec 35% des calories provenant du sucre.

Ne laissez pas votre enfant devenir perdant en succombant aux intérêts des multinationales. Faites leur prendre un vrai petit-déjeuner de champion.

Les enfants consomment la moitié de leur dose de sucre au petit-déjeuner; Une étude.

La Santé publique du Royaume-uni a lancé une application pour lire les codes-barres après avoir trouvé que les moins de dix ans consomment trois fois plus de sucre que la limite recommandée.

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Les céréales sucrées, avec les boissons et les pâtes à tartiner, contribuent en moyenne à fournir 11 grammes de sucre pris par les enfant avant qu’ils se rendent à l’école. Photograph: Alamy

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Les enfants en Angleterre consomment la moitié de la limite recommandée de leurs apports en sucre au petit-déjeuner, et à la fin de la journée ont absorbé plus de trois fois la limite supportable, selon une étude Public Health England (PHE).

L’étude, basée sur l’enquête annuelle de  National Diet and Nutrition Survey, a trouvé qu’en moyenne les enfants aborbent l’équivalent de trois morceaux. de sucre – 11 grammes- avant d’aller à l’école, principalement des céréales sucrées, des boissons  et des pâtes à tartiner mais qu’en dépit de cela huit sur dix parents pensaient que le déjeuner,de;leur;enfant était sain.

La PHE lance une campagne afin d’éveiller la vigilance sur les problèmes de santé liés au trop grand apport de sucre. Ils ont développé une application afin que les consommateurs puissent déterminer combien les produits contiennent de sucre, de sel et de graisse.

«  Les enfants consomment beaucoup trop de sucre et la plus grande quantité est consommé avant leur première leçon quotidienne “ dit  Alison Tedstone, la nutritionniste responsable de PHE. “Il est crucial que les enfants prennent un petit- déjeuner sain mais nous savons que les matins dans une maison active peuvent être compliqués. C’est pourquoi nous avons développé cette application Food smart, afin de réduire la pression pesant sur certains parents et à les aider à choisir des aliments et des boissons plus équilibrés pour leurs enfants. »

La dose maximum recommandée pour une enfant entre 4 et 6 ans est de cinq morceaux de sucre par jour, pour un enfant entre 7 et 10 ans, elle est de six morceaux par jour. L’étude de la PHE basée sur une enquête représentative de 100 personnes a trouvé que les enfants de moins de 10 ans consommaient en moyenne plus de trois fois ces quantités.

.Sara Stanner, Directrice du departement des sciences à la Fondation britannique pour la Nutrition dit : “ quand nous analysons les petits –déjeuners des familles à travers l’Angleterre, nous sommes inquiets de voir la grande quantité de sucre libre et la faible quantité de fibres dans beaucoup d’entre eux.

«  Nous savons qu’un petit-déjeuner équilibré peut contribuer d’une façon importante à l’apport vitaminique et minéral et que sa consommation est liée à des résultats positifs sur la santé. Il y a beaucoup d’autres solutions plus saines disponibles et nous devons donc mener des campagnes comme Change4Life afin d’aider les familles. »

La Obesity Health Alliance, un groupe de plus de 30 organismes caritatifs majeurs, colléges médicaux et groupes de campagne, a également favorablement accueilli le changement, disant que les outils en ligne qui permettaient de vérifier le sucre et les graisses dans les produits de consommation pouvait aider les parents et les familles à faire de meilleurs choix alimentaires.

Plus d’un enfant sur cinq est en surpoids  ou obèse en commençant l’école primaire et le nombre monte à un tiers quand il la quitte.

Le gouvernement de Theresa May’ a été largement critiqué en 2016 après avoir  abandonné ses engagements précédants  de mettre des limites aux publicités pour la nourriture toxique et sur le rayonnage des produits malsains dans les magasins.

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 Le chef et responsable de la campagne pour une nourriture saine Jamie Oliver. Photograph: ITV/Rex/Shutterstock

Le chef et militant Jamie Oliver accuse les ministres d’abandonner les jeunes enfants et leurs parents en décrivant les stratégies pour combattre l’obésité comme “ les mêmes vieux trucs qui ne marchent pas depuis vingt ans.”

Comme part de la stratégie, le gouvernement est supposé créer     une taxe sur le sucre à partir d’avril 2018, qui va augmenter le prix des sodas. Il a dû subir des pressions de la part de l’industrie pour réduire ou éliminer cette taxation.

La Obesity Health Alliance dit qu’il est important que le gouvernement continue à appliquer une lutte robuste contre l’obésité.

« Les choix de santé ne sont pas toujours des choix faciles, il est donc important que nous ayons des mesures comme la taxation des industries des boissons non alcoolisées et le programme de réduction du sucre, du sel et des graisses afin d’aider à créer un environnement plus sain global. »

Le PHE va lancer cette campagne à travers la télévision, la publicité d’affichage extérieur et le net à partir de mardi. Plus de 4.5 millions de packs gratuits “ Be food smart” seront distribués aux enfants d’âge scolaire via les écoles et les autorités locales, un spectacle fera le tour d’Angleterre à partir du 9 janvier.

 

 

Traduction Elisabeth Guerrier

 

Enquête ” A spoonful of sugar” sur le lobbying du sucre par a Corporate European Observatory

 

Faire de la Russie ” l’ennemi ” par Robert Parry

Making Russia ” the enemy “

Faire de la Russie “ l’ennemi”

Robert Parry

Le 15 Décembre 2016

 

Exclusivité :  Malgré des points de vue s’opposant sur les origines des fuites des emails du parti démocratique, la frénésie à propos d’un soi-disant rôle russe est entrain de conduire les USA de plus en plus profondément dans une nouvelle guerre froide coûteuse et dangereuse  Robert Parry

L’hystérie montante à l’égard de la Russie se comprend mieux si elle correspond à deux besoins prioritaires de Washington : le complexe militaro-industriel transitant d’une “ guerre à la terreur”  vers une plus lucrative “ nouvelle guerre froide” – et le désamorçage de la menace que peut représenter le Président Trump à l’interventionnisme de l’establishment libéral et conservateur.

En faisant un tapage publicitaire de la “ menace” russe, les néo-cons. Et leurs proches libéraux, qui incluent la plupart des organes de presse et d’informations  des USA, peuvent garantir un plus gros budget militaire vote par le Congrès. Le battage met aussi en mouvement le blocage de tous changements significatifs.

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Scènes hivernales  au Square rouge de Moscou  Décembre (Photo by Robert Parry)

Certains Démocrates espèrent même empêcher Trump d’accéder à la Maison Blanche en ayant la CIA, dans les faits, faire pression sur Le Collège électoral avec des contes effrayants où la Russie serait en train de régler les élections pour Trump. Les Grands électeurs se rencontrent le 19 décembre afin  d’officialiser leurs votes, supposé refléter les jugements de chaque votant dans chaque état, mais il est concevable que les Électeurs basculent leur voix de Trump vers Hillary Clinton ou vers quelqu’un d’autre.

Mercredi, le rédacteur libéral E.J Dionne, a rejoint l’appel aux Grands électeurs de modifier leurs votes écrivant : : « La question est de savoir si Trump, Vladimir Putin ou peut-être le vote populaire en faveur de Clinton, vous donne des raisons suffisantes pour faire exploser le système. »

Que les Démocrates souhaitent que la CIA, qui est interdite d’intervention sur place en partie à cause de son rôle historique dans l’influence des élections dans d’autres pays, joue un rôle identique aux USA montre à quel point le Parti démocrate est désespéré.

Et bien que le New York Times et d’autres gros dispositifs d’information  reporte comme un fait   que la Russie a piraté les emails du parti démocrate et donné les informations à Wikileaks, l’ancien ambassadeur de Grande-Bretagne, un proche associé du fondateur de Wikileaks Julian Assange, a déclaré au London Daily Mail qu’il avait personnellement reçu les renseignements  d’un Démocrate «  dégoûté ».

Murray a dit qu’il avait voyage de Londres à Washington pour un rendez-vous clandestine avec une des sources des emails en septembre, qu’il avait alors reçu le paquet entier dans une aire boisée près d’une Université américaine.

 

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L’ancien ambassadeur de Grande-Bretagne Craig Murray

«  Aucune des fuites, du Comité national démocratique ou du responsable de la campagne de Clinton Podesta, ne venait des Russes » dit Murray, ajoutant «  Les sources avaient un accès légal à l’information. Les documents viennent d’une fuite pas d’un piratage. »

Murray a dit que le membre autorisé se sentait  « dégoûté par la corruption régnant dans la Fondation Clinton et le niveau des luttes sur le terrain lors de la primaire jouant contre Bernie Sanders. » Murray a ajouté que la rencontre s’était effectuée avec un intermédiaire du Démocrate impliqué, et pas avec ce Démocrate lui-même directement..

Si l’histoire de Murray est vraie, cela crée plusieurs scénarios alternatifs : les plaintes des services de l’Intelligence US sont fausses, que les Russes ont piraté les comptes emails des Démocrates en gardant les renseignements pour leurs propres services sans les confier à Wikileaks, ou que Murray a été trompé à propos de l’identité du premier responsable des fuites.

Mais l’incertitude crée la possibilité que les Démocrates soient entrain d’utiliser un renseignement de la CIA douteux afin de renverser les résultants d’une élection présidentielle américaine, en fait, impliquant la CIA dans un “ changement de régime” intérieur.

Une autopsie reportée

Toutes ces manœuvres permettent également au parti Démocrate de retarder l’examen des causes de son échec auprès de tant de travailleurs auprès desquels il a d’habitude un grand nombre de votants, comme en Pennsylvanie, dans le Michigan, ou dans le Wisconsin.

Plutôt que d’accepter le blâme pour avoir présélectionné un candidat imparfait et pour avoir ignore tous les signes d’avertissement à propos de la résistance du public à son choix, les Démocrates ont pointé du doigt à peu près tout ailleurs. Du directeur du FBI James Comey parce qu’il ravivait brièvement la question des emails de Clinton, au candidat du troisième parti  qui siphonnait les votes, à l’archaïque Collège électoral qui a nié le fait que Clinton avait emporté le vote populaire et maintenant, aux Russes.

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 Directeur du FBI James Comey

Bien qu’il puisse se trouver quelque validité dans toutes ces plaintes, la frénésie excessive qui entoure la déclaration encore improuvée que le gouvernement russe avait subrepticement orienté les élections en faveur de Trump crée une dynamique tout particulièrement dangereuse.

Dans un premier temps, cela a amené les Démocrates à soutenir des concepts orwellien-Mac carthystes, comme ceux de la création d’une «   liste noire des sites internets. »  l qui amène à questionner la «  sagesses conventionnelle » des officiels de Washington et les place comme des pourvoyeurs de la « propagande russe » et des « informations falsifiées ». À u autre niveau, cela cimente le rôle du parti démocrate en tant que parti de la guerre, favorisant l’escalade d’une nouvelle guerre froide avec la Russie en augmentant le niveau des sanctions à l’encontre de la Russie et allant jusqu’à chercher des provocations militaires avec les Russes dans les zones de conflit comme la Syrie et l’Ukraine.

Une des aspects les plus dangereux de la perspective de présidence pour Hillary Clinton est qu’elle aurait appointé des néo-cons, comme l’Assistant-secrétaire d’état pour les affaires européennes Victoria Nuland et son mari, co-fondateur du Project for the New American Century (Projet pour un siècle néo-américain) Robert Kagan, aux positions les plus hautes de la politique étrangère.

Bien que le risque est passé de voir le Electoral College assumer la défaite électorale de Clinton lundi, Les Démocrates se joignent à la champagne de dénigrement de la Russie, rendant difficile d’envisager comment le parti pourra revenir à son rôle plus récent de «  parti de la paix », ( du moins au regard des terriblement belliqueux républicains)

 

Lieux d’échanges

Les lieux d’échange potentiels des deux partis à cet égard – avec Trump favorisant une détente géopolitique et les Démocrates battant le tambour pour plus de confrontation militaire- n’augure que très mal du regain de bases politiques pour les Démocrates avant longtemps.

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Place rouge à Moscou avec le festival d’hiver à la gauche et le Kremlin à la droite, le 6 décembre 2016  (Photo by Robert Parry)

 

Si les leaders démocrates appuient, en accord avec les Républicains néoconservateurs pour une escalade d’une nouvelle guerre froide avec la Russie, ils peuvent générer une césure du parti entre les va-t-en guerre et les pacifistes, un schisme qui se serait vraisemblablement produit si Clinton avait été élue mais qui va maintenant se produire de toute façon, mais sans le bénéfice du parti tenant le Maison blanche.

Le premier test pour cette alliance Démocrates-néo-cons  émergeante peut être celui du choix de Trump pour le poste de Secrétaire d’état, le PDG d’Exxon-Mobile Rex Tillerson, qui n’exhibe pas la  haine viscérale de Vladimir Poutine que les Républicains semblent encourager.

En tant que responsable de sa compagnie, Tillerson semble partager le côté de la « politique-pour-de vrai » de Trump, l’idée que faire des affaires avec les rivaux a plus de sens que les conspirations pour forcer  “ « changement de régime » sur «  changement de régime ».

Pendant les dernières décennies, l’approche “ changement de régime” a été le choix à la fois des néo-cons et des interventionnistes libéraux et a été conduit à la fois par des administrations républicaines et démocrates. Parfois elle est menée à bien à travers la guerre et parfois à travers de “ la révolution de couleur”, toujours sous le costume idéaliste de “ la promotion de la démocratie” ou de la “ protection des droits humains fondamentaux”

Mais le problème est que la stratégie néo-impérialiste a échoué misérablement à améliorer les vies des peuples vivant dans les pays soumis au “changement de régime”.  Au lieu de ça, le chaos s’est développé à travers de grandes parties du globe et a maintenant même déstabilisé l’Europe.

Malgré tout, une solution envisage par les néo-cons et  de leur doublures va-t-en guerre libérales est de simplement forcer l’application de plus de «  changements de régime » dans la gorge des populations. La nouvelle «  grande idée » est de déstabiliser la Russie, équipée en armes nucléaires en faisant craquer son économie et en alimentant autant d’éléments anti-Poutine que possible pour créer une  « révolution de couleur » à Moscou. Pour justifier ce schéma risqué, il a été offert de larges pans de propagande anti-russe, maintenant financée par des dizaines de millions de dollars venant de la poche du contribuable et étant poussée par les officiels gouvernementaux fournissant des instructions aux médias populaires pour leur écoulement.

Cependant, comme lors des précédents plans de “ changement de régime”  les néo-cons et les va-t-en guerre libéraux n’envisagent jamais le scenario jusqu’à son terme. Ils supposent toujours que tout va marcher comme convenu et que certains «  leaders de l’opposition » bien vêtus ayant participé à leurs conférences vont simplement être promus au poste suprême.

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L’Assistante du Secrétaire d’état aux affaires européennes et eurasienne, Victoria Nuland, lors d’une conférence à l’Ambassade US de Kiev, en Février 2014. (U.S. State Department photo)

 

Rappelons-nous en Irak, ce devait être Ahmed Chabali qui était apprécié à Washington mais complètement rejeté par son people. En Libye, il ya eu une parde de leaders approuvés par les US qui ont tous échoué dans le rassemblement du pays.

En Ukraine, le choix de Nutland, Arseniy – “Yats est notre type” Yatsenyuk – a démissionné il ya quelques mois cette année, au milieu d’un large rejet du public après avoir entamé de large réductions dans les budgets des programmes sociaux,  alors même que les officiels gouvernementaux soutenus par les US à Kiev continuaient à siphonner la trésorerie ukrainienne  et les aides économiques inappropriées.

 

 Déstabilisation d’une puissance nucléaire

Mais la notion de déstabilisation de la Russie, équipée d’un armement nucléaire est encore plus farfelu que les fiascos précédents. Les suppositions des bellicistes néocons.libéraux est que les Russes- posse à leurs limites par les sanctions occidentales. Renverseront Putin et installeront une nouvelle version de Boris Yeltsin qui laissera alors intervenir les conseillers financiers US et l’accès aux richesses énormes de la Russie.

Bien sûr, c’est l’état Yeltsin et la bien-aimée thérapie de choc de l’Ouest quia é créé les conditions désespérées précédant la montée de Putin et de son nationalisme autocratique, qui, avec tous ses defaults, a tout de même amélioré la vie de la plupart des Russes.

 

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De brillantes illuminations sur la Place rouge Le 6 décembre 2016. (Photo by Robert Parry)

 

Et la plus vraisemblable conséquence du  “ changement de régime” prôné par les bellicistes néo-cons-libéraux serait l’émergence de quelqu’un encore plus nationaliste – et peut-être moins stable que Putin- qui est considéré par tous même par ses critiques comme froid et calculateur.

La perspective d’un extremist nationaliste russe mettant la main sur les codes nucléaires devrait réveiller quelques frissons le long de la colonne vertébrale des Américains et bien sûr de tout humain sur cette planète. Mais c’est la pente sur laquelle semble être les décideurs démocrates avec leurs commentaires de plus en plus hystériques sur la Russie.

Le Comité national des démocrates a produit la déclaration mercredi accusant Trump de donner aux Russes un cadeau avant les vacances qui ressemble à un remboursement” Il est assez simple de connecter les données, La Russie s’est impliquée dans les élections de façon à favoriser Trump et maintenant il leur offre le PDG d’Exxon mobile Tillerson secrétaire d’état comme dédommagement.

Mis à part le fait d’ajourner l’ autopsie désespérément nécessaire des raisons pour lesquelles les Démocrates ont échoué à ce point dans un élection contre un Donald Trump largement malaimé, la nouvelle manœuvre   “ c’est la faute des Russes” menace de compromettre les Démocrates et leurs politiques favorites d’une autre façon.

Si les Démocrates votent massivement contre Tillerson et contre les autres responsables de la politique étrangère nommés par Trump, exigeant qu’il choisisse des individus satisfaisant le bellicisme des néo-cons et des libéraux va-t-en guerre, Trump pourrait être poussé plus avant dans les bras de l’extrême-droite républicaine, leur accordant plus sur les questions de politique intérieure afin de s’assurer de leur soutien quant à ses buts en politique étrangère.

Cela pourrait se terminer par un effet rétroactif sur les Démocrates alors qu’ils verraient d’importants programmes sociaux abandonnés en échange de leur alliance douteuse avec les néo-cons.

Depuis le Président Clinton, les Démocrates ont fait la cour à des factions néo-cons, pensant apparemment qu’ils ont de l’influence parce qu’ils dominant de nombreux organes de presse et des think-tanks de Washington. En 1993, comme cadeau de remerciement aux éditeurs néo-cons de the New Republic qui l’ont supporté, Clinton a choisi l’idéologue néo-con James Wollsey comme tête de la CIA, une des décisions personnelles de Clinton les plus désastreuses.

Mais en vérité, les néo-cons ont beaucoup moins d’influence sur l’électorat US que ce que croit Clinton. Vraisemblablement, ils se limitent à une clique d’initiés de Washington qui sont considérés comme des va-t-en guerre par de nombreux Démocrates pacifistes et qui représentent plutôt une force négative quand il s’agit de gagner des votes.

Je me suis entretenu avec de nombreux Démocrates traditionnels qui n’ont pas vote pour Hillary Clinton parce qu’ils craignaient qu’elle ne poursuive une dangereuse politique internationale néo-con.  De toute évidence, il ne s’agit pas là d’une enquête scientifique mais d’une évidence anecdotique qui suggère que les connexions néo-cons de Clinton auraient pu être un autre handicap dans sa campagne.

Estimer la Russie

J’ai également entrepris un test personnel limité afin de vérifier si la Russie est l’état policier que la propagande américaine dépeint, un pays ayant soif de se libérer de la pression violente de Vladimir Putin (bien qu’il ait enregistré 80% d’approbation dans les statistiques)

 

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Un couple marchant le long du mur du Kremlin, le 7 décembre 2016 (Photo by Robert Parry)

Lors de mon voyage de la semaine dernière en Europe, qui comprenait des arrêts à Bruxelles et à Copenhague, j’ai décidé de faire un voyage parallèle à Moscou, que je n’avais jamais visité auparavant. Ce que j’ai découvert était une ville impressionnante, étonnamment ( pour moi du moins) occidentalisée avec des magasins franchisé américains et européens nombreux, y compris les omniprésents Starbucks et MacDonald. ( Les Russes servent  le lait gingerbread avec un petit gâteau au gingembre)

Bien que les responsables officiels russes n’aient pas accepté de me recevoir, un reporter américain en ces temps de tension, la Russie n’avait pas l’apparence d’un pays très répressif. Lors de mes années passées à couvrir la politique étrangère américaine au Salvador dans les années 80 ou à Haïti dans les années 90, j’ai fait l’expérience de ce qu’un état policier est censé être, là où des escadrons de la mort jettent les corps dans les rues. Ce n’est pas ce que j’ai ressenti en Russie, juste une ville moderne avec des gens s’affairant sous les premières chutes de neige.

La présence de la police sur la Place rouge près du Kremlin n’était pas aussi équipée que celle près des bâtiments gouvernementaux à Washington. Au lieu de ça, il régnait plutôt un air de fête anticipée sur la Place brillamment éclairée, avec une large patinoire entourée de petits stands vendant du chocolat chaud, des jouets, des vêtement d’hiver et d’autres marchandises.

D’accord, mon temps et mes contacts avec les Russes furent limités – d’autant que je ne parle pas le Russe et que la plupart d’entre eux ne parlent pas l’Anglais- mais j’ai été frappe par le contraste entre l’image sinistre créée par les médias occidentaux et la Russie que j’ai vu de mes propres yeux.

Ceci m’a rappelé comment le Président Reagan avait dépeint les Nicaragua sandiniste, comme un “ donjon totalitaire” avec un état militaire près à marcher sur le Texas, mais où j’avais trouvé, en voyageant à Managua, un pays du tiers-monde se remettant à peine d’un tremblement de terre, avec des structures de sécurité très faibles en dépit de la guerre contra qu’avait entamé le Président Reagan contre le Nicaragua.

En d’autres termes la , “gestion de la perception” t” reste le principe Guidant la façon dont le gouvernement américain traite le people américain, l’effrayant avec des contes de menace étrangère exagérés puis manipulant nos peurs et nos idées fausses.

Aussi dangereux que cela puisse être en parlant du Nicaragua, de la Libye ou de l’Irak, les risqué sont exponentiellement plus élevés en ce qui concerne la Russie. Si le peuple américain se rue dans une nouvelle guerre froide basée plus sur des mythes que sur la réalité, le coût minimum pourrait être de milliards de dollars dégagés des dépenses intérieures vers le complexe militaro-industriel. Un coût encore plus élevé serait un mauvais calcul par l’un ou l’autre bord qui amènerait la fin de la planète.

Aussi, comme les Démocrates se projettent dans leur avenir, ils doivent décider si ils souhaitent devancer les Républicains en tant que  “parti de la guerre” ou s’ils veulent réduire l’escalade des tensions avec la Russie et commencer à répondre aux besoins pressants des Américains.

 

 

Le journaliste d’investigation Robert Parry  a cassé de nombreuuses contre-histoires sur l’Iran pour l’Associated Press et les Newsweek en 1980.  Vous pouvez vous procurer son dernier livre, America’s Stolen Narrative, ou sous la forme imprimée ici  ou en elivre chez Amazon et barnesandnoble.com).

 

 

Article  à consulter : L’hystérie de la Guerre froide  The Nation

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

CHABUDUO ” Bien assez bon ” James Palmer

Chabuduo ” Good enough ” 

 

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James Palmer est un écrivain et éditeur britannique. Il est l’auteur de  The Death of Mao: The Tangshan Earthquake and the Birth of the New China (2012) et de The Bloody White Baron: The Extraordinary Story of the Russian Nobleman Who Became the Last Khan of Mongolia (2008). Il vit à Pékin.

Edité par Marina Benjamin

 

Dans notre appartement au centre de Beijing, nous menons un combat d’arrière garde quotidien contre l’entropie. Le miroir de ma garde-robe est sorti de ses charnières il y a six mois et est maintenant en appui contre le mur, un parmi les nombreux dégâts domestiques. Chacune de nos installations électriques nécessite une ampoule différente, et le quart est cassé d’une façon définitive. Dans la chambre, l’appareil de climatisation au plafond étale sa moisissure à travers un trou dans le mur, empli de vieux vêtements afin d’éviter les fuites, pendant que la porte du balcon, n’ayant plus de joint, a une serviette à ses côtés afin de bloquer que l’eau de pluie ne passe à travers. Sur les marches au dehors, je dois baisser la tête chaque jour afin d’éviter un énorme nœud de fils pendants qui conduisent le courant électrique et l’internet, quand le vent se lève, les connexions sont lentes dès que les fils se balancent.

L’appartement a cinq ans. Suivant les standards chinois, il est au dessus de la moyenne. Nos toilettes fonctionnent, alors que dans les maisons de nombreux amis, tirer la chasse d’eau est une opération aussi complexe que de contrôler les crues du Nil. Les prises ici ne libèrent pas des étincelles bleues quand on les connecte et elles fonctionnent toutes à part deux. Aucune ampoule n’a jamais explosé et le miroir a simplement cassé plutôt que de tomber spontanément hors de son cadre. La douche n’est pas située près du bloc électrique et protégée par rien d’autre qu’un mur de Placoplatre pourrissant.

Je crois en l’épigramme de Hilaire Belloc écrit en 1911 :

C’est l’affaire de l’homme riche de donner du travail à l’artisan.

Je ne peux pas prétendre être riche, même en Chine et les artisans sont peu nombreux et précieusement préservés. La plupart du temps, lorsque je demande de l’aide, j’ai du rester dans une sale de bains inondée avec un jeune homme paniqué m’assurant qu’il pense pouvoir remettre les tuyaux en ordre. Mon temps en Chine m’a appris le plaisir et la valeur de l’artisanat simplement parce que c’est si rare. Voir quelqu’un faire un travail correctement, et pas juste pour sa propre récompense mais pour la satisfaction du travail bien fait excite mon cœur, que ce soit la cuisine, la fabrication de bougies ou la réparation de bicyclette. Quand j’ai déménagé il ya quelques années, j’ai observé avec un délice authentique les quatre hommes maigres et nerveux déshabiller mon ancien appartement jusqu’à l’os en moins de dix minutes, balançant négligemment les sofas et bureaux sur leur dos et remplissant le camion aussi précisément que des joueurs de Tétris expérimentés.

Mais de telles scènes sont un rare plaisir (Et, après avoir perdu la carte de mes maîtres-déménageurs, la fois suivante, l’équipe fit une imitation remarquable des Trois corniauds).

L’attitude plutôt est celle du chabuduo ou «  bien assez bon ». C’est une phrase que vous entendrez d’une façon récurrente, une phare qui évoque un travail effectué à 70%, un plan d’ébauche jamais achevé, un calibre non vérifié ou une prise posée de la mauvaise taille. Chabuduo est l’opposé corrosif du savoir–faire artisanal, du désir, comme l’écrit le sociologue Richard Sennett dans ‘ L’artisan »The Craftsman (2008), de rejeter le désordre, de rejeter le travail simplement «  assez bon ». Chabuduo implique que consacrer plus de temps ou de travail pour telle pièce serait un acte de folie. La Chine est le pays de la précipitation, du travail “ bien assez bon” pour le gouvernement.

 

Cependant, il y a quelquefois de la brillance dans le chabuduo. Une des nécessités quotidiennes sous Mao était l’improvisation. Trouver des moyens de maintenir des luxes irremplaçables comme les tracteurs ou les machines-outils en état de marche en dépit de pièces manquantes ou de chaînes d’approvisionnement interrompues. À l’occasion, c’était applaudi comme une science de paysan ou une vertu stakhanoviste mais le plus souvent cela signifiait cela impliquait des ennuis si c’était repéré par votre supérieur, puisque le Maoïsme faisait le plus souvent correspondre l’appel à la révolution avec l’insistance pédantesque à l’application de la routine correcte, tout spécialement dans les usines et les fermes. L’improvisation pouvait se voir accuser de «  sabotage »- pourquoi réparer vous un problème que vous n’avez pas causé ? Et d’autre part, pourquoi ya aurait-il un problème quand tout est si merveilleusement planifié du sommet ?

Mais l’improvisation était un talent vitalement nécessaire et un talent développé avec génie parmi la population des seniors, maintenant âgés de soixante ans et plus : une capacité à dépasser le faire durer et réparer pour l’amener au genre de compétence montrée par une équipe enfermée dans une étable par des vilains et construisant un véhicule blindé à partir de rien d’autre que des outils de jardinage et de vieux pneus. Plus communément, le chabuduo est le domaine de l’oncle du village qui a grandi avec rien et peut trouver une solution à tout à partir de deux morceaux de fil et de quelques bandes adhésives. Le portail cassé ? Ne t’en fais pas à trouver une nouvelle serrure, nous la réparerons avec un fil, ce sera «  bien assez bon ».

De nos jours, la campagne est pleine d’inventeurs isolés qui construisent leur propre avion trépidant ou leur sous-marins d’étang à partir de débris, ou élaborent des catapultes de grande envergure afin de résister aux équipes de démolition. Leur génie mécanique n’a nulle part où aller, ils sont aliénés à un monde de réparation agricole et de projet un peu fous. Mais à petite échelle, c’est perceptible partout même dans les grandes villes, des salons de trottoirs composés de meubles abandonnés où fainéants et grand-pères jouent aux cartes pendant l’après-midi, jusqu’aux nombreux abris pour chats errants construits par les protecteurs des animaux de Beijing.

Cependant chabuduo est aussi le déni décontracté du problème : Oh, ta porte de va pas dans son cadre ? Chabuduo, tu t’habitueras à l’ouvrir à coup de pied. On t’a envoyé une chemise trop grande de deux tailles ? Chabuduo, de quoi te plains-tu ?

 

Dans mon vieil immeuble, l’entrée du parking souterrain état recouverte par une moitié de cylindre en lourd plastique bleu de 20 mètres de long. Personne n’avait noté que ça ferait un piège à vent particulièrement efficace et il avait été grossièrement cloué contre les fondations en brique. Chabuduo, qu’est-ce que ça peut bien faire ? Quand un orage l’a touché, les clous ont sauté à cause de la pression et le cylindre a été envoyé à travers l’enceinte, heurtant les tables et les arbres. Je suis descendu le matin et je l’ai trouvé recouvrant toute la pelouse comme une aile de jumbo jet échoué. Nous avons eu de la chance, personne n’a été tué. Mais derrière les désastres chinois  le  « bien assez bon » engendre plus que souvent autre chose que des troubles ponctuels : les compromis qui sont de simples ennuis dans la vie quotidienne deviennent mortels quand ils arrivent à l’échelle industrielle. Des problèmes qui peuvent être détournés par un œil expert ou une routine quotidienne deviennent des obstacles mortels quand ils sont produits des millions de fois dans toute la nation.

Les morts s’additionnent : des sites de construction où les hommes se balancent au bout de longueur de vieilles courroies attachées les unes aux autres à la viande transportée dans les camions non réfrigérés en passant par les incendies dans des appartements à l’installation électrique défectueuse.

Considérons simplement l’année dernière. Vous n’avez pas une chambre froide correcte pour les vaccins ? Bien, mettez un peu de glace dans les colis et envoyez les par la poste. Chabuduo et les enfants meurent en toussant. Pourquoi emmener les déchets vers un site de retraitement ? Empilez-les là où tout le monde le fait. Chabuduo, et 91 personnes sont écrasées par un glissement de terrain à Guangdong. Trier les matériaux dangereux ? Pourquoi s’en faire, mettez juste les nitrates par ici. Et la charge explosive explose à Tianjin, le principal port du nord de la Chine, incinérant 173 personnes.

«  Il y a une explosion du niveau de celle de Tianjin chaque mois » me dit un membre de l’équipe du programme national de sécurité professionnelle qui a demandé de rester anonyme. «  Mais ils arrivent principalement dans des lieux qui n’importent à personne. »  Des désastres dus au manque de précaution arrivent sans arrêt, quand une centrale chimique explose  à Tangshan en Mars 2014, un ami m’a dit comme l’équipe de direction était soulagée quand le Boeing 370 malaisien a été porté disparu le jour suivant, engouffrant toutes les autres nouvelles et assurant le fait que personne, sauf les 13 veuves, n’allait rien remarquer.

Mais les petits nombres de morts s’entassent : sur les sites de construction où les ouvriers manipulent des lampes à souder sans lunettes de protection, où se balancent accrochés à des cordes usées attachées les unes aux autres, à cause des empoisonnements dus à  la viande transportée dans des camions non réfrigérés, en passant par les feux qui prennent à cause des réseaux électriques mal branchés, non remarqués et non pris en compte par les institutions supposées leur devoir protection.

Beaucoup de villes chinoises sont à moitié des chantiers. Je me suis promené dans des allées qui ressemblaient à des images de Super Mario, pleines de roués grinçantes lâchant des bouquets d’étincelles hyper-chaudes, briques tombant des échafaudages sans avertissement et de cordes tendues sur le trottoir. «  Pourquoi ne mettez-vous pas de balises autour de ça ? Ai-je demandé un fois, montrant un trou béant à côté de la route, assez profond pour s’y briser le cou. Les travailleurs migrants ont levé les )épaules : «  Personne ne nous a dit de le faire ».

Dans un  article, de 1921, le critique Hu Shih a tourné le chabuduo en sa parabole éponyme. « Monsieur Cha Buduo ” son protagoniste vit sa vie suivant le principe du “ bien assez bon. «  Vous avez certainement entendu les gens parler de lui »,   écrit Hu ; « tant de personnes prononcent son nom chaque jour. »

Monsieur Cha Buduo ne comprend pas pourquoi il rate son train en arrivant à à 8.32 au lieu de 8.30, ou pourquoi son patron se met en colère quand il écrit 100 au lieu de 10, ou pourquoi Islande est différent de Irlande. Il tombe malade et fait venir le Docteur Wang mais finit avec Mr. Wang, le vétérinaire par erreur. Mais il s’en sort, rassuré par le fait que vie ou mort, au fond sont assez proches.

Pour Hu, la cure de ce vague malaise allait être la modernité, le tic tac de l’horloge de la gare, le décompte soigneux des livres, le remède prescrit par le docteur. Il voulait mettre une fin à la vénération du désordre, mysticisme et incompétence qui, dans sa parabole, amènent la public a finalement consacrer Mr. Chabu Duo Saint bouddhiste et «  Grand maître de la flexibilité ». Les contemporains de Hu, éduqués au Japon ou aux USA, tardaient à embrasser la modernité d’une nouvelle nation, et de la jeter avec toute la poussière accumulée. Mais le flot de la modernité, déjà pénétrant dans les villes de Chine bien avant l’époque de Hu Shih n’a pas amené l’attention et la précision, ils les a détruits.

 

Même avant l’époque de Hu, la surpopulation et la globalisation touchèrent la Chine durement, amenant des migrations énormes lors de la fin du 19ième siècle. Le peuple chinois se battait avec les nouvelles technologies et des normes gouvernementales dont il n’avait pas l’expérience. Les désastres de la guerre et de la révolution craquelèrent ce que la tradition avait laissé. Aujourd’hui, depuis le saut de la Chine tête la première dans la modernité qui commença en 1979, l’urbanisation de masse, les migrations internes et le constant flux de changements ont érodé la plupart des traces de savoir-faire pour lequel ce pays était jadis renommé.

Plus tôt cette année, dans le palais Topkapi d’Istanbul, j’ai fait la fête, visuellement, dans des assiettes de la dynastie Ming datant du 16ième siècle, que les sultans ottomans appréciaient, la brillance encore intact et chacune d’entre elles marquée fièrement au tampon de son fabricant. Notre sens du passé matériel peut être orienté vers le beau et le raffiné simplement parce qu’il est possible qu’il soit valorisé et donc préservé. Mais de nombreuses preuves  parlent en faveur des compétences de la Chine pré-moderne tout particulièrement dans un environnement commercial florissant et avec les riches patrons sous les dynasties Song (960 1279) ou Ming (1368.1644). L’artisanat chinois a envahi les Européens comme les Ottomans, déclenchant des vagues d’admiration et d’imitation.

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Certains arts, bien sûr on survécut. Près de chez moi, une famille Manchu reconstruit encore de drôles et belles scènes de la vie de Beijing à partir de misnuscules meubles de poupée, les corps de cafards présentés comme les personnages humains. Mais il en reste si peu. Les ébénistes, les luthiers, les tonneliers, les tisserands d’étoffes rares ne restent que dans de poches.

Jusqu’à un certain point, c’est un processus historique normal. Dans les Paris, Hambourg et New York du 19ième siècle, les écrivains se plaignaient que les maçons ne reconnaissaient pas le bout d’une truelle de son manche, des plombiers plus habiles à casser un tuyau qu’à les réparer, des vitriers dont les cadres allaient tomber le lendemain de leur pose et s’éclater. Les migrants de la campagne envahissaient les villes, cherchant du travail là où ils pouvaient, leurs propres compétences inutiles dans ce nouvel environnement. En une génération ou moins, l’accélération de la modernité a détruit des talents développés pendant des siècles.

Mais dans la majeure partie du monde nouveau, le sens de la belle ouvrage réapparu bientôt. Il y avait le plaisir de l’invention, de la spécialisation, du développement de nouveau standard pour un nouveau commerce. A la fin du 18ième siècle en Angleterre, les artisans briquetiers créaient leurs propres métaphores, où comme le note Sennett, l’invention de la brique «  honnête » en tant que brique sans additifs de couleur, reflétait leur propre fierté. Les ouvriers de Ford en 1930 envisageaient un avenir reluisant fabriqué à partir de leurs propres outils. Par contraste, les travailleurs chinois ont été relégués pendant quarante ans dans une zone morte, où leurs compétences anciennes ont été perdues mais où de nouveau professionnalisme n’ont pas émergé.  Et l’ère du rapide-et-sale ne semble pas devoir disparaître rapidement.

Si ce que vous fabriquez représente un monde totalement hors de portée pour vous, pourquoi s’ennuyer à le fabriquer correctement ?

Pourquoi la Chine est- elle piégée ainsi ? Dans la plupart des industries ici, les retour essentiels sont absents. Pour comprendre comment faire les choses, vous devez pouvoir les utiliser. Les travailleurs de chez Ford aux US conduisaient leur porpres voitures et les constructeurs occidentaux envisageaient ou espéraient envisager vivre dans des maisons comme celles qu’ils bâtissaient. Mais la ceinture d’usines autour de Guangdong qui accueille les migrants fabriquent des colifichets pour des maisons américaines à des milliers de kilomètres de là. Les hommes et les femmes qui construisent les maisons chinoises ne vivront jamais dedans.

Le prix moyen d’un appartement T1 dans une ville de seconde zone en Chine, une ville provinciale de quelques millions d’habitants, tirant sur ses propres limites géographiques et environnementales- atteint 100.000 dollars environ. Le salaire annuel moyen d’un travailleur migrant employé dans la construction est de 3500 dollars. Leur avenir est dans des dortoirs minables en préfabriqué, une cabane à la champagne sans climatisation ni salle de bain

L’opacité des compagnies chinoises signifie qu’il est difficile de pointer le tort même en cas d’échec catastrophique. Les marques autrefois inscrites sur chaque brique des murs de la cité ont fait place au mirage des sociétés portefeuille et des sociétés écrans Les responsables locaux effrayés par un taux de chômage plus élevé et un PIB plus bas travaillent assidûment à dédouaner le monde des affaires de toutes conséquences de leurs actions.

Le gouffre le plus profond est entre les ordonnateurs de Beijing et les travailleurs de la base qui exécutent leurs choix politiques. D’énormes régions dans le pays travaillent encore selon le modèle de l’’économie planifiée, réagissant aux quotas gouvernementaux et aux renflouements garantis. Cependant, l’artisanat exige le retour des avis des consommateurs et du marché. Les quotas, appliqués sur tout, du nombre de mots utilisés par les journalistes aux nombres d’arrestations faites par la police est un aiguillon pour la dévalorisation générale de la production sauf sa vitesse d’exécution. Chabuduo : bien assez bon pour un travail fait pour le gouvernement.

Il existe un secteur qui échappe d’une façon frappante à la culture du Chabuduo, c’est celui de la technologie chinoise, peut-être parce qu’il s’est développé en même temps que celui du reste du monde. Dans d’autres domaines, les usines ou les manufactures chinoises ne développaient pas de nouvelles formes de produits mais récupéraient ceux de l’Ouest fabriqués à moindre coût. Il n’y avait ici aucune fierté ou savoir accumulé par la résolution de problèmes ou l’invention. Par contraste, le géant du commerce en ligne Alibaba a acquis l’art de l’échange entre vendeurs et acheteurs

Dans un vaste pays à un niveau encore jamais atteint à l’Ouest. Bien que vraisemblablement à travers l’usage des routes magiques du fondateur Hobbit Jack Ma- pendant que le paiement virtuel, la compétition fiévreuse et relativement ouverte qui en est découlée a produit ses propres champs de brillantes compétences.

Pourtant la tech. ne peut pas échapper à la malédiction. Des encodages négligés, des applications endommagées et des viols massifs de la vie privée sont choses communes, spécialement quand les industries publiques chinoises sont forcées de développer des programmes internes plutôt que d’utiliser les programmes commercialisés pour des raisons de «  sécurité ». Les moteurs de recherche chinois sont abyssaux, à la fois attaqués par la censure gouvernementale et protégés de la compétition réelle. Baidu, le plus gros, a été frappé par un scandale cette année, après avoir à plusieurs reprises promu  faux médicaments  en échange de paiements.

Après le scandale, les autorités ont annoncé qu’elles prendraient de sévères mesures afin de s’assurer que Baidu puisse être plus performant. Et quand la réputation ne peut pas repousser la responsabilité, la régulation fait son entrée. Mais en pratique, les autorités régulatrices chinoises sont un vide; Bien que chaque désastre soit régulièrement pointé par la presse, toute suite est rapidement anéantie, la durée de couverture moyenne même des catastrophes les plus terribles comme celle de Tianjin est de moins d’une semaine, avant que les mandats du bureau de propagande se manifestent et que l’histoire disparaisse des journaux.

 

Chaque regulation est encore moins efficace, liée par un ensemble de motivations perverses qui persistent depuis des décennies. Les régulateurs, sous-payés et trop peu nombreux ne sont pas supposes couvrir toute possible entreprise. Cependant si ils inspectent un site ou une compagnie, ils sont supposés être responsable pour tout désastre s’y déroulant ce qui peut leur coûter leur emploi, leur appartenance au Parti et jusqu’à un temps de prison. La solution évidente pour les régulateurs est de couvrir peu de sites et de se concentrer sur les zones les moins risquées, donc de minimiser leurs risques personnels. Cet échec est combine à une absence de système de droit civil qui fonctionne, spécialement dans le cadre des actions collectives, des erreurs qui pourraient entraîner des poursuites massives à l’Ouest peuvent être enterrées en Chine. Même la mort de travailleurs migrants peut être achetée pour à peine 5000 $

 

Le Parti ne veut pas plus de rassemblement de transporteurs de charbon ou de constructeurs de chemins de fer à travers le pays qu’il ne veut de rassemblements de démocrates, de Chrétiens ou de féministes.

Tous ces facteurs travaillent contre le développement de la fierté chinoise dans son propre travail. Et s’ils le sont, ils ont intérêt à le garder pour eux. En Occident, les syndicats (pour les ouvriers agricoles) et les associations professionnelles ( pour les médecins, ou les avocats) ont joué un rôle essentiel dans la mise en place de critères nationaux.  Ils ont donné aux gens une identité qui dépendait, en partie, à la fois de la maîtrise et de la moralité, avec un groupe de pairs avec qui rivaliser et à qui rendre des comptes.

Mais comme le dit Adam Smith The Wealth of Nations (1776), chaque profession finit dans une conspiration contre le public et le Parti Communiste Chinois n’a toléré aucune conspiration à part la sienne. Tout particulièrement depuis que Xi Jinping est arrivé au pouvoir en 2012, tout groupe qui pourrait représenter une base transnationale de résistance au Parti a été éliminé. La syndicalisation, en dehors de l’ All-China Trade Union Federation, sans force et corrompue, est une menace pour le pays qui ne veut plus accepter les transporteurs de charbon ou les constructeurs de voies ferrées à travers la nation, tout comme elle refuse les Chrétiens, les démocrates ou les féministes.

Sous l’ombrelle du Parti, il ya place pour les associations professionnelles- mais seulement à l’extrême bout de l’échelle. Il existe une association chinoise des médecins, mais pas d’association des plombiers. Et même au sein de ces corps, beaucoup plus de valeur est donnée au fait de coller aux directives officielles  du Parti qu’à celle de créer un groupe de pairs. Comme le journaliste médical Michael Woodhead l’a note, en Occident les médecins ont des consignes professionnelles claires et des revues professionnelles qui les maintiennent dans le droit chemin et la rigueur, en Chine, ils n’ont que la petite lampe vacillante de leur propre conscience.

En fin de compte, ce qui perpétue l’absence de soin des Chinois peu principalement avoir à faire avec une simple ubiquité. La réalisation inspire. Un écrivain peut être attire vers sa page par l’écoute d’un chant ou par la vue d’un véhicule se faisant réparer, ou le charpentier ravivé par un poème ou par une moto. Mais le contraire est également vrai, quand vous êtes entouré par la facture bon marché, l’à-moitié fini et l’affreux, quand l’échec reste impuni et l’application reste sans bénéfice tout autour, il est difficile de na pas penser que le bien assez bon est assez bon. Chabuduo.

 

Dans cette perspective, à souligner sur ARTE, le travail documentaire si poignant de Wang Bing  “Three sisters” réalisé en 2012 et ayant obtenu la Mostra de Venise

Traduction Elisabeth Guerrier

 

 

 

 

Dans l’Arctique, des maladies disparues se ravivent et la route de l’Alaska fond alors que la température touche des records de folie. Dahr Jamail

 

 

Dans l’Arctique, des maladies disparues se ravivent et la route de l’Alaska fond alors que la température touche des records de folie.

In Arctic, Ancient Diseases Reanimate and Highways Melt as Temperatures Hit “Frenzy” of Records

 

par :  Dahr Jamail

 

 

 

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Le Pic Byron avec le glacier Byron au centre-gauche de la photo. Il ya moins de vingt ans, le glacier Byron recouvrait la portion supérieure de la vallée mais il est en ce moment rapidement entrain de remonter jusqu’au sommet de la colline. Remarquez les nombreuses chutes d’eau provenant de ce qui reste d ce glacier. (Photo: Dahr Jamail)

 

 

 

Alors que je comptais dix années de reportage sur les impacts de l’occupation US en Irak en 2013, il m’était impossible de trouver un seul Irakien qui n’ait pas eu un membre de sa famille, de ses proches ou de ses amis qui n’ait pas été tué par les troupes américaines une action de terrorisme d’état sponsorisée et une violence arbitraire résultant de ce qui est évoqué précédemment.

Maintenant, en ayant passé l’été entier en Alaska, il me reste à avoir une conversation avec les rangers des parcs nationaux, les glaciologues ou simplement avec les promeneurs avides qui ne contienne pas une histoire d’incrédulité, d’étonnement ou souvent de choc à propos de l’impact des modifications climatiques anthropogéniques à travers leur état bien aimé. [anthropogenic climate disruption (ACD)]

Qu’il s’agisse des rivières causant des érosions massives après avoir chargées à la vitesse grand v par la fonte des glaciers, de la température sérieusement élevée tout au long de l’année ou de la fonte et de la retraite des glaciers eux-mêmes, tous ceux qui demeurent ici, observant l’impact en première position, ont tous des expériences dramatiques à partager.

À titre d’exemple, à moins d’une heure de route d’Anchorage, j’ai visité une région où j’ai fait de l’escalade dans le passé. Un vieux partenaire m’avait suggéré de visiter le Byron Peak, qui se trouve à la fois près de Turnagain Arm et de Prince William Sound, afin de voir combien le glacier Byron avait reculé depuis que nous étions venus là la pour la dernière fois.

 

Pour atteindre l’arête de la montagne, j’ai dû d’abord avancer au-delà de la base du glacier Byron, qui, en 1999, couvrait alors toute la vallée.

Maintenant, moins de vingt ans plus tard, quand j’ai vu pour la première fois à quel point le glacier avait reculé, je me suis arrêté brutalement dans ma course. Cela m’a fait l’effet de recevoir un coup de poing dans l’estomac et je me suis surprise à essuyer une larme lorsque la terrible évidence s’est impose à moi. Ce qui reste maintenant du glacier Byron est dans un processus de recul complet vers sa source. Ceci devient un micro-exemple du macro-Alaska, dont les glaciers perdent 75 milliards de glace en trop chaque année, selon la NASA.

Tout ne va pas au mieux dans le Grand Nord.

C’est parce que dans l’Alaska actuel, les records de température tombent aussi vite que la population d’oiseaux dégringole.

Juillet a été le mois le plus chaud jamais enregistré dans la plus grande ville de l’état, Anchorage. Les températures dans la partie sud-est de l’état ont toutes augmentée autant que Deadhorse, sur l’Océan Arcic qui bat tous les records, l’aéroport de Deadhorse atteint un étonnant 30° C.

Rick Thoman, un climatologue et responsible des services au National Weather Service en Alaska, a dit à la presse  tqu’une des sources des températures anormalement élevées dans l’état provident de la temprérature anormalement chaude des eaux de surface de la mer et il a ajouté : , « Dans la mer du Détroit de Bering, spécialement au sud de l’île de St. Lawrenceles sont vraiment incroyablement haute comparé à la normale.

Une  étude récente montre comment la climat qui se réchauffe à travers l’Alaska décime de grandes étendues d’habitat pour de nombreuse espèces d’oiseaux côtiers qui migrent vers l’Arctique annuellement. L’étude montre que les deux-tiers des espèces qui migrent vers l’Alaska subiront un impact, dont certaines perdant jusqu’à 90% de leur habitat. Le réchauffement climatique provoque également l’éclosion précoce des insectes, entraînant une diminution des réserves de nourriture pour les oiseaux et leurs petits, et  contribuant au déclin des populations.

Même les routes de l’Alaska ressentent la chaleur. La fameuse Route de l’Alaska, qui a attire les chercheurs d’aventures depuis des décennies, fait un arc à travers la Colombie britannique et le Yukon avant de traverse l’Alaska central jusqu’à son point final à la jonction du Delta. Mais comme le permafrost sous cette route continue de fondre à un rythme de plus en plus rapide, de larges fissures, des failles et des fentes sont entrain de le détruire.

«  Ici, c’est le plus gros problème géotechnique que nous ayons. » dit Jeff Currey, du Département des transports de l’Alaska  à un  reporter. «  Les Romains ont construit des routes il y a deux mille ans que nous utilisons encore. Et nous nous avons construits des routes qui, en un an ou deux, sans maintenance, ressemblent à des montagnes russes parce qu’elles sont construites sur le permafrost sensible au dégel. »

Ce ne sont pas que les chercheurs d’aventures qui vont subir l’impact de la détérioration de la route, c’est une voie essentielle utilisée pour le transport de nourriture, de matériel et de médicaments vers les villages de l’Alaska. Dans un tour ironique du destin, l’autoroute qui fond est aussi utilisé par les compagnies pétrolières pour transporter leur équipement lourd vers ce qui a été l’élément vital de l’économie de l’état depuis que du pétrole a été découvert dans la partie du North Slope de l’Alaska.

Et les signes de réchauffement anthropogènes à travers le reste de l’Alaska sont également choquants. Dans le nord-ouest du Groenland, des déchets toxiques radioactifs datant de la guerre froide, avec lesquels on trouve des déchets chimiques et biologiques, court le risque    d’être mis à jour  comme la glace fond rapidement. De toute évidence, la décision du gouvernement d’enterrer ces dangereux déchets sous plus de trente mètres de glace n’a pas pris en compte le fait que la couverture de glace serait la plus grande contributrice à la montée du niveau des mers pendant l’ère anthropocène.

 

«  Si la glace fond, les infrastructure du dépôt, y compris les déchets radioactifs, biologiques et chimiques pourraient retourner dans l’environnement et potentiellement modifier les écoystèmes voisins. » L’Université de Zurich qui a étudié ces évolutions dans un document publié dans le journal “ Geophysical Research Letters Bulletin de la Société américaine de meteorology, If the ice melts, the camp’s infrastructure, including any remaining biological, chemical and radioactive wastes could re-enter the environment and potentially disrupt nearby ecosystems,” the University of Zurich, which documented these developments in a study published in the journal Geophysical Research Letters Bulletin of the American Meteorological Society, a fait ce constat aux médias d’après leur enquête.

Plus loin en Sibérie, la fonte du permafrost a provoqué une épidémie d’anthrax qui a entraîné l’hospitalisation de dizaines de personnes et dont au moins un enfant est mort. Deux-mille daims ont été touché par le virus jusqu’à maintenant et le gouvernement russe à déplacé plusieurs familles hors de la zone. La cause de cette épidémie ? Le dégel d’une carcasse de daim qui avait été infectée par l’anthrax il y a des dizaines d’années.

Le déclenchement s’est produit dans la péninsule de Yamal où, comme Truthout l’a déjà rapporté, des quantités massives de méthane enfermées dans le permafrost ont explosé jusqu’au sol, créant de larges cratères.

En réponse à la réanimation de la bactérie, le Russie a envoyé des troupes entrainées à la guerre bactériologique   pour mettre la zone en quarantaine. Ce type de déclenchement de maladie dans l’Arctique  était auparavant le produit de la science-fiction, mais ce n’est plus le cas. . Les spécialistes du climat  craignent  que cela ne soit qu’un avant-goût de ce qui reste à venir si l’Arctique continue de se réchauffer à une vitesse record. Dans la mesure où il n’existe aucun moyen de savoir quelles autres bactéries mortelles demeurent gelées dans le permafrost, nous aurons à les découvrir uniquement quand la glace fondra, comme cela se passe dans l’Arctique, lorsqu’elles se réanimeront à leur tour comme en Russie.

Tout ceci n’est que le sommet de l’iceberg, si l’on peut dire. Ce n’est qu’un indice de ce qui est à venir comme les températures globales continuent de monter.

2015 a été une folie” dans les records climatiques selon le the Scientific American journal, des plus chaudes températures enregistrées jusqu’au simple plus grand taux de CO2 dans l’atmosphère. Cependant, 2016 est déjà sur la voie de dépasser ces records, comme la première moitié de l’année a déjà fait exploser les températures enregistrées précédentes. Selon la NASA et le  National Oceanic and Atmospheric Administration(NOAA).

La NASA a récemment publié des données montrant que juillet était le mois le plus chaud jamais enregistré dans l’histoire, c’était juillet 2015. Nous devons regarder sobrement et honnêtement où en est la planète et ce que cela signifie pour nous en tant qu’espèce, avec les autres espèces vivant sur terre. 2016 est en train de devenir l’année la plus chaude jamais enregistrée. Le dernier record était 2015. L’année la plus chaude précédente étant l’année 2014. Chacun des mois des derniers 14 mois  a battu un record      de chaleur mensuelle sur ce même mois. Quinze des seize années les plus chaudes jamais enregistrées le sont depuis 2000.

Nous sommes au milieu d’un évènement concernant le blanchissement record des récifs de corail, les incendies continuent de se produire à une fréquence, une durée, une localisation et un degree de chaleur record, et la glace de l’Arctique recouvrait une zone l’hiver dernier qui était la plus fine depuis que les mesures ont commencé   et elle est également proche du plus bas niveau jamais enregistré. La Terre est officiellement entrée dans la sixième extinction de masse  n et rien n’indique que la réponse de coordination gouvernementale afin d’interrompre les émissions issues des énergies fossiles soient en voie d’être réduites.

Comme nous évoquons ces faits, les enquêtes de ce mois donnent plus de détails sur ce qui se produit sue terre maintenant, comme le réchauffement continue d’avancer.

 

Terre

 

Il y a maintenant des données scientifiques prouvant que le réchauffement accentue les risques de guerre. De nouvelles recherches  faites par de chercheurs allemands  ont montré un lien statistique entre les conditions climatiques extrêmes provoquées par le réchauffement et les explosions de violence extrême.

Pendant ce temps, au Japon, une  étude récente évalue  comment le réchauffement menace l’agriculture de ce pays d’une façon catastrophique.

«  Si les prédictions les plus pessimistes s’avèrent exactes, écrit ce rapport,  « d’ici la fin du siècle le monde pourrait voir ce qui sont maintenant des produits tout à fait ordinaires sur une table japonaise devenus des aliments extrêmement rares ou que les gens avaient l’habitude  de manger dans les passé. »

De retour aux USA, tristement,  a une étude récente révèle  comment le légendaire sapin de Douglas voit sa croissance altérée à cause des températures plus chaudes et du stress de sécheresse entrainé par le réchauffement.

Plus d’informations déconcertantes  nous arrivent de la Société Audubon, qui a publié un récent rapport dans la region de Puget Sound, dans l’état de Washington, les goélands à ailes grises sont contraints au cannibalisme pour s’alimenter, à cause du réchauffement des mers qui raréfie leur nourriture habituelle.

 

Eau

Les sécheresses entretenues par le réchauffement est une des forces majeures ayant entrainé l’assèchement complet des rivières principales. Le Gouvernement a déclaré l’état d’urgence et admis que le pays entier était aux prises avec  « une crise écologique »  comme une quantité énorme de cadavres d’animaux sauvages tapissent sur des centaines de kilomètres le lit de la rivière.

Les mers de plus en plus chaudes génèrent une augmentation sans précédent des méduses  tout autour du globe. Leur nombre est suffisamment élevé pour saboter les équipements de réseaux endommagés par des millions de méduses qui obstruent les canaux sous-marins, pendant que des scientifiques réfléchissent à la possibilité de robot broyeurs et autres solutions de dernier recours.

Une récente étude du Centre de contrôle et de prévention des maladies (Centers for Disease Control and Prevention (CDC) révèle une « montée remarquable » dans la fréquence des maladies d’origine hydrique liées au réchauffement global des températures, pendant qu’en Floride, une algue verte épaisse  couvrant de vastes étendues de plage semble devoir devenir la nouvelle norme.

L’océan toujours plus chaud continue de créer le blanchiment généralisé des récifs coraliens. À Guam, les rifs ont été blanchis pendant ces quatre dernières années.  s. L’écologiste coralien Laurie Raymundo Coral dans le cadre de l’Université de Guam  dit  que avant 2013, les récifs coraliens de Guam avaient échappé au blanchiment qui se produisait Presque partout ailleurs dans le monde. Cependant, dit Raymundo, «  En 2013, 2014 et 2015, nous avons été touchés et le sommes encore maintenant. Pendant les quatre dernières années, il y a eu des épo=isodes de blanchiment et nous n’avions pas vécu cela de cette manière dans notre histoire récente. »  Raymundo estime que plus de la moitié des coraux de Guam sont morts entre 2013 et 2014 et qu’à peu près 85% de la totalité des récifs ont été blanchis. Après une plongée récente d’inspection des coraux,  Raymundo décrit la destruction éciologique à laquelle elle assiste : «  Je me considère comme étant tout à fait objective et rigoureuse scientifiquement. Mais parfois je manque cette approche. Aujourd’hui pour la première fois en cinquante ans, je suis allée sous l’eau, j’ai pleuré pendant une heure, juste sous mon masque, en constatant jusqu’à quel point les étendues de coraux de notre si jolie baie de Tumon blanchissaient et mouraient. »

 

Pendant ce temps, le niveau des eaux continue de monter. L’Union des scientifiques inquiets a publié un rapport  avertissant récemment que de larges zones des bases militaires nord-américaines le long de la côte est seraient inondées d’ici à 2050. Ce rapport estime que les inondations dues aux marées et aux orages augmenteront de 2, 600 % par an dans des zones où de nombreuses bases sont situées.

Un autre rapport publié par des  experts immobiliers  prèdit que la montée du niveau de la mer sera celle que quelques  climatologues prédisent (  1 , 80 mètre )  jusqu’à 2100 et que au moins 300  villes américaines auront perdu la moitié de leurs habitations et que 36 villes seront englouties.

En ce qui concerne la montée du niveau de la mer, nous avons de mauvaises nouvelles pour les habitants des îles, récent rapport  montrant que les derniers mammouths laineux de l’Amérique du Nord sont morts du manque d’eau fraîche quand la montée de la mer a tué les plantes qu’ils consommaient et contaminé l’eau potable. Ces phénomènes joueront un rôle pour les habitants côtiers pendant que le niveau des mers continue à monter, accompagné par des grandes marées et des orages.

 

En Inde, la Mousson est devenue plus intense qu’à l’habitude à cause de la capacité de l’atmosphère à contenir de plus grande quaintité d’humidité. Ceci a été flagrant en juilllet dernier  quand une inondation a recouvert tous le nord-est de l’Inde  touchant plus de 1, 2 millions de personnes et dévastant d’importantes zones de terres cultivables.

Pendant ce temps en Louisiane, le Gouverneur John Bel Edwards a récemment déclaré l’état d’urgence quand une inondation qu’il a qualifiée de “jamais vue”   et d’ “historique” a tué sept personnes et amené 20.000 personnes à être sauvées. En fait, même la demeure du Gouverneur s’est vue inondée avec de l’eau à hauteur de torse, noyant le sous-sol et endommageant le système électrique. À propos des mesures de sauvetage, le Gouverneur Edwards a commenté, sombrement : « Nous avons sauvé des territoires administratifs, nous n’avons pas sauvé des gens. “

À l’autre extrémité du spectre de l’eau, la  Food and Agriculture Organization des Nations Unies a averti que nous étions dans un « temps de course contre la montre » touchant au moins 23 millions de paysans touchés par la sècheresse en Afrique où toute la partie sud du continent continue d’être touchée par des sècheresses massives pendnant que le réchauffement climatique progresse.

Selon les Nations Unies, plus de 60 millions de personnes de par le monde, don’t les deux-tiers se trouvent dans la partie est et sud de l’Afrique font déjà face à des rationnements de nourriture chroniques dus à des sécheresses continuelles.

Au Groenland, la couche de glace continue de fonder rapidement.   La NASA a récemment produit une carte  révélant l’étendue des parties du Groenland qui fondent intensément par en dessous. Ceci parallèlement aux observations simultanées qui montrent comme la surface de la glace fond à une vitesse accélérée.

Un peu plus de la moitié de la base des glaciers du Groenland  a dégelé maintenant et  le rapport de la NASA affirme   «  Savoir si la glace du Groenland est située sur un sol humide et glissant ou est accrochée à un lit pierreux sec et gelé est essentiel pour pouvoir prédire comment la glace va s’écouler dans l’avenir. »  En fonction de ce constat, tout comme le réchauffement s’intensifie avec chaque jour qui passé,

Dans le contexte des élections, Donald Trump a nié le réchauffement climatique d’une façon encore plus vive, même par rapport à la position du Parti républicain.

Non seulement appelle-t-il le réchauffement une “arnaque” mais il a été jusqu’à dire qu’il reverrait les régles imposées par le Président Obama le  concernant ,  qu’il sortirait les USA des accords de Paris de décembre dernier, qu’il favoriserait les forages et bien sûr imposerait moins de régulation environnementales, s’il était élu président..

Bien que son adversaire, Hillary Clinto , reconnaisse la réalité du réchauffement et ait incorporé quelques éléments de la rhétorique de la campagne de Bernie Sanders à sa plateforme, elle appelle à construire plus de routes et plus d’aéroports, ce qui, bien sûr, ne ferait qu’induire de plus grandes émissions de CO2. Ceci est a ajouter au fait qu’elle a choisi le Sénateur de Virginie Tim  Kaine, comme son partenaire aux élections.

Kaine supporte les forages offshore, ainsi que la construction de terminaux de gaz naturel pour l’exportation. Lorsqu’il était gouverneur de Virginie, il a supporté l’une des dernières centrales à charbon qui fût construite aux USA.

Même si Clinton est élue, les actions brutales, obligatoires et d’urgence à grande échelle nécessaires pour cesser la plupart des émissions de CO2 immédiatement – comme une étape vitale pour atténuer le réchauffement – ne sont tout simplement pas sur la table.

.Pendant ce temps,  des enquêtes récentes indiquent  qu’une majorité croissante  ( 66%) de citoyens américains pensent que le réchauffement est réel. En même temps, le nombre de personnes questionné qui croient que le réchauffement est à son niveau le plus bas est de 15%, plus bas que les 24% d’il y a une année.

Ègalement sur le front de la réalité, le rapport sur l’état du climat ( State of the Climate report) , un bilan annuel faisant reference sur le climat global a ét& récemment publié dans le bulletin de la société américaine de météorologie (  Bulletin of the American Meteorological Society.) Le rapport détaille comment la chaleur des océans et la température de l’air dépassent des records, comme le niveau des océans touchent un niveau jamais atteint et comme le CO2 a dépassé le niveau critique, pendant que le monde continue à être poussé à une vitesse aveugle dans un environnement que l’espéce humaine n’a jamais expérimenté.

Des climatologues de renom ont récemment avertis que la terre est extrêmement proche des 1.5 degrés supplémentaires limites, simplement huit mois après que ce but ait été fixé à Paris lors de la COP 21 à la fin de 2015. La croyance lors des pourparlers de Paris était que limiter le réchauffement à se maintenir en-dessous de 1.5°C , il y aurait une chance de prévenir la fonte de la glace polaire, de limiter la destruction des récifs coralliens et de prévenir une montée extrême des niveaux marins.

Cependant, il n’est que trop apparent que ces phénomènes sont déjà complètement en cours et augmentent en intensité.

 

DAHR JAMAIL

Dahr Jamail, un reporter de Truthout, est l’auteur de :  The Will to Resist: Soldiers Who Refuse to Fight in Iraq and Afghanistan, (Haymarket Books, 2009), et de Beyond the Green Zone: Dispatches From an Unembedded Journalist in Occupied Iraq, (Haymarket Books, 2007). Jamail a été reporter en Irak pendant plus d’un an ainsi qu’au Liban, en Syrie, en Jordanie et en Turquie pendant les dix dernières années, il a gagné le prix Martha Gellhorn pour le journalism d’investigation, parmi d’autres recompenses.

Son troisième livre :  The Mass Destruction of Iraq: Why It Is Happening, and Who Is Responsible, co-rédigé avec William Rivers Pitt, est disponible maintenant sur Amazon. Il vit et travaille dans l’état de Washington.

 

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Traduction : Elisabeth Guerrier

 

 

‘Kufr’ et le langage de la haine Alberto M. Fernandez

 «  Kurf and the language of hate »

Juillet 25, 2016 MEMRI No.98  ‘Kufr’ et le langage de la haine

 

Alberto M. Fernandez*

Récemment, une série de commentaires émis par des hommes politiques occidentaux à propos de certains aspects de l’Islam ont été rendus publics. Ces commentaires ont été critiqués à cause de leur imprécision et de leur nature radicale et parce qu’ils allaient probablement générer haine et violence à l’égard des minorités musulmanes en Occident tout en compliquant le travail de lutte contre les groupes terroristes comme Isis ou Al-Qaïda.

Tous les discours des hommes politiques, en fait, devraient être examinés précisément. Et ils méritent certainement des critiques si ils sont incapables de faire la différence entre l’Islam, les Islamistes et le Djihadisme par exemple ou si ils généralisent et mélangent les accusations sur des questions complexes comme la Shari’a. Mais un langage confus haineux ou même violent à l’égard de l’autre n’est pas quelque chose de nouveau ni n’est réservé à l’Ouest. Bien-sûr le langage des démagogues occidentaux semble parfois occuper plus l’attention que les plus calmes, plus populaires propos haineux qui sont produits dans des cultures non-occidentales.

C’est ce qui se produit avec le problème du «  Kufr », ou Kuffar, le mot arabe désignant la mécréance, et pour la façon dont il est communément utilisé dans beaucoup de discours musulmans pour promouvoir au nom d’un soi-disant ordre divin la haine et la violence.

 

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Alors qui sont ces Kuffars ?

La racine de ce mot est ancienne, précéde le Coran et signifie “ recouvrir” “ cacher”. Elle est liée à l’agriculture et est utilisée une fois dans ce sens dans le Coran.  La même racine peut être trouvée dans les noms de nombreux villages du Levant, comme dans le chant religieux fameux « capharnaüm » ( Nom Kfar naoum ou Village de Naoum. Kufr, Kafir, Kuffar et Takfir ( le processus de déclarer un musulman Kafir) viennent tous de la même racine, bien sûr.

Je me souviens il y a quarante ans, j’étais alors un jeune étudiant en langue arabe, utilisant le mot “ Kafir” pour me désigner, en tant que non Musulman. Mon professeur d’Arabe, un Musulman Égyptien gentil et pieux m’interrompit et me dit : «  Non, Alberto, tu n’es pas un Kafir, tu fais partie d’un des peuples du Livre ». Cette vision musulmane tolérante et humaniste du monde n’est plus envisageable maintenant. On peut la trouver dans un commentaire de 2015, influencé par les Sufis «  L’étude du Coran », une vision du monde qui a été critiquée par d’autres Musulmans comme trop tolérante.  [1]

Certains Musulmans occidentaux se sont emparés illico de la question. Vous pouvez même  les trouver en ligne dans des vidéos telles que celle de Hasam Yusuf consacrée spécialement à la question «  Qui sont les Kuffar ? » [2] Le commentateur basé à Chicago Dr. Hassan Hassaballa  dans un colonne passionnée de 2012, intitulée «  Qui sont les infidèles ? » notait que une des (nombreuses) erreurs de conception de l’Islam, révélées à travers certains commentaires, est celle touchant les «  non-croyants ». Beaucoup de gens, y compris certains Musulmans, pensent que l’Islam exige des Musulmans qu’ils haïssent les non-Musulmans ou que les Musulmans devraient même «  tuer » les non Musulmans. Bien qu’incompréhensible pour moi, cette vision persiste néanmoins. Je ne me l’approprie pas, peu importe combien d’experts religieux ou de Ulema sont cités comme l’affirmant. Combien de terroristes l’affirment m’est égal, tout pareil. Cependant, cela amène la question : exactement, qu’est-ce qu’un infidèle ?  Beaucoup de Musulmans peuvent comprendre que les infidèles (Kafir en Arabe) ce sont tous ceux qui ne sont pas Musulmans. [3]

La question “ Qui est infidèle ?” est une question compliquée au sein de l’Islam, sans compter entre Musulmans parlant d’eux-mêmes et non-Musulmans. Et entrainant plus de conséquences encore est, bien sûr, est celle de la réponse appropriée à ce qui devrait être considéré comme étant infidèle. Quelles sont les punitions temporelles pour être un Kufr majeur ou mineur ? La question de savoir si être un Kufr est un péché ( devant être jugé par Dieu) ou un péché et un crime ( devant être jugé par les législateurs islamistes zélés) pénètre au cœur de la compréhension contemporaine de la religion, de la politique, de l’autorité et du terrorisme. Ce ne sont  pas en fait de nouvelles questions mais elles remontent aux premières décennies de l’Islam et aux groupes florissants du Djihad en Egypte dans les années 1970.[4]

 Que fait-on du Kuffar ?

 Pour l’Etat islamique et d’autres organisations terroristes, la désignation est claire. Non seulement les «  peuples du livre » sont kuffars mais aussi le sont beaucoup, sinon la plupart, des Musulmans. Bien que les Chrétiens puissent être nommés les Croisés ou Mushrikeen  (Polythéistes), leur état essentiel est celui de Kufr. Les Musulmans peuvent également  être désignés par ces groupes comme appartenant à des sous-groupes variés communément associés avec le type Kufr : Murtadin ( apostase), Tawaghit ( tyran), souvent utilisé contre les Musulmans shi’a, ou Rawafid ( également utilisé contre les Shi’as. Au-delà d’ISIS et des groupes de son espèce, il existe un grand nombre de Musulmans  salafistes qui croient plus ou moins la même chose mais qui sont tempérés par des circonstances politiques locales. Ce discours haineux se retrouve souvent dans les entreprises financées par l’Arabie ou le Quatar, soit dans des traductions perverties du Coran ou à travers les médias ou les institutions éducatives.[5] On peut encore aller sur le site officiel de l’autorité de la fatwa et lire les règles régissant les Kufr énoncées par le clerc Shaykh Abdul Aziz Ibn Baz (d. 1999). Être un Mushrik est Kufr, être ami avec un Mushrik est Kufr, être ami avec un Kafir est Kufr, considéré qu’un Kafir n’est pas un Kafir est Kufr.[6]

Parce qu’il était une figure loyale de l’establishment autour de la monarchie saoudienne, on peut aussi trouver là diverses règles condamnant les “ extrémismes” comme définies par la religion officielle.

Mais si il subsistait un doute, Ibn Baz ajoute à son commentaire que le Kuffar auquel se réfère les Ecritures islamiques est le Chrétien, le Juif, et les sécularistes contemporains.[7] Et comme l’Etat islamique, Ibn Baz précise les trois choix pour ces infidèles : la conversion, le paiement de la taxe humiliante du jizya ou la mort. Il ajoute  plus loin qu’un djihad offensif contre les infidèles est obligatoire pour les Musulmans aujourd’hui. [8]

Bien que moins exaltés que le défunt Ibn Baz, on trouve dans les médias de nombreux membres du clergé saoudien prolifiques qui sont, eux, encore vivants et qui disent en substance la même chose,  comme Shaykh Salih, reconnu comme le futur Ibn Baz, de nombreux Al-Fawzan, membres du Conseil supérieur des experts saoudiens et du Comité du royaume de la Fatwa. Les écrits de Al-Fawzan peuvent être trouvés sur de nombreux sites salafistes, y compris Fawzan.co.uk, Manhaj.comfipublications.com. Encore, des ecclésiastiques comme Ibn Baz ou Al-Fawzan sont considérés comme des conservateurs extrémistes mais ils ne supportent pas ISIS et sont plutôt les piliers des infrastructures de la religion saoudienne. Les gouvernements étrangers et les médias internationaux tendent à exagérer le soutien matériel accordé par L’Arabie saoudite aux actuels groupements extrémistes et se concentrent moins sur leur support idéologique à l’extrémisme. [9]   Parce que dans les piliers de l’establishment religieux saoudien, nous trouvons un discours qui prétend que ce qu’affirment les supposés Kharijites d’ISIS est bien enraciné dans l’Islam.

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N°1

 

Nous pourrions et devrions dénier à l’Etat islamique et à d’autres groupes takfiri la représentativité de l’Islam. Et nous pourrions attribuer les règles énoncées par Ibn Baz à un prélat membre du clergé des salafistes saoudiens, décédé, fût-il en son temps influent. Après tout, malgré les milliards investis par les salafistes dans les pays du Golfe lors de ces dernières dizaines d’années pour l’éducation, les médias et les activités missionnaires, cette version particulièrement intolérante de l’Islam demeure minoritaire bien qu’elle s’exprime le plus fortement.

La bataille actuelle autour du Kuffar

Certes, d’autres Musulmans ont appuyé cette vision du monde intolérante et violente. On peut trouver une pléthore de constats promouvant la tolérance sous diverses formes dans les autorités islamistes contrôlées par les régimes du Moyen-Orient. On assiste à l’émergence de vagues efforts inter-religieux issus d’experts notoires promouvant une vision du monde plus tolérante et nouvelle, comme celle de la Déclaration de Marrakech en 2016. [10]  D’éloquents Musulmans libéraux comme le philosophe irakien Dr. Rashid al-Khayoun notait récemment que : «  Ce sont ces textes religieux qui sont le problème. Ils sont utilisés aujourd’hui et pris hors du contexte dans lequel les versets du Coran furent révélés. Quand un raid quelconque avait lieu et que le verset «  tuez-les où que vous les trouviez »  était transmis pendant la bataille, il s’agissait de circonstances appropriées mais ces situations ne sont plus valides. Ce qui doit être valide sont les versets qui prônent la paix et l’amour.  Je blâme la jurisprudence également.  Ils ont massacré le Coran en supprimant plus de 70 versets qui évoquent la paix et l’amour et le fait de ne s’occuper que de ses propres affaires. Ils ont été abrogés en faveur d’un seul verset- le cinquième du Surat Al-Tawbah, le verset de l’épée. »  [11]

Mais si cette question était celle d’un lieu d’échanges aplani des érudits libéraux versus les Islamistes ou des Modernistes versus les Conservateurs, ce serait une question importante et intéressante mais largement académique. La montée de l’Etat islamiste ou les rivaux de la Djihad dans le monde entier, comme la montée des médias sociaux ont contribué à l’accroissement élargi d’un Salafisme électronique abruti, toxique aussi superficiel qu’il est bavard et qui promeut les discours les plus extrémistes possibles.

 

 

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N°2

 

De tels discours ne sont pas seulement les images et les slogans retrouvés dans la propagande d’ISIS, ou les voix de prêcheurs de rue radicaux  de Londres qui instillent du poison sur internet. Les infrastructures de la haine est beaucoup plus large et construite dans le temps bien avant que ISIS s’impose sous le regard public en 2014. Ce discours de haine active à l’égard des infidèles peut également être considéré comme une forme de guidance religieuse fournie par des sites religieux populaires comme  Islamqa.com et le site Islamweb.net, appartenant au puissant ministère quatari de Awqaf et des Affaires islamiques qui fournissent des réponses aux questions religieuses en Anglais, Allemand, Français et Espagnol.

Sur ce site énormément visité, appartenant à un pays qui accueille la base US la plus importante du monde arabe, on peut apprendre qu’il est inadmissible religieusement pour un Musulman de devenir ami avec un non-Musulman. [12]  Le site web affirme clairement que si les Musulmans doivent «  haïr » les infidèles et ne pas se lier d’amitié avec eux ( sans parler de tomber amoureux ) ceci n’implique pas que les Musulmans doivent être désagréables à leur égard..[13] Islamweb.net décrit sa mission comme  « devant fournir à la communauté des savoirs substantiels sur l’Islam, en particulier aux non-Musulmans qui peuvent avoir besoin  de clarification face aux distorsions habituelles des médias et aux interprétations erronées de certains adeptes mal informés. »

 

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N°3

Ceci fait partie d’un phénomène plus large que Peter Pomerantsev a nommé “ un vol dans la fantaisie technologique” [14] Dans le monde virtuel, le discours d’intolérance salafiste sur la passé – ayant appartenu un  jour aux groupes terroristes et aux membres du clergé extrémistes – est devenu part du discours post-moderne où ce qui était la propriété des garants d’une autorité divine est maintenant réorienté par des adolescents ignorants et mal éduqués et transformé en un discours superficiel et simpliste de haine, qui est l’aile takfiri-djihadi de la droite du mouvement.[15] Mais, comme nous l’avons vu, le superficiel et l’ignorant peut facilement trouver des érudits pour confirmer leur haine, à seulement quelques clics.

 Le Kuffar comme clef

Plutôt que des jugements trop généralisateurs et souvent inappropriés sur la nature essentielle des croyances de plus d’un milliard de Musulmans aux facettes multiples, un bien meilleur usage de notre temps, et de la bonne volonté de nombreux Musulmans, seraient une discussion sérieuse sur la nature de l’incroyance et de  sanctions dans la vie réelle, une clarification franche des terminologies et la recherché intense de façon créative de rendre virtuel le langage de la tolérance de la même façon que celui de l’intolérance est devenu virtuel.

Il n’y a pas de raisons pour qu’un tel effort ne puisse pas reconnaître et accepter la différence religieuse  et les distinctions sectaires. Le respect de l’autre ne devrait pas signifier conformité ou conversion. [16] De nombreux systèmes de croyance, de par leur véritable nature – même des systèmes non-religieux comme le communisme ou le libéralisme- peuvent montrer des croyances difficiles à accepter ou désagréables pour les autres. Et de nombreuses personnes de diverses fois ont commis des horreurs ou au nom de ces croyances ou en dépit d’elles.

Le problème n’est pas tant que certains Musulmans pensent que les autres sont des infidèles et puissent ne pas les apprécier (la même chose pourrait être vraie de non-Musulmans n’appréciant pas les musulmans)  mais quelle genre d’actions concrètes le fait d’être un infidèle puisse sembler générer chez les croyants, que ce soit à travers la violence individuelle ou la coercition.

Les gens, Musulmans ou non sont pris comme cible et tués aujourd’hui parce que ils sont étiquettes comme Kuffar. Oui, le terme s’origine dans les écrits saints mais ce sont les hommes, les juristes et les religieux qui l’ont interprété et qui l’appliquent. Ce sont eux qui ont créé un lien de croyance entre le Kuffar sur lequel il a été écrit il ya 14 siècles et les individus vivant maintenant. Dans la suite du bombardement de la ville sainte de Médine par ISIS en Juillet 2016, il s’est trouvé de très nombreuses prises de paroles dans le monde musulman pour prendre une ligne plus dure contre les groupes takfiri.[17] Ce n’eest pas en soi une mauvaise chose. Mais il y manque toujours un regard sérieux sur le concept de takfir, qui consiste essentiellement à «  traiter un non Musulman comme un infidèle de façon à pouvoir le tuer ». Il est possible que Kuffar soit la clef.

Se poser la question de la nature suppose des relations entre Musulmans et Kuffar, quels qu’ils soient et ce qu’elles signifient sur un plan pratique aujourd’hui est une façon de désintoxiquer une partie du langage confus de haine qui est si facilement disséminé en ligne.  Redéfinir les mots ne supprimera pas la terreur djihadiste mais peut aider à les démasquer et à les isoler du domaine public. Cet échange délicat ne peut être, cependant, qu’un dialogue franc mené de façon discrète, des discussions de face à face avec des personnes qui savent ce dont elles parlent et non dans le vacarme assourdissant des nouvelles affluant en cycle sans interruption vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

 

 

*Alberto M. Fernandez is Vice-President of MEMRI.

Endnotes:

[1] Muslimmatters.org/2015/12/14/the-study-quran-a-review.

[2] Youtube.com/watch?v=KchizAe_4Ew.

[3] Chicagonow.com/midwestern-muslim/2012/02/who-are-the-infidels/.

[4] Jeffrey T. Kenney, Muslim Rebels: Kharijites and the Politics of Extremism in Egypt (New York: Oxford University Press, 2006).

[5] Newstatesman.com/world-affairs/2014/11/wahhabism-isis-how-saudi-arabia-exported-main-source-global-terrorism.

[6] Alifta.com/Fatawa/FatawaChapters.aspx?languagename=en&View=Page&PageID=27&PageNo=1&BookID=14.

[7] Youtube.com/watch?v=5mGnxvr9PsI.

[8] Alifta.net/Fatawa/FatawaChapters.aspx?languagename=en&View=Page&PageID=3512&PageNo=1&BookID=14.

[9] Washingtoninstitute.org/policy-analysis/view/facts-and-fictions-a-defense-of-the-u.s.-saudi-relationship.

[10] MEMRI Daily Brief No. 76, Marrakesh: Steps Towards A Solution Or Confusion? February 6, 2016.

[11] MEMRI TV Clip No. 5561, Iraqi Author Rashid Khayoun: Islamic Scholars Have Massacred the Quran, June 3, 2016.

[12] Islamweb.net/emainpage/index.php?page=showfatwa&Option=FatwaId&lang=E&Id=88293.

[13] Islamweb.net/emainpage/index.php?page=showfatwa&Option=FatwaId&Id=329059

[14] Granta.com/why-were-post-fact/.

[15] Nationalreview.com/article/433650/alt-rights-racism-moral-rot.

[16] Patheos.com/blogs/quranalyzeit/2015/05/11/the-price-this-christian-pays-for-respecting-islam-craig-considine/.

[17] Npr.org/sections/parallels/2016/07/05/484830054/mondays-attack-in-medina-an-attack-on-the-soul-of-the-muslim-world.

 

N°1  Les Kuffar ( mécréants) sont-ils nos frères ? Pharaon, l’était-il ?

On dit qu’ils sont nos ennemis. Quels sont les bénéfices d’une fraternité humaine si ils ne sont pas nos frères en religion ? Quels sont les bénéfices ? Pharaon était aussi un humain, non ? Était-il pour autant notre frère ? Nous ne disons pas ça.

N°2 LOL, où sont les Musulmans qui avaient une dignité telle que les mécréants s’inclinaient devant eux ? Aujourd’hui, certains Musulmans dans les villes prient les mécréants de les cajoler.

N°3 Un avertissement : comment ne pas imiter les mécréants.

 

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

Allumons des bûchers d’émoticônes ! Elisabeth Guerrier

N°2

Photo E. Guerrier 2016

 

 

Il flotte sur l’imaginaire du consommateur de ce XXI ième siècle de vieux radeaux sur lesquels la règle demeure celle des grandes périodes de disette, des repas où rien ne se jette par respect pour la précarité de ce qu’on a, des épargnes de précaution en attendant les jours incertains, des épidémies, des manques fondamentaux des temps de guerre. Pleurer devant sa gamelle de déjeuner où ne se trouve qu’une seule carotte, il semble que ça réveille un désir insatiable d’en avoir deux, puis trois, il semble que ça éveille tout ce qui aurait pu laisser chacun avec l’idée d’une sorte de béatitude dans la disparition potentielle de restrictions, celle des rayons presque vides, un jour, plus tard et qui les tenaient accrochés, lui et les siens, lui et la société toute entière à la place des biens de consommations comme tous potentiellement désirables car potentiellement absents. C’était un temps de grand oui, oui, je veux, j’en veux, j’en achète si possible, et face aux risques des manques divers, face au vide qu’ils pouvaient créer, je demande à avoir, puis à avoir le choix mais plus tard, quand sera revenue la marche normale de la production, de la distribution et des échanges commerciaux. D’un certaine façon ce qui peut rester ainsi ancré d’une expérience antérieure, fondatrice des rapports des masses avec les biens de consommation continue de régler ces rapports à l’aune d’un “OUI” massif, permanent quand insidieusement, les enjeux ont changé de nature.

Ce siècle est celui de l’avènement de ce même consommateur. Il est le roi, le désirable, le jouet, l’enfant convoité du système qui l’entoure d’un déluge de produits et de signes, tous bons à prendre, tous hissés au même rang d’éléments indispensables à sa survie. L’objet des consciences et des luttes est passé de la revendication d’un accès plus équitable à ces mêmes biens à celui moins défini et toujours à créer d’une capacité à s’informer et à faire des choix parmi ces biens. Mais ce que ce consommateur qui est encore une victime de guerre, patiente, fragile, n’a pas eu le temps de construire, c’est une logique différente face à ce qui est passé si brutalement à l’échelle historique de la carence à la surabondance. Il n’a pas eu le temps d’apprendre à dire NON. Or c’est sur ce NON qu’il peut se redresser et passer du statut de manipulé à celui de décideur, de ses choix, de la hiérarchie dans ses choix, de ce qui vaut et ne vaut pas, responsabilité difficile quand il se sait encore aux prises avec la possible famine et le vide des silos à grain. D’autant que paradoxalement, manquer et devoir accueillir les biens après ce manque est beaucoup plus simple que d’être submergé par ces mêmes biens et devoir les refuser.

D’autant que, hélas, le champ des zones en surpression consommatrice ne se limitent pas à la production matérielle et touchent aussi les usages des outils de consommations socio-culturels et langagiers. Et là, cette obésité socio-historique s’annonce tératogène en quelques dizaines d’années. Alors on peut ne pas se poser la question de ce qu’on tolère et accepter de brandir des acronymes tous azimuts, des textos tous azimuts et des émoticônes qui peu à peu remplacent les manifestations complètement individuelles des choix de chacun sur l’expression de ses propres sentiments à travers la possession de ses propres mots. De même qu’on peut choisir de boire du Coca plutôt qu’autre chose, de manger de la pizza surgelée plutôt qu’autre chose, pas bien conscients que ce qui s’opère dans tous ces cas est du même ordre, une lente et incontournable asphyxie dans les trop de l’absence de manque et les difficultés à s’orienter dans la pléthore qu’aucun précédent n’avait initié les peuples à ordonner au mieux.
Les uns après les autres les éléments essentiels du langage s’estompent comme s’estompent les différences de cultures et leurs caractéristiques historiques millénaires, effacées par ce grand OUI qui s’approprie la denrée symbolique ou matérielle sans pouvoir se positionner politiquement face à elle. Aux USA, la Bible va être traduite avec l’aide d’émoticônes. Face Book a changé son pouce levé unique en plusieurs signes standards qui échantillonnent les affects, en tout cinq ou six et dont tous nous avons immédiatement accepté l’usage sans pouvoir même nous demander de quel intérêt il était ni surtout ce qu’il amputait en nous rendant la vie si pleine et facile. Avec cette production incessante s’est en effet étiolée la nécessité de se poser, à la fois dans le temps et dans la réflexion, de se poser les questions qu’un consommateur dressé au risque du manque ne pourra jamais se poser : de quoi ai-je besoin ?
Ce NON à dresser comme rempart au déluge inutile, il a aussi cette lourdeur de procédure difficile à assumer d’une nécessité de dévier le regard de ce qu’on convoite pour le poser sur ce que l’on est. Se poser comme acteur de ses choix, rester vigilant sous les trombes de nouveautés à assimiler et assumer, sur les mouvements de fond permanents des foules et de leurs goûts changeants, travaillées au corps de leur légèreté et de leur inconstance, sur l’éphémère qui lui aussi est un élément étranger à la genèse de la consommation. Mais aussi infime que cela puisse être, la capacité de dire NON en refusant l’usage de certains produits clefs de cette ère consommatrice et consumante demeure un des apprentissages indispensables pour lui survivre. Je ne bois jamais de Coca et c’est un acte politique. Je ne posterai jamais d’émoticônes sur les pages qui me ravissent et c’est un choix politique. EG

Allumons des bûchers d’émoticônes

Knut Vonnegut “Messieurs et Mesdames de l’an 2088”

Il est tout à fait évident que tous les constituants de l’idéologie du bonheur individuel occidental et tous ses outils et modes d’accès à une forme d’Eden quotidien omniprésent dans les discours, les formules-clefs comme “positiver” “voir le verre à moitié plein”, et tant d’autres qui ont petit à petit pris tout l’espace de la distance et de l’esprit critique s’accorderont mal avec la position délibérément pessimiste de quelqu’un comme Vonnegut. Il a rédigé cette lettre aux hommes et femmes de 2088 en 1980. Et ce qui reste encore, et c’est à craindre restera toujours la question fondamentale à poser à l’espèce humaine est celle de ses propres limites et de son incapacité à maîtriser et créer la technique sans pouvoir envisager qu’elle n’a rien à voir avec le progrès.  Que, en ce qui concerne les charges existentielles avec lesquelles l’homme se débat, il n’y a et n’y aura jamais aucun progrès. Vonnegut a vécu et écrit sur le bombardement de Dresde. Bombardement est presque un euphémisme puisque la volonté alliée était de TOUT détruire. Non pas pour neutraliser de potentielles poches de résistance, Dresde n’en comptait aucune, mais pour exhiber avec force la puissance et l’effroi. Il semble que ce genre de spectacle doive laisser comme un arrière-goût de désespérance. Mais contrairement à ce qui est martelé avec une sorte de fièvre dans les slogans de l’idéologie post-capitaliste, “positiver” n’est pas le moteur dont nous avons besoin maintenant. Avant de positiver, il faut regarder, et de près ce qui est en jeu, ce qui constitue d’une façon vraisemblablement phylogénétique nos faiblesses absolues et ce quelle que soit la civilisation qui nous engendre. La peur de la mort et le pouvoir. Et ces deux éléments moteurs devraient nous laisser aux prises avec un désespoir éclairé et une volonté et non avec les rêves d’une paix et d’une égalité toujours à venir dont on sait qu’ils ne pourront jamais, sous aucun régime politique se matérialiser.EG

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Knut Vonnegut.

Ladies & Gentlemen of A.D. 2088 :

Messieurs et Mesdames de l’an 2088 :

Il a été suggéré que vous pourriez accueillir favorablement quelques paroles de sagesse venant du passé et que venant du 20ième siècle, plusieurs  parmi nous devraient vous en envoyer quelques unes. Connaissez-vous ce conseil de Polonius dans le Hamlet de Shakespeare : ” Ceci plus que toute autre chose, demeure fidèle à toi-même.” Et ces instructions de Saint Jean ” Crains Dieu et rends lui hommage parce que l’heure de ton jugement est venue ? ” Le meilleur conseil que je puisse vous adresser ou qui puisse être utile pour n’importe qui à n’importe quel moment, je suppose, est une prière utilisée d’abord par des alcooliques qui espéraient ne plus jamais boire à nouveau : ” Dieu, accorde-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux pas changer, le courage de changer celle que je peux changer et la sagesse qui puisse m’aider à faire la différence.”

Je pense que notre siècle n’a pas été aussi libre en mots de sagesse que les autres parce que nous étions les premiers à obtenir des informations fiables sur notre condition humaine : combien nous étions, combien de nourriture nous pouvions produire et rassembler, à quelle vitesse nous pouvions produire, ce qui nous rendais malade, ce qui nous faisait mourir, comment nous endommagions l’air et l’eau et les sols desquels la plupart des formes de vie dépendaient, comme la nature peut-être violente et sans cœur etc. etc. Qui pourrait faire reluire la sagesse avec autant de mauvaises nouvelles nous tombant dessus?

Pour moi, la nouvelle la plus paralysante a été que la Nature n’était pas auto-conservatrice. Elle n’avait pas besoin de notre aide pour éclater la planète et la rassembler d’une autre façon, sans nécessairement l’améliorer  du point de vue du vivant. Elle déclenchait des incendies de forêt avec des éclairs. Elle recouvrait de vaste étendues de terre arable avec de la lave qui ne pouvait pas plus supporter la vie que des parkings de grande ville. Elle avait dans le passé envoyé des glaciers du Pôle nord pour concasser des parties importantes de l’Asie, de l’Europe et de l’Amérique du nord.  Et il n’y a aucune raison de penser qu’elle puisse ne pas le refaire un jour. En ce moment, elle transforme des fermes africaines en déserts et nous pouvons nous attendre à voir se lever une vague déferlante ou à recevoir un énorme caillou brûlant venant de l’espace à n’importe quel moment. Si les gens pensent que la nature est leur alliée, alors c’est qu’ils n’ont à coup sûr pas besoin d’ennemi.

Oui et comme vous, qui vivez dans une centaine d’année et comme vos enfants le sauront encore mieux : la nature est sans pitié quand il s’agit de faire correspondre la quantité donnée de vie et la quantité donnée de nourriture n’importe où et n’importe quand. Et donc qu’avez-vous fait et qu’a fait la nature à propos de la surpopulation ? En 1988, nous nous considérions comme une nouvelle sorte de glacier, à sang chaud, intelligent, impossible à arrêter, prêt à avaler tout ce qui bougeait et puis faire l’amour ensuite et doubler notre taille.
À la réflexion, je ne suis pas sûr que je pourrai tolérer d’entendre ce que vous et la nature avaient fait du trop grand nombre d’humains et du trop petit nombre de ressources.

Et là me vient une idée folle que je vais tester sur vous : Est-il possible que nous nous dirigions des lance-missiles avec des bombes à hydrogène les uns vers les autres afin de nous ôter de l’esprit une question plus grave, celle de la cruauté avec laquelle la nature peut nous traiter, un de ces jours, la nature étant la nature ?
Maintenant que nous pouvons discuter du bazar dans lequel nous sommes avec quelque précision, j’espère que vous avez  arrêté de choisir l’ignorance abyssale de l’optimisme  comme posture de gouvernement.

Il était utile aussi longtemps que personne n’avait la clef sur ce qui se passait réellement. Pendant les dernières sept millions d’années ou à peu prêt. De mon temps, il y a eu des responsables désastreux à la tête des institutions qui avaient réellement un travail à accomplir.
Le genre de responsable dont nous avons besoin maintenant ne sont pas ceux qui promettent une dernière victoire sur la nature gagnée à force de persévérance à vivre de la façon dont nous le faisons, mais ceux qui ont le courage et l’intelligence de présenter au monde ce qui semble les préalables sévères mais raisonnable pour que la nature se rende :

  1. Réduire et stabiliser notre population
  2. Cesser d’empoisonner l’air, l’eau et le sol
  3. Cesser de se préparer pour la guerre et commencer à envisager les vrais problèmes
  4. Enseigner à nos enfants et à nous-mêmes, aussi, pendant que nous y sommes comment habiter sur une petite planète sans devoir la massacrer.
  5. Arrêter de penser que la science peut résoudre tout si on lui alloue quelques milliards de dollars
  6. Arrêter de croire que nos petits-enfants se porteront quel que soit notre niveau de gaspillage et de destruction parce qu’ils pourront avoir un joli vaisseau spatial dans lequel vivre. C’est vraiment stupide et dangereux.
  7. Etc.

Suis-je trop pessimiste à propos de la vie dans une centaine d’année ? Peut-être ai-je passé trop de temps avec des scientifiques et pas assez avec des rédacteurs de discours et des politiciens. Mais pour ce que je sais, même les  personnes sans-domicile-fixe auront tous leur hélicoptère personnel ou leur ceinture éjectable en 2088. Personne n’aura à quitter la maison pour aller au travail ou à l’école ni n’aura même à s’arrêter de regarder la télévision. Tout le monde sera assis toute la journée, manipulant des liens sur leurs ordinateurs avec tout ce qui existe, et buvant du jus d’orange avec des pailles comme les astronautes..

Bien à vous

Knut Vonnegut

Traduction Elisabeth Guerrier

 

Prêter sa femme . Elisabeth Guerrier

 

 

“ Ici, les hommes prêteraient plus facilement leur femme que leur voiture.”

 

La première réaction évidemment est cette sensation de violence épidermique, d’injustice qui accompagne le sentiment que l’on est encore si loin d’un véritable changement des mentalités. Femme objet, femme offerte. Femme muette sujette aux transactions entre hommes. Femme manipulée par le discours. Femme signe de réussite. Nombre de femmes ou beauté de la femme ou âge de la femme. Il s’y trouve toujours le même abcès, la même peine derrière les scintillements du succès et de l’ambition et la réaction émotionnelle qui les accompagne en tentant d’attribuer une forme d’évaluation morale à de tels propos. Féminisme, oui, allons-y pour féminisme parce qu’il n’y a de toute façon pas vraiment de choix d’une part et qu’il semble que la conquête d’un droit d’être ne puisse passer que par le repérage permanent des brutalités symboliques énoncées comme des évidences.

Et puis vient une sorte d’idée, d’éclairage soudain qui oblige à constater les formes d’une sorte d’impasse. Il s’agit de l’usage de ce qui constituerait, comme une réaction de réhabilitation morale du genre, d’une spécificité des qualités féminines qui pourraient contrer les si vieux poncifs des patriarcats. Plus de. Plus de compassion, plus de douceur, “plus de” que l’idée que les femmes ont de leur propre “nature” absorbe ou s’approprie, prise entre son propre mythe d’advenir et la réalité des exactions réelles ou symboliques masculines.

Mais “moins de. plus de” que les hommes, dans l’advenir de ce qu’on pourrait qualifier d’égalité, c’est à dire dépourvu des traces rebelles de la misogynie, ça n’existe pas. Simplement parce que dans ces termes de comparaison, une plus ample grandeur d’âme des femmes est tout bonnement une autre forme de préjugé sexiste et que, si égalité on cherche, elle passe aussi par l’ajustement à une problématique commune à tous les genres : celle de tous, hommes et femmes quant à leur rapport au pouvoir. Et bien sûr aux diverses formes de son exercice. Dédouaner, sous prétexte qu’elles l’exercent en bien moindre quantité que les hommes, les femmes de tout rapport à l’exercice du pouvoir, tout comme leur attribuer par leur possession d’une sorte d’instinct une plus grande sensibilité au respect du vivant, ce sont des éléments de l’imagerie qui attribuerait une forme de connaissance spontanée, génétique, en quelque sorte gratuite et bénévole des clefs de l’humain à travers la maternité, identique à toute femme de tout temps, se débarrassant dans une forme d’idéalisme de toute question sur les impacts culturels et politiques dans la genèse de ce que nous vénérons ainsi comme inné. Prétendre à la “bonté “ à la “douceur” de la femme, comme à des formes phylogénétiques de sa condition, c’est éliminer la nécessité de l’analyse de sa condition. Éliminer du même coup la nature purement arbitraire et historique de la construction du modèle familial, la place et le rôle des éléments de cette famille et leur contribution, consciente ou non, à l’édifice social. Et organisant ces schémas, les divers types d’exercice du pouvoir qui les sous-tendent.

Les mythes ont la peau dure. Même dans la neutralisation institutionnelle occidentale, ils trouvent les moyens de s’épandre, de donner forme et sens à ce qui se joue d’une idéologie patriarcale encore extrêmement vivace. Il serait donc nécessaire de “ déféminiser “ les attributs des femmes dans le contexte du patriarcat et de revenir à ce qui le caractérise comme forme politique d’exercice du pouvoir, les pièces, éléments qui s’ajustent dans son contexte ne pouvant s’en extraire en tant que tels puisque leur image, projetée ou appliquée est parti prenante de la construction de ses soubassements même. Il serait également nécessaire de ne pas avoir à faire des choix entre des modèles de moins que, plus que et entre des dualités qui ne peuvent que se renvoyer en miroir leurs propres caractéristiques, dans la mesure où ce sont ces mêmes caractéristiques par construction et par fonction inconciliables qui assurent la genèse même de ce système. C’est de cette binarité que le patriarcat se nourrit, au sens quasi cannibale du terme et d’elle dont il tient sa résistance, qu’elle prenne l’aspect d’une répression aveugle et violente ou d’une pratique langagière criblée de références à la hiérarchie des places occupées.

Il semble que si quelque chose s’apprend, cela passe par une neutralisation des premières réactions, toujours émotionnelles, revêtues, de par l’urgence à se protéger, par un appareil de préconceptions, de formules, de clichés qui si ils mettent à distance la sensation viscérale d’injustice et d’impuissance ne permettent pas d’aller tenter de lire les enjeux, plus obscurs mais aussi plus chargés de ce qui pourrait se qualifier de “vérité “. Ceci est valable dans n’importe quelle situation où l’on côtoie, sous une forme de passage à l’acte ou sous une forme de discours, l’humiliation, le stigmate, la possession, l’inégalité, l’exploitation, bref, tout ce qui se traîne dans, autour, au-dessus de l’exercice d’un pouvoir.

Le tiers de ce système ne peut être que la question posée aux fondements inconscients du pouvoir lui-même, à son vertigineux appel et à la jouissance unique que son exercice engendre. Le pouvoir n’a pas de sexe, quoi qu’on puisse en croire, c’est pour cela qu’il se pose sur le premier terrain de différenciation possible comme sur ce qui lui donne son objet. Le pouvoir est avant tout une capacité à devoir s’exercer, une forme de pulsion primaire, qui pourrait fort bien avoir trouvé sa genèse dans les toutes premières heures de la vie et dans les aléas de la toute-puissance, chronologiquement bien avant l’Oedipe, tout à côté de la pulsion de mort. La psychanalyse s’est tout de même assez curieusement à notre connaissance très peu penchée sur l’arsenal de l’exercice du pouvoir, on pense à Legendre, à Enriquez. On postule que peut-être cette question même et la nécessité de la décomposition des multiples formes de cet exercice auraient amené des ébranlements dans les velléités plus ou moins conscientes des théoriciens. Par contre, au regard de tant de faits de politique générale comme de faits sociétaux, il semble qu’un travail de mise au clair de cette force semble impératif. EG

 

 

 

 

 

La bienpensance Elisabeth Guerrier

Que faut-il mieux faire pour rester sinon certain(e) de sa position face au monde, comment le serait-on ? Mais au mieux, au moins pire certain(e)de sa position face à soi-même. Dans cette position, ce qu’il faut, peut-être en premier lieu, c’est être prêt(e) à affronter le rejet, les insultes et l’apostasie de ceux qui savent. Qui savent avant tout  une  chose, la chose, la place, partout et toujours du “bien”. Le bien pour les autres surtout, pour leur bien-être et leur pensée, pour leur avenir et celui de leurs enfants, qui savent que tout ce qui entoure la “différence” et sa massue idéologique contenant en elle le pouvoir de tous les concepts creux où tout peut faire office,  peut se légitimer et légitimer à quelques minutes près, son contraire, bénir tout et son contraire et faire dormir sur leurs deux oreilles l’élite de la clairvoyance et les hérauts de l’esprit révolutionnaire. Les mêmes qui, il y a quelques temps pensaient bien en suivant Sartre dans sa soumission aveugle au Stalinisme, contre les faits un peu trop criants et leur insupportable poids de réaction, qui suivaient Sartre encore quand, après en avoir convenu, tard, il décidait que le Stalinisme pouvait montrer quelques failles, des millions de morts, mais pour leur bien, et pour maintenir le cap de l’esprit de la justice et du pouvoir du peuple et des masses laborieuses, s’adonnait en toute rigueur aux merveilles du Maoïsme. Les mêmes qui, un peu plus tard, donnent dans l’esprit écologiste, jusqu’à en faire une idéologie aussi fermée qu’elles le sont toutes, par essence, et qui transforme un terrain de recherche, d’expérimentations et de choix personnels et sociaux en critères de mode de vie agrémentés d’une mention d’adéquation et de pureté, nouveau puritanisme vert, où la “nature” se voit parée d’un bel habit mystique, tout aussi toxique pour la liberté de pensée que les cultes religieux les plus conservateurs.

Le bien, quand on est persuadé de le détenir, il a quelques difficultés à ressembler au bien détenu par son voisin. Le bien il a, quoi qu’on en pense, la part belle dans le cadre de la bienfaisance et de toute sa démarche d’exercice d’un pouvoir qui se cache derrière le contrôle social et le partage des biens. La politique n’est pas un oeuvre caritative, elle doit être prudente avec le bien, il amène dans son sillage les fantasmes d’épuration, de nettoyage moral et on sait où, chaque fois, cela mène. Si ce n’est que chaque fois, après quelques excès, ayant remis la légitimité des éléments de l’altérité contaminés en place, le bien en change et que sa recherche ouvre des horizons de purifications nouveaux. Et dans ce cumul de causes qui sont, toutes légitimes à la surface du globe qui pourtant ne chôme pas, les causes de ce bien, défendues dans les médias sociaux avec un sérieux et une conviction sans borne, tant de causes, tant de souffrance et si peu de liberté, si peu d’égalité etc., il y a aussi cette nouvelle vague de bienpensance autour de la lutte contre ” l’islamophobie “,  nouvel emblème, honte de la réaction, ignorance et bêtise d’extrême-droite, brandi comme la plus ordurière des marques de l’égocentrisme, de l’ethnocentrisme, de tous les .ismes coupables de laisser moisir dans l’obscurantisme les authentiques mouvements progressistes de la conscience collective.

Alors, on plie la nuque, on hésite, on parle sans témoin pour dire que malgré les millions d’adeptes de cette religion, le nombre est-il en soi un argument de validité, malgré la force de son histoire, et les différentes faces de ses théories à travers le temps, on n’est pas convaincu(e) qu’il s’agisse tout à fait d’une seule et unique forme d’”islamophobie”, que le terme de ” phobie ” demande à être soigneusement utilisé pour continuer à signifier ce qu’il veut dire et que les mots, là encore ont toute leur importance quand on en vient d’abord à vouloir constater les faits de ses pratiques d’exercice du pouvoir contemporaines. Et dans ces faits, on n’a pas besoin de tourner autour du monstre, de risquer des amalgames fâcheux pour s’alarmer des modes d’exercices conjoints du pouvoir religieux et politique par les manifestations d’un Islam figé, se référant à des théories et des modes d’application de la loi coranique parmi les plus rétrogrades de son histoire. Comment observer sans les refuser dans le principe au titre des valeurs qui sont les nôtres, au titre également d’une certaine idée de la raison, qui demeure l’élément le plus essentiel de toute gouvernance, les cumuls d’organisation et de contrôle du social que cette religion pratique et autorise comme responsable de l’application d’une règle collective morale et religieuse et qui amène des pays entiers à rester en hibernation, au prix faramineux de la disparition et de la persécution de leurs élites intellectuelles et artistiques, au prix faramineux de la créativité de leur jeunesse, au prix du maintien de la moitié de sa population dans l’ombre pour la protéger comme une faible d’esprit contre la souillure du désir, quelque forme puisse-t-il prendre, au prix de l’enfermement pour apostasie de toute marque de rébellion, puisque toute prise de position opposée au régime en place est condamnable comme trahison de la parole de dieu même.

Il ne s’agit pas de douter de la fonction cathartique de ce cadre religieux ni de ne pas lui reconnaître sa place, seulement à travers les extrémismes et les immobilismes insupportables qu’il affiche, dérives, peut-être, forme ultime d’un rapport immuable et mortifère avec une prétendue loi divine applicable à merci comme unique référence à la réalité humaine. Il s’agit de dire que les mythes d’un paradis dont l’accès légitime toute mesure de répression et toute légitimité des actions sur terre sont une absurdité manipulatrice et mensongère. Il s’agit de dire que la libération du mélange des exercices entre les pouvoirs politiques et religieux est une des conquêtes de l’Occident et que c’est un des premiers pas vers la force de la liberté individuelle de penser et de croire, le politique et le religieux ne font qu’un dans l’Islam et le privé comme le public sont entièrement sous le contrôle de la loi divine que dans l’idéal le Calife fait respecter, de dire que la lutte pour la libération des femmes et leur prise en compte au titre d’égales indiscutables des hommes est une des conquêtes de l’Occident et qu’elle peut et doit être considérée comme une conquête de l’humain vers sa propre humanité, que le message des Lumières en est une aussi et qu’il a en lui les caractéristiques d’une dimension universelle du droit de chacun(e), que, au-delà des mythes du progrès comme nature de la civilisation, une structure religieuse ou sociale qui immole tout mouvement de pensée dans des rituels et des discours stéréotypés et inamovibles, rendant impossible parce que blasphématoires les recherches de soi sur soi, les hypothèses existentielles, qui sont, l’accepte-t-on ou non, les codes subjectifs de la modernité même dans laquelle le monde entier est entré depuis quelques siècles, même si la forme de réactions au nom de l’inchangé, de l’inchangeable transféré dans l’unique référence à des écrits sacralisés tend à vouloir s’en détacher, comme elle tend à créer ses propres droits islamiques de l’humain dans une volonté de se séparer du mouvement de l’histoire et de surtout pouvoir rêver de l’abolir.

Il n’est en jeu ici aucune “phobie” mais des convictions ou mieux des valeurs. Cette position serait la même à l’égard de n’importe quel cadre religieux ou idéologique qui s’autoriserait, pour des causes qu’il générerait lui-même, des droits de légiférer toutes les existences au prix de leur mise au silence et de la culture de leurs peurs de la mort, de la répression sauvage ou du changement. Elle serait la même à l’égard de tout mouvement se prévalant du culte d’un quelconque “Être suprême” qui, à nos yeux, est justement ce dont il faut à tout prix se débarrasser pour advenir dans nos contradictions et nos faiblesses, dans nos forces d’entendement et dans les voies vers nous-mêmes

Alors, pourquoi devrait-on, sous peine d’être défini(e) comme perdu(e) dans une forme de conservatisme frileux et d’errance intellectuelle, sacrifier au rituel d’une idéologie du bien qui s’abreuve sans pondération ni auto-critique à toutes les causes de l’altérité quand on est construit(e) jusque dans sa substance même de valeurs et que les luttes pour ces valeurs sont, tout simplement, insacrifiables ? Alors pourquoi devrait-on souscrire au silence quand on pense en particulier aux statut des femmes dans l’Islam comme il est défini aujourd’hui majoritairement, sachant que le fait qu’elles l’acceptent ou non comme une marque d’excellence de leur foi n’est pas la question, mais que la question est leur impossibilité à pouvoir dire non à cette foi et à ce statut si elles le désirent, sans risquer la mort, quand on pense aux règles quasi omniprésentes du patriarcat les plus rétrogrades, considérant la fille comme devant être vendue, comme ne pouvant suivre des études, dans certains pays, comme devant être excisée, la présence de la légitimité religieuse ayant récupéré tout ce qui semblait convenir aux systèmes de pouvoir en place des pratiques antérieures en permettant absolument tout ce qui peut et doit s’opérer en son nom, quand on pense aux conditions faites à l’opposition politique dans la plupart des pays à gouvernements islamistes, à celles faites aux homosexuel(le)s, on n’a pas l’envie de brandir une nouvelle cause du bien parmi celles défendues par la gaucherie occidentale, parce que ce rapport infantile à un pouvoir divin imaginaire tout-puissant mis en oeuvre par des élites religieuses elles aussi toutes-puissantes et tout aussi corrompues que leur équivalents séculiers occidentaux, il est aussi ce contre quoi on lutte. La différence et le respect pourquoi pas, mais comment la tolérance se peut-elle souscrire à ce qui est tout bonnement du simple point de vue des droits humains, inadmissible ? EG

Dieu n’est pas un humaniste . Elisabeth Guerrier

On peut décider, tant le chaudron est brûlant, de se taire, se taire à propos des mêmes obstacles, quasiment structuraux , au fait de parler. Le lieu de ces passages à l’acte répétitifs et entendus comme une guerre ouverte déclarée, avec sa genèse, son histoire, ses alliés, ses financeurs, ses méthodes, ses vendeurs d’armes et ses modes de recrutement, ses chefs de guerre et ses victimes est aussi le lieu des passions, comment ne pas en effet s’enflammer face à un tel niveau d’horreur et surtout à l’apparente gratuité aveugle de ces hécatombes qui ne différencient personne et restent quoi qu’on en pense, assez opaques quant à leurs véritables buts.

Mais devant cette impasse, la même qui s’élève dès qu’on défend l’idée que cette guerre est bel et bien une guerre de religion et que même si l’amalgame est de mauvais goût, il s’agit d’une guerre générée par la présence d’une loi religieuse, dont tous se réclament, élue comme postulat irrévocable et indiscutable mais pouvant être manipulée, interprétée, modifiée au gré de ceux qui parlent EN SON NOM. N’importe quelle religion s’engouffre dans sa propre pratique, dans ses cultes et dans ses préceptes qui évoluent au cours du temps et en fonction des cadres moraux, sociaux, culturels qui l’empruntent pour s’exercer et du pouvoir de décision qu’un système politique lui confère. Dire que les attentats, sous quelque forme que ce soit, n’ont ” rien à voir” avec l’Islam, c’est sur un plan d’analyse historique, comme de dire que l’Inquisition n’avait rien à voir avec le Catholicisme. On peut en effet avancer que l’Inquisition n’est pas conforme aux Évangiles ou aux textes sacrés chrétiens qui sont les seules références, il n’est aux yeux de l’histoire aucun texte sacré qui vaille mais des faits et des traces de ces faits. Et ces faits, ils sont ce que la religion, ce que toute religion provoque comme sectarisation constitutive et qui n’existe que contre les éléments qui sont dans la mécréance. Il n’est pas de foi sans infidèle, et on peut imaginer qu’une religion qui fédérerait l’humanité ne peut se concevoir qu’en créant immédiatement un espace de différence et donc de rejet, ou au mieux d’ “étrangèreté “. On pense à la démarche sacrificielle et à ” l’unanimité violente ” évoquées par René Girard. Il va de soi que notre présence adhésive au présent et au trouble intense que provoque ce sentiment de danger et d’injustice nous empêchent de nous représenter ce que les historiens pourront dire sur ces mêmes attentats. Il semble pourtant évident qu’ils les feront dépendre de l’expansion de l’Islam et de son extrémisation sensible sur tous les lieux où il s’exerce, pensons aux Chrétiens d’Orient et à leur progressive extinction malgré une cohabitation millénaire, et les décriront comme un phénomène faisant partie prenante de son devenir.

Qu’il s’agisse d’une façon de régler des contentieux autres que religieux peut être une évidence également, que nous nous devions de les inscrire dans une perspective post-coloniale comme une façon d’affirmer une identité qui puisse se maintenir hors des fondements proprement évolutifs de l’Occident et de sa vision totalisante du progrès pour sacrifier à l’inchangé et à l’immuable source de sécurité faute d’avoir pu rejoindre les forces occidentales dans leur course effrénée vers le néant, pourquoi pas. Mais on ne peut sous prétexte de tolérance et d’humanisme tout bonnement effacer les dimensions idéologiques qui viennent entrer en collision avec des histoires de communautés, d’exil, de familles et d’appartenances complexes. Il est probable qu’un fond de culpabilité mal négociée puisse hanter les mentalités collectives occidentales et que la façon dont les projets d’ immigration se sont offert simplement la poursuite d’une exploitation féroce de la même main d’oeuvre qu’elle épuisait depuis plus d’un siècle sur place dans une vision hégémonique des bienfaits de la pensée capitaliste laisse des traces d’humiliation qui n’ont jamais été effacées. Il est également probable que cette même culpabilité et le malaise grandissant à l’égard d’une civilisation qui créa son identité sur un ethnocentrisme sans alternative jusque dans ces dernières décennies et travaille à sa propre extinction sous couvert des mêmes scientismes et technicismes qui définirent et définissent encore sous des modes à peine changés son hégémonie et son efficacité amènent une sorte d’idéalisation de la différence quel que soit son aspect, comme une façon de se positionner hors des courants auxquels on s’oppose d’une façon assez impuissante.

Mais on ne peut pas séparer la religion pratiquée de son contexte historique, on ne peut pas séparer les textes sacrés, qui n’ont de sacré que la fonction d’éclairage qu’on leur donne, de leurs effets de parole masquée et de caution aux litanies d’un discours emprunté et assimilé qui prend la place du récit de soi et de conscience de sa place au sein d’une société qui nourrit elle-même les ambivalences. De même qu’il est impossible de ne pas envisager les pratiques religieuses sans étudier leurs rapports prescrits à l’enseignement, à l’égalité des genres, au pouvoir et à ses modes d’exercice, c’est à dire à mettre la ” liberté religieuse ” et le  “respect des différences ” sous le regard analytique de l’approche contextuelle et scientifique. Le déploiement de l’Islam peut être considéré dans une perspective religieuse comme celui d’un bienfait pour l’humanité, on peut également attacher cette propagation à ses modes violents et totalitaires de prosélytisme et au fait que plus qu’une assise à des principes d’économie sociale et privée, il donne l’accès à l’exercice d’un pouvoir politique qui se légitime par ses origines religieuses. Il va de soi que l’esprit de Lumières ne peut que laisser ouverte la possibilité de la croyance, par contre il a l’extrême sagesse de la maintenir confinée dans la sphère intime et l’intime, il ne semble pas que l’Islam s’en satisfasse. EG

Références : Fethi Benslama “ La guerre des subjectivités en Islam” Collection Lignes

René Girard “ La violence et le Sacré” Edition Pluriel

Le bavardage de l’américanisation silencieuse . Elisabeth Guerrier

ELISABETH GUERRIER·MARDI 12 JUILLET 2016

À Sylvie,

Le texte qui suit est une réponse à un commentaire concernant certaines positions très prudentes à l’égard de l’usage intensif et croissant des américanismes dans les médias, dans le lexique des mouvements politiques ou culturels français et dans les échanges quotidiens dont le lit privilégié, à la fois ordonnateur et réceptacle est évidemment l’outil numérique. Cet usage pouvant être qualifié de “tendance” semble s’imposer sans déclencher de réactions critiques alors qu’il s’agit non pas d’une simple mode, passagère donc, mais, pris dans son contexte historique, d’un pas supplémentaire franchi dans l’hégémonie culturelle d’un système qui se conçoit lui-même, dès son origine et sa théorisation, comme incontournable et devant imposer ses modalités, son fonctionnement et ses valeurs et sa langue au monde entier sous la forme d’une sorte de catéchèse sous-jacente omniprésente et de pratiques économiques et politiques agressives globales qui seraient la seule issue possible pour l’ensemble de la planète et que nous qualifierons de vision idéologique totalitaire. Le sujet des américanismes et de leur usage dans la construction et la banalisation du “discours managérial ” est suffisamment important, d’autant qu’il semble ne pas déclencher d’alerte auprès des groupes ou des individus les mieux ancrés politiquement, pour lui consacrer une tentative de mise à plat, qui demeurera malgré tout sommaire, des implications et soutènements auxquels il préside et qu’il éclaire. Il s’agit, dans ce qui devrait déclencher une alarme sur la protection des racines et des formes même de l’identité nationale, collective, historique et qui a comme signifiant premier d’appartenance la communauté de langue, de mettre à jour les implications inter-systémiques d’une langue nord-américaine , “parce que l’américanisme, le capitalisme technologique, est un système”.1 qui s’impose comme outil de colonisation mondiale d’une dynamique ayant ses buts, son histoire, et qui correspond parfaitement, sous ses aspects pseudo-rationnels et sa logique de l’utile et du pragmatisme à la définition que Castoriadis donne de l’idéologie : un ensemble d’idées qui se rapporte à une réalité, non pas pour l’éclairer et la transformer mais pour la voiler et la justifier dans l’imaginaire” . 2

Il est à considérer comme un fait que la langue qui domine les échanges de l’aire globale s’est imposée avec une force nouvelle depuis plus d’une dizaine d’année et particulièrement depuis l’avènement de l’aire numérique comme étant l’Anglais. C’est une telle évidence et cela se manifeste avec une telle régularité dans les échanges quotidiens dans le contexte de ce que Nestor Garcia Canclini décrit comme “ la coproduction internationale de l’identité individuelle” qu’on ne questionne plus l’histoire et le contexte de cette réalité ni, surtout, au-delà des technologies numériques, les systèmes idéologiques et culturels qui ont promu cette langue comme langue de la “communication”. Il semble important avant de développer les risques essentiels courus à travers “ la menace sur la biodiversité des langues et des cultures”3 face à ce raz-de-marée de préciser deux points qui peuvent, faute d’être éclaircis, prêter à confusion. Tout d’abord, il ne s’agit pas de donner dans une sorte de nostalgie nationaliste et de conservatisme qui ne pourrait pas s’adapter aux contingences contemporaines. Ces risques évoqués ne toucheraient pas la pratique répandue d’un bilinguisme mondial, maintenant la langue maternelle comme base des échanges locaux et liant de l’identité historique nationale et gardant la pratique de l’Anglais comme langue des échanges internationaux. Il va de soi que la qualité de cet Anglais global réduit à son aspect fonctionnel serait une perte par rapport à l’Anglais des anglophones et de leurs cultures mais on peut tolérer cet appauvrissement au nom des aspects efficaces de sa pratique universelle même si la réduction d’une langue à un outil fonctionnel d’échange fait également partie des mises en place de la vision du pragmatisme et de la personnalité rentable et restreint le champ et la portée du langage en tant que tel comme absolue caractéristique de ce qui constitue à la fois la force, la complexité et le destin de ce qui définit l’humain dans son essence. E.Diet dans son article sur le discours d’entreprise évoque “ Le détestable franglais véhiculé dans les entreprises s’impose désormais dans l’administration, le service public et le milieu associatif soumis à la loi d’airain de la gestion managériale et à la bêtise de l’efficacité opératoire. On constate même dans de très grandes entreprises françaises l’obligation pour les cadres résidant et travaillant en France de tenir au siège la totalité de leurs réunions en anglais. Bien entendu, ce basic ou wallstreet english, n’a plus grand-chose à voir avec les richesses de la langue de Shakespeare : il s’impose dans sa pauvreté technique, sémantique et grammaticale comme le lit de Procuste de l’idéologie néo-libérale.”4

En deuxième lieu, il a été évoqué l’intérêt d’une génération dite “soixante-huitarde” pour la culture nord-américaine, sa musique, sa littérature et ses mythes et la complète séduction qu’elle pouvait alors exercer. Il est nécessaire de préciser que cet Anglais-là était l’Anglais de l’opposition à la guerre du Viet-Nam, des phénomènes comme Woodstock, de la grande visibilité du mouvement féministe, du développement de pratiques et de modes de vie marginaux en contestation et en rupture franche avec le système politique des années 60.70. L’Europe qui vivait elle aussi un série de mouvements de fonds ne pouvait qu’applaudir aux changements radicaux prônés par les nouvelles formes de musique, par la littérature à travers, entre autres, Burroughs, Kerouac ou un peu plus tard par Bukowski et accueillir cette langue comme le vecteur de ce désir de libération révolutionnaire auquel elle aspirait. Il ne s’agit pas du même Anglais quand celui qui est instillé jour après jour dans les pratiques langagières est lui aussi un outil mais un outil de propagande de l’idéologie ultra-libérale. Dans le même temps en effet se structurait une école qui continue d’inspirer les positions libérales les plus extrêmes à travers les Chicago Boys et la posture idéologique de l’économiste de Milton Friedman qui devait redonner à l’imaginaire libéral marchand toute sa véhémence et qui continue d’être le modèle prôné majoritairement avec ferveur outre-Atlantique et dans le cadre de la Commission européenne et de la plupart des pays membres. Il est nécessaire également de préciser que liés à ce mouvement naquirent les premiers “Think Tanks” comme l’Institute of Economic Affairs ou l’American Enterprise Institute dont les stratégies sont ouvertement guerrières et hégémoniques. Il s’agit dans le cadre de la création du “ Siècle américain” d’instaurer une république impériale pour reprendre l’expression de Raymond Aron et d’une façon ostensible d’exercer par tous les moyens une domination au niveau militaire, diplomatique, électronique, culturel et bien sûr linguistique.

Cette volonté hégémonique est avant tout celle d’un système avec des points de vue très arrêtés sur la nature humaine, l’élitisme, le pouvoir, la réussite, autrement dit, au-delà des aspects économiques libéraux proprement dit, sur une morale et une vision de l’individu social clairement définie. Dans ce contexte, il est intéressant de faire un léger retour en arrière et de sonder les différentes percées de la culture exportée ainsi au titre d’un but et d’un modèle à atteindre pour l’humanité : les séries télévisées, la musique, les films grand public peuvent sembler n’être que des artefacts mais ils sont avant tout des marqueurs culturels, modes de vie, valeurs, types et modalités d’échange entre pairs, entre conjoints, images de la réussite, de l’accomplissement personnel, des projets, place de la famille, des études, tous les marquages d’une identité culturelle figurent dans ces condensés qui sont absorbés avec aisance par l’Occident dans sa totalité jusqu’à en devenir les modèles uniques. Dans le domaine du langage qui est le point final et le plus sensible de cette hégémonie en route, on peut également se référer à titre d’illustration, au glissement s’étant opéré il y a quelques années, très progressivement, de la création, pour la promotion des productions américaines hollywoodiennes, de titres français à ses films, nécessaires pour être mis sur le marché, à la disparition récente de cette nécessité qui marque une étape nouvelle dans ce phénomène et se trouve quasiment effacée comme telle, comme une évidence. Les exemples d’ingestion et de digestion de ces formes de slogans qui taisent leur nature sont pléthores, resurgissent dans les échanges quotidiens sans encombre, comme des marques d’appartenance au “ temps “ dont les acteurs font partie.

Les positions d’opposition et de rejet des valeurs véhiculées par l’ultra-libéralisme et sa cohorte de dégâts humains, sociaux, environnementaux négligent souvent un élément de la dynamique de ce même ultra-libéralisme : sa capacité à tout neutraliser de ces refus pour l’ingérer dans le mouvement global du marché et pour se faire, à mettre la main sur tous les éléments nationaux, culturels, individuels, afin de transformer le monde en un réseau hédoniste de consommateurs. Pour reprendre Castoriadis , “ La crise de la critique n’est qu’une des manifestations de la crise générale et profonde de la société. Il y a ce pseudo consensus généralisé// tout est médiatisé, les réseaux de complicité sont presque tout puissants. Les voix dissidentes et discordantes ne sont pas étouffées par la censure ou par les éditeurs,// elles sont étouffées par la commercialisation générale “5. Ce choix ultra-libéral est défendu avec constance par les tenants de l’hégémonie nord-américaine, se représentant leur pays comme celui à même de donner au monde entier une ligne de conduite et de valeurs qu’ils désignent comme les meilleurs et incontournables au point d’envisager l’avenir de ce monde clos sur le post-capitalisme comme un univers arrivé à “ la fin de l’ histoire ”6 . C’est un système qui a élaboré des stratégies de manipulation de l’opinion comme principaux outils de domination, il est nécessaire de rappeler que le grand fondateur du concept et de la mission des “relations publiques ” est le créateur de la propagande de masse, Edward Bernays, qui élabora sur des bases de maîtrise et de manipulation des opinions et des comportements collectifs des stratégies de marketing dont se servirent et se servent encore toutes les corporations mais aussi tous les mouvements politiques. Il est nécessaire également de rappeler qu’il avait comme ami un des fondateurs du mouvement néo-libéral dans sa branche américaine et qui donna son nom au colloque Lippman, genèse des mouvements libéraux d’économie politique des années 1930.1950. Plutôt que le choix théorique et fantasmatique fumeux des complotistes qui attribuent à un certain nombre de théoriciens de l’économie politique ou de chefs d’entreprise la capacité de tirer en secret et comme ils l’entendent les fils de nos destins, il s’agit d’un phénomène totalement interdépendant entre les masses et les leaders de tous ordres, et de ce que Bourdieu nomme “ la nouvelle vulgate planétaire” qui implique dans sa construction une participation consentie, voire enthousiaste à son propre asservissement, l’efficacité de ce “ gouvernement invisible ”7 résidant dans sa capacité presque sans borne à générer des comportements et des visions qui ne dissocient pas la façon dont l’individu se représente sa place au monde des marques ostensibles de son appartenance au système. Un des outils les plus efficaces est sans doute la “ fabrication des consentements”qui, comme le précise Bernay, fera “ l’objet de substantiels raffinements.” Sa force spécifique est de non seulement générer un accord mais surtout de permettre à l’individu de garder l’illusion qu’il a lui-même et délibérément choisi ses modes de vie, ses objets et ses activités quotidiennes, ses positions politiques et jusqu’à ses pensées. Rappelons ici quelques mots de Lippman touchant sa conception de la démocratie : “ Le véritable pouvoir, celui que procure la richesse de la nation// doit demeurer entre les mains des plus capables et la principale responsabilité du gouvernement est de maintenir la minorité à l’abri de la majorité” ou encore “ Le public doit être mis à sa place afin que les hommes responsables puissent vivre sans craindre d’être piétinés ou encornés par le troupeau des bêtes sauvages”8

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Une des forces du système ultra-libéral nord-américain est sa capacité à effacer les limites, à niveler les postures et à transformer tous les indices d’appartenance en des produits commercialisables et désirables faisant entièrement partie des outils de construction de l’identité individuelle, générationnelle ou groupale. On pense par exemple à cet envahissement du drapeau américain dans tous les domaines, vestimentaires, alimentaires, utilitaires ou de loisirs où la grande astuce, est de l’avoir complètement dépolitisé, dénationalisé à l’exportation pour ainsi dire, pour le mettre au rang d’une marque d’identification universelle à ce qui doit se porter, se manger, pour être dans la vague et porté par elle. Cet “impérialisme symbolique”comme le qualifie Bourdieu a réussi à jouer en profondeur sur des champs obscurs des mouvements d’opinion et à faire en sorte que ce qui correspondrait à un signe de pouvoir brutal comme le drapeau hissé sur une terre conquise soit porté avec une sorte de vénération sur les corps sans être vécu comme une forme de soumission et plus encore sans avoir à être formellement identifié par celui qui l’arbore comme un signe de domination mais considéré comme un élément de ce qui le constitue à travers les choix vestimentaires, alimentaires ou autres qu’il effectue dans ce qu’il considère comme sa toute liberté. On pense aussi au nombre de slogans imprimés en Anglais sur les vêtements, codes visibles et universaux des états d’âme potentiels condensés en quelques phrases porteuses, suffisante pour donner à l’extérieur les codes de votre identité. Il en va de même, comme mentionné plus haut, de la force commerciale des productions cinématographiques hollywoodiennes, des séries télévisées qui sont devenues depuis longtemps déjà non un produit d’exportation que les consommateurs apprécieraient dans toute sa dimension exotique mais la marque d’un moment de culture globale où les caractéristiques identitaires locales sont complètement laminées et peut-être pire, pas même revendiquées ou perçues comme nécessaires ou trahies par les spectateurs. Voire, plus simplement et plus vertigineusement, oubliées. Au-delà de produits commerciaux de diverses formes, ce qui s’impose depuis plusieurs décennies en Europe principalement, en raison de la proximité historique et politico-économique, et sous diverses formes aussi dans le reste du monde avec une telle aisance, correspond à des valeurs, des modes de vie, des habitus et plus profondément des modes de pensée et de se penser, qui sont pris dans la grande mouvance globale et son uniformisation et ne prête pas, d’une façon consciente, à des réactions épidermiques d’opposition de nationalisme piqué au vif et de sentiment de visée impérialiste qui serait subie dans la mesure où cette domination douce, se présentant dans sa nature même dépolitisée pour ne se déclarer que facteur de progrès et touchant les sphères les plus privées des individus, se fait non seulement avec le consentement mais avec l’enthousiasme des foules.

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La perversité de ces stratégies fondées largement sur la perversion du langage et l’attaque des contenants et organisateurs de la pensée, des liens et de l’organisation, échappe aux anciens paradigmes critiques centrés sur les affrontements directs et les rapports de production et laisse les sujets démunis faute de figurations, de représentations et de mots pour penser ce qui leur arrive et, pire, pour savoir dans quel registre de leur vie cela se produit.

Comme tout produit sur le marché, la dimension du succès d’une pratique correspond à la nature de la demande et à la capacité de ce produit à la modeler. Image de soi et du groupe d’appartenance définies par les locutions et les comportements, les signes ostensibles d’apparence physique, les mœurs. Le langage évidemment non seulement n’échappe pas à cette loi mais il en est un des vecteurs principaux. On peut bien sûr plaider l’universalisation, ou du moins l’occidentalisation de tous les mouvements clamant une marginalité à l’égard de la pensée dominante, nous sommes passés par suffisamment de vagues musicales, culturelles anglo-saxonnes pour ne pas être étonnés. Il est également difficile de négliger l’impact novateur et précurseur, au moins dans les imaginaires, de la ville de New York. Mais la capacité, encore, à niveler tout mouvement pour le prendre dans la succession des courants et de modes est une des armes les plus redoutables de ce système qui peut ingérer toute réaction de fond et en faire un produit de marché.

Quant aux effets exogènes de ces stratégies, il s’agit plus d’une inquiétude sur l’usage systématique de ces termes dans les médias comme marque de contemporanéité et du progressif remplacement de nombre de termes par leurs correspondances nord-américaines et parallèlement de l’impuissance toute récente à créer du langage. Car ce qui opère d’une façon sous-jacente par cette intégration sans douleur ouvertement ressentie, c’est la mutation irrévocable d’une vision du monde multiple, changeante, créée par la plasticité inhérente au langage et propre à chaque communauté dans sa texture même, sa façon de se reconnaître et sa progressive uniformisation aux critères univoques du système dont les outils de tous ordres et bien sûr langagiers eux-mêmes, tout en donnant par acquiescement mimétique l’illusion d’un usage consenti sont au service, non de la parole humaine dans son infinie reconductibilité et dans son œuvre de création permanente, mais anticipent un monde clos, fermé pour se connaître sur l’absolue rigidité de quelques formules langagières universelles acceptées comme les vecteurs de la réalité, identiques pour tous, semblant permettre un entendement immédiat et sans ambiguïté. L’usage de ces anglicismes se rependant sans frontières ni retenue a ceci de particulier qu’en dehors des mouvements systémiques qu’ils accompagnent et génèrent, ils apportent non pas de nouvelles façons de formuler notre lien à nous-mêmes ou aux autres, ou notre place dans la mouvance socio-politique comme tout nouveau mot progressivement assimilé, de quelque horizon qu’il vienne le fait depuis toujours, vivifiant, élargissant, modifiant et complexifiant la texture du langage et avec elle notre capacité à chercher des voies d’accès au réel, mais ils exhibent la marque même d’une forme d’ ”entente” implicite globale sur ce qui se dit et sur ce que ce qui se dit désigne, donnant l’illusion d’être adéquats dans leur nature et nécessaires et suffisants dans leurs fonctions, c’est à dire indemnes de tout espace d’ambiguïté ou de toute possible défection, or la nature du langage est, dans son pouvoir et sa limite, d’être autour de la réalité qu’il cherche à contraindre, et dans cet espace ontogénétique s’élabore la pensée, le monde des affaires n’est pas un monde de la pensée. Sous ses dogmes de toute-puissance pragmatique et de rationalité, le monde des affaires n’a pas la nécessité de se penser mais de s’agir. EG

1 Pièces et main d’oeuvre.

2 Cornelius Castoriadis Marx p. 16

3 Roland Gori La fabrique des imposteurs p. 157

E.Diet

5 Cornélius Castoriadis ” La montée de l’insignifiance” Edition Points p. 101

6 Francis Fukuyama

7 Edward Bernays “ Propaganda” p.70

78Lippman The phantom public p.155.

 

Nos horribles prisons: comment peuvent-elles être changées ? Adam Hochschild

Nos horribles prisons : comment peuvent-elles être changées

Our Awful Prisons: How They Can Be Changed

Adam Hochschild

 

 

 

26 mai 2016

 

« Si en 1968 je croyais que je pourrai faire tomber les murs gigantesques du système carcéral du Texas en publiant Conversation avec les morts et l’histoire de  Billy Mac Cune alors ces années de travail  sont parmi les plus gros échecs de ma vie. Au Texas, j’ai photographié un univers de plus de 12.500 femmes et hommes. En une génération ce nombre a explosé jusqu’à plus de 200.000. Beaucoup de choses ont change en Amérique depuis que je suis allé au Texas pour faire ce livre. »  Danny Lyon

 

 

 

Mr. Smith Goes to Prison: What My Year Behind Bars Taught Me About America’s Prison Crisis

by Jeff Smith

St. Martin’s, 272 pp., $25.99

Understanding Mass Incarceration: A People’s Guide to the Key Civil Rights Struggle of Our Time

by James Kilgore

New Press, 264 pp., $17.95 (paper)

The First Civil Right: How Liberals Built Prison America

by Naomi Murakawa

Oxford University Press, 260 pp., $105.00; $26.95 (paper)

From the War on Poverty to the War on Crime: The Making of Mass Incarceration in America

by Elizabeth Hinton

Harvard University Press, 449 pp., $29.95

Caught: The Prison State and the Lockdown of American Politics

by Marie Gottschalk

Princeton University Press, 474 pp., $24.95 (paper)

A shakedown of inmates in the main corridor of the Ellis Prison Farm, Huntsville, Texas, 1968; photograph by Danny Lyon from his 1971 book Conversations with the Dead, which has just been reissued by Phaidon. A retrospective of his work, ‘Danny Lyon: Message to the Future,’ will be on view at the Whitney Museum of American Art, New York City, June 17–September 25, 2016.

Magnum Photos

Une fouille de détenus dans le couloir principal de la prison d’ Ellis Farm, Hunstville Texas, 1968; photographie de Danny Lyon tirée de son livre édité en 1971 « Conversation avec les morts » (Conversations with the Dead), qui vient d’être réédité chez Phaidon. Une rétrospective de son travail : “ Danny Lyon : Un message pour l’avenir ”est organisée au Whitney Museum of American Art, New York City, du 17 Juin au 25 Septembre 2016

 

 

Il y a quelques temps, j’étais présent à un festival du livre en Finlande. Comme il y avait une journée libre, l’éditeur qui m’avait invité m’a demandé ce que je souhaitais visiter. Je lui ai répondu que je voulais visiter quelques prisons. La Finlande emprisonne les gens 10% moins que les USA, un écart beaucoup plus signifiant que ne pourrait l’expliquer les différences dans les populations des deux pays. J’étais curieux de voir à quoi ressemblaient les prisons dans cette société.

La prison de Kerava, la première des deux que j’ai vues, était à la campagne à une heure de route au nord d’Helsinki. Son gouverneur – volontairement le titre à un aspect civil- était une femme à cheveux gris vive, chaleureuse nommée Kirsti Nieminen, une ancienne procureure. Ce matin glacial, elle avait la responsabilité de 150 prisonniers, tous des hommes. Dans son bureau s’alignaient les portraits des précédents gouverneurs, le premier, datant de 1890, étant un homme avec une longue barbe. À côté se trouvait un cadre avec le dessin d’un prisonnier, Snoopy tapant un courrier, qu’elle me traduisit : «  Cher gouverneur, donne-moi un congé ! »

 

 

À peu près l’équivalent d’une prison américaine de moyenne sécurité, Kerava était équipée de fils barbelés, de barreaux à certaines fenêtres et de nombreuses portes fermées à clef. Certains détenus travaillaient dans une serre à l’extérieur de la prison mais seulement si ils étaient fiables et sous surveillance. Mais la ressemblance avec les prisons américaines s’arrêtait là. Dans la serre les détenus cultivaient des fleurs, qui étaient vendues au public, comme l’étaient les légumes biologiques qu’ils faisaient pousser. Comme nous marchions, Nieminen m’a montré un court d’eau où les détenus pouvaient pécher, un terrain de foot, un terrain de basket, un moulin et quelque chose dont elle était particulièrement fière, une étable où se trouvaient des lapins et des agneaux. «  La responsabilité de devoir prendre soin d’un animal est très thérapeutique. » a-t-elle dit. «  Ils sont toujours gentils avec vous, c’est plus facile de leurs parler. »

Pendant à peu près une heure, j’ai pris un café avec une douzaine de détenus. Marko, trente-six ans, portrait une visière et avait des tatouages m’a dit qu’il était là pour “ crime violent” sans me préciser de quel genre. Jarkko, un home bien charpenté de vingt-six ans, purgeait une peine de trois ans et dix mois pour délit d’usage de drogue, Reima, trente-six, blond et semblant jouer les durs, était là pour vol, Kalla à quarante-huit ans était le plus âgé avait commis un fraude, Fernando, son père était originaire d’Espagne, avait vingt-six ans, condamné pour vol à main armée et vente d’héroïne, Harre, vingt-sept pour vente d’ecstasy. Assis également avec nous et aidant pour la traduction se trouvaient Nieminen, une jeune femme du service national des prisons et deux des enseignants de Kerava, toutes deux femmes. Aucun gardien n’était visible, et les détenus comme le personnel portaient leurs propres vêtements et non des uniformes.

 

Cependant c’était toujours une prison et à 19.30 les détenus étaient enfermés à deux dans leur cellule. Celles-ci n’étaient pas spacieuses mais elles l’étaient plus que celles que j’ai vu dans les prisons américaines, chacune avec des toilettes et un lavabo dans un  espace fermé par une porte. La télévision était autorisée, la stéréo, et la radio. Au bout d’un couloir se trouvait une pièce pour les douches et le sauna – quelque chose dont aucun Finnois ne pourrait se passer.

 

Des activités étaient attribuées aux prisonniers mais beaucoup d’entre eux passaient leur journée dans des ateliers de formation sur des domaines comme la réparation automobile, les ordinateurs, la soudure, la cuisine et les premiers soins. Une bibliothèque rassemblait plusieurs milliers de livres – plus que vous n’en trouverez dans la plupart des lycées américains – et les détenus pouvaient utiliser le  système de prêt inter-bibliothèque pour en emprunter plus. J’ai participé à une classe de cuisine et ai partagé un repas délicieux que les étudiants avaient préparé : le ragoût Karelian, fait de bœuf, de porc de pommes de terre et d’airelles.

 

Tout ceci était de toute évidence un autre monde que celui surpeuplé et misérable des prisons américaines, où les classes, pour peu qu’elles existent, sont souvent des décisions prises après-coup et bâclées. Quand l’ancien Sénateur du Missouri Jeff Smith fût condamné à une peine d’une année et un jour dans la prison fédérale du Kentucky, il espérait qu’avec un doctorat et ayant enseigné à l’Université de Washington à St. Louis, il serait mis au travail en enseignant. Au lieu de ça, comme il l’écrit dans son livre «  Mr. Smith va en prison “ (Mr. Smith Goes to Prison ), on lui assigna la tâche de décharger des  stocks dans les entrepôts où il participa au chapardage de nourriture fait à la fois par les détenus et les gardiens. À un mois de la fin de sa sentence, il fût finalement transféré dans la section d’éducation- où on lui demandait de balayer les classes. Une classe d’informatique consistait à pouvoir s’asseoir trente minutes devant un ordinateur, sans aucune consigne particulière, dans  une classe de nutrition, un gardien «  proposait une brochure avec des informations sur les apports caloriques de l’alimentation chez Mac Donald, Bojangles et de Wendy’s puis nous libérait au bout de cinq minutes. »

Tout particulièrement au niveau universitaire, un réel programme d’éducation, comme celui bien connu organisé par l’Université Bard peut diminuer le taux de récidives. – aux USA 67.8 % après trois ans jusqu’à un seul chiffre. 1 Le Programme Bard par exemple, offrait des cours menant à un diplôme universitaire. Ils étaient donnés par des enseignants de Bard et d’autres universités  et suivis par presque 300 détenus dans six des prisons de l’état de New York. Une équipe de discussion formée de ces étudiants a attiré l’attention sur elle l’an passé en battant l’équipe de Harvard. Réduire les récidives avec ces  méthodes n’est pas seulement humain mais épargne aussi des dépenses car maintenir quelqu’un enfermé est extrêmement onéreux. Il revient plus cher à l’état de New York de loger et surveiller un seul prisonnier que les frais d’étude complet et les frais d’hébergement d’un étudiant de première année à Harvard. On pourrait s’attendre à ce que des législateurs conscients de la question budgétaire agiraient en conséquence  mais la raison n’a jamais vraiment joué un rôle dans la politique carcérale nord-américaine.

Dans son livre, Smith passé beaucoup trop de temps à nous raconteur les violations des lois sur le financement des campagnes qui lui ont valu son incarcération. Une partie de ce qu’il écrit évoque de nombreux autres essais sur les prisons américaines : il décrit la ségrégation raciale de fait, les viols, l’étiquette (ne jamais s’asseoir sur la couchette de quelqu’un d’autre) et l’économie souterraine. Le prix de la pornographie, des téléphones portables, et d’autres produits de contrebande qui ont augmenté énormément lorsque la neige sur le sol rendait les empruntes de pas visibles ou quand un gardien notoirement vigilent était de service. Et contrairement au film «  The shawhank redemption » dans lequel le personnage joué par Morgan Freeman observe  avec ironie «  Tout le monde ici est innocent » Smith dit que peu de prisonniers plaident leur innocence, à la place, ils accusent leur destin qui les a coincés.

Mais la partie la plus émouvante du livre  concerne sa description de ce que l’emprisonnement fait aux familles.  Smith fait référence à des études montrant que « La moitié des pères incarcérés vivaient avec leurs enfants, un quart d’entre eux servaient de tuteurs essentiels et l’autre moitié fournissait les revenus du ménage. » Quand un homme va en prison, toute sa famille est ébranlée.

«  Quand j’attendais pour utiliser le téléphone, c’était dur d’éviter d’entendre les conversations angoissées avec une ex-amie qui contrôlait les contacts avec leurs enfants, avec des adolescents rebelles qui, en l’absence d’une autorité male à la maison, marchaient dans certains cas sur les traces de leur père ou avec des parents éloignés mourants. »

Une des compagnons de travail de Smith, connu sous le surnom de Big E. avait été un joueur de basket et était condamné à dix-sept ans pour possession de crack-cocaïne. Un samedi dans la salle de télévision, il y avait une des habituelles querelles sur le sport qui allait être regardé. Le fils de Bif E ., un étudiant de première année était entrain de jouer   et « Big E. le meilleur tireur du bâtiment n’avait jamais vu son fils jouer » Il était incarcéré depuis l’âge de dix-neuf ans.

Comment en arrive-t-on au point où une personne âgée de dix-neuf ans qui n’a rien fait de violent puisse être mise à l’écart presque sa vie durant, où le système carcéral casse des familles et où nous avons le plus fort taux d’incarcération des tous les pays du monde, y compris celui de la Russie de Poutine ? Nous avons un tel nombre de prisonniers que le taux de chômage serait relevé de 2% ( et de 8% pour les homes noirs) si ils étaient soudainement libérés. Nos prisons sont si bondées que sur un site comme www.jailbedspace.com des surveillants et des sheriffs peuvent chercher des places disponibles dans d’autres établissements si les leurs sont saturés. L’Arizona et la Californie envisagent d’incarcérer des détenus au Mexique où le coût de la détention est moins cher.

.Teenagers held in confinement cells at a state juvenile detention center, St. Charles, Illinois, 2009

Carlos Javier Ortiz

Des adolescents maintenus dans des cellules d’isolement dans un centre de détention d’état, Saint Charles Illinois. 2009

 

Les nouveaux écrits sur le sujet des prisons vont du travail clair, vivant et bien illustré de James Kilgore au travail de recherché de Naomi  Murakawa et Elizabeth Hinton, qui cherchent toutes deux à montrer combine les libéraux ont créé les fondations du bazar dans lequel nous sommes. La meilleure des études récentes est celle de Maris Gottschalk «  Pris ». Il est difficile d’imaginer une étude plus approfondie de cette crise honteuse.

Les deux parties de l’histoire qui étirent le plus l’attention sont, en premier lieu, la guerre contre les drogues, impossible à gagner et en deuxième la politique répressive des Républicains qui a atteint son apogée avec les informations autour de  Willie Horton lors de la campagne présidentielle de Georges H.W. Bush qui remporta le succès de 1988. ( Les publicités attaquaient Michael Dubakis qui avait appuyé les programme de congés de fin de semaine ayant permis à Horton, un meurtrier condamné l’occasion de commettre des crimes supplémentaires). Mais les Démocrates ont contribué à construire le système carcéral également. Ayant débuté en 1940, afin de faire cesser les lynchages de noirs dans le Sud, appréhendant au moment de la Deuxième guerre mondiale le retour des révoltes racistes dans le Nord, les libéraux ont favorisé l’entrainement plus professionnel des gardiens de la paix. Les Démocrates du Sud qui contrôlaient alors le Congrès ont matérialisé cet effort en accordant des subventions aux états. Le résultat fût que les questeurs reçurent plus de fonds et plus d’équipement lourd avec lesquels effectuer les taches habituelles.  Les libéraux poussèrent aussi vers les peines standardisées qui modifieraient le pouvoir discrétionnaire des juges racistes. Mais les peines minimums obligatoires sont devenues cruellement Lourdes, de même que la définition du crime, sans mentionner l’appartenance raciale ont fini par imposer des peines largement plus graves pour la possession de crack-cocaïne (utilisé principalement par les noirs) que pour celle de cocaïne en poudre (utilisée principalement par les blancs).

 

Les années 60 apportèrent une turbulence sociale immense et l’escalade de tous les types de criminalité. Rapides à moraliser contre le désordre et allant chercher dans le réservoir plein de racisme et de paranoïa de l’Amérique profonde qui nourrissait auparavant les hordes lyncheuses, les politiciens promirent une réponse impitoyable. Le Gouverneur de New York, Nelson Rockfeller sponsorisa les lois anti-drogue qui enfermèrent plusieurs générations d’hommes, généralement noirs. Les autorités à travers le pays agirent si durement en partie parce que les États-Unis choisirent une partie non négligeable de leurs juges et presque tous leurs avocats généraux et leurs shérifs par des élections populaires. Quelque chose qui semblerait étrange à peu près partout ailleurs dans le monde. (Une étude récente montre que les sentences que les juges fédéraux de Washington prononcent augmentent d’en moyenne 10%  à l’approche des élections)

 

Lorsque Bill Clinton est entré à la Maison Blanche en 1993, lui et les Démocrates du Congrès étaient decides à montrer qu’ils étaient plus durs  avec la criminalité que les Républicains. L’année suivante le Congrès passa la si brutale Violent Crime Control and Law Enforcement Act et le Federal Death Penalty Act, qui parmi d’autrs choses ajoutait 60 délits à la liste des crimes passibles de la peine de mort.

 

L’explosion des incarcérations fut également une opportunité de faire de l’argent. Une compagnie de prison privée, à elle seule, la Correction Corporation of America, qui est aujourd’hui à la tête du cinquième système pénitentiaire du pays, après les prisons d’état et celles des trois états les plus grands. Le moins l’argent est dépensé par ces compagnies dans  la formation du personnel, l’alimentation, l’éducation, les soins et les réhabilitations le plus de profits sont faits. Les états, au moins en théorie, ont des bénéfices motivants à réduire la récidive mais pour les établissements privés, la récidive produit ce que toute industrie souhaite : le retour de la clientèle. Il n’est donc pas surprenant que ces établissement poussent  en faveur de la three strike law* ou des mesures similaires. En 2011, les deux prisons privées les plus importantes ont donné presque 3 millions aux candidats et ont embauché 242 lobbyistes dans tout le pays. Une autre industrie ayant des intérêts  à maintenir les prisons pleines, écrit Jeff Smith, est celle de l’alimentation en gros qui sait qu’un marché de 2. 22 millions d’individus reste impuissante à se plaindre quand le nourriture qui lui est délivrée est périmée depuis longtemps.

 

Le complexe industriel des prisons est maintenant très ancré dans sa contrepartie militaire. Avec à la fois des profits pour les corporations et des salaires gouvernementaux en jeu, il sera tout aussi difficile de la réduire que de la transformer. Il y a beaucoup de pourparlers actuellement sur la fait que nos politiciens, de droite ou de gauche sont d’accord pour dire que nos prisons sont trop pleines. Plus  de vingt personnages publiques, allant de Ted Cruz et Scott Walker à Hillary Clinton et Joseph Bidden ( un architecte de l’application plus étendue de la peine de mort en 1990), ont contribué à «  Solutions », une nouvelle anthologie appelant à la réduction de l’incarcération de masse  2 Marie Gottschalk,  cependant, montre pourquoi aucune des solutions proposées – comme celle de Cory Bookers de demander aux juges « plus de retenue dans les sentences » ou celle de Cruz appelant à réduire les sentences minimums obligatoires pour les délits d’usage de drogue non-violents – ou seule ou prises ensemble, ne va réduire la proportion des incarcérations aux USA jusqu’à atteindre ce qu’elle était il y a une cinquantaine d’années.

 

Gottschalk  confirme que nos lois touchant la drogue sont absurdement répressives. Mais «  si tous les cas liès à la drogue étaient éliminés, le taux d’incarcération aux US aurait quand même quadruplé  depuis les trente dernières années. » Et il est vrai, ajoute-t-elle qu’il existe des différences consternantes dans la façon dont les différents races font face à la loi »  Les Hispaniques ont deux fois plus de chance de se retrouver en prison que les blancs et les noirs cinq fois plus. Mais elle montre que même le taux des Américains blancs incarcérés est plus de quatre fois  plus importants que celui de la France multi-ethnique. Clairement les peines  pour de nombreux délits non violents devraient être plus indulgentes. Mais ceci uniquement, ajoute-t-elle n’est pas suffisant, car presque la moitié de ceux qui sont sous les barreaux le sont pour crimes violents.

Trop peu de titulaires, dit-elle, veulent franchir le pas nécessaire, dont chacun représente des décennies de rhétorique politicienne.  Un d’eux consiste à dire que pour un grand éventail de crimes, les condamnations à l’emprisonnement  ne change rien. Des communautés allant de Brooklyn à Oakland, Californie, ont mené des expériences encourageantes  sous forme de « justice restorative » au cours de laquelle des criminels sont condamnés à demander des excuses à ceux qu’ils ont blessés, à rembourser ceux qu’ils ont volés et à participer à l’amélioration des communautés qu’ils ont éprouvées..3  Mais promouvoir de tels programmes n’est pas un chemin prometteur vers les élections pour la plupart des procureurs.

L’autre tâche urgente, selon Gottschalk est de nous assurer que si nous avons vraiment à envoyer les gens en prison, ils soient condamnés à des peines moins lourdes. Il était commun qu’iun individu condamné à perpétuité, si il se comportait bien puisse sortir après dix ou quinze ans d’incarcération – la reconnaissance du fait que prendre de l’âge a beaucoup plus d’effet que la durée de la peine sur les éventualités d’une récidive. Mais les peines incompressibles et d’autres mesures désastreuses des campagnes de répression criminelle ( tough-on-crime) signifient que les prisons américaines sont remplies d’individu purgeant plusieurs condamnations à perpétuité ou plusieurs peines sans libération conditionnelle – une punition qui n’existait pratiquement pas il ya un demi siècle et est pratiquement inconnu dans le reste du monde.

«  La population condamnée à perpétuité aux USA est d’approximativement 160.000 individus, écrit Gottschalk, soit à peu près deux fois plus que l’entière population incarcérée au Japon » Et certaine soi-disant réformes sont sans sens. «  Le Gouverneur de l’Iowa a commuté toutes les peines à perpétuité des condamnés mineurs de son état  mais a déclaré qu’elles ne seraient transformées en liberté conditionnelle qu’après avoir purgé soixante ans incarcérés.

Cela évoque un acte de clémence de sa Majesté George IV, roi d’Angleterre en 1820, quand cinq membres du mouvement révolutionnaire de la Cato street  furent condamnés à être pendus, noyés et écartelés et que le Roi supprima les deux dernières sentences pour ne garder qu’une simple décapitation.  Casser le modèle qui amène tant d’hommes de femmes et d’adolescents à perdre ainsi leur vie en prison demande aussi une amélioration des opportunités d’éducation, d’emplois et de beaucoup d’autres choses une fois sortis. Cela signifie que dans les pays nordiques, ayant le plus bas taux d’incarcération, sont également des pays où la protection sociale est développée et le système social beaucoup plus égalitaire qu’aux USA. «  Des programmes qui promettent aux détenus une deuxième chance à leur libération, écrit encore Gottschalk, signifient peu « quand beaucoup de personnes entrant et sortant de prison ne se sont jamais vu offrir un première chance. »

Ceci n’est que trop vrai. Mais autant voudrais-je voir la sociale –démocratie de type nordique remplacer notre sauvage distribution de la richesse et des opportunités, autant je sais que ce jour n’est pas proche, si jamais il arrive. On ne peut pas attendre jusque là pour réduire drastiquement les effectifs des prisonniers. En ne comptant que les détenus blancs les États-Unis ont deux fois plus de prisonniers par habitant que l’Espagne, où 20% de la population est sans travail et où les aides sociales sont moins développées qu’en Scandinavie. Et nous avons plus de détenus par habitant toute races confondues  que l’Afrique du sud  où le taux de chômage pour la population noire est catastrophique et où l’aide sociale n’existe pratiquement pas.

A-t-il jamais existé un pays qui était enthousiaste sur l’emprisonnement  mais a changé ses pratiques entièrement ? La Finlande l’a fait. En 1950,  avec un système carcéral et un code pénal qui avait peu changé depuis la Russie tzariste, la Finlande avait le taux un plus haut d’incarcération  que celui des USA à la même période. 187 personnes sur 100.000 étaient derrière les barreaux, alors que nous n’en avions que 175. Une longue série de ré »forme – non sans des manifestations dures d’oppositions – a amené le taux d’incarcération finnois beucoup plus bas alors que le nôtre montait en flèche. Aujourd’hui, nous avons atteint les 710 individus sur 100.000 en prison aux US, comparés aux 85 en Finlande. .4 «  Une importante idée ayant émergé » écrivent deux chercheurs sur le changement en Finlande «  a été que la prison de soigne personne. »

Le résultat fût que les peines de prison étaient rarement demandées pour de petite délits et d’autres modes de condamnations devaient être développés à la place. »5

Bien que les prisons que j’ai vu en Finlande isolaient certainement les prisonniers du reste du monde, tout était fait afin que les détenus libérés puisent retourner dans la société. Avec une permission spéciale, quelqu’un ayant accompli la moitié de sa peine pouvait sortir le week-end de Kerava. Tout était fait pour faciliter la transition. Le diplôme que vous obtenez pour avoir mené à bien un des cursus, par exemple, est certifié par une organisation extérieure et ne mentionne pas que votre formation s’est effectuée en prison.

 

Un accueil de services s’intéresse en premier lieu aux problèmes qui ont amenés les ennuis en tout premier lieu. Il y avait des programmes pour la maîtrise de la colère et la réhabilitation ainsi que des thérapies individuelles et groupales. Les détenus pouvaient également prendre part à un programme en douze étapes semblable à celui des alcooliques anonymes, et à un atelier de bien vivre trois fois par semaine. Et, comme en Suède, d’anciens détenus intervenaient, partageant leur expérience de réajustement  social.

Un détenu libéré aux USA est fréquemment interdit de voter, d‘aide au logement, de pension et de et d’allocation handicap. Et il doit s’estimer heureux si il reçoit  l’aide au transport, selon Jeff Smith, un des adieux de routine est : « On te reverra, empaffé ! » En Finlande, avant qu’un prisonnier soir relâché, des travailleurs sociaux vont jusqu’à son domicile, s’assurent qu’il aura un emploi et un lieu où vivre. Pas étonnant si le taux de récidive est beaucoup plus bas que le nôtre

 

  1. Le taux peut être calculé de différentes façons, mais dans une etude récente du Département de la justice, il s’agissait de la proportion parmi 000 détenus dans 30 états qui ont été arrêté pour récidive au cours des trios années suivant leur liberation. Le rapport complet peut être trouvé là : www.bjs.gov/content/pub/pdf/mschpprts05.pdf.  
  2. Solutions: American Leaders Speak Out on Criminal Justice, edited by Inimai Chettiar and Michael Waldman (Brennan Center for Justice, 2015).  
  3. For more on restorative justice, see Helen Epstein, “America’s Prisons: Is There Hope?,”The New York Review, June 11, 2009.  
  4. Melissa S. Kearney and Benjamin H. Harris, “Ten Economic Facts About Crime and Incarceration in the United States,” Brookings, May 1, 2014. Other calculations give slightly different figures.  
  5. See Ikponwosa O. Ekunwe and Richard S. Jones, “Finnish Criminal Policy: From Hard time to Gentle Justice,”The Journal of Prisoners on Prisons, Vol. 21, Nos. 1 and 2 (June 2012), p. 178. 

 

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

La Fondation Gates est-elle une force positive. Conclusion Global Justice Now

 

Le texte qui suit est le fruit d’un long travail d’expertise  et d’enquêtes extrêmement pointues menées par Global Justice  Now touchant les secteurs d’intervention de l’empire Gates. Nous y apprenons, sur plus de soixante-dix pages qui seront publiées par thèmes, la force d’intervention de la Fondation Gates dans les affaires publiques du monde et en particulier celles des pays en voie de développement où elle pratique des opérations de promotion de ses valeurs et, comme tout dans ce système de l’ultra-libéralisme qu’elle défend, de ses intérêt, au détriment de la conscience politique et de l’action des peuples auxquels elle impose ses choix et de leurs gouvernements, trop démunis pour résister à des propositions de solutions massives importées pour combler les failles juridiques ou pratiques de leur fonctionnement. Est-il normal, dans un contexte de démocratie, de voir livrés au bon vouloir d’un seul homme et de ses subalternes les choix touchant les années à venir de millions d’individus ? Est-il concevable que la dimension caritative et toute sa constitution subjective soit plus puissante que la dimension politique et les rouages de délégations qu’elle implique ? Le poids financier et décisionnel de Gates et des acolytes des bio-technologies et de l’empire pharmaceutique qu’il soutient est plus lourd que celui de nations entières ? Ce simple fait n’est -il pas le signe d’un dysfonctionnement structurel majeur ? E.G

 

Conference on vaccines and immunization
L’homme d’affaire américain Bill Gates parle à une conférence de l’Alliance globale pour la vaccination et l’immunisation ( GAVI) autour du thème ” Toucher chaque enfant” en Allemagne, le 25 Janvier 2015. Parmi les membres de la GAVI se trouvent des gouvernements, des fabricants de vaccins, des ONGs ainsi que des organisations pour la santé et la recherche. Photo:  Bernd von Jutrczenka/picture-alliance/dpa/AP Images

 

 

LA FONDATION GATES EST-ELLE UNE FORCE POSITIVE ?

 

Conclusion

 

Recommandations

  1. La Fondation Bill et Melinda Gates devrait être sujette d’une évaluation international indépendante et international. Ceci pourrait être organisé et administré par le Comité d’assistance au développement de l’OCDE bien que cela doive impliquer un processus de contrôle transparent et inclure la participation de différents actionnaires notamment ceux impliqués dans les projets de la Fondation.
  2. L’International Development Select Committee devrait mener une enquête au sein des relations entre le Département de développement international et la Fondation Gates afin d’évaluer l’impact et l’effectivité de toutes les activités touchant la pauvreté et l’inégalité.
  3. La BMGF a besoin de cesser de supporter l’agriculture contrôlée par les corporations qui promeut des réformes comme la privatisation des semences et encourage le développement d’apport synthétiques qui amènent les fermiers à devenir dépendants de produits onéreux chaque saison.
  4. La BMGF devrait cesser de supporter tous les projets de l’ International Finance Corporation jusqu’à ce que de sérieuses prises en compte des coûts de son hôpital privé-public à Lesotho ait été complètement et indépendamment évalués.

 

Lorsqu’elle a été contactée pour donner son point de vue sur le rapport, la Fondation Bill et Melinda Gates nous a répondu ce qui suit :

Nous apprécions cette opportunité de commenter votre rapport mais nous croyons qu’il déforme la réalité de notre fondation, de notre travail et de notre partenariat. La mission de la Fondation est d’améliorer la qualité de vie des habitants les plus pauvres du monde. C’est un défi complexe et le résoudre demandera un panel d’approches autant que la collaboration des gouvernements, des OGNs, des institutions académiques, des compagnies privées et des organisations philanthropiques. Les gouvernements ne sont positionnés que pour fournir la guidance et les ressources nécessaires à faire face à ces inégalités structurelles et assurer que les bonnes solutions touchent ceux qui sont les plus dans le besoin. Le secteur privé a accès aux innovations – par exemple en science, en médecine et en technologie- qui peuvent sauver des vies. Et nous croyons que le rôle de la philanthropie est de courir des risques que les autres ne peuvent pas courir. La bonne nouvelle est le fait que le travail partagé progresse incroyablement. Depuis 1990, le monde a réduit l’extrême pauvreté de moitié, la mortalité infantile et les décès de malaria de moitié, réduit la mortalité à l’accouchement presque de 50% et conduit l’infection HIV à réduire de 40%.

Nous croyons que les prochaines quinze années amèneront encore des améliorations significatives. Dans tout notre travail – que ce soit en aidant les femmes à avoir accès aux soins prénataux ou à s’assurer que les petits fermiers puissent produire assez de nourriture pour nourrir leur famille- nos partenaires guident nos priorités et notre approche. Nous écoutons les experts et les hommes et les femmes de terrain et  agissons en fonction de preuves. Nous avons été l’une des premières fondations à joindre l’International Aid Transparency Initiative (IATI), et nos rapports à l’OCDE et à l’International Aid Transparency Initiative (IATI), ainsi que notre politique d’Accès ouvert reflète notre engagement à un échange ouvert d’informations. Enfin, il est important de noter que la dotation qui finance la Fondation Bill et Melinda Gates est gérée indépendamment par une entité séparée, le Bill & Melinda Gates Foundation Trust. Le personnel de la fondation n’a pas d’influence sur les décision d’investissement du trust et pas d’accès à ses stratégies d’investissement ou de gestion autrement qu’à travers ce qui est disponible à travers les informations publique.”

 

 

 

Traduction Elisabeth Guerrier

 

La Fondation Gates est-elle une force positive ? Cinquième partie Global Justice Now

La Fondation Gates est-elle une force positive ?

 

Le texte qui suit est le fruit d’un long travail d’expertise  et d’enquêtes extrêmement pointues menées par Global Justice  Now touchant les secteurs d’intervention de l’empire Gates. Nous y apprenons, sur plus de soixante-dix pages qui seront publiées par thèmes, la force d’intervention de la Fondation Gates dans les affaires publiques du monde et en particulier celles des pays en voie de développement où elle pratique des opérations de promotion de ses valeurs et, comme tout dans ce système de l’ultra-libéralisme qu’elle défend, de ses intérêt, au détriment de la conscience politique et de l’action des peuples auxquels elle impose ses choix et de leurs gouvernements, trop démunis pour résister à des propositions de solutions massives importées pour combler les failles juridiques ou pratiques de leur fonctionnement. Est-il normal, dans un contexte de démocratie, de voir livrés au bon vouloir d’un seul homme et de ses subalternes les choix touchant les années à venir de millions d’individus ? Est-il concevable que la dimension caritative et toute sa constitution subjective soit plus puissante que la dimension politique et les rouages de délégations qu’elle implique ? Le poids financier et décisionnel de Gates et des acolytes des bio-technologies et de l’empire pharmaceutique qu’il soutient est plus lourd que celui de nations entières ? Ce simple fait n’est -il pas le signe d’un dysfonctionnement structurel majeur ? E.G

 

LA FONDATION GATES EST-ELLE UNE FORCE POSITIVE ?

 

Cinquième partie : La Fondation et la privatisation des services de base. Les campagnes de vaccination

 

Favoriser l’avancée du programme de privatisation de la CHMI de l’HANSHEP est mis en oeuvre par le Results for Development (R4D) Institute, lui aussi financé par la BMGF, qui promeut également l’investissement du secteur privé dans les services de base.231 Les membres du conseil de la R4D incluent Carla Hills, l’ancienne secrétaire US du commerce, qui est présente actuellement dans les conseils internationaux de JP Morgan Chase et de Rolls Royce.232 Le financement de la BMGF pour la privatisation des services de base s’étend à l’éducation, un domaine clef pour la BMGF aux US. L’ancien PDG de la BMGF, Jeff Raikes a dit explicitement que le monde des affaires américain devrait jouer un rôle plus important dans le système d’éducation américain et que « de nouveaux types de partenariats et de collaborations entre et au sein des éducateurs et des affaires »  sont nécessaires.239  Dans cette stratégie, la fondation a été grandement critiquée par plusieurs professionnels de l’éducation américains. Par exempe, Diane Ravitch, une historienne de l’éducation et chercheuse à l’Université  de New York a écrit sur le financement constant de groupes promouvant la privatisation de l’éducation publique et ceux qui promeuvent un «  agenda anti-public état après état. » 240 ©  Département du développement international / Russell Watkins Melinda Gates s’adresse au Département britannique du développement international en 2010.

 

Conference on vaccines and immunization

Le businessman américain Bill Gates parle lors d’une conférence ayant pour thème “Toucher chaque enfant” organisée par l’Alliance globale pour la vaccination et l’immunisation ( GAVI) à Berlin en Allemagne le 25 Janvier 2015. Parmi les membres de l’Alliance, on trouve des membres de gouvernements, des fabricants de vaccins, des OGNs. Photo by: Bernd von Jutrczenka/picture-alliance/dpa/AP Images

 

 

Pourquoi la Fondation Gates supporte-t-elle le monde de la finance international ?  Le IFC  est le bras du secteur privé de la Banque mondiale, promouvant le développement du secteur privé dans les pays en voie de développement. Et est déjà massivement finance, à hauteur de 16 milliards en 2014.233 L’IFC  a été critique depuis longtemps pour sa promotion des intérêts privés, notablement les compagnies minières et agricoles, en fait les remplaçant et étendant leurs opérations dans les pays en voie de développement.234 La BMGF a fourni 11 donations à l’IFC se montant à plus de 40 millions.235 Sa plus grosse donation, s’élevant à 10 millions et octroyée en 2009, a été faite afin d’aider l’IFC  à «  apporter une assistance technique aux gouvernements sur la meilleure façon d’interagir avec le secteur privé ».236 La BMGF travaille également en partenariat avec l’IFC au Fond africain pour la santé, Health in Africa Fund, un fond privé qui investit dans les petites et moyennes compagnies de soins privées de santé. En annonçant cette nouvelle initiative, l’IFC a dit que l’objet de ce financement était d’ « inclure l’amélioration de l’environnement opérationnel pour ces compagnies » travaillant dans le secteur de la santé en Afrique.237 Promouvoir les intérêts du secteur privé en Afrique est peut-être la seule raison de financement de l’IFC par la fondation Gates. Cependant le partenariat privé-public dans la santé s’est souvent avéré désastreux. L’analyse d’Oxfam sur de tels projets à Lesotho, dans lequel l’IFC était un conseiller, a montré qu’un hôpital qui était construit dans le cadre de ce programme engloutissait plus de la moitié du budget santé de Lesotho, laissant peu de ressources pour faire face à de sérieux problèmes de santé publique dans un des pays les plus pauvres du monde.  Oxfam a fait appel à l’IFC afin qu’elle stoppe son travail de conseils sur le partenariat public-privé jusqu’à et à la condition que le casa ait été complètement et indépendamment examiné.238 Le quartier général des trusts de la finance internationale  Washington DC. I 37 La BMGF est aussi un financeur direct de l’entreprise privée d’éducation britannique, Pearsons, dans ce qui est, comme le souligne le commentateur américain, Anthony Cody, un glissement vers la promotion toujours plus importante de la  «domination du marché» par une compagnie aux US. 241 Pearson, qui est supporté par la DFID, cherche aussi de nouveaux marchés dans le sud et a repéré 11 pays où il est montré que « les solutions éducatives à bon marché offrent des solutions.». 242 Quelques projets de la BMGF soutiennent les changements dans les réglementations des pays en voie de développement afin de paver la voie pour plus de fournitures privées des services de base. Par exemple, la BMGF est un member clef du  Global Impact Investing Network (GIIN), établi en 2007 lors d’une rencontre avec la Fondation Rockefeller par « un petit groupe d’investisseurs afin de discuter des besoins émergeants face à l’impact  des investissements ».243 L’impact des investissements a été décrit comme « les investissements dans les compagnies, les organisations, et les fonds avec l’intention de générer un impact environnemental et social en même temps que financier en retour. » 244 Comme membre du conseil des investisseurs la BMGF siège aux côtés d’un nombre de philanthropes et de compagnies comme JP Morgan et Goldman Sachs.245 Le Basic Services Programming Track de GIIN, qui se centre sur l’Asie du sud et l’Afrique sub-saharienne promeut « des solutions de marché afin de combler l’écart dans les approvisionnement » de services de bases.246 Un des aspects de ce programme est de « cartographier // les politiques et/ou les environnements dans lesquels les investissements dans les services de base peuvent avoir lieu ».247 Ce pourrait être la première étape du lobbying et de la stratégie pour amener les environnements à être plus favorables à la promotion de l’offre privée de services de base.

 

 

 

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Le besoin d’un regard indépendant – La problématique des vaccins Several dans le contexte des financements de la BMGF a été évoquée plus haut. Il y a aussi des inquiétudes particulières touchant le financement de certaines campagnes de vaccination qui demanderait l’usage d’un regard indépendant et une analyse dont les programmes de la fondation manquent. La BMGF est devenue la principale source de financement des programmes de vaccination dans les pays en voie de développement. Elle envisage de prévenir plus de 11 millions de décès d’ici à 2020. Les programmes financés par la BMGF afin de développer et de fournir les vaccins contre la polio et la méningite ont touché des millions de personnes. La fondation a fourni 2.5 milliards à GAVI alliance afin d’acheter des vaccins et de fournir son soutien technique aux pays les plus pauvres du monde.248 Cependant, à côté de ces programmes, la BMGF est aussi accusée d’assister les compagnies pharmaceutiques qui contournent ou  omettent la régulation occidentale en sponsorisant des expériences sur des produits au rabais dans les pays en voie de développement.  Cela coûte des milliards de développer de nouveaux médicaments, principalement en frais pour conduire des expériences cliniques exigées des autorités aux US et en Europe.  La BMGF dit : « Afin d’accélérer la traduction de découvertes scientifiques en solutions applicables, nous cherchons de meilleurs moyens d’évaluer et de raffiner les interventions potentielles – comme des vaccins potentiels- avant qu’ils entrent  dans la dernière étape, coûteuse et longue, des essais cliniques ».249  Ceci semble vouloir dire que la BMGF travaillera par l’intermédiare des institutions qu’elle finance ( comme la GAVI Alliance, la Global Health Innovative Technology Fund, et le Programme for Appropriate Technology in Health (PATH)) afin de promouvoir des essais cliniques, qui bien sûr commencent sur une large échelle en Afrique et en Asie du sud au milieu des années 2000.250  Cependant plusieurs rapports lèvent de sérieuses questions sur l’impact de certains de ces essais financés par la BMGF. Certains pointent le nombre significatif de maladies et même de morts chez ceux à qui on a administré ces vaccins. Le contexte est encore plus controversé, pour qui les accusations portent sur les compagnies pharmaceutiques  utilisant les populations pauvres dans le sud comme cobayes pour tester leurs produits parce que c’est plus facile que dans le monde occidental d’y conduire des expériences médicales et de recruter des participants.251 Global Justice Now n’a pas pu vérifier la véracité de ces rapports, parce que très peu d’information publiques sont disponibles. Mais ce qui est inquiétant est la façon dont les médias ont prêté attention à ces allégations. Il semble qu’il y ait un quasi silence touchant les questions associées aux projets de la BMGF. En plus, ces projets ne reçoivent que très peu de regard critique de la part des officiels, soulevant le fait que des positions beaucoup plus indépendantes doivent être prises pour juger des programmes financés par la BMGF. Le Gardasil aux Indes faisant l’objet d’un programme de la BMGF est actuellement l’objet de poursuites avec des accusations portant sur des morts et des maladies qu’auraient entraîné le “ projet de démonstration” de ce vaccin.252 Démarré en 2009, quelques 23.500 filles se sont vues administrer ce vaccin afin de prévenir les cancers de l’utérus dans le district de Khammam Andhra Pradesh et dans le district de Gujarat. Les vaccins étaient du Gardasil et du Cervarix, le premier fabriqué et distribué par Merck, le deuxième par GlaxoSmithKline, et furent administrés sous le contrôle de membres du ministère de la santé. L’ONG à l’origine de ce projet était la PATH (Program for Appropriate Technology in Health), basée aux USA qui a reçu de nombreux dons de la BMGF ( pour plus de détails voir p.21) Son but en conduisant les essais était de créer des preuves afin de supporter l’inclusion de ces vaccins dans le programme national de politique immunitaire du gouvernement.253 Plusieurs mois après que le vaccine ait été administré, de nombreuses filles commencèrent à tomber malades et en 2010, cinq d’entre elles moururent à Andhra Pradesh et deux à  Gujarat.254 Les pétitionnaires qui sont actuellement à l’origine de ces deux procès devant la Court suprême indienne affirment qu’au moins 1200 filles dans les deux états ont souffert de sérieux effets secondaires ou du développement de désordres auto-immunitaires et exigent un traitement médical continu.255

La cause de la mort a, cependant, était contestée par le Dr. V.M Katoch, directeur général du Conseil indien pour la recherche médicale (Indian Council of Medical Research), qui a constaté que quatre décès à Andhra Pradesh n’étaient pas dus au vaccin mais à des empoisonnement, des noyades ou d’autres causes, pendant que deux des décès à  Gujarat étaient attribués à la malaria ou a des morsures de serpent.256 En 2013, une investigation du projet faite par un comité parlementaire a révélé une conclusion terrible. Il a constaté que la campagne de vaccination était une pratique à grande échelle d’essais cliniques conduites au nom des firmes pharmaceutiques et déguisées en «  étude d’observation » afin de contourner les exigences de statut.257 Le comité parlementaire a établi que «  Le PATH, en menant à bien ces essais cliniques pour le vaccin HPV à Andhra Pradesh et à Gujarat sous le prétexte d’un projet d’observation / démonstration [sic] a violé toutes les lois et les régulations exigées pour les essais cliniques par le gouvernement. En faisant cela, son seul but était de promouvoir uniquement l’intérêt commercial des fabricants du vaccin qui auraient récoltés des profits considérables si le PATH avait été capable d’inclure le vaccin HPV dans l’UIP (India’s immunisation programme)”.258 Le rapport du comité ajoute que les actions du PATH sont : « une violation Claire des droits humains de ces fillettes et de ces adolescents » et constituent  une « maltraitance. ».259 Le comité a aussi réprimandé le gouvernement pour « leur investigation bâclée sur les morts, affirmant que le lien avec la vaccination avait été déniées d’une façon identique pour les sept morts sans qu’il soit mené une enquête approfondie. »  260 En particulier, le comité parlementaire a accusé la procédure de faillir à obtenir le consentement de ceux qui participaient. À Andhra Pradesh, l’accord avait été donné par des directeurs de foyers sans le consentement parental pour plus de 2700 cas. À Gujarat, seulement la moitié des formulaires d’accord étaient signés, parmi d’autres irrégularités. Un grand nombre de parents ou de responsables étaient illettrés et ne pouvaient pas écrire même dans leur langue locale.261 Une enquête en Janvier 2015, menée par le journal anglais the Daily Mail, a questionné de nombreux garçons et filles qui ont dit qu’ils n’avaient aucune idée du fait qu’ils testaient un médicament et qui ont souffert de perte de poids, de fatigue, d’étourdissement et de problèmes menstruels.  Le journal a  révélé que des enfants âgés seulement de neuf ans ont souffert d’effets secondaires après avoir été utilisés comme des cobayes non volontaires pour un nouveau vaccin. 262 Le cas n’a pas été jusqu’ici couvert par le Guardian dont le site web sur le développement mondial reçoit des fonds de la BMGF. Non seulement le projet Gardasil est financé par la BMGF mais à l’époque, la BMGF Trust avaient des actions chez Merck. 263 Le comité parlementaire a statue : « Si le PATH avait réussi à faire inclure le vaccin HPV dans le programme  universel d’immunisation des pays concernés, ça aurait généré des profits colossaux pour les fabricants par l’intermédiaire de ventes automatiques, années après années, sans dépenses liées à la promotion. ».264 En réponse à ces critiques, le PATH a dit que le Gardasil e le Cervarix étaient en vente en Inde et dans plus de cent autres pays et que « la sécurité et l’efficacité de ces vaccins ont été testées dans de nombreuses études. » Il a ajouté qu’avant la licence indienne, des essais cliniques sur ces deux vaccins avaient été conduits et qu’ «  à cette date aucun décès n’a été attribué à la vaccination par le vaccin HPV en Inde ou ailleurs. » Il a ajouté aussi que les effets secondaires sérieux à ces vaccinations sont «  très rares ».265

 

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NIAID le programme de vaccination contre la polio en Inde

Certains analystes ont aussi manifestés certaines inquiétudes à propos du programme d’éradication de la polio finance par la BMGF, un produit phare de la fondation et une de ses priorités, sur lequel Bill Gates a été très influent.266 La BMGF finance le Global Polio Eradication Initiative de WHO dans une tentative d’éradiquer la polio en «  touchant  chaque enfant dans sa première année dans les pays à haut risque avec des doses multiples de vaccin oral, à la fois à travers des campagnes de vaccination nationales et locales. » Le site web de la BMGF website note que : « L’Inde, qui était déclarée sans polio en Février 2012 est peut-être le meilleur exemple de la manière dont un pogramme complètement finance conduit par des leaders impliqués et des travailleurs motives peut atteindre le succès. » 267 Cependant, des critiques de la stratégie du programme de vaccination se sont levees ces récentes années, au moins en dehors des cercles officiels. Bien sûr, quelques analystes demandent à ce que le programme d’éradication de la polio soit stoppé. Par exemple, un article de 2002 publié dans le  Indian Journal of Medical Ethics par les docteurs du St Stephen Hospital à Delhi, a montré que le vaccine contre la polio semble causer une maladie cliniquement semblable qui est deux fois plus mortelle que la polio.  Les données du National Polio Surveillance Project d’Inde montre des preuves que les cas de paralysie flasque aigue (nonpolio acute flaccid paralysis (NPAFP) ont augmenté en proportion du nombre de doses de vaccins anti-polio administrés. En 2011, alors que l’Inde se préparait à se dire libérée de la polio, il y avait 47.500 cas supplémentaires de NPAFP. Les auteurs rapportent que, nationalement, le taux de NPAFP  est maintenant douze fois plus important que d’habitude et que les enfants identifié comme atteints avaient « deux fois plus de risqué de mourir que ceux avec la polio. ».268 Il a aussi été rapporté dans le Lancet que l’incidence du NPAFP avait augmenté d’une façon exponentielleen Inde après l’introduction du vaccin contre la polio .269 L’analyse par les auteurs indiens est que l’immunisation habituelle contre la polio est relativement sans danger mais que le risque augmente avec le nombre de doses. Les auteurs indiens écrivent aussi que en dépit de la  « charade à propos de l’éradication de la polio », la communauté scientifique sait depuis longtemps que l’éradication de la polio est impossible parce que les scientifiques ont synthétisé le virus de la polio dans un test dès 2002. Le virus ne peut donc pas être déclaré éteint car la séquence de son génome est connue et la technologie moderne peut le ressusciter in vitro. Ils continuent,  « amener les pays pauvres à faire des dépenses sur leur maigres ressources sur un rêve impossible lors es prochaines dix années est une faute éthique. ». Les auteurs sont fortement critiques sur le financement particulier contre la polio, connue sous le nom de financement vertical parce que,  « c’est une évidence de la façon dont les financements et les dons venant de l’étranger distordent les priorités locales. » Ils ajoutent : « Dans la perspective de l’Inde, l’exercice a été extrêmement coûteux à la fois en terme de souffrance humaine et en terme financier » Il est tentant de spéculer sur ce qui aurait pu être réalisé si les 2.5 milliards dépensés pour tenter d’éradiquer la polio avaient été investis dans l’eau, les équipements sanitaires et l’immunisation de routine… le programme d’éradication de la polio met en avant à peu près tout ce qui ne va pas avec les dons pour des projets verticaux touchant des «  maladies spécifiques » au dépend du coût dans des investissements dans des structures de santé de base orientées vers les communautés ( programmes horizontaux) ». 270 La même vision du problème des vaccins polio est présente dans un récent article du British Medical Journal par Dr Viera Scheibner, un éminent expert en vaccination, qui a fait la liste de nombreuses études montrant que la  paralysie associée aux vaccins (Vaccine-associated Paralytic Poliomyelitis (VAPP) – causée par l’administration du vaccin polio, «  avait lieu dans le monde entier partout où le vaccin anti-polio a été utilisé. » L’article conclut : « Ce n’est pas une surprise de constater que la récente campagne de vaccination de mase financée par la BMGF a donné lieu à un nombre plus élevé de cas de VAPP. Le seul moyen pour éradiquer la paralysie poliomyélitique est d’arrêter la vaccination. ».271

MenAfriVac au Tchad. La BMGF finance aussi le projet de vaccine contre la méningite, en partenariat avec la WHO et le PATH afin de développer et de fournir un vaccine afin d’endiguer l’épidémie de méningite en Afrique.  Quelques 217 millions de personnes dans 15 pays ont été vaccinées, MenAfriVac, depuis qu’il a été introduit en 2010.272 Une étude menée en 2013 de MenAfriVac couverte par The Lancet a montré que le vaccin réduisait les cas de méningite de 94%, un taux de succès significatif.273 Une petite partie de l’histoire cependant éveille des inquiétudes sur l’absence de contrôle médiatique et officiel de ces programmes. Le site US VacTruth est l’une des seules sources ayant rapporté quelques incidents en Décembre 2012, dans le petit village de Gouro dans le nord du Tchad où avait été administré le vaccin. La source écrit que 500 enfants ont été « enfermés dans leur école » et «  menacés de ne plus recevoir d’éducation si ils n’était pas d’accord pour se faire vacciner contre la méningite. » Sans que leurs parents soient au courant, les enfants ont tous reçu le MenAfriVac, qui, selon les sources, était un prduit sans licence, encore testé. Dans les heures qui ont suivi, selon VacTruth, 106 enfants ont commencé à souffrir de maux de tête,  à vomir et à montrer des convulsions sévères et des paralysies. Après avoir attendu un traitement médical qu’ils ont fini par recevoir, et qui les a soigné, chaque famille a reçu la somme non confirmée de 1000 livres sterling du gouvernement. Aucun document n’a été rendu public et ils ont été informés que leur enfants n’avaient pas été rendus malades par le vaccin. L’histoire a été publiée dans le journal local, le Voix et par une des chaînes principale au Tchad, qui a montré des images du Premier ministre alors en poste visitant les enfants à l’hôpital. Mais la campagne de vaccination a été présentée comme un succès 274 et n’a eu que peu ou pas de couverture médiatique ? Ces histoires, qui, nous le répétons pour lesquelles Global Justice Now n’a pas été à même de pousser les investigations et de valider posent toutes la question des investigations et mettent en lumière la nécessité de soumettre les programmes de la BMGF à un regard critique officiel.

La Fondation Gates est-elle une force positive ?  Quatrième partie Global Justice Now

 

La Fondation Gates est-elle une force positive ?

 

Le texte qui suit est le fruit d’un long travail d’expertise  et d’enquêtes extrêmement pointues menées par Global Justice  Now touchant les secteurs d’intervention de l’empire Gates. Nous y apprenons, sur plus de soixante-dix pages qui seront publiées par thèmes, la force d’intervention de la Fondation Gates dans les affaires publiques du monde et en particulier celles des pays en voie de développement où elle pratique des opérations de promotion de ses valeurs et, comme tout dans ce système de l’ultra-libéralisme qu’elle défend, de ses intérêt, au détriment de la conscience politique et de l’action des peuples auxquels elle impose ses choix et de leurs gouvernements, trop démunis pour résister à des propositions de solutions massives importées pour combler les failles juridiques ou pratiques de leur fonctionnement. Est-il normal, dans un contexte de démocratie, de voir livrés au bon vouloir d’un seul homme et de ses subalternes les choix touchant les années à venir de millions d’individus ? Est-il concevable que la dimension caritative et toute sa constitution subjective soit plus puissante que la dimension politique et les rouages de délégations qu’elle implique ? Le poids financier et décisionnel de Gates et des acolytes des bio-technologies et de l’empire pharmaceutique qu’il soutient est plus lourd que celui de nations entières ? Ce simple fait n’est -il pas le signe d’un dysfonctionnement structurel majeur ? E.G

 

LA FONDATION GATES EST-ELLE UNE FORCE POSITIVE ?

 

Quatrième partie : la Fondation et la bio-technologie en Afrique

 

La BMGF promeut un certain nombre de priorités spécifiques à travers ses dons à l’agriculture, de nombreuses parmi elles compromettent les intérêts des petits agriculteurs tout en affirmant les protéger. Ceci comporte la promotion d’un modèle d’agriculture industrielle, l’usage croissant d’engrais chimiques et de céréales chères, sous patent, la privatisation des services d’extension et une large concentration sur les céréales transgéniques. La scientifique indienne,   Vandana Shiva a nommé a fondation Gates la menace la plus grande pour les fermiers des pays en voie de développement.159  La fondation finance l’Alliance  for a Green Revolution in Africa en favorisant l’agriculture industrielle. L’Alliance for a Green Revolution in Africa (AGRA) est devenue l’organisation africaine la plus importante, visant ostensiblement à éradiquer la faim à travers le continent. Elle a été créée par les Gates et par la fondation Rockfeller en 2006 afin  d’améliorer l’agriculture africaine partout où c’est possible et pour le faire aussi vite qu’il est possible.160 Depuis lors, la BGMF a octroyé des fonds d’un montant de 420 millions de dollars à AGRA161, qui en pratique est un substitut de la BMGF. L’ancien PDG de la fondation Jeff Raikes et la Directrice de l’agriculture sont partie prenante du conseil d’administration de l’AGRA162, qui a été décrit par la BMGF comme  La voix et le visage de l’Afrique pour notre travail.163 En aucun cas l’ensemble du travail de AGRA n’est négatif. Certains de ses projets encouragent la santé des sols et l’agriculture féminine, par exemple, et sont vraisemblablement positifs bien qu’il ya ait peu voire pas d’évaluation de ces programmes. Cependant l’idée maîtresse d’AGRA, comme son om l’indique est de supporter l’agriculture industrielle- avec comme point central la promotion de technologies comme les semences hybrides et les engrais chimiques.  Le problème principal avec AGRA est qu’elle prépare le terrain pour une plus forte pénétration de l’agriculture industrielle et des engrais chimiques. Le site de la BMGF est de mauvaise foi sur son site à propos de ses supports à l’agriculture industrielle, il y est dit : « Nous encourageons les fermiers à adopter et pratiquer des techniques durables de culture qui les aident à faite croître plus sur moins de terre, d’eau, d’engrais et d’autres apports coûteux tout en préservant les ressources naturelles pour les générations futures. ».164 Cependant l’enjeu principal pur l’AGRA est de promouvoir de tels « apports coûteux », tout spécialement les engrais qui amène des risques pour la santé notoires, accentuent l’érosion des sols et peuvent piéger les petits dans des dettes invivables.165 La BGMF, par l’intermédiaire de AGRA est l’un des plus grand promoteur de’engrais chimiques au monde et certains fonds alloués par la BMGF à AGRA ont tout spécialement comme but de chercher à «  construire la chaîne d’engrais en Afrique ».166 Une des plus grandes donations d’AGRA, équivalent à 25 millions, a été pour l’aide à l’installation de l’African Fertiliser Agribusiness Parnentship ( AFAP) en 2012. 167 le véritable but est de   au moins doubler l’usage total des engrais en Afrique.168 En fait le Président d’alors d’AGRA,  Namanga Ngongi, un ancient official de l’ONU, a quitté son ancient poste à l’AGRA pour devenir le fondateur et actuel président de l’AFAP en 2012.169 En Août 2014, L’AGRA a publié un rapport majeur, se plaignant du faible usage des engrais par les fermiers africains. Il y est noté qu’AGRA supporte l’AFAP afin de développer la production de nouveau engrais, des opérations de stockages et de revente, avec le but initial de fournir 225.000 tonnes supplémentaires d’engrais aux fermiers dans trois pays. » (Le Ghana, Le Mozambique et la Tanzania).170 Le projet  AFAP est mené en partenariat avec l’International Fertiliser Development Centre, un organisme qui représente l’industrie des engrais.171

 

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Davos 2003

Les priorités de la fondation sont une menace pour l’agroécologie. L’agenda de l’AGRA est la plus grosse menace directe au movement croissant pour la souverainenté alimentaire et les mèthide de cultures agroécologiques en Afrique. Ce mouvement oppose la récupération aux engrais, aux cereals hors de prix et au OGMs et à la place promeut une approche qui autorise le contrôle des communautés sur la façon dont la nourriture est produite, commercialisée et consommée. Il cherche à créer un système alimentaire qui ait vocation à aider les gens et l’environnement plutôt qu’à faire du profit pour les multinationales.172La priorité est donnée à la promotion d’une agriculture saine et de nourriture saine en protégeant les sols, l’eau et le climat et en promouvant la bio-diversité. Il ya des preuves palpables que l’’agriculture agroécologique peut augmenter les rendements d’une façon significative, souvent comparable ou plus importante que l’agriculture industrielle et est plus profitable aux petits fermiers.173  En 2011, l’alors Rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation Olivier de Schutter a fait appel aux pays dans son rapport sur l’agro-écologie afin qu’ils réorientent leur politique agricole afin de promouvoir des systèmes durables qui permettent le droit à l’alimentation. Il a déclaré que : «  l’agroécologie permet des avantages qui sont complémentaires à des approches plus éclairés de l’agriculture conventionnelle comme le développement de variétés de graines au haut pouvoir de production et il affirme que «  l’évaluation de ces expériences est le challenge contemporain. »  .174 De Schutter a directement provoqué l’effort de la BMGF pour une revolution verte en demandant :  Les questions du pouvoir et de la participation sont des questions clefs ici. Il est irr&aliste de chercher à atteindre un progrès durable en combattant la pauvret& rurale simplement grâce à la technologie : la politique économique du système alimentaire, la question du pouvoir d’investissement, sont en fait des phénomènes clefs, aussi importants que les graines…Comment le paquet du Développement et de la révolution verts, des graines améliorées, des engrais chimiques et des pesticides, est-il durable dans un monde qui va manquer d’énergies fossiles et dont le contrôle sur tous ces éléments est entre les mains d’un nombre limité de très grosses corporations qui ne rendent des comptes qu’à leurs actionnaires ? 175

Favoriser les semences patentées. Un autre travail essential pour l’AGRA est la régulation des semences, sur laquelle il influence régulièrement les gouvernements africains.176 Actuellement, plus de 80% des semences viennent de millions de petits fermiers recyclant et échangeant des semences d’une année sur l’autre. Mais comme le note le Centre africian de la bniodiversité ( ACB) «  une bataille est actuellement engagée sur le système de semences africain ».177   L’ACB note que bien que l’AGRA reconnaisse la biodiversité et la pluralité dans le système de semences africain ( où les fermiers utilisent d’une façon majoritaire leurs propres semences ou des semences mise de côté.) son orientation est celle de la promotion d’une introduction d’un système commercial de semences, qui risque de permettre à quelques compagnies de contrôler la recherche et le développement, la production et la distribution. Afin de permettre aux compagnies céréalières d’investir dans la recherche et le développement, ils souhaitent en premier lieu protéger leur «propriété intellectuelle ». Ceci exige une restructuration fondamentale des lois sur les semences afin qu’elle permette le système de certification qui ne se contente pas de protéger les variétés protégées et les bénéfices qui leurs sont liés mais qui en fait criminalise tout semence non certifiée. Durant les deux dernières dizaines d’années, un long et lent processus de réforme de la législation nationale sur les semences, sponsorisé par l’USAID et le G8, avec la BMGF et d’autres ont ouvert la porte aux investissements des multinationales de la production céréalière, y compris l’acquisition de toute entreprise productrice de semence du continent. Comme le note ABC, c’est une menace sérieuse pour le système des semences africain et pour la bio diversité.178 ©

 

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Global Justice Now Global Justice Now demande à la BMGF de  « libérer les semences ». Mars 2015. Créer la demande pour la consommation et l’extension des services privatisés tout en poussant à l’usage des engrais et ses semences patentées, un autre des programmes d’AGRA depuis son implantation a été le support de petites entreprises privées fournissant les produits chimiques et les semences et les vendant aux fermiers dans plusieurs pays du continent africain. Des recherches ont montré que le réseau Malawi de vendeurs de produits agricoles était une voie de commercialisation de produits vendus par les multinationales.183 En procédant ainsi, il augmente la dépendance des fermiers aux produits chimiques et marginalise les alternatives pour une agriculture durable. Le principal fournisseur des revendeurs agricoles à Malawi est Monsanto, responsable de 67% de toutes les commercialisation.184 Un rapport d’évaluation du réseau des ventes agricoles montre que le programme a permis un croissance de 85% des ventes des revendeurs et qu’ils ont vendu 10.908 tonnes de semence et 18. 071 tonnes d’engrais entre 2007 et 2010. Environ 10 maïs hybrides ont été vendus – cinq de chez Monsanto et cinq d’autres compagnies, Seed.co.185 Que le réseau de ventes céréalières Malawi tendent à créer de la demande auprès des agriculteurs pour les produits fournis par les multinationales de l’agro-industrie est explicite dans la littérature autour du projet. «  Les revendeurs… agissent comme des vaisseaux afin de promouvoir la commercialisation des produits  de nos fournisseurs, » indique un des documents sur le projet.186 De plus, la formation sur les produits des revendeurs a été fait par les producteurs eux-mêmes. Il est aussi critique de constater que ces mêmes revendeurs sont de plus en plus la source de conseils aux fermiers et une alternative aux services d’extension agricole des gouvernements.  Une évaluation de projet a montré que 44% des revendeurs du programme fournissaient des services.187 Bien sûr un rapport de la Banque mondiale note que :  « les revendeurs sont devenus les nœuds de transmission les plus importants des zones pauvres rurales, une nouvelle forme de secteur privé est en train d’émerger dans ces pays ( Kenya, Ouganda et Malawi) comme les compagnies les plus importantes de produits agricoles organisent de plus en plus des démonstrations commerciales de nouvelles technologies dans les zones rurales avec les grossistes locaux. ».188 Des variétés de semences hybrides sont régulièrement prônées comme une solution au « problème » de productivité alimentaire de l’Afrique et sont fortement promus par une variété d’organisations supportées par la BMGF. Cependant les semences hybrides sont souvent onéreuses pour les petits fermiers et peuvent les enfermer dans la nécessité d’acheter des semences chaque année.179 Les hybrides peuvent présenter d’énormes avantages mais pas toujours, et seulement dans les bonnes conditions, comme lorsqu’ils sont couples avec l’usage continu des engrais synthétiques ( qui doivent aussi être achetés), l’irrigation, des zones plus grandes de terre et la monoculture – le kit « Révolution verte ».180 Une approche de l’ agenda de la BMGF/AGRA plus positive pour la promotion des semences patentées est de promouvoir les réserves de semences et les banques publiques de semences indigènes.

La BGMF joue un rôle majeur en aidant les multinationales à entrer en force dans le nouveau marché céréalier, comme l’a montré une conférence secrète à Londres en Mars 2015, à laquelle a assisté Global Justice Now. A la conférence, co-organisée par la BMGF avec l’USAID, les multinationales ont discuté de la façon d’augmenter leur contrôle sur le secteur mondial des semences. AGRA et l’entreprise SYGENTA étaient sur la liste des invités, parmi d’autres multinationales, mais aucune organisation d’agriculteur n’était invitée. Un des buts de la conférence a été de partager ses découvertes issues d’un rapport par Monitor Deloitte sur le secteur du développement du commerce des graines dans l’Afrique sub-Saharienne. Le rapport recommande que dans les pays où la demande pour les grains brevetées est plus faible ( c’est à dire là où les fermiers utilisent leur propres réseaux de commerce de grains) le partenariat public-privé devrait être développé de façon à ce que des compagnies privées soient protégées contre « les risques d’investissement ». Il a aussi été recommandé que  les ONGs et les donateurs encouragent  les gouvernements à introduire les droits de propriété intellectuelle pour les fournisseurs de graines et aider à persuader les fermiers d’utiliser des graines commercialisées et patentées plutôt que de compter sur leurs propres variétés traditionnelles.181 Il semble que la conférence ait évoqué le marché des graines du maïs, du riz, du sorgho,  des pois à vache, de la cassave et de la patate douce en Ethiopie, le Guana, le Nigéria, la Tanzanie et le Zimbabwe.182 Tromperies sur les OGMs. La BMGF ne suggère pas qu’il faille mettre l’accent sur les OGMs. Dans l’introduction de son travail sur l’agriculture, les OGMs ne sont pas évoqués .194 dans les informations sur le projet et dans les données des fonds de la BMGF. C’est malhonnête  au regard de l’ampleur des financements des OGMs par la BMGF. C’est aussi particulièrement malhonnête étant donné que le responsable de  « l’amélioration des rendements céréaliers » en Afrique, Rob Horsh, qui vient de chez Monsanto, a dit qu’il était spécialement recruté par la fondation afin de promouvoir la «  biotechnologie ».

Conference on vaccines and immunization
American businessman Bill Gates speaks at a conference under the motto ‘Reach every child’ of the Global Alliance for Vaccines and Immunisation (Gavi) in Berlin, Germany, 27 Janaury 2015. Among the members of the vaccination alliance are governments, vaccine manufacturers, NGOs, as well as health and research organizations. Photo by: Bernd von Jutrczenka/picture-alliance/dpa/AP Images

Dans un article de 2006, Horsh écrit  qu’il a été sollicité par la fondation et informé de sa mission : «  ma mission : améliorer le rendement céréalier à travers les sciences et les techniques les meilleures et les plus appropriées, y compris les biotechnologies, pour des problèmes dans des régions incluant l’Afrique sub-saharienne. ».195 La fondation est le financeur les plus importants du monde pour la recherche sur les OGMs. Une des plus grosses controverses touchant les financements de la BMGF est son support aux recherches en modification génétique (GM). Mais parallèlement à ces recherches, la fondation finance également des activités de relations publiques et des changements de régulations nationales afin de promouvoir l’adoption étendue des GM. Il y a plusieurs inquiétudes et plusieurs dangers lies aux OGMs. Des preuves venant du lancement des OGMs dans des pays où ils ont été adoptés montrent que ces graines poussent souvent les fermiers dans l’endettement, causent des dégâts irréversibles dans l’environnement et encouragent la concentration des terres.189 L’engineering génétique a échoué dans l’amélioration des rendements et a augmenté d’une façon importante l’usage des produits chimiques et la croissance de “super mauvaises herbes” selon un rapport rédigé dans 20 pays, par des groupes de protection de la nourriture aux Indes, dans le sud-est asiatique, l’Afrique et l’Amérique du sud.190 La BMGF est probablement les plus gros financeur mondial de la recherche sur les GMs dans la grand sud. Dans une interview avec John Vidal pour the Guardian en 2012, le responsable de l’agriculture pour la BMGF, Sam Dryden, disait que « seulement » 5% de l’argent des Gates pour l’agriculture était destine à la recherché sur le transgénique et son développement. Mais comme Vidal le note, cela peut se monter jusqu’à 100 millions depuis 2007 – plus qu’aucun gouvernement ou organisme politique au monde n’a jamais financé.191 L’ONG, GM Freeze, suggère que l’ensemble est encore plus élevé, calculant que la BMGF a alloué au moins 162 millions à des projets sur les semences génétiquement modifiées entre 2005 et 2011.192 Dryden a dit au Guardian : «  Le plus nous pouvons inscrire l’option GM dans un programme gouvernemental, le mieux c’est …nous travaillons généralement via les agences de recherches nationales. Cela leur offre l’option.193 Les principaux bénéficiaires des donations de la BMGF liées aux OGMs  comprennent la African Agricultural Technology Foundation, à laquelle la BMGF a octroyé plus de 100 millions .196, et l’International Centre for Genetic Engineering and Biotechnology, basé à Trieste, qui a reçu neuf donations de 13 millions chacune .197  L’Université de technologie du Queensland qui travaille également sur les OGMs a reçu six donations pour son secteur agricole de 14 millions chacune  .198 La Fondation pousse également la recherché en Grande Bretagne. En 2012, une équipe  de scientifiques du Centre John Innes de Norwich a gagné une donation de 10 millions afin de développer des céréales génétiquement modifiées, ceci représente le plus fort investissement dans les OGMs en Grande-Bretagne.199 Le Conseil de biotechnologie et de recherche en biologie basé à Swindon a reçu une donation de 8 millions en 2010 afin de «  supporter la recherche de haute qualité sur la production durable de céréales dans l’ Afrique sub-Saharienne et dans l’Asie du sud. 200

Cibler de nouveaux marchés en Afrique.  Les principaux bénéficiaires de l’aide de la BMGF pour les OGMs sont bien sûr les géants de l’industrie biotechnologique comme Monsanto, Syngenta, Bayer et Dupont, et les compagnies agrochimiques produisant les engrais et les pesticides dont certains sont soutenus par d’autres projets et d’autres investissements de la Fondation. La Fondation Gates est en effet en train de préparer le terrain pour que ces entreprises puissent accéder à de nouveaux marchés profitables dans certains pays en voie de développement spécialement en Afrique. La BMGF favorise tout spécialement l’adoption des OGMs en Afrique, dans de nombreux cas contre l’avis public et l’opposition gouvernementale. Le projet financé par la BMGF Water Efficient Maize for Africa (WEMA) dans lequel Monsanto est un partenaire, est en train de développer un maïs résistant à la sécheresse en Afrique du sud, en Ouganda, au Kenya en Tanzanie et au Mozambique. C’est ostensiblement un projet de recherche conventionnelle mais préparant en réalité le terrain pour l’acceptation du maïs GM.201 Monsanto a donné à cette recherché un de ses plus lucrative gène tolérant à la sécheresse mais ceci pourrait être une stratégie pour permettre des essais sur le terrain et gagner l’approbation plutôt que de passer par l’habituelle démarche commerciale. 202 Les Amis de la Terre notent que le projet WEMA fournit à Monsanto l’opportunité d’influencer la regulation de la sauvegarde agrobiologique en amenant les pays participants et les nouveaux marchés ouverts à une semence «  prête pour le climat ». C’est pourquoi le WEMA semble être un cheval de Troie pressant les gouvernements à passer des lois faibles sur la protection biologique et sur la regulation des grains et ouvrant la porte à la culture d’OGMs. Dans le milieu de l’année 2015, les autorités d’Afrique du sud ont donné le feu vert à Monsanto afin qu’il vende ses semences de maïs résitant à la sécheresse pour la culture en Afrique du sud,  un bénéfice direct du projet WEMA.203 Selon le Centre africain pour la biodiversité, le WEMA vise en dernier recours à influencer l’orientation de la propriété et la concentration de la culture du maïs, de la production de semences et de leur commercialisation  principalement vers le secteur privé et en conséquence de piéger les petits exploitants agricoles  en leur faisant adopter des variétés de maïs hybrides et les engrais et les pesticides qui les accompagnent.204 Il est clair que la BMGF veut voir les OGMs introduits dans toute l’Afrique. En Juillet 2015, par exemple, Christopher Elias, le responsable du développement mondial pour la fondation, a loué le maïs gm que la fondation promeut au Kenya à travers la WEMA et la dit qu’une application afin de permettre la culture était considérée par la National Biosafety Authority. Il ajouté : «  A travers des initiatives comme la WEMA, l’Afrique peut obtenir sa sécurité alimentaire dès 2030. Si l’Afrique veut sérieusement éliminer l’insécurité alimentaire, alors les fermiers africains devraient être capables d’avoir accès à un panel d’options pour l’amélioration des semences et pour leur protection, y compris les technologies GM. » 205 De même en Mars 2013, Sam Dryden, le responsable de l’agriculture à la BMGF a dit que les OGMs étaient une question de choix pour les fermiers et a écrit qu’il attendait que 20 millions d’entre eux plantent de nouvelles variétés de semences, y compris des GM avant la fin de la décennie.206 Jusqu’à 2008, l’Afrique du sud a été le seul pays africain à utiliser les technologies GM mais a été rejoint depuis par l’Egypte, le Burkina Faso, le Soudan. Cependant le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda, le Malawi, le Mali, le Zimbabwe, le Nigeria, le Ghana sont à la recherché de semences GM et procèdent à des essais sur les plans de coton, de maïs et de sorgho, partiellement grâce à des projets comme celui de la WEMA.207 Les partenaires africains de la WEMA ont effectué des démarches essentielles en promouvant les semences GM au Kenya et le principal institut de recherche du pays, KARI, a annoncé qu’il introduirait les maïs GM chez les fermiers en 2017. En Tanzanie, les chercheurs soutenus par la BMGF et la African Agricultural Technology Foundation travaillent sur les OGM dans des laboratoires en attendant le résultats des entretiens pour des essais possibles sur le terrain, certains rapports suggèrent que la Tanzanie pourrait aussi introduire son premier maïs transgénique en 2017.208 Il a aussi été rapporté que la BMGF projetait d’établir un laboratoire de biotechnologies au Nigeria afin d’améliorer la capacité biotechnologique pour des «  amélioration de semences » . 209 Un autre projet financé par la BMGF cherche à introduire des bananes enrichies en vitamine A (matooke) en Ouganda et dans d’autres pays de l’Afrique de l’est. Des essais sur le terrain ont lieu en Ouganda, utilisant des variétés développées par les scientifiques à l’université de technologie du Queensland en Australie, aussi financée par la BMGF.210 Cela a été décrit comme un «  cas clair de bio-piratage » parce que le gène de la banane originale utilisé pour développer cette super-banane est l’Asupina Cultivar, découvert il y a 25 ans en Papouasie-  Guinée et «  la propriété de droit des nations et des communautés qui l’ont développée. » d’autant plus que la «  banane rouge » riche en pré-vitamine A est déjà cultivée dans le monde sans aucun besoin de modification génétique.211 Des compagnies américaines qui produisent  la plupart des graines GM mondiales cherchent de nouveaux marchés en Afrique et tente de changer les lois de sécurité biologique africaines afin de leur permettre cette commercialisation.212 La BMGF joue un rôle majeur dans cette stratégie en supportant les relations publiques sur les OGM, ce qui est mis en évidence par les multiples dons alloués aux institutions travaillant sur les OGM et les biotechnologies.

  • En Mars 2012, elle a donné 3.99 millions à la African Agricultural Technology Foundation afin d’améliorer le partage de compétences et la conscience sur les techniques agricoles biotechnologiques afin d’améliorer la compréhension et l’appréciation.213
  • L’université d’état du Michigan s’est vu donner 13 millions afin d’aider les législateurs africains à prendre des décisions informées sur l’usage des biotechnologies.
  • En juin 2014, la BMGF a donné 5.6 millions à un autre majeur développeur et avocat des OGM, l’Université de Cornell afin «  de soutenir une plateforme de communication sur l’agriculture mondiale qui améliorera sa compréhension et ses technologies agricoles scientifiques. ».215

Le financement par la BMGF de la super-banane gm en Ouganda a été évoqué plus haut. Commentant ce projet, la scientifique et militante mondialement connue Vandana Shiva l’a appelé «  La dernière folie des ingénieurs de la génétique ».  Elle a noté que 75% des femmes indiennes souffraient d’un déficit en fer. Mais que «  n’importe quelle femme vous dira que la solution à la malnutrition est dans l’accroissement de la nutrition, c’est-à-dire dans l’accroissement de la biodiversité ce qui veut dire en conséquence planter partout des aliments riches en fer. Les femmes indiennes ont une richesse de savoirs sur la biodiverstié et l’alimentation, elles l’ont reçue d’autres générations qui l’ont également reçu de leurs mères et grand-mères.  «  Mais il y a un mythe de la création qui est aveugle aux deux, la créativité de la nature et dans la biodiversité comme la créativité et l’intelligence et le savoir des femmes. Selon ce mythe de la création du capitalisme patriarcal, les hommes riches et puissants sont créateurs. Ils peuvent posséder la vie à travers des patentes et de la propriété intellectuelle » Shiva condamne le projet des «  super-bananes » comme une  perte d’argent qui rendra les gouvernements, les agences de recherche et les chercheurs aveugles à «  des alternatives bon marché, basées sur la biodiversité, sûres, testées sur le long terme,  et démocratiques qui sont aux mains des femmes. ».220 Pour la BMGF, baser réellement ses programmes sur les besoins des fermiers en promouvant la justice économique et sociale dans le Sud exigerait des changements radicaux de sa culture corporatiste. Au pire, la fondation apparaît souvent comme une multinationale massive, intégrée verticalement, contrôlant chaque étape de la chaîne commençant dans ses bureaux de Seattle, à travers les diverses phases de la production, de la distribution à des millions d’usagers en bout de chaîne dans les villages d’Afrique ou d’Asie du sud-est.221 La recherche de GRAIN a aussi trouvé que sur les 669 millions que la fondation avait octroyé aux ONGs pour le travail agricole, plus des trois quarts avaient été donnés à des organisations basées aux US. Les organisations basées en Afrique n’en ont reçu que 4%.222 La fondation ne prête pas assez attention au savoir des fermiers ni au savoir local dans l’élaboration de ses programmes. La BMGF dit qu’elle écoute les fermiers et répond à leurs besoins spécifiques, «  Nous parlons aux fermiers à propos des semences qu’ils veulent planter et consommer, ainsi qu’à propos des défis auxquels ils sont confrontés. » Peut-on lire sur son site. 216 Bien que ceci puisse être vrai pour certains projets, l’acte d’écouter et celui de mettre en place des politiques basées sur les inquiétudes sont deux choses bien différentes. La plupart du travail de la BMGF semble négliger le savoir local. D’une certaine façon, c’est une des images de l’insistance de BMGF sur les solutions technologiques, l’absence de compte à rendre de l’organisation et ses prises de décisions d’une certaine façon personnelles, comme l’évoque tout ce qui a été noté préalablement.  Une analyse récente par l’ONG GRAIN des fonds alloués par la BMGF n’a pu trouver aucune prévue d’un support quelconque de la fondation pour des programmes de recherche ou de technologie du développement menés par des fermiers ou basés sur leurs savoirs, en dépit du nombre de ces initiatives existant en Afrique.  Les conclusions de GRAIN sont que : «  Nulle part dans le programme financé par la BMGF on ne trouve une indication qui montre que les petits fermiers africains pourraient avoir quelque chose à enseigner. »217  Au contraire, la fondation est « orientée vers l’ouverture de marches pour l’apport de nouvelles technologies en Afrique et l’ouverture des marchés pour les multinationales, plutôt que sur la construction à partir des savoirs, des compétences que les fermiers possèdent déjà. » .218 Par contraste, le seul bénéficiaire de la plus grosse donation de BMGF est le CGIAR, qui, comme note plus haut, a reçu plus de 720 millions depuis 2003. Pendant cette même période, 678 millions sont allés aux universités et aux centres de recherche nationale à travers le monde.  – dont plus des trois quarts aux US et en Europe, pour la recherche et le développement de technologies spécifiques, comme les variétés de céréales ou les techniques de croissance.  L’organisme subsidiaire de la BMGF, l’AGRA, entraîne les fermiers à utiliser ces nouvelles technologies et organise même des groupes afin de les aborder mieux mais il ne semble pas qu’une aide soit apportée aux fermiers afin de construire leur propre système d’ensemencement ou  d’organiser leur propre recherche.219 La fondation pousse vers la privatisation de la santé et de l’éducation, l’influence du secteur privé sur la santé et l’éducation a grimpé d’une façon exponentielle ces dernières années, spécialement avec une augmentation du rôle des grandes fondations privées et de partenariat public-privé. La fondation Gates est devenue un des  leaders du financement mondial des soins privés dans le sud. Elle finance aussi des projets promouvant un accroissement du rôle des associations éducatives privées. Augmenter la participation du secteur privé pour les services à la personne est hautement controversé en Grande Bretagne  comme dans les pays en voie de développement. Bien que les services de santé ou d’éducation privés existent dans presque tous les pays et peuvent présenter des bénéfices pour certaines personnes, ils ne sont pas l’objet des besoins des pays en voie de développement.  Des soins et une éducation publiques, accessible universellement, et de haute qualité devrait être la pierre de touche d’une société favorisant le bien-être de tous ses citoyens. Dans les pays en voie de développement, l’état doit être renforcé et habilité à fournir de tels services pour tous. La mise à disposition de services privés, d’autre part, tourne des besoins de base en produits accessibles  contrôlés par le marché.  De tels services sont susceptibles de n’être accessibles qu’aux riches.223 Il ya de nombreuses évidences que la promotion des marches de la santé mène à une augmentation des inégalités et à l’inefficacité. Cependant, en dépit de telles évidences, la privatisation du secteur de la santé est promue rigoureusement par des donateurs influents et par les multinationales, et est le résultat de la forte influence du secteur privé sur les politiques de soin.224 Les programmes financés par la BMGF rendent l’apport de services privés plus acceptables et plus prioritaires dans les pays en voie de développement. Les principaux bénéficiaires seront les multinationales fournissant de tels services. Aux côtés du Département britannique pour le développement international, Department for International Development (DFID), la fondation Gates est le plus gros financeur du Harnessing Non-state Actors for Better Health for the Poor, connu comme le HANSHEP.225 Le HANSHEP, qui est contrôlé par la Grande-Bretagne, est un groupe d’agence de développement et de pays, établi en 2010, cherchant à améliorer les «  secteur non publics en fournissant de meilleurs soins médicaux » L’ HANSHEP fait face « aux échecs des gouvernements qui  des marchés qui empêchent les acteurs non publics de développer certains potentiels dans les systèmes de santé».226 Son site web : «  Accroître la part du secteur privé du marché de la santé, ou bien par le financement ou par des propositions n’est pas un objectif pour les membres de l’HANSHEP ».227 Cependant, ceci est un manque d’honnêteté car le véritable but de l’HANSHEP est d’introduire e de promouvoir des systèmes de soins non étatiques dans les pays en voie de développement. L’HANSHEP a divers programmes promouvant le rôle du secteur privé dans la santé. Un d’entre eux est le partenaire African Health Markets for Equity, un investissement commun de 60 millions de la BMGF/DFID qui vise à « améliorer l’accès des pauvres à des soins de haute-qualité privés. » Opérant au Nigéria, au Kenya, et au Ghana, ce programme sur cinq ans  vise à « augmenter l’échelle et les perspectives des soins franchisés. » S’étendant du planning familial à la santé sexuelle ou reproductrice pour s’occuper aussi de la malaria,  les infections respiratoires aigües, la diarrhée, la nutrition, les soins maternels, le SIDA et la tuberculose.228. Un autre procédé de l’HANSHEP implique le Health Market Innovations (CHMI), installé à Washington, « un tissu global de partenaires qui cherchent à améliorer les fonctionnements des marchés de la santé dans les pays en voie de développement. » La Fondation Gates a financé plus de 40 projets de la CHMI .229 La CHMI promeut des initiatives qui  « rendent les soins médicaux fournis par des organismes privés accessible financièrement pour les pauvres dans le monde. 230 Elle supporte « des mises en place innovatrices et des programmes financiers qui travaillent à organiser les marchés de la santé, y compris le modèle d’implantation du secteur privé. »