Résister : l’argument moral pour une révolution écologique Max Wilbert

Cette traduction, pour laquelle j’ai été sollicitée, est publiée sur ce blog pour son analyse, assez superficielle, de la fonction de nombreuses ONGs et les sources de leurs financements dans les stratégies de maintien de la paix sociale des monopoles. Le reste du texte n’offre à mes yeux qu’un intérêt très limité, tant pour son auto-indulgence que pour le manque de rigueur et de référence de ses assertions. Notre point de vue n’est donc en aucun cas impliqué dans les propos, à nos yeux inconsidérés et surtout manquant d’assise pragmatique, de références historique et théorique et surtout de fond culturel dans l’approche des processus révolutionnaires ni dans la naïveté politique de cet auteur. EG

La solution : Résister  L’argument moral pour une révolution écologique

LA solution : resister

L’ARGUMENT moral pour une revolution ecologique

18 NOVEMBRE 2019 DEEP GREEN RESISTANCE NEWS SERVICE 

Ecrit et photographié par Max Wilbert

En 1941, alors que la Deuxième guerre mondiale s’étendait sur la moitié de la planète, mon grand-père fût  appelé pour servir l’Armée américaine.

Devant faire face à la perspective d’être envoyé à l’étranger pour tuer d’autres jeunes gens dans cette guerre, sa morale se rebella. Il refusa de rejoindre son régiment et fit une démarche pour devenir objecteur de conscience, statut qui lui fit octroyé au bout du compte.

Ce n’était pas une position très populaire. Parmi un million d’appelés, environ 43.000, c’est à dire moins de la moitié de un pour cent, devinrent objecteurs.  Les autres objecteurs et lui-même furent largement critiqués, attaqués et ostracisés. Leur engagement fût testé par des commission, par les familles et les communautés qui rejetèrent leurs convictions morales et les désignèrent comme lâches, déserteurs ou traîtres. Presque cinquante ans plus tard, je suis né dans une famille qui s’est référé à l’exemple de mon grand-père. C’était un grand-père était chaleureux, gentil avec moi. Lorsque j’étais enfant, des discussions sur la guerre, l’impérialisme, le racisme, l’exploitation des femmes, l’oppression, et la destruction de la planète étaient fréquentes au sein de ma famille. On m’y a appris que ces choses devaient s’arrêter. Le changement social était une nécessité, et la résistance non-violente était la méthode.

Ayant à faire face à la perspective de la Seconde guerre mondiale, quels choix aurais-je fait à la place de mon grand-père ? D’une part, le régime nazi était un mal innommable et les actions du Japon impérial étaient tout aussi horribles. D’autre part, les actions de l’empire US avant, pendant et après la guerre- n’étaient pas vraiment bienveillantes. Comme l’écrit Howard Zinn, avant que la guerre n’éclate, les USA :

« s’étaient opposés à la révolution haïtienne dans son indépendance de la France au début du 19ième siècle. Ils étaient à l’origine d’une guerre contre le Mexique et s’étaient approprié la moitié du pays. Ils ont prétendu aider Cuba à gagner leur liberté contre l’Espagne puis y avaient implanté une base militaire, avaient fait des investissements et obtenus le droit d’intervention. Ils s’étaient approprié Hawaii, Porto Rico, Guam et avaient mené une bataille brutale pour s’approprier les Philippines. Ils s’étaient ouvert une route commerciale vers le Japon avec des menaces et des bateaux de guerre. Ils avaient déclaré un politique portes ouvertes en Chine comme moyen d’assurer aux USA l’opportunité d’avoir des droits égaux à ceux des autres empires pour l’exploitation de la Chine. Ils avaient envoyé des troupes à Pékin avec celles d’autres nations afin d’asseoir la suprématie de l’Ouest sur la Chine et les avaient laissées là pendant plus de trente ans. »

Et bien sûr, ce n’est qu’une liste partielle. En 1942, les US étaient encore une société fortement ségréguée (ce qu’elle est encore) engagée dans l’extraction de la valeur des gens de couleur quelques soient les moyens nécessaires d’y parvenir. L’esclavage a construit la richesse des USA et a littéralement construit la Maison blanche. Et bien sûr, le pays entier a été construit sur le génocide effectué par les colons. Un génocide dont Hitler s’est inspiré pour créer sa « solution finale ». De nombreux Américains prééminents, comme Henry Ford, étaient des supporters du régime nazi. Le gouvernement des US n’a pas seulement échoué à évoquer publiquement les persécutions des Juifs allemands avant la guerre, malgré la clarté des évidences, il a aussi rejeté ceux qui venaient chercher refuge et ce faisant les a condamné à la mort.

Les USA ne se sont pas battus à cause du Fascisme, bien que individuellement les soldats l’ai fait. L’histoire critique nous dit que les USA se sont battus contre l’Allemagne, l’Italie et le Japon avant tout pour des raisons géopolitiques : afin de contrôler un compétiteur pour l’Allemagne, d’endiguer la Russie communiste et de s’étendre dans le Pacifique.

L’historien Gabriel Kolko par exemple dit : « Le but de la guerre économique de l’Amérique était de sauver le capitalisme à l’étranger et sur place. ». Cela a été accompli en consolidant le contrôle américain sur le pétrole au Moyen-Orient, en gagnant l’accès à de nouveaux marchés dominés auparavant par les Anglais et en concentrant des injections de fonds publiques dans les corporations privées. Boeing, Lockheed  et tous les autres bénéficiaires de guerre.

Et à la fin de la guerre, les USA tuaient 150.000 civils japonais à Hiroshima et Nagasaki, dans un bombardement  atomique militaire inutile que P.M.S. Blackett  a nommé : «  La première opération majeure de la Guerre froide avec la Russie. ». En d’autre termes, 150.000 personnes ont été massacrées sans aucune nécessité militaire mais dans l’intérêt d’un positionnement géopolitique. Les Fascistes devaient être stoppés, oui. Mais la guerre menée par les Etats-unis n’était pas une guerre particulièrement «  juste ».

Je respecte le choix de mon grand-père. Tout particulièrement, je suis impressionné par la réflexion éthique exigée pour subir des conséquences si sérieuses, professionnelles et personnelles tout en maintenant sa position de principe. Il n’existe que peu d’individus avec cette dignité et ces convictions.

Quatre-vingts années après la montée du Parti Nazi, nous faisons face avec une montée du fascisme autour du monde.

Trump, Bolsonaro, Duterte, Erdogan, Putin.  De nombreux partis politiques fascistes et des mouvements populistes sont en marche. Leur principale opposition systémique vient du capitalisme néolibéral, un fascisme doux en soi, et la force première ayant décimé la planète pendant les dernières quarante années. En démantelant les institutions publiques, en embrassant le pouvoir des corporations et le militarisme débridé, en corropant le langage de la justice et en doublant l’exploitation des pauvres et du Tiers-monde, des néolibéraux comme Barack Obama et les Clinton ont permis de paver le chemin pour la montée   actuelle d’un fascisme authentique .

Le Capitalisme lui-même est une guerre menée contre la planète et contre les plus pauvres. L’économie globale est construite sur des travailleurs saisonniers exploités, des ateliers à sueur,  , une industrie électronique toxique qui conduit ses travailleurs au suicide de masse,  Tout ceci se déroule sur des terres indigènes volées et un génocide  se déroulant sous nos yeux dans la légalité la plus complète.

Les biens matériels dont est composée la croissance économique sont faits de terre morte. Les montagnes sont minées et explosées. Les rivières sont damnées et réduites en esclavage. Les prairies exploitées. Les forêts rasées. Les océans expurgés de toute vie. La biodiversité est détruite,  les océans sont  détruits, et le réchauffement avance plus vite que ce que les pires prévisions avaient annoncé.  Les émissions de gaz à effets de serre sont plus élevées d’année en année  malgré le marketing habile des campagnes de l’industrie verte.

L’état d’esprit de l’exploitation et du lucre est visible dans la culture dominante.  Les agressions sexuelles sont endémiques.  Les Noirs et autres gens de couleur sont privés de droits et exploités dans une forme d’esclavage dans le système carcéral, puis régulièrement    executés dans les rues dans une forme de lynchage moderne. Les pauvres, les sans-abris, les toxicomanes et un nombre énorme d’autres individus sont traités comme des rebus par cette société et meurent par milliers pendant que des individus comme Jeff Bezos est en croisière sur son dernier yachet de 100 millions de dollars.

Nous devons maintenant nous battre avec la même que celle que mon grand-père a affronté.

Quelle est la ligne de conduite morale de ce monde ?

Avant de connaître la ligne de conduite adéquate, nous devons comprendre quelles sont les racines du problème auquel nous sommes confrontés. Cette étape du diagnostic est essentielle pour un traitement adéquat. Et en fait, l’origine du terme «  radical » vient du mot latin signifiant «  racine ».

Beaucoup trop de personnes dans cette société ne regardent que les causes en surface. Nous devons aller en profondeur.

Premièrement, nous devons comprendre que les problèmes ne sont pas des accidents ou le résultat d’un dérapage du système. C’est le fonctionnement normal de la civilisation industrielle. C’est « les affaires sont les affaires ».  L’économie fleurit, les riches s’en sortent très bien. Tout fonctionne parfaitement.

Pour ceux qui sont au pouvoir, le temps est au beau fixe.

J’ai entendu dire que le capitalisme est une guerre contre la planète et les pauvres. Ce n’est pas une métaphore. Le système économique dominant tue, estropie, et détruit la vie d’innombrables millions d’humains et de milliards d’autres êtres vivants. 

En tant que troisième homme le plus riche de la planète, Warren Buffet a dit une fois : «  Il y a vraiment une guerre de classe, mais c’est la classe à laquelle j’appartiens qui la mène, et nous la gagnons. »

C’est bien une guerre mais menée d’un seul côté.

Les travailleurs, les pauvres, et spécialement les environnementalistes ne voient souvent pas le système comme une forme de guerre contre nous. La propagande incessante, administrée par les médias et par l’éducation, nous enseigne que nous vivons dans une société belle et juste. Tous les problèmes auxquels nous devons faire face – migration, désastres climatiques, abus sexuels – sont externalisés. Au lieu d’être pris comme de facteurs faisant partie intégrante de l’expérience américaine, ils sont envisagés comme les problèmes exogènes ou ignorés complétement.

La propagande, en plus d’inculquer l’éthique capitaliste et l’exceptionnalisme américain, renforce la rigidité de sa boîte contenant les façons acceptables de changer le monde. Les luttes sociales, nous dit-on, devraient avoir lieu au travers des changements politiques, dans les urnes et dans les bureaux de ONG.

Mais ces modèles ne fonctionnent pas

Le changement législatif, par exemple, est rarement permanent. Des lois anciennes, comme the Voting Rights Act  peut facilement être attaqué et compromis. C’est ce qui se produit en ce moment. The Voting Rights Act, ( interdisant les discriminations raciales)  the Clean Water Act, ( droit d’accès à l’eau propre)  the Endangered Species Act ( protection des espèces en voie de disparition)—toutes ces lois qui sont très partielles en premier lieu, sont vidées de leur contenu.

La conduite d’un empire est fermement bipartisane. Les partis déccrates et républicains aux USA jouent une partie routinière à l’échelle de la société tout entière de «  bon flic, mauvais flic ». Ils nous trompent en tentant de nous faire croire que nous vivons en démocratie. Ils autorisent des débats très intenses au sein d’un champs extrêmement restreint de possibilités politique, et ce faisant, distraient l’attention du peuple du vol et de la violence de la classe dominante.

La vérité est que nous avons peu ou rien à dire sur la façon dont notre propre communauté opère, sans parler sur celle dont notre pays est gouverné.

Contraints par des interdictions des droits civiques criminels, par des redécoupages  électoraux par le collège électoral, la propagande incessante et un systéme représentatif sans aucun compte à rendre, nos votes sont largement insignifiants.

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Nous sommes si éloignés du concept d’autonomie que nous peinons même à l’imaginer. Quand avez-vous pris une décision sensée à propos du politique, de l’économique ou de l’avenir social de votre lieu de résidence, de votre ville, de votre état ou du pays dans lequel vous vivez ?

Pour la plupart d’entre nous, la réponse est : jamais.

Appeler les USA une démocratie est risible. Les chercheurs ont prouvé que notre société est une oligarchie. Le Professeur Martin Gilens et le Professeur Martin Page ont conclu dans leur article de 2014, que «  l’élite économique et les groupes organisés représentant les intérêts affairistes  ont un impact indépendant substantiel sur les décisions politiques du gouvernement US alors que le citoyen de base et les groupes défendant les intérêts publiques ont peu voire pas du tout d’influence. »

Ceci se reflète dans le capital de la nation. Cela fait des dizaines d’années que le Congrès n’a pas passé de texte de loi qui ne profiterait pas aux ultra-riches et aux trusts.  Toutes les décisions politiques majeures sont  prises pour soutirer toujours plus aux pauvres, détruire la planète encore plus vite et dans le processus pour rendre la classe dominante décadente toujours plus riche.

Le Complex industriel non-lucratif  (Non-profit Industrial Complex (NPIC)

Face au système politique insolvable, où se dirigent les gens ? Beaucoup se tournent vers le non-lucratif, espérant trouver un monde de petits groupes organisés, vaillants, luttant pour les changements sociaux. Au lieu de cela, ils trouvent un nouveau cauchemar de bureaucratie, 60 heures de travail hebdomadaire et des salaires de misère.

Le système associatif a émergé de l’idéologie libérale qui a déterminé la droiture du système capitaliste de style américain. Dans cette vision du monde, de petites réformes graduelles sont tout ce qui est nécessaire au système  pour continuer de chantonner joyeusement.

La plupart des plus importantes fondations actuelles ont été créée afin de pouvoir légalement contourner l’imposition des plus riches au début du 20ième siècle. Elles se sont avérées être des investissements très lucratifs. Les fondations libérales ont longtemps servi à pacifier les mouvements sociaux et à empêcher les changements radicaux.

Une des exemples majeurs en est la professionnalisation de la résistance des Noirs dans les années 70 et 80. Dans le prolongement des soulèvements sociaux des années 60, les associations et les fondations ont investi des milliards de dollar afin de créer  un nombre incalculable d’organisations à but non-lucratif et de services sociaux  .  Un des rapaces de la guerre du Vietnam, McGeorge Bundy, chef de la Fondation Ford,  (Ford Foundation),  a mené une campagne dans tout le pays pour faire face au racisme. Mais derrière la rhétorique se trouvait le désir non pas de trouver des solutions aux racines du racisme mais de pacifier et d’assimiler l’opposition du Black Power au sein de la structure de pouvoir dominante.

Les mouvements politiques non-lucratifs actuels reflètent les mêmes valeurs : élitisme libéral, promotion de l’individu, et optique de la diversité. Et ils produisent les mêmes résultats : campagnes sans fin pour les candidats progressifs, campagnes de financement sans fin et disparition.

Ce qui est absent est un agenda révolutionnaire pour une libération collective du système d’oppression.

Le dissident indien Arundhati Roy, un des écrivains les plus brillants de notre époque, propose une  féroce critique du système des ONG, elle écrit :

« Les administrateurs des  fondations financées par les trusts, commercialise et oriente leur pouvoir et placent leurs pièces sur le jeu d’échec par l’intermédiaire des clubs d’élite et des panels d’experts, dont les membres vont et viennent à travers les portes tournantes. »  Contrairement à différentes théories conspirationnistes en circulation, particulièrement parmi la gauche, il n’y a rien de secret, de satanique ou de Franc-maçon dans ces arrangements. Ils ne sont pas différents de la façon dont les corporations utilisent des compagnies de couverture ou des comptes à l’étranger pour transférer et administrer leurs revenus – sauf que là la monnaie est le pouvoir, pas l’argent.

Il existe maintenant des millions d’associations à but non lucratif, beaucoup d’entre elles sont connectées par un dédale financier byzantin à des fondations plus importantes… la privatisation généralisée a aussi signifié l’ONGnisation généralisée. Comme les emplois et les sources de revenus disparaissent, les ONG sont devenues une source importante d’’emploi, même pour ceux qui les considèrent pour ce qu’elles sont. Et elles ne sont certainement pas toutes à condamner. Sur les millions d’ONGs, certaines font un travail remarquable et radical et ce serait caricatural de mettre toutes les OGNs dans le même panier.

Cependant, les OGNs, corporatistes ou supportées par des fondations  sont des manières pour la finance globale d’acheter les mouvements de résistance, tout à fait comme les actionnaires achètent des parts sur le marché des compagnies, puis ensuite tentent de les contrôler de l’intérieur. Ils sont installés comme des points de croisement dans le système nerveux central, la voie le long de laquelle la finance globale circule. Ils fonctionnent comme des transmetteurs, des récepteurs, des absorbeurs de chocs, donne l’alerte à chaque pulsation, attentifs à ne jamais ennuyer les gouvernements de leur pays d’accueil. »

Le délavage écologique du mouvement environnementaliste.

Un des exemples les plus frappants de la faillite du système des ONGs provient des organisations environnementales les plus importantes.  One of the most damning examples of the bankruptcy of the non-profit system comes from the large environmental organizations. Du Club Sierra  ( Sierra Club) acceptant  25 millions de dollars de l’industrie de la fracturation hydrolique à Greenpeace coopérant avec l’industrie  canadienne des bûcherons,  en passant par la collaboration  de la Conservation de la nature ( Nature Conservancy) avec les industries les plus polluantes du monde, les organisations environnementales à but non-lucratif ont un palmarès record d’atrocités, de compromis et d’échecs.

Sous leur supervision, tout empire.

Et leurs solutions ? Votez pour un Démocrate, changez vos ampoules, et roulez en bicyclette, c’est pathétique.

Aujourd’hui, le complexe industriel global du non-lucratif sert comme une «  valve de libération de pression » pour les sentiments révolutionnaires en herbe. En redirigeant l’énergie qui devrait exiger des changements radicaux vers  un réformisme fragmentaire, les organisations comme celles-ci sont pire qu’une simple distraction. Elles sont, dans une certaine mesure, complices du système qui tue la planète. Au lieu d’un changement radical, ces groupes font campagnes pour des réformes mineures, comme le changement des énergies fossiles vers des énergies vertes. Ces efforts sont applaudis par les multinationales internationales comme  General Electric, qui va encaisser des milliards dans cette soi-disant «  transition verte ».

Pendant ce temps, les forêts continuent de disparaître, les montagnes continuent d’être minées, et la quantité d’émissions de gaz à effet de serre  continue de grimper.

Même dans des pays comme l’Allemagne, patrie du supposé «  miracle vert » de l’énergie solaire et éolienne, les émissions continuent de croître et les multinationales  se développent, toujours plus gonflées par les faveurs et les réductions sur l’électricité offertes par le gouvernement pendant que les pauvres paient pour les grandes entreprises étendent leur réseau électrique.  Pour être clair : les grandes entreprises sont exemptées  de taxes afin de payer les projets d’extensions de réseau d’origine éolienne, puis font demi-tour et profitent de ces contrats pour créer ces méga projets industriels. Pendant ce temps les gens  payent l’addition.

Ceci est un transfert massif de richesse des pauvres aux riches.

D’un agenda capitaliste à un autre, les OGN les plus importantes sont structurées par ce qui peut être financé  et ce qui peut être financé  est de facto pro-corporation, pro-capitaliste et favorable à l’agenda de la production d’énergie et des «  produits verts ».  tenue par le cadre des orientation de résultats qui plait aux grands donateurs, ce système d’une façon inhérente dé-prioritarise les critiques radicales et les idées révolutionnaires en faveur de ce qui rapporte et de ce qui n’a un sens politique que dans le court terme.

En bref, les ONG sont le versant social du système capitaliste.

Les personnes au sein de ces associations ont certainement de bonnes intentions, mais celles-ci ne sont pas aussi importantes que les résultats quand le destin de la planète est en jeu.

Cory Morningstar nomme les activistes climatiques libéraux  « L’industrie de l’espoir », écrivant que « 350.org et leurs amis servant un objectif vital… [en permettant] au public de se sentir  en paix avec lui-même. Simultanément, ils assurent obéissance et passivité à l’état de façon à sécuriser l’actuel système et les structures de pouvoir et de les laisser intactes. Nous avons maintenant touché le point critique où les corporations vont commencer le lent processus d’élimination des parts toxiques tout en préparant une nouvelle vague encore sans précédent, encore insurpassée de «  santé climatique ». Nous sommes sur le point d’être témoins d’une transition globale vers des fausses solutions rentables déguisées en «  économie verte »… pendant qu’ils s’écologisent en façade comme de nobles hérauts de la Terre. »

C’est ainsi que la classe dirigeante dirige

Dans son roman «  Le meilleur des mondes », Aldous Huxley écrit qu’un totalitarisme efficace n’a pas besoin de pointer une arme sans arrêt sur chacun d’entre nous. « Un état totalitaire efficace », écrit-il « serait un état dans lequel un pouvoir exécutif tout-puissant et patrons et leur armée de managers contrôlerait une population d’esclaves n’ayant pas besoin de coercition, parce qu’ils aiment leur servitude. »

L’élite contemporaine a travaillé dur afin de créer un tel monde. Ils ont conduit la tension dynamique entre réforme et réaction. Quand  les conditions politiques et économiques l’ont permis, ils ont étendu sans merci leur exploitation de la planète et des pauvres.  Quand les vagues de fond du mécontentement social a forcé les concessions, ils ont offert des réformes limitées. Avec l’illusion de démocratie procurée par les élections, les changements législatifs, et le complexe industriel non-lucratif, la classe dirigeante manipule la société dans son ensemble. De cette façon, ils diffusent d=e potentiel révolutionnaire, étendent leur pouvoir, et consolident leurs gains.

Ces élites, la classe possédante de la société globale, sont en train de mener une guerre offensive. Pendant ce temps, les progressifs et les radicaux sont coincés dans une posture réactionnaire, nous défendant contre des derniers assauts et tombant toujours plus loin derrière. Notre travail est presque entièrement défensif.

Mais comme tout guerrier expérimenté le sait, les guerres ne sont jamais gagnées par la défense. Ces mesures défensives ne peuvent e terminer que d’une façon : dans l’érosion régulière de la victoire, la lente descente dans le fascisme et la défaite finale. C’est ce que nous sommes en train d’expérimenter en ce moment.

La propagande contre-révolutionnaire

Les systèmes pour le changement social ont été cooptés par l’élite corporatiste. Mais les agents de l’oppression ne sont jamais satisfaits par le démantèlement des organisations et des institutions uniquement ; Ils doivent assassiner les leaders révolutionnaires également.

Quand Che Guevara était mis en joue, ses derniers mots furent : «  Tirez, lâches, vous allez seulement tuer un homme ». Fred Hampton, âgé de 21 ans, assassiné par la police alors qu’il était allongé, drogué, sur son lit a dit « Vous pouvez tuer un révolutionnaire, mais vous ne pouvez pas tuer une révolution. ».  Thomas Sankara, le révolutionnaire du Burkinabé parfois nommé «  le Che africain » a délivré le même message juste avant d’être tué. «  Même si les révolutionnaires peuvent être tués en tant qu’individus, vous ne pouvez pas tuer une idée. » 

Selon le psychologue John F. Schumaker nous « sommes de loin le peuple le plus sous propagande de l’histoire », les corporations sont supposées investir 2,1 miliiards dans les médias en 2019.

Développer une posture combattive effective implique que nous faisions fi des mythologies et des idées fausses induites par ce système. En d’autres termes : tant que nos esprits demeurent colonisés, nous ne serons pas capables de combattre et de gagner.

Une des plus redoutables idées fausses que nous devons démanteler est celle du mythe pacifiste. Cette mythologie a été attentivement construite. Les leçons autour des mouvements sociaux – lorsque le sujet est abordé- peignent les images d’une lutte civile non-violente.  Ce n’est pas par hasard. Une version blanchie  de Martin Luther King, Jr.  est mise en avant alors que le mouvement des Black Panthers n’est jamais évoqué. Une révolution américaine bourgeoise est célébrée, alors que la Révolution haïtienne est ignorée.   Le suffrage des femmes est évoqué mais les actions directes des suffragettes dans le monde sont évitées.  De cette façon, l’imaginaire d’une société entière est formé et moulé.

 La réalité, bien sûr, est que tout changement social se gagne à travers la lutte. L’histoire de notre société est une histoire de guerre de classe. Et la révolution  est la solution aux problèmes que nous affrontons. Mais les révolutionnaires sont ignorés dans notre système éducatif, diffamés dans les médias et activement combattus dans la politique des US. Nous devons rejeter ces leçons toxiques si nous voulons avoir une chance.

Au-delà de la non-violence

La non-violence est une manière profondément morale de changer la société. Dans les bonnes conditions, elle peut être hautement efficace. Mais les inégalités qui s’accentuent, l’effondrement environnemental global et l’échec flagrant des institutions à faire face aux crises m’ont conduit à questionner la non-violence.

Ce matin, je regarde les dernières nouvelles du Unist’ot’en Camp.  Dans le Canada de l’ouest, l’ Unist’ot’en Camp ont arrêté de proposer du sable bitumeux et du gaz de schiste depuis presque une dizaine d’années.

Ils n’ont jamais cédé leur terre au gouvernement canadien ou signé de traité. Sous la législation canadienne, leur terre a été reconnue comme souveraine. Mais en décembre, la compagnie de pipeline a présenté une injonction à la cour canadienne. Cette injonction donne à la police (la RCMP) le droit d’ôter toute barricade des  routes.

Le résultat de cette injonction est maintenant que des hommes armés du Territoire Wet’suwet’en  expulsent les manifestants et facilitent l’extraction du gaz de schiste, l’abattage des arbres, l’empoisonnement de l’eau, la construction de routes et toutes les autres destructions amenées avec lui par le pipeline.

Le défunt organisateur et leader international des droits indigènes, Arthur Manuel a nommé cette injonction «  l’atout caché du Gouvernement canadien ». Il a dit que «  chaque fois qu’il y a un conflit territorial entre les peuples indigènes et l’industrie, la cour la cour ressort ses injonctions et se place aux côtés de l’industrie. »

Cette lutte continue, l’industrie continue à progresser partout ailleurs. Nous ne pouvons pas lutter contre eux partout à la fois. Dans le monde, le pétrole et l’extraction du gaz prospèrent. Ce combat est encore en route. Nous ignorons comment il va finir. Il peut s’achever sur une victoire, comme l’a fait celui de la lutte anti-fracking du territoire Mi’kmaq en 2013. Ou être une défaite comme à Standing Rock.

Mais nous savons ceci, comme la lutte continue, l’industrie continue à mener à bien ses affaires sans obstacle ailleurs. Nous ne sommes pas capables de combattre partout à la fois. Partout dans le monde, le kérosène et le gaz de schiste  se développent. Sables bitumeux en Amérique du sud,  forage en haute-mer dans l’océan Arctique, fracturation hydraulique dans le bitume de Marcellus, exploitation minière du charbon en Mongolie. La plupart des grands projets industriels sont en plein essor partout dans le monde et l’émission de gaz de serre augmente à des niveaux sans précédent alors que les forêts, les zones humides, les prairies et les zones océaniques préservées sont détruites par l’industrie. Les émissions de carbone en 2018 ont dépassé de 3,4% celles de l’année précédente- la plus forte augmentation de ces dernières huit années.  Nous n’avons plus le temps.

Pour avoir une chance d’arrêter les forces qui écrasent la vie de la planète, des postures défensives comme celles du Unist’ot’en Camp sont essentielles. Mais la défense seule n’est pas suffisante et les gouvernements continuent à prendre le parti de l’industrie. Si nous voulons survivre, nous devons élaborer des stratégies offensives légitimes.

A quoi ressemble une lutte offensive ?

Les changements législatifs, le vote, le complexe industriel de l’associatif sont entièrement contrôlés par la classe dirigeante. La lutte offensive est, par nature, impossible au sein de ces arènes.

La lutte offensive réelle est révolutionnaire par essence. Une révolution est «  le renversement par a force d’un gouvernement, d’une classe ou d’un ordre social, en faveur d’un nouveau système. ». Même si cette force ne signifie pas nécessairement une violence ouverte, la violence fait partie de chaque lutte révolutionnaire.

On a dit à la plupart de gens qui veulent une justice sociale et environnementale  que la révolution violente est moralement indéfendable. A travers la peur et les mensonges, l’élite nous a blâmés pour l’organisation et l’accomplissement d’une révolution.  Elles nous condamnent ainsi à l’action défensive.

Briser notre allégeance au système dominant est le premier pas vers la résistance effective. Ceci demande que nous décolonisions nos esprits et que nous nous souvenions de la vraie source de la vie. Nous devons tous choisir notre camp : la vie ou la machine.

Quel camp choisissez-vous ?

Même le stratège renommé de la non-violence, Gene Sharp, évoque la résistance non-violente comme une forme de guerre. Percevoir nos luttes de cette façon est important. Les luttes défensives sont possibles à mener tout en déniant que nous sommes en guerre. Mais une fois que nous reconnaissons que nous sommes en guerre, la lutte offensive devient une possibilité légitime.

Une fois que notre imagination s’est étendue, nous pouvons tenter de répondre à la question : à quoi ressemble une lutte offensive ?

Dans la stratégie militaire, le but d’une action offensive est de détruire la capacité de l’ennemi à provoquer la guerre. Après des actions efficaces, ils ne peuvent continuer à vous combattre, quelle que soit l’intensité de leur désir de le faire.

Dans mon analyse, la première arme de guerre utilisée contre la planète et les pauvres est l’économie de l’industrie globale. Donc, la lutte offensive aujourd’hui doit briser les conduits d’approvisionnement du capitalisme industriel en ciblant et en détruisant les goulets d’étranglement du système économique global et en démantelant les institutions de la culture dominante.

Si ceci était mené à bien, cela modifierait l’équilibre du pouvoir à une échelle globale. Ceux qui détiennent le pouvoir ne seraient plus physiquement en mesure de détruire le monde et la voie serait ouverte pour des cultures alternatives, la restauration des terres et le processus de réparation de la terre pourrait commencer.

Arrêter la guerre

La guerre contre la planète et les pauvres fait rage. Pour terminer cette guerre aussi vite que possible et avec le moins de pertes possible, notre seule solution accessible est de stopper la capacité de l’agresseur à détruire les pauvres et la planète.

Le capitalisme a fait de cette lutte que question de vie ou de mort. Le vote ne marche pas. La signature de pétition ne marche pas. Les institutions libérales sont à la traîne. Ceux parmi nous qui rejettent le système ne peuvent survivre en essayant de coexister avec lui. Au rythme actuel, il semble que la survie sera ou celle de la civilisation industrielle ou celle de la biosphère.

La guerre est terrible et le marché est une guerre. Le plus vite l’économie de l’industrie globale verra sa fin, le moins il y a aura de souffrances.  Achever cette guerre doit être notre objectif. Ceci signifie la destruction de la capacité du capitalisme industriel à déclencher des guerres.  Un objectif moindre à atteindre nous verrait siffloter en marchant vers notre tombe collective.

Partir en guerre est dangereux, difficile et exigeant. Parfois j’imagine n’être que témoin distant de cette guerre, devenir un objecteur de conscience moderne et vivre simplement. Mais cette voie n’est pas morale. Etant donnée notre situation politique, nous devons faire des choix adultes. La crise à laquelle nous faisons face nous demande de devenir révolutionnaires.

Je souhaiterais que mon grand-père soit encore vivant pour que je puisse m’asseoir à ses côtés et discuter de tout cela. La maladie d’Alzheimer l’a emporté avant que je sois adulte. Mais cependant je sais que, contrairement à beaucoup, il ne tenterait pas de fuir ces réalités. Il ferait face à la vérité, il penserait, et déciderait ce qui est juste.

Mes choix politiques sont extrêmement impopulaires à de nombreux égards. J’ai reçu des menaces de mort d’idéologues d’extrême-droite racistes.  La gauche m’a crié dessus ainsi que la communauté environnementaliste. J’ai été harcelé par des agents d’état. Lorsqu’elle a entendu parler du harcèlement par le FBI, une de mes tantes m’a dit que mon grand-père aurait été fier de moi. Elle a ajouté qu’il aurait dit « c’est que tu fais quelque chose de bien. »  

C’est ce que nous devons faire : ce qui est bien.


Max Wilbert est un organisateur, un écrivain et un guide de pleine nature qui a grandi à Seattle dans l’anti-globalisation post WTO et la lutte contre le racisme. Il est l’auteur de deux livres : Bright Green Lies, sous presse et We Choose to Speak, une collection d’essais publiée en in 2018.

Traduction Elisabeth Guerrier

PLUS TARD L’AVENIR N°3 : Trois monstres climatiques avec l’impact d’une astéroïde / Robert Hunziker

Dernière partie d’une trilogie d’articles qui semblent connecter des constats et des témoignages se rejoignant sur une forme de bilan de santé, écologique, morale et politique que nous intitulerons “PLUS TARD l’AVENIR” EG

 

 

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Photo: Ganesh Vanare (@haram_khor_)

Trois monstres climatiques avec l’impact d’une astéroïde

 

Three Climatic Monsters with Asteroid Impact

par ROBERT HUNZIKER

Suit de la première partie : Monstre #2 Les gaz à effet de serre perturbent les écosystèmes

L’impact le plus important des gaz à effets de serre anthropogènes touche les océans. Il n’y a aucun doute sur l’importance des océans, comme grand puit, sur les 2/3 de la planète. Après tout, les océans ont sauvé la mise de l’humanité depuis le début que  l’industrialisation a commencé à émettre du CO2 il y a plus de deux cents ans.

Hélas, le CO2 est le réchauffement global qu’il entraîne tue les océans. Dans les faits, les océans absorbent 30 à 40 % du CO2 et 80 à 80 % de la chaleur de la planète. Autrement, on pourrait seulement imaginer les conséquences incroyablement horribles,  monstrueuses, ou peut-être ne pouvons-nous pas  car l’esprit humain a des problèmes à se focaliser sur une annihilation totale.  Cela semble ne pas pouvoir faire partie de la réalité.

Cependant, une nouvelle théorie sur les puits de carbone affirme que les océans ont atteint leur limite et sont donc incapables d’absorber le CO2 additionnel de 130 milliard de tonnes du siècle dernier. (en tout, approximativement 38.000 gigatonnes (10 puissance 9) de CO2, ce qui correspond à 16 fois le CO2 terrestre.

Plus en avant, il est possible que les océans renversent le processus et commencent à émettre du CO2, un « puit à l’envers », à un certain moment. Les implications sont effrayantes, pour le dire, oh, si gentiment.

En même temps, terriblement, l’équilibre chimique des océans est entrain de changer à cause du CO2 en excès, plus acide, et donc mettant en péril le cycle de vie des ptéropodes, minuscules escargots gros comme des petits pois à la base de la chaîne alimentaire qui se multiplient par milliards, voire dizaines de milliards, servant de source alimentaire pour tout, des krills aux énormes baleines. L’analyse des ptéropodes dans l’Océan du sud révèle une incapacité  à développer des coquilles protectrice  (l’acidification au travail) qui inhibe la maturation et la reproduction.  Il va sans dire qu’après un certain temps, cela pourrait évoluer vers un effondrement majeur de l’éco-système.

Non seulement la chaîne alimentaire marine est-elle en danger, mais le réchauffement excessif tue le corail, par exemple, la moitié de la Grande barrière de corail, l’une des sept merveilles du monde,  est morte en 2016.17 à cause de l’extrême chaleur. Les scientifiques du monde entier étaient et sont encore complètement effarés.

Pour rendre les choses encore pires, une récente étude sur du long terme a montré que la production de plancton  est en chute de 40% sur les dernières 50 années. C’est une ressource supplémentaire pour l’oxygène planétaire en danger, trop de chaleur.

En plus ( encore un truc mauvais) le réchauffement ralentit la circulation thermohaline, ceinture de transmission de l’océan, qui est à son plus bas depuis 1600 ans. La circulation thermohaline est une circulation des eaux profondes autour du globe qui assure la structure des courants océaniques et la santé des océans.

Dans quelque temps, ajoutée à d’autres répercussions terribles, le ralentissement de ce courant entrainera le refroidissement majeur de l’Europe à la place du climat tempéré, car le grand convoyeur amène des eaux chaudes tropicales sur les côtes de l’Europe, ce qui amène les températures de janvier à Paris à ° C bien que Paris soit à plus de 3 degré plus au nord que le Dakota du nord ( – 11 ° C en janvier). C’est un paradoxe au regard du réchauffement climatique qui pourrait transformer l’Europe en un trou de glace, mais dans quelle mesure ?

Et pour couronner les désastres en route mentionnés plus haut, le réchauffement climatique tue les forêts de varech sous-marin, clef de la survie de nombreuses espèces.  Le long de la côte de la Californie du nord, sur des centaines de kilomètres, le varech est mort. L’Australie a ajouté maintenant sa forêt de varech géante sur la liste des «  zone écologiques en danger) ( lire à ce propos sur google : «  Comme les océans se réchauffent, les forêts de kelp commencent à disparaître » Yaleenvironnement360, Nov.11 2017)

Finalement, dans le cadre de la catégorie  des monstres #2, le gaz à effet de serre détruisant la planète : les hydrates de méthane dans l’Arctique posent d’extraordinaires risques pour l’humanité, surtout dans les eaux superficielles, d’une hauteur de 50 M., de la calotte arctique  de Sibérie orientale,  un travail de recherche commun Russie. US de l’Université d’Alaska et de Fairbanks a découvert des zones toujours plus l’étendues de méthane faisant des bulles à la surface, dans un cas de plus de 1, 50 kilomètres de diamètre. Le souci majeur est le risque d’une fuite majeure de méthane, de 50 gigatonnes ou presque, au lieu des 5 gigatonnes actuellement dans l’atmosphère. Incontestablement, les conséquences en seraient terribles.

Selon, l’autorité dans le domaine de la glace arctique, l’estimé Professeur émérite Dr. Peter Wadhams (Adieu à la glace, Oxford University Press, 2017) la réponse à la question : «  L’humanité peut-elle survivre à une augmentation de 50 gigatonnes de méthane ? », est «  Non, je ne pense pas qu’elle le puisse. »

Le Monstre #3 concerne l’effondrement des éco-systèmes, qui peut être un problème plus urgent que le CO2 ou le réchauffement climatique, aussi dur cela soit-il à accepter ou à croire. Certaines choses sont tout simplement impossibles à cerner.

L’éco-système du bassin de la rivière Colorado CRB, peut être le prototype des éco-systèmes s’effondrant à cause de l’empreinte humaine. Cet effondrement se produit maintenant alors que deux forces se combinent pour le détruire (1) le GHG en excès qui réchauffe la planète et bouleverse les systèmes hydrauliques, amène une baisse de l’humidité sous la forme de neige dans la source de la rivière, des Rocky Mountains et la consommation humaine, aisni que l’usage de l’eau et le manque de régulétion, assèchent tout le système.

Demandez à Las Vegas alors qu’ils installent un «  troisième pompage » pour tirer les dernières gouttes du Lake Mead. «  Le risque que le Lake Mead soit asséché à un niveau catastrophique est devenu catastrophique », dit un officiel fédéral, ((Tony Davis, Risks to Lake Mead, Colorado River Arizona Daily Star, June 29, 2018)

Brenda Burman est celle qui travaille comme déléguée de Trump au Bureau des réclamations, la seule parmi ses délégués qui reconnaisse dans une confirmation d’audience au Sénat que le changement climatique n’est pas un canular. Selon ses dires «  Nous avons besoin d’action et nous en avons besoin maintenant. Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre de mettre en place des plans sécheresse dans le Sud-ouest. »

Selon le Bureau, le Sud-ouest est en train de subir sa pire sécheresse depuis 1200 ans. Il y a donc assez peu de mystère dans le fait que Mrs. Burman ne croit pas que le réchauffement soit un canular.

Plus encore, le Bureau dit que le taux de ruissellement de la Rocky mountain chutera de 40% au sein d’une sécheresse durant depuis 19 ans. Ipso facto, il existe une forte probabilité d’une« première pénurie d’eau dans le bassin de l’éco-système de la rivière Colorado dans l’avenir proche. » ce qui pourrait littéralement couper les approvisionnements d’eau des zones urbaines les plus importantes et des régions agricoles essentielles.

Selon les règles et lois du bassin de la rivière Colorado les premières coupures auront lieu à Phoenix, qui pourrait fermer plus de 20% des arrivées d’eau. Donc, Phoenix pourrait devenir la prochaine Cap Town (population de 4 millions d’habitants)  qui rationne à cause de la sécheresse à  49 litres par jour, c’est-à-dire assez pour tirer 3 à 4 fois une grosse chasse d’eau de toilettes.

L’Amérique n’est pas le seul pays à faire l’expérience de conditions de sécheresse intense. La côte méditerranéenne moyen-orientale  s’assèche plus vite que le reste de la planète, rejetant donc des éco-migrants par dizaine de milliers. Quatorze pays du Moyen Orient et de l’Afrique du nord sont parmi les plus stressés hydrauliquement au monde. Les éco-migrants seront une réalité à affronter dans les décennies à venir.

Le Monstre #3 concernant l’effondrement des éco-systèmes portent également sur la disparition des insectes car ils sont premiers dans la création et le support des sols, des nouveaux sols, de l’aération des sols, de la pollinisation des semences, éco-systèmes qui supportent toute vie. La façon dont cela fonctionne est comme suit : les insectes se débrouillent très bien sans les humains mais les humains ne peuvent pas survivre sans les insectes. En tant que telle, la décimation des insectes sur toute la planète est un des plus gros crimes du siècle, et cela peut être un crime au sens strict du terme.

L’abondance des insectes a subi un choc énorme ces derniers temps parce que la nôtre est la première société jamais basée sur une agriculture  utilisant des pesticides, ce qui est à l’origine de l’extinction des insectes. D’où est-ce que cela pourrait venir, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon la Société d’entomologie Krefeld, fondée en 1905 et dédiée au traçage des populations d’insectes dans 100 réserves naturelles, les rapports récents montrent que la quantité Insectes volants a chuté de 80%, chiffre marquant l’extinction. Par exemple, les Syrphides, pollinisateurs, repérés en 1989 se montainet à 17.291, alors que 25 années plus tard au même endroit, ils étaient 2. 737.

Jack Hasenpusch, propriétaire de la renommée «  Insect farm » est consterné par cette perte.

Le chercheur australien Dr. Cameron Webb avoue que les chercheurs autour du monde sont perdus face à ces pertes.

L’Index global de la Stanford University (Global Index) pour les invertébrés a chuté de 40% dans les dernières quarante années.

Reliant les éléments, il apparait que les humains empoisonnent la planète. Selon Julian Cribb, auteur de «  Survivre au 21ième siècle «  Surviving the 21st Century ; «  Notre planète est empoisonnée, cette explosion de produits chimiques est arrivée si rapidement que personne ne l’a vue arriver. «

Chaque année une avalanche de biochimiques, l’équivalent de 250 milliards de tonnes sont libérées sur la terre, ce qui, avec le temps, va aseptiser toute vie, transformant la planète en un globe gluant d’une couleur orange aveuglante, mais plus intensément bleu.

Les éco-systèmes dans le monde entier dépendent des insectes mais la quantité d’insectes montre des pertes du type de l’extinction. C’est une question de vie ou de mort qui est trop souvent négligée. Après tout, les propriétaires immobilier sont tous partants pour une extermination des insectes, c’est la façon de voir qui prévaut.

La réplique imminente de la collision avec un astéroïde est en suspens, mais clairement, trois monstres climatiques sont en route sur le cours de la collision, alors que les forces de La Grande accélération se déclenchent,  atteignant leur point critique l’un après l’autre, sans possible retour en arrière.  Année après année, les scientifiques sont surpris par leurs projections, toujours trop basses après-coup.

Il y a dix ans le Gouvernement anglais a commandé une étude, le Stern Report ( 2008), en faisant l’hypothèse d’un maintien du «  Les affaires sont les affaires au pire dans ses effets sur le climat. » Stern Report (2008), assuming a “business as usual analysis of worst-case climate change.”  C’était la première étude importante entreprise de ce genre et un doument clef de 700 pages. Voici les conclusions tirées il y a dix ans :

Sea rise of 15-20 feet in a few decades

Lae niveau de la mer monte de 4 à 6 mètres en quelques décennies

Florida, NYC, London, Tokyo underwater

La Floride, NYC, Londres et Tokyo sont sous l’eau

1 billion people displaced, sick, or dead

1 Milliard de personnes sont déplacées, malades ou mortes

Massive water and food shortages

Des privations massives de nourriture et d’eau

Food and water wars throughout the planet

Des guerres pour l’eau et la nourriture à travers toute la planète.

 

Le Rapport Stern peut encore servir de carte lorsqu’il s’agit de ce qui se produit quand on maintient le « les affaires sont les affaires ». Cependant, le rapport est obsolète car le CO2 augmente 50% plus rapidement que dans les prévisions de 2008, ce qui signifie vraisemblablement que le rapport est beaucoup trop prudent. (Une fois de plus, des prévisions plus basses que la réalité)

A part ça, as de mise à jour nécessaire, sauf à ajuster (augmenter, de beaucoup, vraiment beaucoup, et plus encore peut-être) le nombre de personnes déplacées, malades ou mortes.

Postscriptum : « L’augmentation du niveau de Dioxide de carbone pendant la dernière décennie est de 100 à 200 fois plus raie que ce que la terre a expérimenté lors de sa transition vers l’éère glaciaire. C’est un véritable choc pour l’atmosphère «   The rate of carbon dioxide growth over the last decade is 100 to 200 times faster than what the Earth experienced during the transition from the last Ice Age. This is a real shock to the atmosphere.” Pieter Tans, science de l’atmosphère, Global Monitoring Division, Earth System Research Laboratory, NOAA, 2018.

Pourtant, pensez-y, Trump est Président.

Robert Hunziker vit à LA et peut être joint

PLUS TARD L’AVENIR N°2 : La survie des plus riches / Douglas Rushkoff

Deuxième partie d’une trilogie d’articles qui semblent connecter des constats et des témoignages se rejoignant sur une forme de bilan de santé, écologique, morale et politique que nous intitulerons ” PLUS TARD l’AVENIR” EG

 

La survie des plus riches
Traduction de l’article de Douglas Rushkoff paru dans Future Human
Cet article fait pendant à celui qui suivra dans quelques jours et qui dresse le bilan des crises majeures en court, la guerre nucléaire exceptée bien sûr. Il s’agit du témoignage de Rushkoff sur les questions que se posent la plupart des plus riches du monde sur leur survie suivant “the event”. Fin du monde, faute de pouvoir dire fin d’un monde, dont, justement ils ne peuvent envisager la fin qu’en l’amalgamant à la fin des temps, dont eux seuls pourraient imaginer se sortir. Le degré d’inconsistance et de naïveté des questions posées est au-delà de son aspect consternant, révélateur d’un effondrement des bases référentes qui ont pu jusque-là nous attacher à une sorte de destin commun dans notre humanité. Amené par la déferlante cognitivo-scientiste entre autres, savamment posant son couvercle de plomb sur les fonctionnements totalement et consciemment amoraux du système global dans sa totalité et permettant de ne pas devoir aborder sa dimension morbide par essence, le glissement d’un questionnement intrinsèque à la condition humaine aux évocations incessantes de ce qui nous qualifierait en tant qu’espèce dans une nature humaine décryptable comme un code génétique et comme seul cerveau, autrement dit comme données simples et claires, maîtrisables et gérables absolument dans l’avenir et devant se soumettre quant à ses faiblesses au totalitarisme technologique pour se sauver, laisse en plan un certain nombre de questions fondamentales, c’est à dire devant rester sans réponse.  Penchons-nous avec “compassion”, affreux terme qui fait le buzz de nos conditionnements multiples, renouvelables à merci, sur la pauvreté de l’imaginaire de ces nantis qui croient pouvoir quitter le navire comme des rats, et s’imaginent que c’est tout bonnement envisageable parce qu’ils le veulent, dans leur toute-puissance qui ne peut, par les valeurs qui la génèrent ne produire qu’une forme de bêtise infinie.EG


FUTURE HUMAN

Survival of the Richest

La survie des plus riches

The wealthy are plotting to leave us behind

Les nantis complotent pour nous laisser en rade

Douglas Rushkoff

Jul 5

L’an passé, j’ai été invité dans un hôtel privé super-luxueux afin de faire un discours inaugural à quelques cents banquiers d’investissement. C’était de loin la rémunération la plus importante que j’aie empoché pour une intervention. Tout cela pour délivrer quelques pensées sur le «  futur de la technologie »

Je n’ai jamais aimé évoquer le futur. Les sessions Q&A s’achèvent toujours plus comme des jeux de salon alors qu’il m’est demandé d’opiner sur le dernier  mot tendance comme s’ils étaient des symboles palpitants pour les investissements potentiels : blockchain, Impression 3D, CRISPR.  L’audience  est rarement intéressée par ces technologies et leurs impacts potentiels  au-delà du choix binaire, investir ou ne pas investir Mais l’argent parle, aussi ai-je accepté le boulot.

Après mon arrivée, j’ai été dirigé vers ce que je croyais être la chambre verte. Mais au lieu d’être branché sur un micro ou installé sur une estrade, j’ai été simplement assis là, autour d’une simple table ronde pendant que mon audience m’était introduite : cinq types super-riches, oui que des hommes- issus du plus haut échelon du monde des Hedge-fund. Après un peu d’échange de banalités, j’ai réalisé qu’ils n’étaient pas intéressés dans ce que j’avais préparé sur le futur de la technologie. Ils étaient venus avec leurs propres questions.

Ils ont commencé d’une façon assez inoffensive . Ethereum ou Bitcoin ? Est-ce que l’informatique quantique existe réellement ? Lentement mais sûrement cependant, ils se sont orientés vers le véritable sujet de leur inquiétude.

Quelle région sera la moins impactée par la crise climatique : La Nouvelle Zélande ou l’Alaska ? Est-ce que Google construit vraiment une demeure pour le cerveau de Ray Kurzweil et est-ce que sa conscience vivra pendant la transition, ou mourira-t-telle pour renaître entièrement neuve ? Finalement le CEO d’une maison de courtage a expliqué qu’il avait presque terminé la construction dans son sous-sol d’un bunker et m’a demandé : «  Comment puis-je maintenir mon autorité sur mes forces de sécurité après l’évènement ? »

Malgré toute leur richesse et leur pouvoir, ils ne croient pas qu’ils peuvent affecter l’avenir.

L’Evènement. C’est leur euphémisme pour la catastrophe environnementale, la révolte sociale, l’explosion nucléaire, le virus immaitrisable, ou le piratage de Mr.Robot qui fera tout effondrer.

Cette seule question nous a tenus pendant le reste de l’heure. Ils savaient que des gardiens armés seraient nécessaires pour protéger leur enceinte contre la foule en colère. Mais comment pourraient-ils payer ces gardes une fois que l’argent ne vaudrait plus rien ? Et comment pourraient-ils empêcher ces gardes de choisir leur propre chef ? Les milliardaires envisageaient de créer des codes d’accès aux réserves alimentaires qu’ils seraient les seuls à connaître ou de faire porter à leurs gardes des colliers disciplinaires en échange de leur survie. Ou bien d’utiliser des robots comme gardes et employés – si toutefois cette technologie était au point à temps.

C’est alors que ça m’a frappé : Du moins en ce qui concernait ces gentleman, c’était bien une discussion sur l’avenir de la technologie. Obéissants au signal donné par  Elon Musk qui veut coloniser Mars,  par Peter Thiel qui veut renverser le processus de l’âge, ou de Sam Altman et Ray Kurzweil téléchargeant leur cerveaux sur des superordinateurs, ils se préparaient pour un avenir digitalisé qui avait beaucoup moins à voir avec le fait d’améliorer le monde qu’avec le fait de transcender la condition humaine dans sa totalité et s’isoler d’une tout à fait réel et présent danger de changement climatique de montée des eaux, de migrations de masse, de pandémies globales, de panique nativiste et d’épuisement des ressources. Pour eux, l’avenir de la techoogie est vraiment qu’une seule chose : s’enfuir.

Il n’y a pas de mal croire que la technologie bénéficiera à la société humaine et la vanter d’une façon optimiste proche du délire. Mais les tendances actuelles pour une utopie post-moderne sont différents. Ce n’est pas tant une vision de l vente en gros de toute l’humanité vers un nouvel état de l’être qu’une quête de transcender tout ce qui est humain : le corps, l’interdépendance, la compassion, la vulnérabilité, et la complexité. Comme les philosophes de la technologie l’ont noté depuis des années, la vision transhumaniste réduit trop facilement toute réalité à des données, concluant que les humains ne sont rien d’autre que des machines à  traitements d’information »

C’est une réduction de l’évolution humaine à un jeu vidéo que quelqu’un gagne en trouvant la porte de sortie et en laissant quelques-uns de ses meilleurs amis l’accompagner dans le voyage. Est-ce que ce sera Musk, Bezos, Thiel…Zuckerberg? Ces milliardaires sont les gagnants présumés de l’économie digitale-le même paysage de survie- des-plus-aptes qui nourrit cette spéculation à l’origine.

Bien sûr ça n’a pas toujours été ainsi. Il y a eu de brèves périodes, au début des années 90 où le futur digital semblait sans limites et prêt pour nos inventions. La technologie devenait une cour de récréation pour la contre-culture, qui y voyait une opportunité de créer un avenir plus inclusif, mieux distribué et plus favorable à l’humain. Mais les intérêts du business établi n’y virent que de nouveaux potentiels pour les mêmes extractions et de nombreux technologistes furent séduits par la licorne de l’IPO. Le futur digital se vit considéré plus comme le futur des actions ou le futur du coton – quelque chose sur lequel prédire et parier. Presque tous les discours, les études, les articles, les documentaires ou les rapports officiels ne pouvaient être considérés comme pertinents qu’à la condition de pointer le compteur symbolique. L’avenir devint moins quelque chose que nous créons à travers nos choix présents et nos espoirs pour l’espèce humaine qu’un scénario prédestiné sur lequel parier avec notre capital hasardeux mais auquel on accède passivement.

Ceci libéra tout un chacun des implications morales de ses activités. Le développement technologique devint moins une affaire de développement collectif que de survie personnelle. Pire, comme je l’ai appris, éveiller l’attention sur ceci impliquait de se classer sans le vouloir comme ennemi du marché et un râleur anti-technologies.

Au lieu de considérer l’aspect éthique pratique de l’appauvrissement de la masse au bénéfice des nantis, la plupart des chercheurs, journalistes, et auteurs de science-fiction se plongèrent dans des débats plus croustillants et abstraits : Est-ce juste qu’un trader utilise des smart drugs ? Devraient-on poser sur les enfants implants pour l’’apprentissage de langues étrangères ? Veut-on que les véhicules autonomes priviliégient la vie des piétons plutôt que celle des passagers ? Est-ce que la première colonie sur Mars devrait être une démocratie ?un as democracies? Est-ce que la modification de mon ADN met en cause mon identité ? Est-ce que les robots ont des droits ?

Se poser ce genre de questions, bien que philosophiquement divertissant, est un maigre substitut pour lutter contre les véritables dilemmes moraux associés au mouvement sans frein du développement technologique au nom du capitalisme consumériste. * Les plateformes digitales ont déjà changé un marché déjà exploiteur et extractif ( pensez à Walmart) en un successeur encore plus déshumanisé ( pensez à Amazon). La plupart d’entre nous ont conscience de ces inconvénients qui prennent la fomre de l’économie à la tâche ( gig economy), des emplois automatisés et de l’abandon du commerce local.

L’avenir est devenu moins quelque chose que nous créons à travers des choix effectués au présent et des espoirs pour l’espèce humaine qu’un scénario prédestiné sur lequel nous parions avec notre capitalisme hasardeux mais vers lequel nous arrivons passivement.

Mais les impacts les plus dévastateurs de ce capitalisme pied au plancher tombent sur l’environnement et sur la pauvreté global.

La fabrication de certains de nos ordinateurs ou de nos portables utilise encore des réseaux de travail asservi. Ces pratiques sont si profondément ancrées qu’une compagnie nommée Fairphone, fondée sur le principe de fabriquer et de commercialiser des téléphones éthiques, a appris que c’était impossible. (Les fondateurs de cette compagnie se réfèrent maintenant à leur produit comme « des téléphones plus équitables »).

Pendant ce temps, l’extraction de métaux rares et les rejets de tous les objets de la technologie digitale détruisent les habitats humains, les remplaçant par des vastes décharges toxiques, que des enfants et leurs familles paysannes trient afin de revendre les matérieux utiles à des industriels.

Cette externalisation de la pauvreté et du poison «  loin de la vue, loin de l’esprit »ne s’évacue pas parce que nous nous couvrons les yeux avec des lunettes de natation VR ou parce que nous nous immergeons dans une réalité alternative. Au contraire, plus on ignore les répercussions  sociales, économiques et environnementales, plus elles deviennent un problème. Ce qui, en retour, motive encore plus le retrait, l’isolationnisme et les fantasmes apocalyptiques, des technologies toujours plus désespérément concoctées et des projets de business. Le cycle se nourrit lui-même.

Plus nous sommes engagés dans cette vision du monde, plus nous considérons l’humain comme étant le problème et la technologie comme sa solution. L’essence même de l’humanité est traitée moins comme une composante que comme un parasite. Peu importe leur biais inclus, les technologies sont déclarées «  neutres », tout mauvais comportement qu’elles induisent ne sont que les manifestations de notre fond corrompu. C’est comme si quelque sauvagerie innée était à blâmer pour nos troubles. Tout comme l’inefficacité d’un marché de taxi local peut être « résolue » grâce à une application qui entraine la faillite des chauffeurs humains, les inconsistances vexantes de la psyché humaine peuvent être corrigées avec une mise à jour digitale ou génétique.

Nos films et notre télévision mettent en scène ces fantasmes pour nous. Les spectacles de zombies dépeignent une post-apocalypse où les gens ne sont pas mieux que les morts-vivants et semblent le savoir. Pire, ces films invitent le spectateur à imaginer un futur sans gagnants entre les humains restants, où la survie d’un groupe dépend de la disparition de l’autre. Même Westworld – écrit d’après un roman de science-fiction où les robots perdent la tête- finit sa seconde saison avec une révélation ultime : Les êtres humains sont plus simples et plus prédictibles que les intelligences artificielles qu’ils ont créées. Les robots apprennent que chacun de nous peut être réduit à quelques lignes de code, et que nous sommes incapables de faire des choix délibérés. Zut, même les robots dans ce film veulent échapper au confinement de leur corps et passer le reste de leur vie dans des simulations informatiques.

L’essence même de ce que signifie être humain est traité moins comme une caractéristique que comme un défaut.

La gymnastique mentale nécessaire pour un tel renversement des rôles entre l’homme et la machine repose entièrement sur l’assomption sous-jacente que l’humain gonfle. Ou on le change ou on le quitte, pour toujours.

Et donc, nous nous trouvons avec les milliardaires tech. lançant des véhicules électriques dans l’espace, comme si cela symbolisait plus que leur capacité à l’auto-promotion. Et même si quelques individus atteignent la vélocité nécessaire à la fuite et trouvent les moyens de survivre dans une bulle sur Mars –en dépit de notre incapacité à maintenir une telle bulle même ici, sur terre dans aucune des deux biosphères ayant coûté des milliards de dollars – le résultat sera moins la continuation de la diaspora humaine qu’un radeau de survie pour une élite.

Quand les hedge funders m’ont demandé quelle était la meilleure façon de maintenir l’autorité sur leurs forces de sécurité après l’ « évènement », j’ai suggéré que leur premier atout serait de traiter ces gens très correctement, dès maintenant. Ils devraient avoir des relations avec leur service de sécurité comme s’il était membre de leur propre famille. Et plus ils pourront inclure cet ethos dans le reste de leurs pratiques commerciales, dans le management,  de l’approvisionnent des chaînes de fournisseurs, dans des efforts de long terme, dans la distribution de la richesse, le moins de chance il y aura, pour commencer, d’avoir à faire face à cet «  évènement ». Toute cette sorcellerie technologique pourrait s’appliquer à de moins romantiques mais à des intérêts plus entièrement collectifs dès maintenant.

Ils ont été amusés par mon optimisme, mais ils n’y ont pas vraiment crédité. Ils n’étaient pas intéressés par la fait d’éviter une calamité, ils sont convaincus que nous sommes allés trop loin. Malgré toute leur richesse et leur puvoir, ils ne croient pas qu’on puisse agir sur l’avenir. Ils acceptent simplement le plus noir des scénarios puis amènent le plus possible d’argent et de technologie afin de s’isoler eux-mêmes, tout spécialement en s’offrant un siège pour Mars.

Heureusement, ceux d’entre nous n’ayant pas les fonds nécessaires pour considérer ce désaveu de notre propre humanité ont de bien meilleures options disponibles. Nous n’avons pas à utiliser la technologie d’une façon si antisociale et atomisante. Nous pouvons devenir des consommateurs individuels et les profiles que les plateformes attendent de nous, ou nous pouvons nous souvenir que l’humain vraiment évolué n’y va jamais seul.

Être humain n’est pas autour de la survie individuelle ou de la fuite. C’est un travail d’équipe. Quoi que sera notre futur, il se fera ensemble.

Douglas Rushkoff iest l’auteur de l’ouvrage à venir  Team Human (W.W. Norton, January 2019) et invité de l’émission  TeamHuman.fm.

WRITTEN BY douglas rushkoff

Traduction Elisabeth Guerrier

Host: http://TeamHuman.fm Author: Team Human, Throwing Rocks at the Google Bus, Program or Be Programmed, Present Shock, Program or Be Programmed

 

Selon Exxon, (oui, Exxon !) L’inaction risque de faire basculer les températures bien au-delà du seuil des 2°C

Selon Exxon, (oui, Exxon !) L’inaction risque de faire basculer les températures bien au-delà du seuil des 2°C 

 

Les grandes dents se retournent en tous sens, certains , comme Adidas ou Puma deviennent des avocats des énergies renouvelables et font la leçon aux gouvernements afin de durcir les objectifs des 1°5 C, d’autres comme le duo Koch, continuent à déployer tous les moyens médiatiques en leur possession pour amener les foules à douter de la réalité pourtant indubitable,  et enfin, au sommet de la félonie Exxon, un des plus gros dévoreurs d’hydrocarbure au monde après avoir passé des dizaines d’années sachant que des situations irréversibles étaient engendrées par les forages et la prédation sans perspectives à long terme, confie à ses  “experts” le soin d’alerter les autorités quant à un basculement dans la catastrophe d’un réchauffement galopant. Il faudra bien créer un jour ce tribunal de La Haye des écocides, il faudra un jour que ces manipulateurs d’apocalypse rendent des comptes et que ces comptes ne soient pas que ceux de leurs gains et de leurs pertes. Il faudra que, comme pour la mise en place du tribunal chargé de juger Monsanto, le Politique retrouve la force et le soubassement éthique de la recherche du bien commun qui est sa nature et qu’il s’extrait de la fusion mortifère qui le fait s’engloutir dans l’économique. Que ce Politique, au nom des espèces détruites, juge enfin les exactions de cette culture du profit qui, les preuves abondent, n’est, pour la planète et pour elle-même, tout simplement pas vivable.

Comme le géant des hydrocarbures avertit que les températures mondiales pourraient s’élever jusqu’à plus de 7°, à Paris les militants poussent pour des objectifs climatiques encore plus forts.

Par : Nadia Prupis, staff writer

Exxon

Non Aux Hydrocarbures (“Non-hydrocarbon”). (Photo: Mike Gifford/flickr/cc)

Clignez des yeux ou vous le manquerez, mais une ligne dans une interview récente du Washington Post avec les experts du géant des hydrocarbures ExxonMobil  à propos du changement climatique présente d’une façon très cavalière un avenir cauchemardesque, désespéré si les leaders mondiaux n’agissent pas vite —un avenir qui se centre autour d’un accroissement possible de 7° Celsius ou plus.

« Sans action gouvernementale, nous ont dit les experts d’Exxon pendant une visite au Post la semaine dernière, les températures moyennes risquent d’augmenter catastrophiquement (mes mots, pas les leurs) de 5° Celsius avec des montées de 6, voire 7° encore plus envisageables. » écrit dans son éditorial Fred Hiatt dans un article intitulé « Si même ExxonMobil dit que le changement climatique est réel. Donc pourquoi pas le GOP ? »

Les scientifiques nous ont avertis depuis longtemps que permettre une montée de la température de deux degrés ou plus entrainerait des changements climatiques irréparables et des événements météorologiques extrêmes.  Les chefs d’état sont rassemblés à paris pour négocier un agrément climatique global afin de limiter le réchauffement avant que la planète ne heurte ce seuil. Les groupes de terrain défendant la justice climatique appelant pour un objectif encore plus serré de 1,5 °C. Mais une secte d’opposition du Parti républicain a menacé de faire obstacle à tout projet de loi qui viendrait de Paris—ce qui pourrait faire dérailler tout progrès accompli pendant les pourparlers de la COP 21.

Comme l’explique le Prix Nobel d’économie Paul Krugman dans un article publié la semaine dernière dans le New York Times :

« Les futurs historiens—si il y a des futures historiens—diront certainement que la chose la plus important à s’être produite dans le monde en décembre 2015 était les pourparlers sur le climat de Paris. Vrai, rien de ce qui sera l’objet d’un accord à Paris ne suffira, en soi, pour résoudre les problèmes du réchauffement climatique. Mais ces pourparlers sont un moment décisif, le début d’une sorte d’action internationale nécessaire afin de prévenir la catastrophe.  Mais encore une fois, il est possible qu’ils ne le soient pas. Nous pouvons être maudits. Et si nous le sommes, vous savez qui sera responsable : le Parti républicain » écrit Krugman, « Nous voyons un Parti qui a tourné le dos à la science à un moment où le faire met en danger l’avenir même de la civilisation ».

Cet obscurantisme politique pose un autre challenge aux représentants COP 21 américains, qui s’est déjà montré particulièrement chicanier lors des discussions préliminaires cette année à Bonn en Allemagne, critiqué par les nations développées pour ses tentatives pour échapper à ses obligations financières  face aux communautés en premières lignes luttant déjà contre les impacts du changement climatiques. Mais Krugman fait également ce rapport dans Politics and Policy, un journal de sciences politiques publié en Août : “ Les Parti républicain américain est une anomalie dans son déni des origines anthropogéniques du changement climatique », But Krugman also points to an article published in August in Politics & Policy, a political science journal, that states, “The U.S. Republican Party is an anomaly in denying anthropogenic climate change.”

Ceci dessine un futur incertain pour tout accord émergeant des négociations. Cependant, comme Mark Hertsgaard, le correspondant pour l’environnement de The Nation l’écrit dans un article parut lundi, des espoirs nouveaux se font jour au sein des organisations opérant en parallèle de Paris.

Hertsgaard écrit :

L’accord final que les gouvernements espèrent signer avant la fin de la semaine peut pousser à limiter l’élévation de la température à 1°5 Celsius. Ce serait une avancée importante par rapport aux actuels 2°C ainsi qu’une victoire historique et surprenante pour les pays en voie de développement les plus vulnérables. Leurs représentants, rejoints par les activiste de la justice climatique, critiquent depuis longtemps l’objectif des 2° comme une peine de mort virtuelle pour les gens par millions qui souffrent déjà de la montée des eaux, des sécheresses de plus en plus dures et d’autres impacts provoqués par les 1° déjà enregistrés.

Préalablement refuse par la plupart des pays riche comme économiquement irréaliste, l’objectif des 1°5C ré-émerge à Paris à cause de la confluence de divers facteurs : lea reconnaissance par de nombreux pays riches que même 2° amèneraient des changements ruineux dans les modes alimentaires et d’autres systèmes vitaux, une posture diplomatique plus unifiée de la part des 100 nations les plus pauvres et les plus démunies, supportant l’objectif des 1°5C et des pressions ininterrompues de la société civile.

Le Président français, François Hollande et le Ministre allemand de l’environnement et secrétaire d’état Jochen Flasbarth ont tous deux exprimés leur appui au but des 1°5C la semaine dernière et notablement, reconnu  que c’était les campagnes environnementales qui avaient conduit le monde à ce point.

« Nous ne pouvons accepter que les pays les plus pauvres, ceux qui ne produisent des gaz à effet de serre qu’en quantité limitée soint les plus vulnérables.» a dit Hollande, « c’est donc au nom de la justice climatique que nous nous devons d’agir ».

Flasbarth a confirmé que l’objectif des 1°5C était la position officielle de l’Allemagne et que cet objectif « doit être mentionné »

« C’est pourquoi l’objectif des 1°5C est maintenant accepté par la nation d’accueil du sommet et par les économies les plus fortes ‘Europe » a écrit Hert.

 

Le Guardian rapporte dans l’après-midi de lundi dernier que les USA, la Chine et l’Union européenne —  les plus gros pollueurs —,  étaient « ouverts »  à l’objectif des 1°5C et « travaillaient avec d’autres pays à le faire figurer explicitement »  selon le représentant du Secrétariat d’état Todd Stern. Mais cette annonce a reçu un accueil assez tiède des associations de défense du climat et des délégués des pays en développement les plus importants qui dirent que ce n’était qu’une nouvelle tentative des nations les plus riches pour détourner les obligations de réduire leurs émissions.

« Pourquoi pas 1°, pourquoi 1.5°»  dit Ashok Lavasa, le négociateur principal de l’Inde, «Quand nous parlons de but, nous parlons aussi de budget carbone. Nous avons besoin d’envisager l’espace de développement disponible et en conséquence, ceux qui sont impatients de la maintenir au-dessous de 2° devraient travailler afin de maintenir l’espace carbone de façon à ce qu’il ne compromette pas les besoins de pays en voie de développement. »

 

Erich Pica, directeur du groupe climat des Amis de la terre ajoute, «Les USA et l’Europe adoptent l’idée adoptent l’idée des 1.5° comme une cible de négociation mais ils maintiennent floues les lignes de ce qui doit se passer pour que cette équation des 1.5° soit un partage juste et honnête. »

Pendant ce temps, l’éditorial du Post pose une autre question à la lumière des investigations qui ont récemment exposé le rôle du géant des hydrocarbures Exxon dans son occultation des rapports des sciences du climat pendant des décennies : qu’est-ce que Exxon sait d’autre ?

Ce travail est sous licence de Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 License

 

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

Ne détournez pas le regard, maintenant la crise climatique a besoin de vous. Naomie Klein

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Le Guardian s’embarque dans une série majeure d’articles sur la crise climatique et sur les moyens pour l’humanité de la résoudre. En tout premier, un extrait de l’introduction de “ Tout peut changer ” de Naomi Klein, l’auteure y défend que si non traitons le changement climatique comme la crise qu’il est réellement, nous n’avons pas seulement la possibilité d’éviter le désastre mais pouvons améliorer la société dans le même temps.

Naomi Klein

Naomi Klein

Une voix se fit entendre dans le haut-parleur : les passagers du vol 3935, prévu au départ de Washington DC pour Charleston, Caroline du Sud auraient-ils l’obligeance de récupérer leurs bagages à main et de sortir de l’avion. Ils descendirent de l’escalier et se rassemblèrent sur le bitume brûlant. Là ils virent quelque chose d’inhabituel, les roues de l’avion USAirways étaient plongées dans le sol noir comme si c’était du ciment frais. Les roues étaient enfoncées si profondément, en fait, que le camion qui intervint pour extraire l’avion ne pouvait pas l’extraire. La compagnie avait espéré que sans le poids supplémentaire des 35 passagers du vol, l’avion serait assez léger pour être tracté. Ça n’a pas été le cas. Quelqu’un a posté une photo : pourquoi le vol a-t-il été annulé ? Parce qu’il faisait tellement chaud à DC que notre avion s’était enfoncé de plus de douze centimètres dans le sol.

A la fin, un véhicule plus large et plus puissant a été amené pour remorquer l’avion et cette fois ça a marché, l’avion a finalement décollé, avec trois heures de retard. Un représentant de la compagnie aérienne a attribué l’incident à “ des températures très inhabituelles ”.

Les températures de l’été 2012 ont été évidemment anormalement élevées. (Comme elles l’avaient été l’année précédente et l’année suivante). Et les raisons pour lesquelles ceci s’est produit ne sont pas mystérieuses : la combustion extrêmement généreuse des énergies fossiles, la chose précise à laquelle  la compagnie aérienne était liée et déterminée à poursuivre en dépit de l’inconvénient d’une piste de décollage qui fonde. Cette ironie – le fait que l’usage des énergies fossiles change à un point tel notre climat qu’il vient contrecarrer notre capacité à utiliser les énergies fossiles – n’a pas empêché les passagers du vol 3935 de ré-embarquer et de poursuivre leur voyage. Ni le changement climatique de n’être pas mentionné dans un seul des médias grand public ayant couverts l’incident.

Je ne suis pas en position de juger ces passagers. Tous parmi nous, qui avons un mode de vie de haute-consommation, où que nous vivions, sommes, métaphoriquement, des passagers du vol 3935. Ayant à faire face à une crise qui menace notre survie en tant qu’espèce, notre culture entière continue à perpétuer la chose même qui a causé cette crise, avec, simplement une dose supplémentaire d’huile de coude derrière elle. Comme cette compagnie devant mobiliser un camion avec un moteur plus puissant pour remorquer l’avion, l’économie globale relève la barre des sources conventionnelles d’énergies fossiles  pour atteindre leurs versions plus sales et plus dangereuses – le goudron extrait des sables bitumeux d’Alberta, le pétrole extrait des forages en eaux profondes, le gaz extrait de la fracturation hydraulique, le charbon extrait de l’explosion de montagnes etc.

Pendant ce temps, chaque nouveau désastre écologique produit ironiquement des instantanés chargés d’un climat de plus en plus inhospitalier à ces mêmes industries qui sont le plus responsables du réchauffement. Comme l’inondation historique de Calgary en 2013, qui a obligé les responsables des compagnies pétrolières qui extrayaient le goudron de Alberta à couper toute alimentation électrique et à renvoyer leurs employés chez eux pendant qu’un train transportant des matériaux pétroliers inflammables était sur le point de chanceler en désintégrant un pont de chemin de fer.

Ou la sécheresse qui a frappé le Mississippi une année  plus tôt, abaissant le niveau des eaux si bas que les barges chargées de pétrole et de charbon  ont été immobilisées des jours durant pendant qu’on attendait que l’équipe des ingénieurs militaires creuse un canal, ils bénéficiaient des fonds accordés pour la reconstruction suivant les inondations historiques qui s’étaient produites l’année précédente le long de la même voie navigable.

Ou les centrales alimentées au charbon dans d’autres parties du pays qui durent fermer temporairement parce que les circuits d’eaux sur lesquels ils s’appuyaient pour leur refroidissement étaient ou trop chauds ou trop secs ou quelquefois les deux.

Vivre avec ce genre de dissonance cognitive fait simplement partie de la façon de vivre en ces temps bouleversants de notre histoire, quand une crise que nous avons ignorée avec application nous frappe de plein fouet – et que malgré cela nous doublons la mise sur ce qui en est à l’origine.

J’ai nié le changement climatique plus longtemps que je ne veux l’admettre. Je savais que cela arrivait, certainement. Pas comme Donald Trump et les membres du Tea Party qui persistent à prétendre que l’existence des hivers prouve que c’est une supercherie. Mais je restais plutôt vague sur les détails et je me contentais d’effleurer la plupart des nouvelles, surtout les plus effrayantes. Je me disais que la science était trop complexe et que les environnementalistes s’occupaient de ça. Et je continuais de me comporter comme s’il n’y avait rien de mal dans la carte brillante et le statut de  “ voyageuse d’élite ” dans mon portefeuille.

Un grande partie de nous est engagée dans cette sorte de déni du changement climatique. Nous y prêtons attention pendant une seconde et puis nous regardons ailleurs. Ou bien nous regardons et nous le transformons en plaisanterie (plus de signes de l’apocalypse !). Ce qui est une autre façon de regarder ailleurs. Ou bien nous regardons mais nous nous racontons des histoires réconfortantes sur l’intelligence humaine et sa capacité à créer un miracle technologique qui aspirera en toute sécurité le carbone des cieux ou baissera magiquement la chaleur du soleil. Ce qui, j’allais le découvrir en écrivant ce livre, est une autre façon de regarder ailleurs.

Ou bien nous regardons mais essayons d’être hyper-rationnels à son propos (“Dollar pour dollar, c’est plus efficace de se concentrer sur le développement économique que sur le changement climatique puisque la richesse est la meilleure protection contre les températures extrêmes.”) – comme si le fait d’avoir quelques dollars de plus pouvait faire une quelconque différence quand votre ville est sous l’eau. Ou nous regardons et nous nous disons que nous sommes trop occupés pour nous préoccuper de quelque chose d’aussi lointain et abstrait. – même si nous avons vu l’eau dans le métro de New York City pendant l’ouragan Katrina et savons que nul n’est protégé, les plus vulnérables d’entre nous encore moins que les autres. Et bien que ce soit parfaitement compréhensible, cela aussi est une façon de regarder ailleurs.

Ou bien on regarde et l’on se dit que la seule chose qu’on puisse faire est se concentrer sur soi. Méditer et faire nos achats sur les marchés bio, arrêter de conduire- mais nous oublions d’essayer de changer le système qui rend cette crise inévitable parce que cela consomme trop de “ mauvaise énergie” et que ça ne marchera jamais. Et en premier lieu il peut sembler que nous regardions, parce que beaucoup de ces changements de styles de vie font bien sûr partie de la solution, mais on garde un œil bien fermé.

Ou bien on regarde, on regarde vraiment – et puis ensuite, inévitablement, on semble oublier. Nous rappeler puis à nouveau oublier. Le changement climatique est comme cela, il est difficile de le garder à l’esprit très longtemps. Nous nous engageons dans cette étrange parti-présent sorte d’amnésie écologique pour des raisons parfaitement rationnelles. Nous la nions parce que nous craignons que de laisser visible la totale réalité de la crise puisse tout changer. Et nous avons raison.

Nous savons que si nous continuons sur notre lancée et laissons les émissions augmenter année après année, le changement climatique va tout changer dans notre monde. Des villes importantes vont vraisemblablement être submergées, des cultures anciennes vont être avalées par les mers et il y a de fortes chances que nos enfants passent la plupart de leurs vies à fuir ou à se remettre de tempêtes vicieuses ou de sécheresses extrêmes. Et nous n’avons rien à faire pour provoquer cet avenir. La seule chose que nous ayons à faire, c’est rien. Simplement continuer à faire ce que nous faisons maintenant, que ce soit de compter sur une réparation-technologique, de nous tourner vers nos jardins ou de nous dire que nous sommes malheureusement trop occupés pour nous occuper de ça.

La seule chose que nous ayons à faire est de ne pas réagir comme si c’était une crise majeure. Tout ce que nous avons à faire est de continuer de nier à quel point nous sommes effrayés. Puis, petit à petit, nous arriverons à la place qui nous terrorise le plus, la chose dont nous avons détourné les yeux.  Aucun effort supplémentaire n’est demandé.

Il existe des façons de prévenir cet avenir macabre, ou du moins de le rendre beaucoup moins sinistre. Mais le point complexe est qu’elles impliquent elles aussi de tout changer. Pour nous grands consommateurs, cela implique de changer nos modes de vie, le fonctionnement de nos économies, et même changer les histoires qu’on se raconte sur notre place sur terre. La bonne nouvelle est que la plupart de ces changements sont distinctement  tout sauf catastrophiques. Beaucoup sont tout à fait excitants. Mais je n’ai pas découvert ceci avant un long moment.

En 2009, quand la crise financière battait son plein, la réponse massive des gouvernements dans le monde a montré qu’il était possible quand nos élites l’ont décidé de se déclarer en état de crise.

Nous avons tous vu comment des milliards de dollars ont été rassemblés en quelques instants. Si on laissait les banques s’effondrer, nous a-t-on dit, le reste de l’économie s’effondrerait avec elles. C’était une question de survie collective, il fallait donc trouver l’argent. Dans le mouvement furent exposées des fictions au cœur de notre système économique ( Besoin de plus d’argent, imprimez-en !) Quelques années plus tôt, les gouvernements avaient pris des mesures similaires à l’égard des finances publiques après les attaques terroristes du 11 Septembre. Dans les pays occidentaux, lorsqu’il s’est agi de construire un état de sécurité-surveillance sur place et de déclencher  des guerres à l’étranger, les questions budgétaires n’ont jamais semblé être un problème.

Le changement climatique n’a jamais reçu le statut de crise par nos leaders, en dépit du fait qu’il porte le risque de la destruction de vies à une échelle autrement plus vaste que l’effondrement de banques ou de bâtiments. Les diminutions d’émission de gaz à effet de serre que les scientifiques disent nécessaires afin de réduire d’une façon notable les risques de catastrophe ne sont pas traitées autrement que comme de gentilles suggestions, des actions pouvant être reportées presque indéfiniment. Clairement, ce qui est déclaré comme crise est l’expression du pouvoir et de ses priorités autant que celle des faits objectifs. Mais nous n’avons pas besoin d’être les spectateurs de tout cela : les politiques ne sont pas les seuls à détenir le pouvoir de déclarer une crise. Les mouvements de masse des gens ordinaires peut en déclarer une également.

Pour les élites britanniques et nord-américaines jusqu’à ce que l’abolitionnisme le transforme en crise, l’esclavage n’était pas une crise. Jusqu’à ce que le mouvement des droits civils la transforme en crise, la discrimination raciale n’en était pas une. Jusqu’à ce que le féminisme la transforme en crise la discrimination sexiste n’était pas une crise. Jusqu’à ce que le mouvement anti-apartheid le transforme en crise l’apartheid n’en était pas une non plus.

De la même façon, si suffisamment de personnes parmi nous arrêtent de regarder au loin et décident que le changement climatique est une crise méritant ce que certains ont nommé  “un plan Marshall pour la terre”, alors il en deviendra un, à la fois en apportant les ressources nécessaires et en pliant les règles du marché qui se sont montrées si flexibles lorsque les intérêts de l’élite étaient en péril.

Á l’occasion, nous nous rendons compte de ce potentiel lorsqu’une crise pousse le changement au premier plan de nos esprits pour un temps.  ” L’argent n’est pas un problème dans cet effort d’aide. Quelle que soit la quantité d’argent nécessaire pour lui, elle sera dépensée.”  a déclaré le premier ministre britannique David Cameron, Monsieur Austérité lui-même – quand de grandes parties du Royaume Uni étaient sous l’eau après l’inondation historique de Février 2014 et que le public était en rage de voir que le gouvernement ne faisait rien de plus pour apporter son aide.

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The artist Illustration: Antony Gormley. Soir 2003, charbon caséine et encre indienne sur papier, 19/28cm

J’ai commencé à comprendre comment le changement climatique- s’il était traité au même titre que ces inondations comme une urgence planétaire- pourrait devenir une force galvanisante pour l’humanité, nous laissant non seulement plus sûr face aux  conditions météorologiques extrêmes mais avec des sociétés plus sûres et plus justes dans de nombreux autres domaines également. Les ressources exigées pour quitter rapidement les énergies  fossiles et se préparer pour la venue des températures extrêmes pourraient sortir des parties énormes de l’humanité de la pauvreté, offrant des services manquant cruellement actuellement, de l’eau potable à l’électricité, et sur un modèle plus démocratique et moins centralisé que les modèles du passé. C’est une vision du futur qui va bien au-delà de la simple survie ou de l’adaptation au changement climatique, au-delà de “ allègement” et de “l’adaptation” pour utiliser le langage macabre des Nations Unies. C’est une vision dans laquelle nous utilisons collectivement la crise pour atteindre  un lieu qui, franchement, semble meilleur que celui dans lequel nous sommes maintenant.

Une fois que l’objectif s’est tourné de la crise vers la possibilité, j’ai découvert que je ne craignais plus de m’immerger dans la réalité scientifique de la menace climatique. Et comme de nombreux autres, j’ai commencé à voir que le changement climatique pouvait devenir le catalyseur pour un changement positif – comme il pourrait être le meilleur argument des progressistes pour reconstruire et raviver les économies locales, pour reprendre nos démocraties aux influences corrosives des corporations, pour bloquer les dangereux nouveaux contrats de libre-échange et de réécrire les anciens, d’investir dans les infrastructures agonisantes comme le transport collectif et l’immobilier accessible et de reprendre la possession des services essentiels comme l‘eau et l’énergie. Tout ceci pouvant aider à éliminer le niveau grotesque des inégalités à l’intérieur des nations et entre elles.

Il y a une riche histoire populaire de grandes victoires  de justice sociale et  économique remportées au milieu de crise à grandes échelles. Elles incluent une des plus notoire, la politique du New Deal après l’effondrement de la crise de 1929  et la naissance d’innombrables programmes sociaux après la deuxième guerre mondiale. Ceci n’a pas demandé le genre de supercherie que j’ai décrit dans mon livre La doctrine du choc ”. Tout au contraire, ce qui était essentiel était  la construction d’un mouvement musclé de masse capable de se lever contre un status quo défaillant et qui exigeait un partage du gâteau économique significativement plus équitable pour tous. Quelques-uns des legs restants ( bien que combattus) de ces moments historiques incluaient : la sécurité sociale, les pensions de retraite, l’immobilier subventionné et des fonds publics pour les arts.

Je suis convaincue que le changement climatique représente une opportunité historique à une échelle encore plus grande. Tout en projetant de baisser nos émissions au niveau recommandé par les scientifiques, nous avons une nouvelle fois l’occasion de mettre en place des réformes qui améliorent significativement la vie, ferment le fossé entre les riches et les pauvres, créent un nombre énorme de bons emplois et revigorent la démocratie.

Mais avant qu’aucun de ces changements puisse advenir- avant que nous puissions penser que le changement climatique peut nous changer -, nous devons arrêter de regarder ailleurs

“ Vous avez négocié toute ma vie”, ainsi s’est exprimée l’étudiante canadienne Anjali Appadurai, en regardant fixement l’assemblée des négociateurs gouvernementaux à la conférence sur le climat de 2011 aux Nations Unies à Durban, en Afrique du Sud. Et elle n’exagérait pas. “

Les gouvernements mondiaux parlent de la prévention du changement climatique depuis plus de vingt ans, ils ont commencé à négocier l’année où Anjali, alors âgée de 21 ans est née. Et cependant, comme elle l’a noté dans son discours mémorable dans l’espace de la convention, prononcé au nom de toute la jeunesse présente. “ Pendant tout ce temps vous n’avez pas respecté vos promesses, vous vous êtes trompés de cibles, vous avez trahi vos engagements ” En vérité, le groupe intergouvernemental chargé de prévenir les niveaux “ dangereux” de changements climatiques n’a pas seulement échoué à faire le moindre progrès tout au long de ces vingt années de travail ( et des presque 100 négociations officielles depuis que l’accord a été adopté), il a supervisé tout un processus de récidives presque ininterrompues. Nos gouvernements ont perdu des années à esquiver les chiffres et à se chamailler sur les dates de mises en place, cherchant perpétuellement à trouver des délais comme des bacheliers face à leurs derniers contrôles.

Le résultat catastrophique de tous ces faux-fuyants et de ces atermoiements est maintenant indéniable. En 2013, les émissions de carbone de dioxyde étaient 63% plus fortes qu’en 1990, quand les négociations vers un traité sur le climat ont sérieusement commencé. Bien sûr, la seule chose augmentant plus vite que nos émissions est la production des mots s’engageant à la faire baisser. Pendant ce temps le sommet annuel sur le climat des Nations Unies, qui demeure le meilleur espoir pour une avancée vers une action sur le climat, a commencé à moins ressembler à un forum pour de sérieuses négociations qu’à un coûteux rassemblement à hautes émissions de thérapie de groupe, un lieu pour les représentants des pays les plus vulnérables du monde où décharger  leurs reproches et leur rage sur les tragédies qui leur pendent au nez.

Bien qu’un certain dynamisme semble inaugurer les négociations terriblement importantes de Décembre à Paris, ceci a été l’humeur depuis l’échec de l’ultra-médiatique sommet sur le climat de Copenhague en 2009. Lors de la dernière nuit de ce rassemblement massif, je me suis retrouvée avec un groupe d’activistes pour la justice climatique, parmi lequel l’un des plus éminent militant de Grande Bretagne.

Tout au long du sommet ce jeune homme avait été l’image même de la confiance et du sang-froid, s’entretenant avec des dizaines de journalistes par jour sur ce qui s’était produit lors des sessions de négociations et sur ce que les différentes émissions avaient comme conséquence dans le monde réel. En dépit de ces challenges, son optimisme à propos du sommet n’a jamais vacillé. Quand il s’est achevé cependant, et que le marché pitoyable a été conclu, il s’est effondré devant nos yeux. Assis dans un restaurant italien trop éclairé, il a commencé à sangloter d’une façon incontrôlable.  “Je croyais vraiment qu’Obama avait compris ” répétait-il encore et encore.

J’en suis venue à penser que cette nuit avait été le moment de maturité du mouvement climatique : cela avait été le moment où il a fallu réaliser brutalement que personne n’allait nous sauver. La psychanalyste et spécialiste du climat Sally Weintrobe décrit ceci comme le « legs fondamental » du sommet – la précise et pénible réalisation que    ” nos leaders ne s’occupaient pas de nous…personne ne prenait soin de nous au niveau de notre survie même “. Peu importe le nombre de fois où nous avons été déçus par nos politiciens, cette prise de conscience intervient comme un coup. Que nous soyons seuls et l’unique source d’espoir dans cette crise devra venir du bas.

À Copenhague, les gouvernements des pays les plus pollueurs – y compris les USA et la Chine – ont signé un agrément non contraignant s’engageant à empêcher  la montée des températures de plus de 2° C, au-dessus de ce qu’elles étaient avant que nous ne faisions tourner nos économies au charbon. Cette cible bien connue, qui représente soi-disant la limite « sûre » du changement climatique, a toujours été un choix hautement politique qui a plus à faire avec la protection des enjeux économiques qu’avec la protection du plus grand nombre.

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” This changes everything ” est publié cette semaine

” Tout peut changer ” 

Quand la perspective des 2 degrés a été officialisée à Copenhague, il y eut des débats passionnés de la part de nombreux délégués, affirmant que cet objectif équivalait à une “ condamnation à mort ” pour quelques états insulaires, ainsi que pour une large partie de l’Afrique Sub-saharienne.

En fait c’est une cible très risquée pour nous tous : jusqu’à présent les températures ont augmenté de seulement 0, 8 °C et nous expérimentons déjà de nombreux impacts alarmants, y compris la fonte sans précédent de la couche glaciaire du Pôle Nord en cet été 2012 et l’acidification des océans se produisant beaucoup plus rapidement que prévu. Permettre aux températures de se réchauffer deux fois plus aura sans aucun doute des conséquences périlleuses.

Ce à quoi le monde pourrait ressembler en 2100 si les températures augmentent de :

1°C

Les glaciers et la glace de l’océan Arctique continuent à décliner sur le long terme. Très lentement mais d’une façon irréversible, la fonte des couches glaciaires les plus importantes peuvent commencer.

2°C

L’Océan Arctique sera vraisemblablement sans glace pendant les mois d’été.

3°C

Les couches polaires vont libérer des volumes massifs de glace causant la montée importante du niveau des mers.

4°C

Les glaces de l’Arctique disparaissent. La perte quasi complète de la couche glaciaire entraînant une montée finale des eaux jusqu’à 7 mètres.

Source: Intergovernmental Panel on Climate Change; Research: Karl Mathiesen

Dans son rapport de 2012, la Banque Mondiale a dessiné les enjeux impliqués par ces objectifs.  ” Comme le réchauffement climatique approche et excède les deux degrés Celsius, il y a un risque de déclenchement de basculement non linéaires des éléments. Les exemples incluent la désintégration de la banquise de l’Antarctique Ouest amenant une plus rapide montée du niveau de la mer, ou le dépérissement final de l’Amazone affectant drastiquement les écosystèmes, les rivières, l’agriculture, la production d’énergie et les moyens d’existence. Ceci s’ajoutera au réchauffement planétaire et aura des impacts sur les continents entiers.”  En d’autres termes, une fois que nous laissons les températures monter au-delà d’un certain point, là où le mercure s’arrête est hors de notre contrôle.

Mais le problème le plus important – et la raison pour laquelle Copenhague a déclenché un tel désespoir- est que comme les gouvernements ne se sont pas mis d’accord pour des cibles contraignantes, ils restent libres de presque ignorer  leurs engagements. Ce qui est précisément en train de se produire. Bien sûr,  les quantités d’émissions  augmentent si rapidement qu’à moins qu’un changement radical ait lieu au cœur de notre structure économique, deux degrés maintenant ressemblent à un rêve utopique. Et ce ne sont pas que les environnementalistes qui sonnent l’alarme. La Banque Mondiale a aussi mis en garde lorsqu’elle a publié son rapport que ” nous sommes sur la piste d’un monde plus chaud de 4° ( à la fin du siècle) marqué par des vagues de chaleur extrême, la perte des écosystèmes et de la biodiversité et la montée des eaux mettant la survie en jeu.” Et le rapport avertit : ” Il n’est pas certain que la vie avec une adaptation à 4° supplémentaire soit possible “. Kevin Anderson, l’ancien directeur ( maintenant sous-directeur) du Centre Tyndall pour la Recherche sur le Changement Climatique, qui s’est rapidement imposé comme l’une des institutions majeures de recherche du Royaume Uni est encore plus brutal, il dit que 4°C de réchauffement sont ” incompatibles avec  aucune caractéristique raisonnable d’une communauté mondiale organisée, équitable et civilisée.”

On ne peut pas savoir exactement ce à quoi un monde chaud de plus de 4°C  pourrait ressembler mais même les scénarios les plus optimistes sont vraisemblablement tous calamiteux. 4°C de réchauffement ferait monter le niveau des mers d’un ou peut-être deux mètres d’ici 2100 ( et se stabiliserait à au moins quelques mètres supplémentaires dans les siècles suivant ). Ceci ferait couler des nations insulaires comme les Maldives et Tuvalu et inonderait des zones côtières de l’Equateur et du Brésil jusqu’au Pays-Bas, ainsi que la majeure partie de la Californie et du Nord-Est des USA, de même que d’énormes bandes d’Asie du Sud et du Sud-Est. Des villes majeures seraient probablement compromises comme Boston, New York, le grand Los Angeles, Vancouver, Londres, Mumbai, Hong Kong et Shanghai.

Pendant ce temps des vagues de chaleur brutales qui pourront tuer des milliers de personnes, même dans les pays nantis deviendront des étés ordinaires sur tous les continents sauf l’Antarctique. La chaleur amènera aussi les semences de base à souffrir de terribles pertes sur toute la surface du globe ( Il est possible que la production de maïs indien et américain chute de 60%) ceci à un moment où la demande se renforcera à cause de la croissance de la population et de la demande croissante pour la viande.

Quand vous ajoutez à cela des ouragans ruineux, des incendies dévastateurs, l’effondrement des pêcheries, de vastes manques d’eau potable, les extinctions et les maladies se disséminant sur tout le globe, cela devient évidemment difficile d’imaginer qu’une société paisible, ordonnée puisse subvenir à ses besoins ( c’est-à-dire, là où ceci est le cas )

Gardons à l’esprit que ce sont des scénarios optimistes dans lequel le réchauffement se stabilise à 4°C et ne déclenche pas des points extrêmes au-delà desquels un réchauffement sans limite se produirait. Et ce processus pourrait démarrer plus tôt que ne l’ont dit toutes les prévisions. En Mai 2014, le NASA et l’Université de Californie, les scientifiques de Irvine ont révélé que la fonte d’un glacier de la taille de la France dans la section ouest de l’Antarctique ” apparaissait impossible à arrêter ” ” maintenant, ce qui, suivant l’étude de l’auteur Eric Rignot   “vient avec une augmentation du niveau des mers entre trois et cinq mètres.  Un tel événement déplacera des millions de personnes de par le monde.” La désintégration, par contre, pourrait s’étendre sur des siècles et il reste du temps pour ralentir les processus d’émissions et de prévenir le pire.

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 Antony Gormley,CONNECTION, 2001, Aniline dye on paper, 28 x 38cm, © the artist Photograph: Antony Gormley

Beaucoup plus effrayant que tout ceci est le fait que de nombreux analystes des médias grand public pensent que sur l’actuelle trajectoire d’émissions, nous nous dirigeons vers plus de 4°C de réchauffement. En 2011, l’habituellement contrainte ” International Energy Agency ”  IEA, a soumis un rapport constatant que nous sommes en fait sur la voie d’un réchauffement de 6°C  10 .8°F. Et c’est ainsi que le chef de l’IEA l’économiste Fatih Birol le présente :  “Tout le monde, même les enfants d’âge scolaire, sait que cela aura des implications catastrophique pour nous tous”

Ces projections variées sont l’équivalent de toutes les sonneries d’alarme se déclenchant simultanément dans votre maison. Et puis chaque alarme dans la rue également, les unes après les autres. Cela signifie, tout simplement que le changement climatique est devenu une crise existentielle pour l’espèce humaine. Le seul précédent historique d’une crise de cette ampleur et de cette profondeur fût la peur que la Guerre Froide nous entraîne vers un holocauste nucléaire, qui aurait rendu presque toute la planète inhabitable. Mais ça a été (et reste) une menace, une possibilité mineure, au cas où la géopolitique fuit hors de contrôle. La vaste majorité des scientifiques du nucléaire ne nous ont jamais dit qu’à un certain point nous allions mettre notre civilisation en danger si nous continuions à mener nos vies quotidiennes comme d’habitude, à faire exactement ce que nous étions en train de faire, ce que les scientifiques du climat nous répètent depuis des années.

Comme le climatologue de l’Université d’état de l’Ohio Lonnie G. Thompson, un chercheur sur la fonte glaciaire de renommée mondiale l’expliquait en 2010 : ”  Les climatologues, comme les autres scientifiques, tendent à être un groupe impassible. Nous ne nous adonnons pas à des déclamations théâtrales sur la chute des cieux. La plupart d’entre nous est beaucoup plus à l’aise dans son laboratoire à accumuler des données dans le domaine qu’à donner des interviews aux journalistes ou bien à parler devant un comité du Congrès. Pourquoi donc les climatologues parlent-ils des dangers du changement climatique ? La réponse est que virtuellement tous sont maintenant convaincus que le changement climatique pose un danger clair et présent pour la civilisation “

Ça ne rend pas les choses plus claires pour autant. Et cependant, plutôt que de répondre par l’alarme et de faire tout ce qui est en notre possible pour changer le cours des choses, de large pans de l’humanité, tout à fait consciemment, continuent à suivre la même voie. Seulement, comme les passagers du vol 3935, aidé par un moteur lus puissant et plus sale.

Qu’est ce qui cloche donc en nous ?

Traduction Elisabeth Guerrier