AMONG THE THRONG

Elisabeth Guerrier Traductions Textes

Category: néo-capitalisme

Néo-libéralisme : l’idéologie à la base de tous nos problèmes Georges Monbiot

Avant de prendre connaissance de ce très bon article de G. Monbiot sur l’histoire du néo-libéralisme et sur ses caractéristiques, il semble intéressant de présenter cette citation de Carl Sagan dans le Counterpunch du 12.08.

En effet, la plupart des idéologies qui ont eu à ordonner la vie sociale, politique et culturelle de pays entiers sur des durées plus ou moins longues ont toujours affiché avec ostentation leur identité, leurs critères de réussite collective ou individuelle et mis en place, sur un mode coercitif quand c’était nécessaire et adapter les critères d’une idéologie à la réalité rend la coercition et la répression toujours nécessaires, les étapes et les cadres devant amener le peuple à se plier dans l’enthousiasme et pour son bien. 

Une des caractéristiques du néo-libéralisme est qu’il n’avance que masqué et, après s’être abreuvé des travaux de Edward Bernays, a mis au point une méthode vouée au succès presque absolu, ne pas avoir à s’imposer de l’extérieur mais devenir partie prenante, essence même de la vie, des valeurs et même, plus grave, des modes de penser les réalités et les identités individuelles et collectives des sociétés auxquelles il s’impose.

. ” S’imposer ” n’est pas le terme puisque dans ce lent mais radical mouvement vers l’individu et son bonheur comme régles propagandiques fondamentales du consumérisme qui est son combustible  rien ne semble faire pression Le mimétisme, mis en avant par René Girard,  en tant que dynamique constituant le social,  fonctionnant sans coup férir dans un monde où l’autre en miroir est sans cesse visible et évaluable et où le neuro-marketing s’occupe de joindre au flux nos plus fervents désirs d’aliénation.

C’est par choix et en prônant une des valeurs essentielles du néo-libéralisme, la liberté, que s’organise le mouvement sans fin du capitalisme dans sa forme contemporaine, la plus raffinée technologiquement et médiatiquement et la plus sauvage humainement et socialement. 

Carl Sagan fait ici référence à l’Amérique et observe sa lente décomposition intellectuelle mais il pourrait, devrait ici, sortir du spectre national pour mettre en lumière les mêmes effets, dus au système idéologique et fonctionnant en vortex, de la totale soumission des USA aux valeurs de dérégulation du néo-libéralisme, à la fois miroir et leader d’un fonctionnement qui s’est auto-proclamé ” global ” , sur l’ensemble de la planète et qui a donné à l’économique l’indépendance et le pouvoir en repoussant le politique  vers le rôle de factotum des fantasmes du marché. EG

Carl Sagan: ” J’ai eu la vision de l’Amérique au temps de mes enfants et petits-enfants, quand les USA sont devenus une économie de service et d’information, quand presque toutes les usines-clefs sont parties vers de nouveaux pays, quand des pouvoirs technologiques incroyables sont entre les mains de quelques individus et que personne représentant l’intérêt public ne peut même envisager les problématiques, quand les gens ont perdu la capacité à organiser leurs propres agendas ou à questionner de manière compétente les détenteurs de l’autorité, quand, étreignant nos boules de cristal et consultant nerveusement nos horoscopes, nos facultés critiques déclinent, incapables de distinguer entre ce qui est agréable et ce qui est vrai, nous glissons, sans presque nous en apercevoir vers la superstition et l’obscurantisme. L’abrutissement de l’Amérique est le plus palpable dans la lente perte de tout contenu consistant dans des médias à l’influence énorme : Les petites phrases de 30 secondes, maintenant réduite à 10 ou moins, les programmes au dénominateur commun le plus bas, les présentations crédules, la pseudoscience et la superstition, mais tout spécialement une sorte de célébration de l’ignorance.”
” I have a foreboding of an America in my children’s or grandchildren’s time–when the United States is a service and information economy; when nearly all the key manufacturing industries have slipped away to other countries; when awesome technological powers are in the hands of a very few, and no one representing the public interest can even grasp the issues; when the people have lost the ability to set their own agendas or knowledgeably question those in authority; when, clutching our crystals and nervously consulting our horoscopes, our critical faculties in decline, unable to distinguish between what feels good and what’s true, we slide, almost without noticing back into superstition and darkness. The dumbing down of America is most evident in the slow decay of substantive content in the enormously influential media, the 30-second sound bites (now down to 10 seconds or less), lowest common denominator programming, credulous presentations on pseudoscience and superstition, but especially a kind of celebration of ignorance.”

Citation du jour dans la revue Counter Punch

 

 

Néolibéralisme– l’idéologie à la base de tous nos problèmes.

Faillites financières, désastres environnementaux, et même la montée de Donald Trump – le néolibéralisme a joué un rôle dans chacun d’eux. Pourquoi la Gauche a-t-elle échoué dans la proposition d’une alternative ?

2304 ‘Pas d’alternative ( le “ TINA”) Ronald Reagan et Margaret Tatcher à la Maison blanche

. Photograph: Rex Features

George Monbiot

@GeorgeMonbiot

 

Imaginez si les gens en Union soviétique n’avaient jamais entendu parler du communisme. L’idéologie qui domine nos vies a, pour la plupart d’entre nous, aucun nom. Mentionner la dans une conversation et vous serez récompensé par un haussement d’épaules. Même si vos interlocuteurs ont entendu ce terme auparavant, ils vont lutter pour le définir.  Le Néo-libéralisme, savez-vous ce que c’est ?

Son anonymat est à la fois le symptôme et la cause de son pouvoir. Il a joué un rôle majeur dans une remarquable variété de crises. Le  crack financier de 2007.2008,   le mouvement offshore de la richesse et du pouvoir, dont l’affaire des Panama Papers ne nous offre qu’un aperçu, le lent effondrement de la santé publique et de l’éducation, la pauvreté infantile résurgente, l’épidémie de solitude, l’effondrement des éco-systèmes, la montée de  Donald Trump. Mais nous répondons à ces crises comme si elles émergeaient isolément, apparemment ignorants du fait qu’elles ont toutes été ou catalysées ou exacerbées par la même cohérence philosophique. Une philosophie qui a- ou avait- un nom. A part celui-ci, quel plus grand pouvoir peut-il opérer sans nom ?

L’inégalité est requalifiée de vertueuse. Le Marché assure que chacun ait ce qu’ il mérite.

Le Néo-libéralisme est devenu si pénétrant que nous le reconnaissons à peine comme une idéologie. Il semble que nous acceptions la proposition selon laquelle cet idéalisme, cette foi millénariste décrit une force neutre, une sorte de loi biologique, comme celle de l’évolution de la théorie darwinienne. Mais cette philosophie a vu le jour dans une tentative consciente de  réorganiser la vie humaine et de faire se déplacer les termes du pouvoir.

Le Néo-libéralisme voit la compétition comme l’élément le plus caractéristique des relations humaines.

Il redéfinit les citoyens comme des consommateurs, dont les choix démocratiques sont exercés au mieux en vendant et en achetant, un processus qui gratifie le mérite et punit l’inefficacité.

Il maintient que le «  marché » délivre des bénéfices qui ne pourraient jamais être atteint par la planification.

Les tentatives de limiter la compétition sont traitées comme antinomiques à la liberté. Les impôts et la régulation doivent être réduits au minimum, les services publics doivent être privatisés. L’organisation du travail et les négociations par les  . syndicats sont décrits comme des distorsions du marché qui empêchent la formation d’une hiérarchie naturelle de gagnants et de perdants. L’inégalité est redéfinie comme vertueuse : une récompense de l’utilité et un générateur de richesse, qui retombe sur tous afin de les enrichir. Les efforts pour créer une société plus égalitaire sont à la fois contre-productifs et moralement corrosifs. Le Marché assure que tous ait ce qu’il mérite.

Nous avons internalisé et nous reproduisons son Credo. its creeds. Les riches se persuadent qu’ils ont acquis leur richesse grace à leur mérite, ignor    ant les avantages – comme l’éducation, les héritages, ou la classe sociale d’appartenance, qui peuvent les avoir aidé à la créer. Le pauvre commence par se blamer lui-même à cause de ses échecs, meme lorsqu’ils ne peuvent rien faire pour changer le context des circonstances.

Le chômage structurel n’a pas d’importance : si ils n’ont pas d’emploi c’est parce qu’ils ne sont pas assez entreprenants. Le coût impossible du logement n’a pas d’importance : si votre carte de crédit est épongée, c’est parce que vous êtes incapable et dépensier. Le fait que vos enfants n’aient plus de terrain de jeu n’a pas d’importance : s’ils deviennent obèses, c’est votre problème. Dans un monde gouverné par la compétition, ce qui tombent en marche se font définir et se définissent eux-mêmes comme des perdants.

Parmi les résultats, comme as Paul Verhaeghe le note dans son livre What About Me? On trouve des épidémies d’automutilation, des troubles de l’alimentation, de la dépression, de la solitude, l’anxiété des performances et de la phobie sociale. Il n’est peut-être pas surprenant que la Grande-Bretagne, dans laquelle l’idéologie néo-libérale a été appliquée le plus rigoureusement soit la capitale européenne de la solitude.  Nous sommes devenus néo-libéraux maintenant

Le terme de “ néo-libéralisme” fût introduit lors d’un meeting à Paris en 1938. Parmi les délégués, on trouvait deux hommes qui définiront cette idéologie, Ludwig Von Mises and Friedrich Hayek. Tous deux exilés d’Autriche, ils voyaient la social-démocratie, incarnée par le New Deal de Franklin Roosevelt et le développement progressif de l’état-providence en Grande Bretagne comme des manifestations du collectivisme qui occupait le même spectre que le Nazisme ou le Communisme.

Dans son livre « La route vers la servitude » The Road to Serfdom, publié en 1944, Hayek argument que la planification gouvernementale, en écrasant l’individu, mènerait inexorablement à un contrôle totalitaire. Comme l’ouvrage de Mises, « Bureaucratie », « La route vers la servitude » fut largement lu. Il fut remarqué par certaines personnes très riches, qui virent dans cette philosophie une opportunité pour eux de se libérer des régulations et des taxes. Quand, en 1947, Hayek fonda sa propre organisation qui allait répandre la doctrine du néo-libéralisme la Société du Mont-Pélerin  – il fût supporté financièrement par des millionnaires et par leurs fondations.

Avec leur aide, il commença à créer ce que Daniel Stedman Jones décrit dans son livre “ Les maîtres de l’univers”, Masters of the Universe comme “ une sorte d’Internationale néolibérale” : un réseau international d’universitaires, d’hommes d’affaires, de journalistes et d’activistes. Les soutiens fortunés du mouvement fondèrent une  série de groupes de recherche  qui raffinèrent et assurèrent la promotion de l’idéologie. Parmi eux, l’American Enterprise Institutel’ Heritage Foundationle Cato Institutel’ Institute of Economic Affairsle Centre for Policy Studies et l’  Adam Smith Institute. Ils financèrent également des positions académiques et des départements, particulièrement dans les Universités de Chicago et de Virginie.

En évoluant, le néo-libéralisme devint plus véhément. La vision d’Hayek selon laquelle le gouvernement devrait réguler la compétition afin d’éviter la création de monopoles fût remplacée – parmi des apôtres américains comme  Milton Friedman – par la croyance que le pouvoir des monopoles pouvait être considéré comme une récompense pour l’efficacité.

Quelque chose d’autre se produisit pendant la transition : le mouvement perdit son nom. En 1951, Friedman était content de se décrire lui-même comme un néo-libéral . Mais peu de temps après, le terme commença à disparaître. Encore plus étonnant, même lorsque l’idéologie devint plus Claire et le mouvement plus cohérent, l’appellation perdue ne fut remplacée par aucune alternative commune.

Tout d’abord, malgré son financement gigantesque, le néo-libéralisme resta dans la marge. Le consensus d’après-guerre était universel : les prescriptions économiques de John Maynard Keynes étaient largement appliquées, le plein emploi et la libération de la pauvreté étaient des buts communs aux USA et dans l’Europe de l’ouest, les taux d’imposition étaient élevés et les gouvernements cherchaient les issues sociales sans embarras, développant de nouveaux services publiques et des réseaux de sécurité.

Mais en 1975 quand les politiques keynésiennes commencèrent à s’effondrer et que la crise économique frappe des deux côtés de l’Atlantique, les idées néolibérales commencèrent à pénétrer les médias grand public. Comme le remarqua Friedman  quand le moment vint pour le changement, il y avait là une alternative toute prête. Avec l’aide de journalistes sympathisants  et de conseillers politiques, des éléments du néo-libéralisme furent adoptés, spécialement en ce qui concerne la politique monétaire, par l’administration Carter aux USA et par le gouvernement de Jim Callaghan en Grande Bretagne.

Après la prise de pouvoir de Margaret Tatcher et de Ronald Reagan, le reste du colis suivit rapidement : des baisses d’impôt massives pour les riches, l’écrasement des syndicats, la dérégulation, les privatisations, la sous-traitance et la compétition dans les services publics. A travers l’IMF, la Banque mondiale, le Traité de Maastricht et la World Trade Organisation, les politiques néolibérales furent imposées – souvent sans l’approbation démocratique – presque partout dans le monde. Plus étonnant encore leurs adoptions par des partis qui se disaient auparavant «  de gauche » : le Labour party ou les Démocrates par exemple. Comme le note Stedman Jones : «  Il est difficile d’imaginer une autre utopie aussi pleinenemt réalisée. »

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Il peut sembler étrange qu’une doctrine promettant le choix et la liberté ait été promue avec le slogan «  Il n’y a pas d’alternative »  mais comme Hayek le remarquait lors d’une visite à Pinochet au Chili – une des premières nations à avoir appliqué le programme dans sa totalité- « Mon choix personnel penche vers une dictature libérale plutôt que vers un gouvernement démocratique dévoué au libéralisme. » La liberté qu’offre le néolibéralisme, qui semble si séduisante quand elle est évoquée en termes généraux, se révèle être la liberté des prédateurs, pas du menu fretin.

L’indépendance à l’égard des syndicats et de la négociation peut permettre de supprimer les salaries. L’indépendance à l’égard de la régulation signifie la liberté d’empoisonner les rivières,  de mettre en danger les travailleurs, d’imposer des taux des taux d’intérêt injustes et de mettre au point des instruments de finacement exotiques. La liberté face à l’impôt signifie la liberté dans la distribution des richesses qui peuvent extraire les peuples de la pauvreté.

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Naomi Klein l’écrit dans La doctrine du choc ,  les néolibéraux ont defendu l’usage des crises afin d’imposer des lois impopulaires pendant que les populations étaient distraites : par exemple dans l’après-coup du coup d’état de Pinochet, la guerre en Irak ou l’ouragan Katrina que Friedman décrit comme «  une opportunité pour réformer radicalement le système éducatif » en Nouvelle Orléans

Lorsque les politiques néolibérales ne peuvent pas être imposes nationalement, elles le sont au niveau international, à travers les traits commerciaux incorporant le « investor-state dispute settlement »: des tribunaux offshores dans lesquels les corporations peuvent faire pression pour le détournement des lois de protection environnementale ou sociale. Lorsque le Parlement a voté pour restreindre la vente de cigarettes, protéger la qualité de l’eau contre les compagnies minières, geler des lois sur l’énergie ou prévenir contre les arnaques des firmes pharmaceutiques envers l’état, les compagnies l’ont poursuivi, souvent avec succès.

Le Néo-libéralisme n’ pas été conçu comme un libre-service du racket mais c’est ce qu’il est rapidement devenu.

Un des autres paradoxes du néo-libéralisme est que la compétition universelle s’appuie sur une quantification et une comparaison universelle. Le résultat est que les travailleurs, les chercheurs d’emploi et les services publics sont sujets à un régime étouffant  et chicanier de vérifications et de guidance, supposé identifier les gagnants et punir les perdants. La doctrine que Von  Mises proposait devait nous libérer du cauchemar bureaucratique de la planification centralisée en a, à sa place, créé une autre.

Le néo-libéralisme n’a pas été conçu comme un libre-service du racket mais c’est ce qu’il est rapidement devenu. La croissance économique a été remarquablement plus lente dans l’ère néolibérale (depuis 1980 en grande Bretagne et aux US) qu’elle l’avait été dans les décennies précédentes. L’inégalité dans la distribution des richesses et des revenus, après soixante années de déclin, a crû rapidement sur cette période, à cause de l’écrasement des syndicats, des réductions d’impôts, de l’augmentation des loyers, de la privatisation et de la dérégulation.

La privatisation et la mise sur le marché des services publics comme l’énergie, l’eau, les trains,  la santé, l’éducation les routes et les prisons ont permis aux firmes privées d’installer des postes de péage face de biens essentiels et d’en faire payer les locations ou bien aux citoyens ou au gouvernement, pour leur usage.  La location est une autre face des rentes. Quand vous payez un prix gonflé pour un ticket de train, seulement une partie compense l’opérateur pour l’argent dépensé en carburant, salaries, le matériel roulant et autre. Le reste reflète uniquement le fait  qu’ils vous ont à leur merci.

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Au Mexique,  Carlos Slim s’est vu attribuer le contrôle de presque tous les services téléphoniques et il devint bientôt un des hommes les plus riches de la planète.. Photograph: Henry Romero/Reuters

Ceux qui possèdent les services privatisés ou semi-privatisés font des fortunes gigantesques en investissant peu et en chargeant un maximum. En Russie et aux Indes, les oligarques ont acquis des organismes d’états qui étaient bradés et pratiquement toutes les lignes terrestres et les services de téléphonie mobile passèrent sous le contrôle de Carlos Slim qui devint un des hommes les plus riches au monde.

La financialisation comme  Andrew Sayer le note dans : Why We Can’t Afford the Rich, (Pourquoi ne peut-on pas s’offrir les riches ?) a eu un impact similaire. « Comme les loyers, dit-il, les intérêts sont un revenu non gagné qui augmente sans aucun effort. » Comme les pauvres s’appauvrissent et le riches s’enrichissent, les riches acquièrent un contrôle accru sur un des points essentiels : l’argent. Les taux d’intérêt, d’une façon majeure, sont un transfert d’argent des pauvres vers les riches. Comme les prix du foncier et le retrait des fonds d’état criblent les gens de dettes  (pensez aux basculement des bourses pour étudiants aux prêts pour étudiants), les banques et leur exécutif font le ménage.

Sayer prétend que les quatre dernières décennies ont été caractérisées par le transfert de richesse pas seulement des pauvres vers les riches mais aussi au sein des riches eux-mêmes : de ceux qui faisaient de l’argent en produisant de nouveaux biens de consommation ou de nouveaux services à ceux qui ont construit leurs fortunes en contrôlant les biens existant et en accumulant les fonds, les intérêts et les capitaux. Les revenus gagnés ont été supplantés par les revenus non gagnés.

Les politiques néolibérales sont partout, assaillies par les échecs du marché. Non seulement les banques sont-elles «  trop grosses pour échouer » mais les corporations le sont aussi qui ont à charge de délivrer des services publics. Comme le remarque Tony Judt dans  Ill Fares the Land, Hayek a oublié que les services nationaux vitaux ne peuvent pas être autorisés à s’effondrer, ce qui signifie que la compétition ne peut s’y exprimer. Le business ramasse les profits, l’état prend les risques.

Plus l’échec est massif, plus l’idéologie s’extrémise. Les gouvernements utilisent les crises néolibérales à la fois comme excuse et comme opportunité pour les baisses d’impôts, la privatisation de des services publics restants, la création de trous dans le filet de la protection sociale, la dérégulation des entreprises et la re-régulations des citoyens. L’état qui se hait lui-même plonge maintenant ses dents dans chaque organe du service public.

Il est probable que le pire impact du néolibéralisme ne soit pas l’état de crise économique qu’il a généré mais l’état de crise politique. Au fur et à mesure que se réduit le camp de l’état, notre capacité à changer le cours de nos vies par le vote se contracte également.  A sa place, la théorie néolibérale affirme que le choix des individus peut s’exercer à travers leurs dépenses. Mais certains ont plus à dépenser que d’autres : dans la démocratie de la grande consommation ou de l’actionnariat, les votes ne sont pas distribués égalitairement. Le résultat est une déresponsabilisation des classes pauvres et de la classe moyenne. Et comme les partis de droite comme ceux de  l’ancienne gauche  adoptent des politiques néolibérales identiques, la déresponsabilisation se transforme en suppression du droit de vote. Un grand nombre de personne ont été balayés de la vie politique.

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Slogans, symboles et sensation … Donald Trump. Photograph: Aaron Josefczyk/Reuters

Chris Heges remarque que “ les mouvements fascists construisent leur base non sur les politiquement actifs mais sur les politiquement inactifs, les “ perdants” qui sntent, souvent à raison, qu’ils n’ont pas de voix ou de rôle à jouer dans le jeu politique.” Quand le débat politique ne s’adresse plus à eux, les gens deviennent réactifs à sa place aux slogans, aux symboles et aux sensations. Pour les admirateurs de Trump par exemple, les faits et les arguments paraissent sans intérêt.

Judt explique que l’épais réseau d’interactions entre les citoyens et l’état a été réduit à rien sauf à de l’autorité et de l’obéissance, les deux seules forces qui nous lient au pouvoir central. Le totalitarisme que craignait Hayek est suppose apparaître qund les gouvernments, ayant perdu toute autorité morale qui provident de l’organisation des servces publics sont réduits à “cajoler, menacer et finalement forcer les citoyens à leur obéir “.

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Comme le communisme, le néo-libéralisme est un dieu qui a échoué. Mais la doctrine zombie continue de tituber, et une des raisons e nest son anonymat. Ou plutôt, son ensemble d’anonymats.

La main de la doctrine invisible est bougée par des appuis invisibles. Lentement, très lentement, nous avons commence à découvrir les noms de quelques-uns d’entre eux. Nous avons trouvé que l’ Institute of Economic Affairs, qui a abondamment argumenté dans les medias contre la régulation de l’industrie du tabac a été secrétement financé par la British American Tobacco depuis 1963. Nous avons découvert que  Charles et David Koch, deux des hommes les plus riches de la planète, ont finacé l’institut qui a donné naissance au au mouvement du Tea Party . Nous avons découvert que Charles Koch, en créant l’un de ses groups de réflexion,  establishing one of his thinktanks, a noté que “de façon à éviter des critiques indésirables, la façon don’t le gropue est contrôlé et ditrigé ne doit pas faire l’objet d’une large information.”

Avant les nouveaux riches étaient dépréciés par ceux qui avaient hérité de leur fortune. Aujourd’hui, la relation s’est inversée.

Les mots utilisés par le néo-libéralisme dissimulent plus qu’ils n’élucident. “ Le marché “ semblent un système naturel qui pèse sur nous à égalité, comme la gravité ou la pression atmosphérique.  Mais il est tendu de relations de pouvoir. Ce que “ veut le marché “ tend à signifier ce que les entreprises et leur patrons veulent.  “L’investissement “ comme le note Sayer, signifie deux chosen complètement différentes. L’une est le financement d’activités socialement utiles, et productives, l’autre est la recherche d’avantages à faire fructifier par le prêt, les intérêts, les dividends et l’accroissement du capital. Utiliser le même mot pour différentes activités “ camoufle les sources de la richesse”, menant à la confusion entre l’extraction de richesse et la crcréation de richesse.

Il y a un siècle, les nouveaux riches étaient déconsidérés par ceux qui héritaient de leur argent. Les entrepreneurs cherchaient la reconnaissance sociale en se faisant passer pour des rentiers. Aujourd’hui la relation s’est inverse : les rentiers et les héritiers se décrivent eux-mêmes comme des entrepreneurs. Ils affirment avoir gagné les revenus dont ils ont hérité

Ces non-dits et ces confusions sont de maille avec l’anonymat et l’absence de residence du capitalism modern : le modèle de la franchise  qui assure que les salariés ignorent pour qui ils travaillent ; les compagnies enregistrées dans des filets de statuts secrets offshore si complexes que même la police ne peut pas en découvrir les bénéficiaires, les arrangements contribuables qui embobinent les gouvernements, les produits financiers que personne ne comprend.

L’anonymat du néo-libéralisme est férocement gardé. Ceux qui sont influences par Hayeck, Mises et Friedman tendent à rejeter le terme, maintenant, avec raison, qu’il n’est utilisé aujourd’hui uniquement péjorativement . Mais ils ne nous offrent aucune alternative. Certains se décrivent comme des libéraux classiques ou des libertaires, mais ces descriptions sont toutes les deux source d’erreur et d’auto-effacement car ells suggérent que rien ne s’est passé avec “ La route vers la servitude”,La bureaucratie”, ou dans le travail classique de Friedman, “Capitalisme et liberté.”

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Pour tout cela, il y a quelque chose d’admirable dans le projet néo-libéral, du moins dans les premiers temps. C’était une philosophie disteincte, innovane promue par un réseaucohérent de penseurs et d’activistes avec un plan d’action clair. C’était un movement patient et persistant. La Route vers la servitude devint une route vers le pouvoir;

 

Le triomphe du néo-libéralisme reflate aussi l’échec de la gauche. Quand le laisssez-faire économique a conduit à la catastrophe de 1929, KeynesNeoliberalism’s triumph also reflects the failure of the left. When laissez-faire economics led to catastrophe in 1929, Keynes a fourni une modèle économique complet pour le remplacer. Quand le modèle keynésien exigeant du management s’est heurté aux regulations dans les années 70, il ya avait une alternative prête. Mais qund le néo-libéralisme s’est effondré en 2008, il n’y avait… rien. C’est pourquoi les zombies marchent. La gauche et le centre n’ont produit aucun cadre general de pesnée économique dans les 80 dernières années.

Chaque évocation de Lord Keynes est une aveu d’échec. Proposer des solutions keynésiennes aux crises du 21ième siècle c’est ignorer trois problèmes évidents :  Il est difficile de mobiliser les gens sur des idées anciennes,, les défauts exposés dans les années 70 n’ont pas disparu et d’une façon plus importante, eelles n’ont rien à proposer à propos de la donnée la plus grave, la crise environnementale. Le Keynésianisme fonctionne en stimulant la demande du consommateur afin de promouvoir la croissance économique. La demande du consommateur et la croissance économque sont les moteurs de la desctruction environnementale.

Ce que les histoires du Keysianisme et du néo-libéralisme montrent est qu’il est insuffisant de sopposer à un système cases. Une alternative cohérente doit être propose. Pour les partis travaillistes, les Démocrates et la gauche étendue, la tâche centrale devrait être de developer un programme économique Appollo, modelé sur les emandes du 21ième siècle.

 

  • George Monbiot How Did We Get into This Mess?Est publié ce mois-ci chez Verso.s published this month by Verso. bookshop.theguardian.com

Nous ne pouvons que conseiller le travail d’ARTE ” Capitalisme “ en 6 moments qui replace la doctrine dans son contexte historique.

 

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

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De la dissuasion à l’apocalypse William Astore


De la dissuasion à l’apocalypse

 

William Astore

Tomgram: William Astore, From Deterrence to Doomsday?

 

Posted by William Astore at 7:29am, April 13, 2017.
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Passons outre l’évident. La manière, par exemple, dont la décision de Trump de lancer 59 missiles de croisière Tomahawk contre une base aérienne syrienne, n’est qu’un exemple supplémentaire de ce que nous savons déjà. Les actes de guerre sont la prérogative et uniquement le  prérogative, du Président ( ou des commandants militaires à qui Trump a confié une plus grande capacité à agir par eux-mêmes) Vérifications, équilibre, je doute que aucun d’entre eux ne s’applique quant il s’agit de guerre, dans le style américain. Ces jours-ci, le seul contrôle écrit  sont ceux du Pentagone et «  l’équilibre » n’est pas un concept en dehors de la gymnastique.

Pendant ce temps, Trump a appris que que tout  débat féroce,  à l’intérieur, que tou ramous provoqué par une intrigue de palais  qui pourrait faire rougir le Tzar peut être, et bien, interrompue en lançant 59 missiles de croisière  ou leur équivalent sur un terre lointaine afin de sauver les « beaux bébés » (Oublions les bébés  que ses propres généraux ont tués). Lançons les missiles, envoyons les corps d’armée, lâchons les avions et nous aurons tous ceux que nous aurons agressé par tweet, y compris HillaryJohnNancyMarco, et Chuck pour vous applaudir et louer vos actions.

Ils seront rejoin par l’aile droite officielle ( bien que pas par  la non officielle), alors que les  neocons et leurs amis vous acclamerons comme le Churchill du 21ième siècle. Ou du moins, tout ceci sera vrai jusqu’à – consultons W. Bush et b. Obama sur ce point- ce que, vous savez, le lendemain du jour où, nous avons expérimenté ça encore et encore, pendant les   15 dernières années de guerres   américaines, le jour où il devient subitement clair ( une fois de plus) que les choses vont vraiment, vraiment très très mal.

Pendant que nous attendons, voici une suggestion qui vient à l’esprit tout en lisant les dernières réflexions du chroniqueur régulier de TomDispatch   le Lieutenant-Colonel retraité de l’armée de l’air, William Astore qui écrit sur le complexe militaro-induistriel à l’âge de Trump. N’est–il pas grand temps d’attribuer aux industries finançant les guerres leur juste part ? Après tout, il n’existe aucun objet, bâtiment, muse, stade ou meme vie civile par les temps qui courent, qui n’affiche pas le sponsorat d’entreprise et même ne vive que grâce à lui. Dans ma ville par exemple, les clubs de base-balls new-yorkais,  Les Mets jouent à Citi Field, alors que les Giants et les Jets passent leur saison au  MetLife Stadium.  Etant donné le rôle que les fabricants d’armes géants jouent dans les guerres, et la  façon étonnamment performante dont ils sèment leurs guerres tout autour de la planète, n’est-il pas temps de traduire le pouvoir militariste de plus en plus grand du commandeur-en-chef en une version militaire du sponsorat ?

Est-ce que  Raytheon, le fabricant de ces 59 missiles de croisière uilisés par Trump récemment, ne doit pas recevoir le plein credit de façon à ce que la couverture médiatique se réfère au coup de massue Raytheon ? La prochaine attaque de drône  au Yémen ne devrait-elle pas s’appeler la General Atomics MQ-9 moissonneuse batteuse ?  Est-ce que toute frappe à venir par le système d’armement  le plus cher  de cette planète ou de toute autre, ne devrait pas se nommer Lockheed F-35 Lightning Joint Strike Fighter Storm ?  Nous sommes dans un nouvel âge de l’amélioration corporatiste. N’est-ce pas une époque où les guerres devraient s’ajuster et où le complexe militaro-industriel devrait recevoir le crédit qu’il mérite amplement ?  Tom

 

 Que signifie une politique étrangère  “L’Amérique d’abord ?”

Mettre l’armée américaine en premier, en deuxième et troisième
Par  William J. Astore

A quoi ressemble la politique étrangère de “ l’Amérique en premier “ sous la présidence de Trump ? Tout d’abord, oublions l’ancien label d’ »isolationnisme ». Avec la fin des premiers cent jours de Trump approchant, il semble qu’une politique militaire prioritaire cherche à achever l’hégémonie globale, ce qui signifie la mise en route potentielle d’une machine de l’apocalypse.
Le candidat Trump s’est engagé à render la force armée américaine si forte qu’il n’aurait pas besoin de l’utiliser, puisque personne n’oserait s’y attaquer – dissuasion, c’est le mot. Mais la réalité sur le terrain (et dans les airs) est déjà très différente.   Les généraux du Président Trump ont commencé lâcher cette force armée d’une façon dont l’administration Obama pourtant à peine émue à l’idée de bombarder ou de déferler avait jugée excessive et trop risquée pour les civils. La semaine dernière, 59 US .  missiles de croisière  (valeur : $60 millions ) ont écrasé une base aérienne en Syrie, une réponse extravagante à une attaque à l’arme chimique dans ce pays qui peut conduire à nouveau à une escalade.  Pendant ce temps, des armes US sont sur le point d’être vendues  aux monarchies Sunnites  dans le Golfe persique sans beaucoup de soucis pour les abus à l’égard des droits humains  et les Saoudiens vont se voir offrir un peu plus de support pour mener leur guerre dévastatrice sur les civils du Yémen. Il ne fait pas de doute que d’autres opérations militaires et qu’une escalade dans le Grand Moyen Orient ne soient.  Sur l’habituelle  “table” de Washington où “ toutes les options” sont supposes être gardées.

La plupart des Américains croient en la manipulation selon laquelle l’armée US est prête à dissuader et à prévenir des attaques sur le sol américain, spécialement celles du “terrorisme radical islamique”.

Vendu comme de la dissuasion, la Sécurité nationale de Washington a, en fait, explosé  en quelque chose qui ressemble au mécanisme de la guerre permanente. Ignorant les stratégies les plus basiques, impulsif et grandiloquent, son actuel Commandant en chef est habilité par ses conseillers va-t-en-guerre  et par les hommes qu’il nomme “mes généraux”  qui rêvent de budgets encore plus importants. ( Même la promesse de Trump d’une augmentation de 54 milliards pour le Pentagone cette année n’est pas assez pour certains officiers supérieurs )

Les réalités de la nouvelle ère de victoire de Trump

Bienvenue dans la nouvelle ère de victoire de  Trump.  Il ne s’agirt pas en fait de’en finir avec la guerre mais d’exercer «  pression globale, un pouvoir global »  tout en vendant le plus possible d’armement.   Cela promet d’étendre ou de prolonger le chaos en Irak, au Yémen, et vraisemblablement en Iran, parmi d’autres pays. Dans le grand Moyen-Orient, les efforts conduits par les US ont produits un Irak déchiré par la guerre qui s’effondre. Les drones US et leur support à la campagne de bombardements saoudien on laissé le Yémen glisser vers la famine.  La Syrie reste un désastre humanitaire, déchirée par la guerre même si des troupes supplémentaires sont déployées sur le terrain. ( Le Pentagone ne dit pas combien, mais il nous demande de nous centrer sur les capacités    plutôt que les forces au sol.) Plus loin à l’Est, la guerre sans fin d’Afghanistan est, selon le Pentagon,  “dans une impasse “, ce qui signifie que les Talibans ont en fait gagné du terrain comme une nouvelle menace potentielle.  Regardant vers le Sud et vers l’Ouest, l’Afrique est la dernière cour de récréation  pour les forces opérationnelles spéciales de l’armée US  comme l’adminiostration prépare, parmi d’autres choses, une opération en Somalie.

Pour Trump et ses généraux, une approche de l’“ Amérique d’abord ” signifie en fait  l’armée en premier,  en second et en troisième. Cela n’empêche pas qu’ils ne peuvent imaginer ces opérations comme déstabilisantes. ( Futur gros titre envisageable :  Trump détruit  la Syrie afin de la sauver) Selon le Général Joseph Votel, tête des Commandes centrales US , par exemple, le pays qui présente les plus grandes menaces pour la stabilité  “ dans le Moyen Orient est l’Iran, sentiment partagé par le Général James Mattis, le Secrétaire de la défense.

 

Vous excuserez les Iraniens, ainsi que les Russes et les Chinois s’ils pensent différemment. Pour eux, les USA sont clairement l’entité la plus déstabilisatrice au monde. Si vous étiez un Chinois ou un Russe ou un Musulman Shiite, comment donc vous apparaîtrez les activités militaires US ?

* Expansionnistes ?

* Dédiées à la domination via des dépenses militaires colossales et de l’interventionnisme global ?

* Engagés dans une hégémonie économique et idéologique via des banques puissantes et des intérêts financiers qui cherchent à avoir le contrôle sur les marchés mondiaux  au nom de la préservation de leur « liberté » ?

Ne serait-ce pas un bilan logique, même si il manqué de saveur ? Pour beaucoup d’observateurs, les US semblent être les leaders des touche-à-tout de l’armement et les meilleurs vendeurs d’armes, une perception supportée par des actions militaires montant en flèche et une diplomatie en chute libre sous Trump.   De sérieuses coupes dans le financement du Département d’état, alors que le Pentagone voit son budget augmenté ( encore une fois),.

Pour des observateurs extérieurs,  les ambitions de Washington semblent claires : dominance globale, menée à bien et renforcée par la “très, très, très fort ” armée que le candidat Trump clamait   ne jamais avoir à utiliser mais emploie déjà avec frénésie sinon abandon.

Ne jamais sous-estimer le pouvoir du complexe militaro-industriel

Qu’ajoute la politique de ”L’Amérique d’abord ” aux politiques militaires précédents ? Pourquoi le budget du Pentagone, au même moment que les actuelles opérations militaires, est-il entrain d’enfler sous son contrôle ?

Il y a plus de cinquante ans, le sociologiste C. Wright Mills apporta des réponses qui semblent toujours d’actualité. Dans son essai datant de 1958, ”  La structure du pouvoir dans la société américaine”, il disséqua  le «  triangle du pouvoir ». il consiste, explique-t-il, des chefs d’entreprise, des chefs militaires et des politiciens travaillant de concert, mais également d’une façon telle que l’agenda des entreprises corresponde aux projets militaires. Cette combinaison, suggère-t-il, détruit la capacité des politiciens à modérer et à contrôler les impératifs militaro-industriels ( en assumant qu’ils en aient l’envie)

” L’ordre militaire américain “ écrit Mills “ auparavant une maigre institution opérant dans un contexte de méfiance populaire, est devenu la figure la plus importante et la plus onéreuse du gouvernement, derrière des relations publiques souriantes, elle a le rictus et la maladresse d’une bureaucratie prolifique. Les chefs militaires ont gagné une légitimité politique et économique. La soi-disant menace permanente place une prévalence sur leurs têtes et virtuellement, toutes les actions politiques et économiques sont maintenant jugées en terme de définition militaire de la réalité. »

Pour lui, le danger est assez simple, “ la coïncidence du domaine militaire et du royaume industriel les renforce réciproquement et subordonne plus avant le simple home politique. Ce n’est  pas  l’homme politique de parti, mais l’exécutif entrepreneurial qui est maintenant suppose s’asseoir avec les militaires et répondre à la question : qu’est ce qu’on fait ?

Considérons la création de l’administration Trump, une émeute de milliardaires et de multimillionaires. Son Secrétaire d’état, l’ancien PDG de Exxonmobile, Rex Tillerson n’est pas ce que l’on peut appeler un diplomate. Bien sûr, il semble peu intéressé dans les conseils du personnel du Département d’état mais il sait comment faire son chemin dans les réunions des salles du conseil d’entreprise. Le conseiller de Sécurité nationale de Trump et son secrétaire de la défense et de la sécurité intérieure sont tous ou bien des Généraux en service ou récemment retraités. Dans le cercle proche de Trump, les cadres s’assoient avec les militaires pour décider de ce qui doit être fait.

Peu après que Mills ait formulé ses critiques prophétiques sur l’élite au pouvoir , le Président Dwight D. Eisenhower avertit du danger croissant d’un complexe militaro-industriel. Depuis, le complexe de Ike s’est seulement étendu. Avec l’ajout du Département de la sécurité intérieure après le 11 septembre, et toujours plus d’agences de renseignement (dix-sept principales au dernier recensement)  le complexe ne fait que croître au-delà du contrôle civile. Sa position dominante à cheval sur le gouvernement est pratiquement impossible à critique. D’une façon figurative, il est le roi de Capitol Hill.

Le candidat Trump a pu se plaindre de ce que les USA perdaient des milliards de dollars dans les conflits récents, les invasions, et les occupations, mais de nombreuses entreprises américaines ont profité de ces «  changements de régime ». Après que vous ayez aplati un état comme l’Irak, vous pouvez le réarmer. Quand vous ne leur vendez pas des armes ou ne rebâtissez pas les infrastructures que vous avez détruites, vous pouvez exploiter leurs resources. Ces guerres qui semblent interminable en Irak ou en Afghanistan sont les illustrations de ce qui se produit quand les intérêts des entreprises se mêlent aux imperatifs militaires.

Pendant que Mills ou Eisenhower avertissaient sur les risques de tells développements, ils pourraient alarmer l’Amérique de 2017.  Jusqu’à maintenant, les post-contingents, “tous volontaires”, des militaires professionnels, sont devenus des étrangers, sinon des divorcés d’avec la population, une séparation aggravée par le culte actuel du guerrier se développant en leur sein. Non seulement les Américains sont-ils de plus en plus isolés de leurs  combattants, mais ils le sont des guerres américaines également.  Elles continuent d’être menées sans  l’approbation formelle du Congrès et Presque sans sa simple supervision. Combinez ça avec la décision due la Cour suprême Citizens United qui change directement l’argent des entreprises en activisme politique, et vous avez ce qui est de plus en plus un système de gouvernance des 1% dans lequel un Président milliardaire préside le, cabinet le plus riche  de toute l’histoire dans ce qui est maintenant la capitale de la guerre, pendant que des liens militaro-industriels incarnent ce qui étaient les peurs les plus sinistres de Mills et d’Eisenhower.

La machine de guerre américaine qui s’est emballée a peu à voir ces jours-ci avec la dissuasion et beaucoup avec la continuité d’un état de guerre permanente. Mettez tout cela ensemble et vous avez la parfaite formule pour un désastre.

Dissuader notre trajet vers l’apocalypse

Qui a mis le pétrole américain au milieu des déserts du Moyen Orient ?  C’est la question que les militants pacifistes ont posé  avec un humour grinçant juste avant l’invasion de l’Irak. Selon l’opinion rabâchée de Trump, les USA auraient du bien sûr récupérer le pétrole irakien juste après l’invasion de 2003.  A défaut d’autre chose, il a dit ce que beaucoup d’Américains croient, et ce que de nombreuses multinationales cherchent à faire.

Considérons l’engagement de Jimmy Carter. Il ya à peu près quarante ans, Carter a pressé les Américains à modérer leur appétit, conserver leur énergie et se libérer de leur dépendance paralysante au pétrole étranger et à leur consommation sans frein de biens matériels. Après que les critiques l’ait catalogué de discours de malaise, Carter fit volte-face et accrût les dépenses militaires en établissant la doctrine carterienne de protection du Moyen Orient comme intérêt vital pour les USA. Le peuple américain répondit en élisant Ronald Reagan malgré tout. Comme les Américains continuaient à apprécier un mode de vie réglé par la consommation qui aspire à lui seul près de 25% de la production mondiale d’énergies fossiles (tout en ne représentant que 3% de la population mondiale), l’argent actif de la Maison blanche travaille à ouvrir toujours plus de forages sur le plan mondial ; Des milliards sont en jeu.

Pas très étonnant que, en devenant président, Trump ait agi rapidement pour accélérer la construction de nouveaux pipelines retardée ou interdite par le Président Obama tout en détruisant les protections environnementales liées à la production des industries fossiles. La production domestique accélérée, avec la coopération de l’Arabie saoudite ( le véto de Trump à propos des Musulmans a soigneusement évité de cibler les seul pays qui produit 15 des 19 terroristes des attaques du 11 septembre- devrait permettre au pétrole de continuer à couler, aux profits de croître et au niveau des mers du globe de monter.

Une donnée : l’armée américaine à elle seule absorbe plus d’énergie fossile  que la Suède dans son entier. Quand il s’agir de consommation d’énergie, nos forces armées sont le premières entre toutes.

Avec ses réserves pétrolifères massives, le Moyen Orient reste un lit pour les guerres pour les ressources à venir, ainsi que pour les conflits religieux et ethniques, exacerbés par le terrorisme et les attaques déstabilisantes de l’armée US.  Dans ces circonstances, , quant il s’agit de désastre mondial à venir, il n’est pas très difficile d’imaginer que l’actuel Moyen Orient puisse servir d’équivalent aux Balkans lors de l’infâmie de la Première guerre mondiale

Si Gavrilo Princip, un terroriste Serbe “au noir” opérant dans une région disputée et ravagée par la guerre a pu enflammer le monde en 1914, pourquoi un terroriste de ISIS ne le ferait-il pas un siècle plus tard ? En considérant les nombreuses lignes de rupture et les forces impliquées, y compris la Russie, la Turquie, l’Iran, Israël, l’Arabie saoudite et les Etats unis, tous travaillent ostensiblement ensemble pour combattre le terrorisme même s’ils ne se positionnent que pour maximiser leurs propres avantages et s’éliminer les uns les autres. En de telles circonstances, un vacillement politique, suivi d’un tremblement de terre géopolitique semblent tout à fait possible. Sinon, une secousse d’ISIS suivie d’un mouvement majeur dans le Moyen Orient, il n’y a pas de raccourcis vers de possibles zones à risques dans un monde de plus en plus susceptible. D’une attaque au sabre avec la Corée du nord en passant par une joute avec les îles artificielles  construites par les Chinois au sud de la Mer de Chine.

En tant qu’historien, j’ai passé beaucoup de temps à étudier la force militaire allemande du 20ième siècle. Dans les années qui ont conduit à la Première guerre mondiale, l’Allemagne émergeait comme super-puissance mais pourtant, paradoxalement, elle se voyait comme menacée de plus en plus par ses ennemis, en tant que nation encerclée et oppressée. Ses chefs d’état craignant plus que tout la Russie. Cette crainte les a amenés à déclencher une guerre préventive contre ce pays. ( Bien sûr, ils ont attaqué la France en 1914 mais c’est une autre histoire). Cette guerre incroyablement risquée et coûteuse, déclenchée dans les Balkans, échoua lamentablement et pourtant elle fût dupliquée à une niveau encore plus horrible vingt années plus tard. L’armée allemande, louée comme «  la meilleure au monde » par ses chefs et vendue à son peuple comme une armée de dissuasion s’est transformée pendant ces deux guerres mondiale en une machine apocalyptique qui a saigné le pays à blanc tout en assurant la destruction de partie significatives de la planète.

Aujourd’hui, l’armée américaine loue elle-même  pareillement comme la “ meilleure du monde” même en s’imaginant entourée par des menaces puissantes ( La Chine,  la Russie,  la Corée du nord et le terrorisme mondial, en tête de liste). Vendue au peuple américain pendant le Guerre froide comme une force de dissuasion, un pilier de stabilité contre les joueurs de domino communistes, cette armée s’est transformée elle-même en une force aléatoire.

Rapellons-nous ici que l’administration de Trump a réaffirmé la quête de l’Amérique pour une suprématie nucléaire radicale .  Elle a appellé à une “nouvelle approche”  de la Corée du nord et de son programme d’armement nucléaire. (Quoi que cela puisse signifier, ce n’est pas une référence à la diplomatie). Même dans une croissance du nucléaire et une stratégie de la corde raide, Washington continue de vendre de l’armement- c’est de loin le plus grand vendeur d’arme du 21ième siècle- et le chaos sur toute la planète, accroissant ses efforts en tant que guerre contre la terreur et la vendant comme la seule façon de gagner.

En mai 1945, quand le rideau est tombé sur le dernier soubresaut de l’Allemagne comme puissance dominatrice mondiale, le monde était heureusement encore innocent face à l’armement nucléaire. Tout est différent maintenant, la planète est, c’est le moins que l’on puisse dire, surdotée de machines C’est pourquoi il est vitalement imùportant de reconnaître que l’Amérique d’abord de Trump est tout sauf isolationniste dans l’acceptation du vieux vingtième siècle, cette façon de parler est une recette pour prolonger la guerre en créant toujours plus de chaos et d’états effondrés dans le grand Moyen Orient et vraisemblablement au-delà, et que cette politique déjà dangereuse de Guerre froide, supposée dissuasive, que ce soit contre l’armement traditionnel ou nucléaire, au regard de la bellicosité de Trump, pourra exploser comme une version de l’apocalypse.

Ou, pour évoquer celà d’une autre façon, considérons cette question : Est-ce que le Coréen du nord Kim Jong-un le seul leader instable possédant un armament nucléaire sur la scène mondiale ?

Lieutenant colonel en retraite ( USAF) et Professeur d’histoire, Astore est un éditorialiste régulier de  TomDispatchSobn blog est le Bracing Views.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

Bienvenue à Trumpland : le leg d’Obama

L’article de Luciana Bohne remet d’une façon précise et critique les évènements politiques actuels dans leurs perspectives de visées permanentes des USA et de leur complexe militaro-industriel et économique. Il y est précisé à quel point l’appartenance politique modifie peu les projets expansionnistes qui agissent comme les fers de lance de tout candidat, manipulés par les ténors des médias et habiles à orienter une opinion publique si facile à convaincre. Trump n’amènera rien d’autre que ce qui est déjà prévu depuis longtemps, il ne fera que mettree à jour des manipulations auparavant effectuées dans l’ombre par l’administration d’Obama, plus membre du starsystème que politicien courageux dont le bilan meurtrier est tout aussi effrayant que celui de son prédécesseur. EG

 

Welcome to Trumpland: Obama’s Legacy

Fevrier  2017

 

Bienvenue à Trumpland : le leg d’Obama

LUCIANA BOHNE

 

socialmedia

 

Un nouveau gang est au pouvoir à Washington. Personne ne sait comment ni pourquoi, mais l’ancien gang est entrain de contre-attaquer de toutes ses forces. Un charlatan est à la tête de ce nouveau gang ; il dit qu’il s’oppose à tout ce que l’ancien, patron a fait. Il dit qu’il remettra tout en ordre sur place et dans le monde, cependant son cabinet de consiglieri  entasse des Ajax musclés du Pentagone, des banquiers avaricieux et des vautours de Wall Street ainsi que la mère planétaire de tous les plus grands pollueurs de l’énergie fossile – Exxon Mobil.

 

Une couvée des vilains habituels, pas moins vilains que les précédents. Son patron du travail s’est opposé à l’augmentation du salaire minimum. Son patron de la trésorerie est un ancien partenaire de Goldmann et Sachs, les pollueurs économiques internationaux. De première catégorie.

En janvier 2017, en janvier 2017, le bulletin des scientifiques de l’atome ont avancé leur  « horloge du Jugement dernier » de trente secondes vers deux minutes et demie avant minuit, le plus proche d’ Armageddon depuis 1953. Les causes, ont-ils écrit, sont la volatilité nucléaire et le changement climatique. Les signes que Trump puisse renverser le cours du Jugement dernier sont assez peu prometteurs. Le rendez-vous de Rex Tillerson signifie qu’Exxonmobile fonctionnera comme Secrétaire d’état virtuel. Les régles de la guerre d’état :    Créons une course aux armements. Nous les surpasserons à chaque essai et nous leur survivrons tous. » Selon Trump s’adressant par téléphone à Mika Brzelinki en décembre, si nous pouvons faire confiance au rapport de l’invité du « Morning Joe » de MSNBC.

Pendant ce temps, pendant et après le processus électoral, l’appareil circulatoire de la démocratie à deux gangs a montré des symptômes terminaux d’artériosclérose. Alors qu’un système de démence latente se montre au jour, le système politique a lui aussi perdu son marbre. Plus de deux millions et demi de femmes ont participé à la Marche des femmes le jour suivant l’inauguration, protestant contre les menaces de Trump sur les droits des femmes. – Une masse jamais vue dans les rues auparavant pour s’opposer aux massacres d’Obama , qui incluent un nombre disproportionnés de civils, dont de nombreuses femmes. Vous savez, le nombre 50.000 en Libye, 10. 000 au Yémen ainsi qu’en Ukraine, 400.000 en Syrie, 2500 à Gaza pour ne sélectionner que les plus connus. Ajoutons à cela les millions de déplacés internes et les réfugiés (65 millions en 2017, jusqu’à 59 millions en 2016) fuyant les guerres et la déprédation économique engendrées par les chevaliers du néo-libéralisme et du néo-colonialisme de l’administration obaméenne.

Mais on ne doit pas en vouloir aux lève-tard.

Derrière le vieux gang se tient un régime de mensonges, une marée de cupidité, un fléau d’inagalité, une peste de guerres, un règne d’hypocrisie. Avant le nouveau gang, une vision de Pandore, ouvrant plus largement sa vilaine boîte pleine d’ennuis. Plus de maux lâchés pour rejoindre ceux déjà libérés. Les rues se sont transformées en asile de discorde, de ridicule, d’alarme, et de confusion parce que la harpie oublieuse tueuse en série Hillary Clinton a perdu et que la bouffon fou et le zeppelin orange a gagné, le milliardaire Trump, tête d’un empire de 11 industries, commerces, et entreprises financières. «  Ami du peuple »

 

Je n’invente pas tout ça.

Le résultat des élections a été une bombe à fragmentation politique. The result of the election has been a political cluster bomb.  De mini-bombes continuent à exploser sous la forme de protestations, de marches et d’hystérie médiatique. Rien de tout cela ne se concentre sur ce qui importe vraiment : l’avenir de l’humanité sur une planète surchauffée, mise en danger par la pulsion systématique de l’Amérique vers l’espace et le pouvoir sur la planète.

C’est de la géopolitique, idiot…

Un tohu-bohu populaire a explosé à propos des mérites et des torts des deux maux. Comment un système politique peut-il être porté si bas ? Les deux maux ne font qu’un. Dans l’air empoisonné, j’entends l’écho de la réécriture sardonique de «  Hymne de bataille pour la République » de Mark Twain qui dénonçait à son époque la descente dans le bourbier moral de l’impérialisme de la guerre Espano-américaine de 1898.

Mes yeux ont vu l’orgie de l’épée lancée

Il cherche les réserves où les richesses de l’étranger sont gardées

Il a lâché son éclair fidèle et avec malheur et mort compte

Son envie marche en avant

Mine eyes have seen the orgy of the launching of the sword
He is searching out the hoardings where the strangers’ wealth is stored
He has loosed his fateful lightning, and with woe and death has scored
His lust is marching on.

Il serait rassurant d’entendre un pays uni en un chœur provocant la violence domestique et étrangère des officiels et de leurs soutiens. Mais la nuit n’est pas encore assez noire pour que la chouette de Minerve commence à voler et révèle les abus collectifs des gangs sur notre confiance en leurs mythes orgueilleux. Nous avons échoué sur une surface de ténèbres, sur une grisaille que les pouvoirs qui nous dénient la compréhension sont entrain de peindre encore plus gris. Nous ne pouvons pas lire le passé donc nous sommes incapables de bouger vers l’avenir. Nous avons le sentiment que ce que nous pensons savoir n’est pas ce qui est.  Nous ne sommes pas même sûrs de vivre dans le présent.

Comment une telle suspension dans le temps ne rendrait-elle pas nauséeux ?

« La nausée n’est pas en moi… je la sens à l’extérieur, je suis à l’intérieur » C’est ainsi que Racontin, le protagoniste de u roman de JP Sartre «  La nausée »  explique la répulsion physique qu’il éprouve à toucher la réalité autour de lui. – une chaise, une personne, une œuvre d’art. Mais où est donc la pourriture ?  «  Je la sens là sur les murs, dans les placards, tout autour de moi. »  À quoi est-ce que cela ressemble ? «  Un monstre, une carapace géante, un plongeon dans la boue ? Une dizaine de griffes ou de nageoires labourant lentement dans le limon ? Le monstre se redresse. Au fond de l’eau.

 

Est-ce que Trump est le nouveau nom de Grendel ? Sous le choc des semaines avant l’inauguration, les ménestrels médiatiques du vieux gang ont bien sûr crié qu’un monstre avait été libéré du marécage du Lagon blanc par des racistes votant dans l’intérieur des terres. Les Rustofariens. Les ménestrels ont semé la panique urbaine. Les foules ont grondé : Foutons en l’air les élections, recomptons les votes, abolissons le Collège électoral, déclarons Trump inapproprié. Ce monstre, sur le point de squatter un bureau de forme ovale, comme tant d’autres élus avant lui, était supposé accueillir Hillary Clinton.

Mais elle s’est transformée en lui !

Son gang a pointé le doigt vers la Russie. C’était la Russie qui avait amené ce vent mauvais, pas la folie du clan Clinton, pas la soif de sang des années Obama, pas le massacre politique du lymphatique social-démocrate Bernie Sanders, qui aurait pu sauver les fesses du gang, lui donnant quatre nouvelles années d’échec mais une vie respectable. C’était la Russie qui avait tissé la toile de la destinée – La Russie, qui n’est pas née d’une femme, artificielle, mauvaise, tâchée par le péché originel du communisme, la marque de Caïn. La Russie qui avait amené « le grand bois de Birnam jusqu’à la colline de Dunsinane » et coupé la montée de la Lady, reine du Chaos dans ses premières marches d’ascension pour devenir impératrice du monde, dont elle a vidé de sang de larges parts ayant elle-même  « marché si avant dans le sang que si elle cessait de s’y plonger, retourner en arrière serait aussi fatigant que d’aller en avant. » Elle fut laissée là, dans un mi-courant ensanglanté, et ils ont rué.

Le gang mondial en entier- la Heimat des globalistes de «  la communauté internationale », sont sortis dans un chœur de lamentations. Les eunuques politiques européens ont crié de concert avec leurs maîtres américains. Ici se trouvait le miroir présidentiel parvenu dans lequel la Heimat du bon et du grand ne pouvait plus d’admirer agrandie, superbe, plus humaniste que le reflet de sa brutale vulgarité étroite d’esprit qui s’y reflétait maintenant. La mauvaise foi du vieux gang était devenue insupportable. Leur propre image, supportée par un baratin idéologique décevant – les «  valeurs libérales » était détruite. Qu’en était-il des slogans solennels «  la société civile », «  le règne de la loi », la dédicace à des principes universels, le respect des identités, la protection des minorités ethniques,  le zèle appuyant la liberté religieuse ? Qu’en était-il des phrases pompeuses, de la lubrification des promesses exaltées ? Tout cela évanoui dans le vortex de la stupidité et de l’ignorance des masses et de leur boîte à bulletin de vote despotique.  Rien à entendre à part les mugissements d’un nouveau vent affreux.

Avant que Trump n’émerge gagnant du marécage, tout avait déjà été le contraire de tout. Et le devint plus encore. La libération de 100.000 civiles à Aleppe en décembre 2016 par l’Armée syrienne renforcée par ses alliés russes, après quatre années de terreur soutenue par l’Ouest, fût nommée «  crime de guerre ». La séparation de la Crimée de l’Ukraine par référendum populaire à 90% d’avis favorables pour joindre la Russie fût nommée «  Une agression russe ». Le coup US Europe en Ukraine ( 2013.14) planifié et exécuté par le Département d’état néo-con d’Obama et coûtant 5 milliards de dollars, mettant à la place d’un gouvernement élu une junte de ministres et d’officiels néo-nazis, fût nommé «  le retour de la démocratie en Ukraine ». Le fascism, maintenant attribué à Trump comme une nouveau, était cache en plein jour dans le règne des guerres illégales, des changements de régime, des sanctions omniprésentes, et des interventions de guerre de proximité d’Obama, ignorées studieusement ou fictionnalisées par les courtiers en terreur des médias,  les experts, les cellules d’analyses, les fondations et l’empire des officiels

Ces “ réparateurs” ont inversé les causes et les effets.  Ils ont obscurci le fait que la séparation de la Crimée d’avec l’Ukraine était l’effet du coup d’état des US à Kiev.  Ils l’ont utilisé comme cause afin de resserrer l’emprise militaire de l’OTAN  autour de la Russie, y compris avec des missiles offensifs, baptisés « défensifs ». Ainsi les effets du changement de régime en Ukraine sont devenus la cause de la militarisation de l’Europe centrale et de l’est. Avec comme objectif la Russie. Cette militarisation contre le fantôme d’une agression russe porte la grand nom de Atlantic Resolve 2017, que le Département US de la Défense justifie en ces termes sur son site :

 

« Les USA démontrent leur engagement à l’égard de la sécurité international à travers une série d’actions ayant pour but la réassurance des alliés de l’OTAN et des partenaires de l’engagement de l’Amérique à maintenir la paix et la stabilité à la lumière de l’intervention russe en Ukraine » ( c’est moi qui souligne)

Le porte-voix du complexe militaro-industriel, John Mac Cain, a tourné la réalité sens dessus-dessous dans une instruction au nouveau gang afin de perpétuer les sanctions contre la Russie.

« En juste trois ans, sous Vladimir Poutine, la Russie a envahi l’Ukraine, annexé la Crimée, menacé les alliés de l’OTAN, let est intervenue militairement en Syrie, laissant derrière elle des traces de mort, de destruction et de promesses trahies dans son sillage. »

Dans un monde rationnel, l’énormité de ces accusations serait lancée aux planificateurs du gang néo-libéral et néo-con d’Obama, mais aucun ego impérialiste ne peut admettre avoir moralement tort. Il habille sa propre violence dans des vêtements dorés, patinés obligeamment par les medias officiels. Les haillons sanglants de la responsabilité sont enfilés sur quelqu’un d’autre, qui doit être démonisé, de préférence par les medias libéraux. Rachel Maddow par exemple, érigée  experte en soviétologie à l’instant dans  sa déclamation incendiaire liant la Russie capitaliste de Poutine au socialisme stalinien de l’URSS.

Dites-moi ce qui rallie le public américain – y compris et surtout les Libéraux- aux côtés du drapeau national plus précipitamment que de lever le fantôme communiste ?

La manipulation des nouvelles et la distorsion de la réalité les plus puissantes aux mains du pouvoir. Elles peuvent faire disparaître la réalité. Le Yémen par exemple, . La “ Coalition” saoudienne, soutenue par les US et la Grande-Bretagne a commence à bombarder le Yémen le 23 mars 2015. Depuis lors3.2 millions de Yéménites ont été déplacés, la moitié de la population souffre de malnutrition, 10.000 civils ont été tués ( ce qui fait 13 civils par jour), 2 millions d’enfants ne peuvent pas se rendre à l’école, Presque 15 millions de personnes ( dont 55% d’enfants) n’ont pas accès aux soins médicaux de base.

Et pourtant, nous n’entendons rien à propos de cette souffrance. Les USA et la Grande-Bretagne, en fait ont profité de la guerre contre le Yémen. L’administration d’Obama a vendu sur le marché mondial de l’armement pour plus de 200 milliards d’armes, la plus grande vente depuis la 2ième guerre mondiale – plus de 100 milliards  à l’Arabie saoudite à elle seule. La contribution de la Grande-Bretagne à l’arsenal saoudien a été de 3.2 milliards pour l’année dernière à elle seule. Les US et la GB continuent de fournir le support logistique et de renseignement à la coalition saoudienne, qui est intervenue aux côtés du Président yéménite Rabbu Mansour Hadi, qui a fui vers l’Arabie saoudite en plein milieu de la guerre civile de son peuple.

Mais à travers les années Obama, tout était silencieux sur le front yéménite dans le royaume officiel et son porte-parole médiatique sur la cible voulue des infrastructures civiles vitales ; les écoles et les hôpitaux, les mariages et les funérailles. Lors de funérailles à Sana, en octobre dernier, une frappe saoudienne a tué 114 civils. Avant le la bombardement du Yémen ne commence, le gang Obama imposa des sanctions et des blocus au Yémen – tout ceci sans aucune résolution du conseil de sécurité de l’ONU ou aucune volonté d’adhérer aux lois internationales. Le directeur de «  Save the children » au Yémen a remarqué récemment :

«  Même avant la guerre, des dizaines de milliers d’enfants yéménites mouraient de causes évitables. Mais maintenant, la situation est pire et on estime à 1000 le nombre d’enfants mourant chaque semaine de causes évitables comme les diarrhées, la malnutrition, ou les infections respiratoires. »

En ce qui concerne la politique internationale, ce « raciste » n’est pas différent du  « post-raciste ». Les planificateurs de Trump mettent le Yémen sur la carte mais uniquement afin de l’utiliser comme trique afin de frapper sur l’Iran. Au Yémen, ils sont supposés se préparer à accroître les interventions de drones d’Obama, sa fameuse «  liste tueuse », accentuant le rôle des USA dans la guerre civile et cherchant à s’engager plus directement. En prenant le Yémen comme exemple, il devient clair qu’à la fois les libéraux et le président antilibéral considèrent le business de l’armement comme une industrie nationale. Les deniers mots d’Obama dans son poste ont exalté la soi-disant invincibilité des prouesses militaires américaines. Le 22 décembre a posté sur Twitter : « Les Etats-Unis doivent renforcer et étendre son potentiel nucléaire d’une façon importante jusqu’à ce que le monde devienne raisonnable en ce qui concerne le nucléaire. »

Il n’y aura pas de retranchement de la belligérance  sous Trump. Dans les premières suites de sa nomination, le Président Trump a dirigé son Secrétaire de la Défense James Mattis vers :

« L’initiation d’une nouvelle posture nucléaire afin d’assurer aux USA un équipement nucléaire dissuasif moderne, robuste, flexible, résilient, prêt à l’usage et conçu d’une façon appropriée afin de repousser les menaces et de réassurer nos alliés. »

Lors de sa première visite au Pentagone, le Président a signé un mandat exécutif appelant à l’expansion de l’armée américaine, y compris de son arsenal nucléaire, afin qu’elle soit prête pour la guerre avec ses “ compétiteurs proches”, comprenez la Chine et la Russie. « Je signe un mandat exécutif afin de commencer à reconstruire les services armés des Etats-Unis. » a-t-il dit au Pentagone pendant cette signature.

Ainsi le complexe militaro-industriel fût-il rassuré après avoir perdu son candidat favori, Hillary Clinton. Ainsi le rapporte le New York Times, le Pentagone lui-même, anticipant les directives de Trump à Mattis et la signature du mandat exécutif avait préparé des «  options classifiées » afin d’accroître l’usage des forces d’opérations spéciales, d’augmenter le nombre des troupes en Irak et en Syrie et d’augmenter la délégation d’autorité de la Maison Blanche au Pentagone et aux autorités de terrain. Les «  Options classifiées » comprennent l’armement des Kurdes syriens pour la bataille attendue de Raqqa, sur un schéma évident d’inclusion entre la Turquie et la Russie dans leur rapprochement tardif à propos d’un «  changement de régime » en Syrie

 

Il existe des indications que, contrairement à l’aversion affirmée par Trump pour les  « changements de régime » ; Iran devienne la nouvelle Syrie. A la suite des tests ballistiques des missiles de moyenne portée le 30 janvier, le Conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn, a commencé une campagne de belligérence verbale, de désinformation et de mensonges contre l’Iran. Dans une déclaration, Flynn a déclaré que :

« Le récent lancement de missiles est une attaque contre le conseil de résolution de a Sécurité des Nations unies 2231, qui demande à l’Iran de n’entamer aucune activité liée aux missiles balistiques supposée être capable de transporter des armements nucléaires, y compris des lancements utilisant d’une façon importante de la technologie de missiles balistiques. »

Cette une grossière distorsion du test iranien sur ses missiles. La résolution de 2231 du Conseil de sécurité des Nations Unies interdit à l’Iran le développement de missiles pouvant transporter des têtes nucléaires mais cette résolution ne mentionne rien qui empêche l’Iran de développer ses propres capacités de défense. Les missiles testés en janvier n’avaient aucune capacité de porter des têtes nucléaires. L’Iran  n’a pas violé la Résolution 2231.

La distorsion de la représentation donnée par Flynn à propos des missiles iraniens murmure la mélodie concoctée par Bush et les néo-cons sur l’organisation de l’invasion fatale de l’Irak, prétendant que Saddam Hussain avait des armes de destruction massive. Ce mensonge a coûté un million de morts à l’Irak, le dessin et la division de l’intégrité de la politique irakienne, des réfugiés internes et externes par millions.

D’une façon inquiétante, Flynn termine son propos ave c une menace : « A partir d’aujourd’hui, nous mettons officiellement l’ Iran sur la liste rouge. » .  A la suite vinrent les  sanctions visant 25 personnes et entreprises connectées avec le programme de missiles de l’Iran, y compris des Chinois et leurs compagnies.

En conclusion, il me semble difficile d’envisager les raisons d’agir du gang militaire à DC. Des objectifs à long terme semblent partagés : les moyens pour la domination globale des USA par l’économie et les militaires. Et ce qui semble la pomme de discord est la façon de dominer l’opinion publique américaine. La guerre s’appuie sur une réthorique. Les valeurs libérales versus les valeurs populistes. C’est pourquoi ils luttent pour le contrôle sur l’esprit du public. Il ne devrait s’       abandonner à auxcun de ces moyens de persuasion. Il est possible que la seule ligne optimiste dans l’ascension de Trump soit la résurgence potentielle et le renforcement de la résistance populaire.

 

Luciana Bohne est co-fondatrice de Film Criticism, un journal d’étude cinématographique, et enseigne à l’Université Edingorg en Pennsylvanie. Elle peut être jointe à : lbohne@edinboro.edu

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

La Fondation Gates est-elle une force positive. Conclusion

 

Le texte qui suit est le fruit d’un long travail d’expertise  et d’enquêtes extrêmement pointues menées par Global Justice  Now touchant les secteurs d’intervention de l’empire Gates. Nous y apprenons, sur plus de soixante-dix pages qui seront publiées par thèmes, la force d’intervention de la Fondation Gates dans les affaires publiques du monde et en particulier celles des pays en voie de développement où elle pratique des opérations de promotion de ses valeurs et, comme tout dans ce système de l’ultra-libéralisme qu’elle défend, de ses intérêt, au détriment de la conscience politique et de l’action des peuples auxquels elle impose ses choix et de leurs gouvernements, trop démunis pour résister à des propositions de solutions massives importées pour combler les failles juridiques ou pratiques de leur fonctionnement. Est-il normal, dans un contexte de démocratie, de voir livrés au bon vouloir d’un seul homme et de ses subalternes les choix touchant les années à venir de millions d’individus ? Est-il concevable que la dimension caritative et toute sa constitution subjective soit plus puissante que la dimension politique et les rouages de délégations qu’elle implique ? Le poids financier et décisionnel de Gates et des acolytes des bio-technologies et de l’empire pharmaceutique qu’il soutient est plus lourd que celui de nations entières ? Ce simple fait n’est -il pas le signe d’un dysfonctionnement structurel majeur ? E.G

 

Conference on vaccines and immunization

L’homme d’affaire américain Bill Gates parle à une conférence de l’Alliance globale pour la vaccination et l’immunisation ( GAVI) autour du thème ” Toucher chaque enfant” en Allemagne, le 25 Janvier 2015. Parmi les membres de la GAVI se trouvent des gouvernements, des fabricants de vaccins, des ONGs ainsi que des organisations pour la santé et la recherche. Photo:  Bernd von Jutrczenka/picture-alliance/dpa/AP Images

 

 

LA FONDATION GATES EST-ELLE UNE FORCE POSITIVE ?

 

Conclusion

 

Recommandations

  1. La Fondation Bill et Melinda Gates devrait être sujette d’une évaluation international indépendante et international. Ceci pourrait être organisé et administré par le Comité d’assistance au développement de l’OCDE bien que cela doive impliquer un processus de contrôle transparent et inclure la participation de différents actionnaires notamment ceux impliqués dans les projets de la Fondation.
  2. L’International Development Select Committee devrait mener une enquête au sein des relations entre le Département de développement international et la Fondation Gates afin d’évaluer l’impact et l’effectivité de toutes les activités touchant la pauvreté et l’inégalité.
  3. La BMGF a besoin de cesser de supporter l’agriculture contrôlée par les corporations qui promeut des réformes comme la privatisation des semences et encourage le développement d’apport synthétiques qui amènent les fermiers à devenir dépendants de produits onéreux chaque saison.
  4. La BMGF devrait cesser de supporter tous les projets de l’ International Finance Corporation jusqu’à ce que de sérieuses prises en compte des coûts de son hôpital privé-public à Lesotho ait été complètement et indépendamment évalués.

 

Lorsqu’elle a été contactée pour donner son point de vue sur le rapport, la Fondation Bill et Melinda Gates nous a répondu ce qui suit :

Nous apprécions cette opportunité de commenter votre rapport mais nous croyons qu’il déforme la réalité de notre fondation, de notre travail et de notre partenariat. La mission de la Fondation est d’améliorer la qualité de vie des habitants les plus pauvres du monde. C’est un défi complexe et le résoudre demandera un panel d’approches autant que la collaboration des gouvernements, des OGNs, des institutions académiques, des compagnies privées et des organisations philanthropiques. Les gouvernements ne sont positionnés que pour fournir la guidance et les ressources nécessaires à faire face à ces inégalités structurelles et assurer que les bonnes solutions touchent ceux qui sont les plus dans le besoin. Le secteur privé a accès aux innovations – par exemple en science, en médecine et en technologie- qui peuvent sauver des vies. Et nous croyons que le rôle de la philanthropie est de courir des risques que les autres ne peuvent pas courir. La bonne nouvelle est le fait que le travail partagé progresse incroyablement. Depuis 1990, le monde a réduit l’extrême pauvreté de moitié, la mortalité infantile et les décès de malaria de moitié, réduit la mortalité à l’accouchement presque de 50% et conduit l’infection HIV à réduire de 40%.

Nous croyons que les prochaines quinze années amèneront encore des améliorations significatives. Dans tout notre travail – que ce soit en aidant les femmes à avoir accès aux soins prénataux ou à s’assurer que les petits fermiers puissent produire assez de nourriture pour nourrir leur famille- nos partenaires guident nos priorités et notre approche. Nous écoutons les experts et les hommes et les femmes de terrain et  agissons en fonction de preuves. Nous avons été l’une des premières fondations à joindre l’International Aid Transparency Initiative (IATI), et nos rapports à l’OCDE et à l’International Aid Transparency Initiative (IATI), ainsi que notre politique d’Accès ouvert reflète notre engagement à un échange ouvert d’informations. Enfin, il est important de noter que la dotation qui finance la Fondation Bill et Melinda Gates est gérée indépendamment par une entité séparée, le Bill & Melinda Gates Foundation Trust. Le personnel de la fondation n’a pas d’influence sur les décision d’investissement du trust et pas d’accès à ses stratégies d’investissement ou de gestion autrement qu’à travers ce qui est disponible à travers les informations publique.”

 

 

 

Traduction Elisabeth Guerrier

 

La Fondation Gates est-elle une force positive ? Quatrième partie

 

La Fondation Gates est-elle une force positive ?

 

Le texte qui suit est le fruit d’un long travail d’expertise  et d’enquêtes extrêmement pointues menées par Global Justice  Now touchant les secteurs d’intervention de l’empire Gates. Nous y apprenons, sur plus de soixante-dix pages qui seront publiées par thèmes, la force d’intervention de la Fondation Gates dans les affaires publiques du monde et en particulier celles des pays en voie de développement où elle pratique des opérations de promotion de ses valeurs et, comme tout dans ce système de l’ultra-libéralisme qu’elle défend, de ses intérêt, au détriment de la conscience politique et de l’action des peuples auxquels elle impose ses choix et de leurs gouvernements, trop démunis pour résister à des propositions de solutions massives importées pour combler les failles juridiques ou pratiques de leur fonctionnement. Est-il normal, dans un contexte de démocratie, de voir livrés au bon vouloir d’un seul homme et de ses subalternes les choix touchant les années à venir de millions d’individus ? Est-il concevable que la dimension caritative et toute sa constitution subjective soit plus puissante que la dimension politique et les rouages de délégations qu’elle implique ? Le poids financier et décisionnel de Gates et des acolytes des bio-technologies et de l’empire pharmaceutique qu’il soutient est plus lourd que celui de nations entières ? Ce simple fait n’est -il pas le signe d’un dysfonctionnement structurel majeur ? E.G

 

LA FONDATION GATES EST-ELLE UNE FORCE POSITIVE ?

 

Quatrième partie : la Fondation et la bio-technologie en Afrique

 

La BMGF promeut un certain nombre de priorités spécifiques à travers ses dons à l’agriculture, de nombreuses parmi elles compromettent les intérêts des petits agriculteurs tout en affirmant les protéger. Ceci comporte la promotion d’un modèle d’agriculture industrielle, l’usage croissant d’engrais chimiques et de céréales chères, sous patent, la privatisation des services d’extension et une large concentration sur les céréales transgéniques. La scientifique indienne,   Vandana Shiva a nommé a fondation Gates la menace la plus grande pour les fermiers des pays en voie de développement.159  La fondation finance l’Alliance  for a Green Revolution in Africa en favorisant l’agriculture industrielle. L’Alliance for a Green Revolution in Africa (AGRA) est devenue l’organisation africaine la plus importante, visant ostensiblement à éradiquer la faim à travers le continent. Elle a été créée par les Gates et par la fondation Rockfeller en 2006 afin  d’améliorer l’agriculture africaine partout où c’est possible et pour le faire aussi vite qu’il est possible.160 Depuis lors, la BGMF a octroyé des fonds d’un montant de 420 millions de dollars à AGRA161, qui en pratique est un substitut de la BMGF. L’ancien PDG de la fondation Jeff Raikes et la Directrice de l’agriculture sont partie prenante du conseil d’administration de l’AGRA162, qui a été décrit par la BMGF comme  La voix et le visage de l’Afrique pour notre travail.163 En aucun cas l’ensemble du travail de AGRA n’est négatif. Certains de ses projets encouragent la santé des sols et l’agriculture féminine, par exemple, et sont vraisemblablement positifs bien qu’il ya ait peu voire pas d’évaluation de ces programmes. Cependant l’idée maîtresse d’AGRA, comme son om l’indique est de supporter l’agriculture industrielle- avec comme point central la promotion de technologies comme les semences hybrides et les engrais chimiques.  Le problème principal avec AGRA est qu’elle prépare le terrain pour une plus forte pénétration de l’agriculture industrielle et des engrais chimiques. Le site de la BMGF est de mauvaise foi sur son site à propos de ses supports à l’agriculture industrielle, il y est dit : « Nous encourageons les fermiers à adopter et pratiquer des techniques durables de culture qui les aident à faite croître plus sur moins de terre, d’eau, d’engrais et d’autres apports coûteux tout en préservant les ressources naturelles pour les générations futures. ».164 Cependant l’enjeu principal pur l’AGRA est de promouvoir de tels « apports coûteux », tout spécialement les engrais qui amène des risques pour la santé notoires, accentuent l’érosion des sols et peuvent piéger les petits dans des dettes invivables.165 La BGMF, par l’intermédiaire de AGRA est l’un des plus grand promoteur de’engrais chimiques au monde et certains fonds alloués par la BMGF à AGRA ont tout spécialement comme but de chercher à «  construire la chaîne d’engrais en Afrique ».166 Une des plus grandes donations d’AGRA, équivalent à 25 millions, a été pour l’aide à l’installation de l’African Fertiliser Agribusiness Parnentship ( AFAP) en 2012. 167 le véritable but est de   au moins doubler l’usage total des engrais en Afrique.168 En fait le Président d’alors d’AGRA,  Namanga Ngongi, un ancient official de l’ONU, a quitté son ancient poste à l’AGRA pour devenir le fondateur et actuel président de l’AFAP en 2012.169 En Août 2014, L’AGRA a publié un rapport majeur, se plaignant du faible usage des engrais par les fermiers africains. Il y est noté qu’AGRA supporte l’AFAP afin de développer la production de nouveau engrais, des opérations de stockages et de revente, avec le but initial de fournir 225.000 tonnes supplémentaires d’engrais aux fermiers dans trois pays. » (Le Ghana, Le Mozambique et la Tanzania).170 Le projet  AFAP est mené en partenariat avec l’International Fertiliser Development Centre, un organisme qui représente l’industrie des engrais.171

 

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Davos 2003

Les priorités de la fondation sont une menace pour l’agroécologie. L’agenda de l’AGRA est la plus grosse menace directe au movement croissant pour la souverainenté alimentaire et les mèthide de cultures agroécologiques en Afrique. Ce mouvement oppose la récupération aux engrais, aux cereals hors de prix et au OGMs et à la place promeut une approche qui autorise le contrôle des communautés sur la façon dont la nourriture est produite, commercialisée et consommée. Il cherche à créer un système alimentaire qui ait vocation à aider les gens et l’environnement plutôt qu’à faire du profit pour les multinationales.172La priorité est donnée à la promotion d’une agriculture saine et de nourriture saine en protégeant les sols, l’eau et le climat et en promouvant la bio-diversité. Il ya des preuves palpables que l’’agriculture agroécologique peut augmenter les rendements d’une façon significative, souvent comparable ou plus importante que l’agriculture industrielle et est plus profitable aux petits fermiers.173  En 2011, l’alors Rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation Olivier de Schutter a fait appel aux pays dans son rapport sur l’agro-écologie afin qu’ils réorientent leur politique agricole afin de promouvoir des systèmes durables qui permettent le droit à l’alimentation. Il a déclaré que : «  l’agroécologie permet des avantages qui sont complémentaires à des approches plus éclairés de l’agriculture conventionnelle comme le développement de variétés de graines au haut pouvoir de production et il affirme que «  l’évaluation de ces expériences est le challenge contemporain. »  .174 De Schutter a directement provoqué l’effort de la BMGF pour une revolution verte en demandant :  Les questions du pouvoir et de la participation sont des questions clefs ici. Il est irr&aliste de chercher à atteindre un progrès durable en combattant la pauvret& rurale simplement grâce à la technologie : la politique économique du système alimentaire, la question du pouvoir d’investissement, sont en fait des phénomènes clefs, aussi importants que les graines…Comment le paquet du Développement et de la révolution verts, des graines améliorées, des engrais chimiques et des pesticides, est-il durable dans un monde qui va manquer d’énergies fossiles et dont le contrôle sur tous ces éléments est entre les mains d’un nombre limité de très grosses corporations qui ne rendent des comptes qu’à leurs actionnaires ? 175

Favoriser les semences patentées. Un autre travail essential pour l’AGRA est la régulation des semences, sur laquelle il influence régulièrement les gouvernements africains.176 Actuellement, plus de 80% des semences viennent de millions de petits fermiers recyclant et échangeant des semences d’une année sur l’autre. Mais comme le note le Centre africian de la bniodiversité ( ACB) «  une bataille est actuellement engagée sur le système de semences africain ».177   L’ACB note que bien que l’AGRA reconnaisse la biodiversité et la pluralité dans le système de semences africain ( où les fermiers utilisent d’une façon majoritaire leurs propres semences ou des semences mise de côté.) son orientation est celle de la promotion d’une introduction d’un système commercial de semences, qui risque de permettre à quelques compagnies de contrôler la recherche et le développement, la production et la distribution. Afin de permettre aux compagnies céréalières d’investir dans la recherche et le développement, ils souhaitent en premier lieu protéger leur «propriété intellectuelle ». Ceci exige une restructuration fondamentale des lois sur les semences afin qu’elle permette le système de certification qui ne se contente pas de protéger les variétés protégées et les bénéfices qui leurs sont liés mais qui en fait criminalise tout semence non certifiée. Durant les deux dernières dizaines d’années, un long et lent processus de réforme de la législation nationale sur les semences, sponsorisé par l’USAID et le G8, avec la BMGF et d’autres ont ouvert la porte aux investissements des multinationales de la production céréalière, y compris l’acquisition de toute entreprise productrice de semence du continent. Comme le note ABC, c’est une menace sérieuse pour le système des semences africain et pour la bio diversité.178 ©

 

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Global Justice Now Global Justice Now demande à la BMGF de  « libérer les semences ». Mars 2015. Créer la demande pour la consommation et l’extension des services privatisés tout en poussant à l’usage des engrais et ses semences patentées, un autre des programmes d’AGRA depuis son implantation a été le support de petites entreprises privées fournissant les produits chimiques et les semences et les vendant aux fermiers dans plusieurs pays du continent africain. Des recherches ont montré que le réseau Malawi de vendeurs de produits agricoles était une voie de commercialisation de produits vendus par les multinationales.183 En procédant ainsi, il augmente la dépendance des fermiers aux produits chimiques et marginalise les alternatives pour une agriculture durable. Le principal fournisseur des revendeurs agricoles à Malawi est Monsanto, responsable de 67% de toutes les commercialisation.184 Un rapport d’évaluation du réseau des ventes agricoles montre que le programme a permis un croissance de 85% des ventes des revendeurs et qu’ils ont vendu 10.908 tonnes de semence et 18. 071 tonnes d’engrais entre 2007 et 2010. Environ 10 maïs hybrides ont été vendus – cinq de chez Monsanto et cinq d’autres compagnies, Seed.co.185 Que le réseau de ventes céréalières Malawi tendent à créer de la demande auprès des agriculteurs pour les produits fournis par les multinationales de l’agro-industrie est explicite dans la littérature autour du projet. «  Les revendeurs… agissent comme des vaisseaux afin de promouvoir la commercialisation des produits  de nos fournisseurs, » indique un des documents sur le projet.186 De plus, la formation sur les produits des revendeurs a été fait par les producteurs eux-mêmes. Il est aussi critique de constater que ces mêmes revendeurs sont de plus en plus la source de conseils aux fermiers et une alternative aux services d’extension agricole des gouvernements.  Une évaluation de projet a montré que 44% des revendeurs du programme fournissaient des services.187 Bien sûr un rapport de la Banque mondiale note que :  « les revendeurs sont devenus les nœuds de transmission les plus importants des zones pauvres rurales, une nouvelle forme de secteur privé est en train d’émerger dans ces pays ( Kenya, Ouganda et Malawi) comme les compagnies les plus importantes de produits agricoles organisent de plus en plus des démonstrations commerciales de nouvelles technologies dans les zones rurales avec les grossistes locaux. ».188 Des variétés de semences hybrides sont régulièrement prônées comme une solution au « problème » de productivité alimentaire de l’Afrique et sont fortement promus par une variété d’organisations supportées par la BMGF. Cependant les semences hybrides sont souvent onéreuses pour les petits fermiers et peuvent les enfermer dans la nécessité d’acheter des semences chaque année.179 Les hybrides peuvent présenter d’énormes avantages mais pas toujours, et seulement dans les bonnes conditions, comme lorsqu’ils sont couples avec l’usage continu des engrais synthétiques ( qui doivent aussi être achetés), l’irrigation, des zones plus grandes de terre et la monoculture – le kit « Révolution verte ».180 Une approche de l’ agenda de la BMGF/AGRA plus positive pour la promotion des semences patentées est de promouvoir les réserves de semences et les banques publiques de semences indigènes.

La BGMF joue un rôle majeur en aidant les multinationales à entrer en force dans le nouveau marché céréalier, comme l’a montré une conférence secrète à Londres en Mars 2015, à laquelle a assisté Global Justice Now. A la conférence, co-organisée par la BMGF avec l’USAID, les multinationales ont discuté de la façon d’augmenter leur contrôle sur le secteur mondial des semences. AGRA et l’entreprise SYGENTA étaient sur la liste des invités, parmi d’autres multinationales, mais aucune organisation d’agriculteur n’était invitée. Un des buts de la conférence a été de partager ses découvertes issues d’un rapport par Monitor Deloitte sur le secteur du développement du commerce des graines dans l’Afrique sub-Saharienne. Le rapport recommande que dans les pays où la demande pour les grains brevetées est plus faible ( c’est à dire là où les fermiers utilisent leur propres réseaux de commerce de grains) le partenariat public-privé devrait être développé de façon à ce que des compagnies privées soient protégées contre « les risques d’investissement ». Il a aussi été recommandé que  les ONGs et les donateurs encouragent  les gouvernements à introduire les droits de propriété intellectuelle pour les fournisseurs de graines et aider à persuader les fermiers d’utiliser des graines commercialisées et patentées plutôt que de compter sur leurs propres variétés traditionnelles.181 Il semble que la conférence ait évoqué le marché des graines du maïs, du riz, du sorgho,  des pois à vache, de la cassave et de la patate douce en Ethiopie, le Guana, le Nigéria, la Tanzanie et le Zimbabwe.182 Tromperies sur les OGMs. La BMGF ne suggère pas qu’il faille mettre l’accent sur les OGMs. Dans l’introduction de son travail sur l’agriculture, les OGMs ne sont pas évoqués .194 dans les informations sur le projet et dans les données des fonds de la BMGF. C’est malhonnête  au regard de l’ampleur des financements des OGMs par la BMGF. C’est aussi particulièrement malhonnête étant donné que le responsable de  « l’amélioration des rendements céréaliers » en Afrique, Rob Horsh, qui vient de chez Monsanto, a dit qu’il était spécialement recruté par la fondation afin de promouvoir la «  biotechnologie ».

Conference on vaccines and immunization

American businessman Bill Gates speaks at a conference under the motto ‘Reach every child’ of the Global Alliance for Vaccines and Immunisation (Gavi) in Berlin, Germany, 27 Janaury 2015. Among the members of the vaccination alliance are governments, vaccine manufacturers, NGOs, as well as health and research organizations. Photo by: Bernd von Jutrczenka/picture-alliance/dpa/AP Images

Dans un article de 2006, Horsh écrit  qu’il a été sollicité par la fondation et informé de sa mission : «  ma mission : améliorer le rendement céréalier à travers les sciences et les techniques les meilleures et les plus appropriées, y compris les biotechnologies, pour des problèmes dans des régions incluant l’Afrique sub-saharienne. ».195 La fondation est le financeur les plus importants du monde pour la recherche sur les OGMs. Une des plus grosses controverses touchant les financements de la BMGF est son support aux recherches en modification génétique (GM). Mais parallèlement à ces recherches, la fondation finance également des activités de relations publiques et des changements de régulations nationales afin de promouvoir l’adoption étendue des GM. Il y a plusieurs inquiétudes et plusieurs dangers lies aux OGMs. Des preuves venant du lancement des OGMs dans des pays où ils ont été adoptés montrent que ces graines poussent souvent les fermiers dans l’endettement, causent des dégâts irréversibles dans l’environnement et encouragent la concentration des terres.189 L’engineering génétique a échoué dans l’amélioration des rendements et a augmenté d’une façon importante l’usage des produits chimiques et la croissance de “super mauvaises herbes” selon un rapport rédigé dans 20 pays, par des groupes de protection de la nourriture aux Indes, dans le sud-est asiatique, l’Afrique et l’Amérique du sud.190 La BMGF est probablement les plus gros financeur mondial de la recherche sur les GMs dans la grand sud. Dans une interview avec John Vidal pour the Guardian en 2012, le responsable de l’agriculture pour la BMGF, Sam Dryden, disait que « seulement » 5% de l’argent des Gates pour l’agriculture était destine à la recherché sur le transgénique et son développement. Mais comme Vidal le note, cela peut se monter jusqu’à 100 millions depuis 2007 – plus qu’aucun gouvernement ou organisme politique au monde n’a jamais financé.191 L’ONG, GM Freeze, suggère que l’ensemble est encore plus élevé, calculant que la BMGF a alloué au moins 162 millions à des projets sur les semences génétiquement modifiées entre 2005 et 2011.192 Dryden a dit au Guardian : «  Le plus nous pouvons inscrire l’option GM dans un programme gouvernemental, le mieux c’est …nous travaillons généralement via les agences de recherches nationales. Cela leur offre l’option.193 Les principaux bénéficiaires des donations de la BMGF liées aux OGMs  comprennent la African Agricultural Technology Foundation, à laquelle la BMGF a octroyé plus de 100 millions .196, et l’International Centre for Genetic Engineering and Biotechnology, basé à Trieste, qui a reçu neuf donations de 13 millions chacune .197  L’Université de technologie du Queensland qui travaille également sur les OGMs a reçu six donations pour son secteur agricole de 14 millions chacune  .198 La Fondation pousse également la recherché en Grande Bretagne. En 2012, une équipe  de scientifiques du Centre John Innes de Norwich a gagné une donation de 10 millions afin de développer des céréales génétiquement modifiées, ceci représente le plus fort investissement dans les OGMs en Grande-Bretagne.199 Le Conseil de biotechnologie et de recherche en biologie basé à Swindon a reçu une donation de 8 millions en 2010 afin de «  supporter la recherche de haute qualité sur la production durable de céréales dans l’ Afrique sub-Saharienne et dans l’Asie du sud. 200

Cibler de nouveaux marchés en Afrique.  Les principaux bénéficiaires de l’aide de la BMGF pour les OGMs sont bien sûr les géants de l’industrie biotechnologique comme Monsanto, Syngenta, Bayer et Dupont, et les compagnies agrochimiques produisant les engrais et les pesticides dont certains sont soutenus par d’autres projets et d’autres investissements de la Fondation. La Fondation Gates est en effet en train de préparer le terrain pour que ces entreprises puissent accéder à de nouveaux marchés profitables dans certains pays en voie de développement spécialement en Afrique. La BMGF favorise tout spécialement l’adoption des OGMs en Afrique, dans de nombreux cas contre l’avis public et l’opposition gouvernementale. Le projet financé par la BMGF Water Efficient Maize for Africa (WEMA) dans lequel Monsanto est un partenaire, est en train de développer un maïs résistant à la sécheresse en Afrique du sud, en Ouganda, au Kenya en Tanzanie et au Mozambique. C’est ostensiblement un projet de recherche conventionnelle mais préparant en réalité le terrain pour l’acceptation du maïs GM.201 Monsanto a donné à cette recherché un de ses plus lucrative gène tolérant à la sécheresse mais ceci pourrait être une stratégie pour permettre des essais sur le terrain et gagner l’approbation plutôt que de passer par l’habituelle démarche commerciale. 202 Les Amis de la Terre notent que le projet WEMA fournit à Monsanto l’opportunité d’influencer la regulation de la sauvegarde agrobiologique en amenant les pays participants et les nouveaux marchés ouverts à une semence «  prête pour le climat ». C’est pourquoi le WEMA semble être un cheval de Troie pressant les gouvernements à passer des lois faibles sur la protection biologique et sur la regulation des grains et ouvrant la porte à la culture d’OGMs. Dans le milieu de l’année 2015, les autorités d’Afrique du sud ont donné le feu vert à Monsanto afin qu’il vende ses semences de maïs résitant à la sécheresse pour la culture en Afrique du sud,  un bénéfice direct du projet WEMA.203 Selon le Centre africain pour la biodiversité, le WEMA vise en dernier recours à influencer l’orientation de la propriété et la concentration de la culture du maïs, de la production de semences et de leur commercialisation  principalement vers le secteur privé et en conséquence de piéger les petits exploitants agricoles  en leur faisant adopter des variétés de maïs hybrides et les engrais et les pesticides qui les accompagnent.204 Il est clair que la BMGF veut voir les OGMs introduits dans toute l’Afrique. En Juillet 2015, par exemple, Christopher Elias, le responsable du développement mondial pour la fondation, a loué le maïs gm que la fondation promeut au Kenya à travers la WEMA et la dit qu’une application afin de permettre la culture était considérée par la National Biosafety Authority. Il ajouté : «  A travers des initiatives comme la WEMA, l’Afrique peut obtenir sa sécurité alimentaire dès 2030. Si l’Afrique veut sérieusement éliminer l’insécurité alimentaire, alors les fermiers africains devraient être capables d’avoir accès à un panel d’options pour l’amélioration des semences et pour leur protection, y compris les technologies GM. » 205 De même en Mars 2013, Sam Dryden, le responsable de l’agriculture à la BMGF a dit que les OGMs étaient une question de choix pour les fermiers et a écrit qu’il attendait que 20 millions d’entre eux plantent de nouvelles variétés de semences, y compris des GM avant la fin de la décennie.206 Jusqu’à 2008, l’Afrique du sud a été le seul pays africain à utiliser les technologies GM mais a été rejoint depuis par l’Egypte, le Burkina Faso, le Soudan. Cependant le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda, le Malawi, le Mali, le Zimbabwe, le Nigeria, le Ghana sont à la recherché de semences GM et procèdent à des essais sur les plans de coton, de maïs et de sorgho, partiellement grâce à des projets comme celui de la WEMA.207 Les partenaires africains de la WEMA ont effectué des démarches essentielles en promouvant les semences GM au Kenya et le principal institut de recherche du pays, KARI, a annoncé qu’il introduirait les maïs GM chez les fermiers en 2017. En Tanzanie, les chercheurs soutenus par la BMGF et la African Agricultural Technology Foundation travaillent sur les OGM dans des laboratoires en attendant le résultats des entretiens pour des essais possibles sur le terrain, certains rapports suggèrent que la Tanzanie pourrait aussi introduire son premier maïs transgénique en 2017.208 Il a aussi été rapporté que la BMGF projetait d’établir un laboratoire de biotechnologies au Nigeria afin d’améliorer la capacité biotechnologique pour des «  amélioration de semences » . 209 Un autre projet financé par la BMGF cherche à introduire des bananes enrichies en vitamine A (matooke) en Ouganda et dans d’autres pays de l’Afrique de l’est. Des essais sur le terrain ont lieu en Ouganda, utilisant des variétés développées par les scientifiques à l’université de technologie du Queensland en Australie, aussi financée par la BMGF.210 Cela a été décrit comme un «  cas clair de bio-piratage » parce que le gène de la banane originale utilisé pour développer cette super-banane est l’Asupina Cultivar, découvert il y a 25 ans en Papouasie-  Guinée et «  la propriété de droit des nations et des communautés qui l’ont développée. » d’autant plus que la «  banane rouge » riche en pré-vitamine A est déjà cultivée dans le monde sans aucun besoin de modification génétique.211 Des compagnies américaines qui produisent  la plupart des graines GM mondiales cherchent de nouveaux marchés en Afrique et tente de changer les lois de sécurité biologique africaines afin de leur permettre cette commercialisation.212 La BMGF joue un rôle majeur dans cette stratégie en supportant les relations publiques sur les OGM, ce qui est mis en évidence par les multiples dons alloués aux institutions travaillant sur les OGM et les biotechnologies.

  • En Mars 2012, elle a donné 3.99 millions à la African Agricultural Technology Foundation afin d’améliorer le partage de compétences et la conscience sur les techniques agricoles biotechnologiques afin d’améliorer la compréhension et l’appréciation.213
  • L’université d’état du Michigan s’est vu donner 13 millions afin d’aider les législateurs africains à prendre des décisions informées sur l’usage des biotechnologies.
  • En juin 2014, la BMGF a donné 5.6 millions à un autre majeur développeur et avocat des OGM, l’Université de Cornell afin «  de soutenir une plateforme de communication sur l’agriculture mondiale qui améliorera sa compréhension et ses technologies agricoles scientifiques. ».215

Le financement par la BMGF de la super-banane gm en Ouganda a été évoqué plus haut. Commentant ce projet, la scientifique et militante mondialement connue Vandana Shiva l’a appelé «  La dernière folie des ingénieurs de la génétique ».  Elle a noté que 75% des femmes indiennes souffraient d’un déficit en fer. Mais que «  n’importe quelle femme vous dira que la solution à la malnutrition est dans l’accroissement de la nutrition, c’est-à-dire dans l’accroissement de la biodiversité ce qui veut dire en conséquence planter partout des aliments riches en fer. Les femmes indiennes ont une richesse de savoirs sur la biodiverstié et l’alimentation, elles l’ont reçue d’autres générations qui l’ont également reçu de leurs mères et grand-mères.  «  Mais il y a un mythe de la création qui est aveugle aux deux, la créativité de la nature et dans la biodiversité comme la créativité et l’intelligence et le savoir des femmes. Selon ce mythe de la création du capitalisme patriarcal, les hommes riches et puissants sont créateurs. Ils peuvent posséder la vie à travers des patentes et de la propriété intellectuelle » Shiva condamne le projet des «  super-bananes » comme une  perte d’argent qui rendra les gouvernements, les agences de recherche et les chercheurs aveugles à «  des alternatives bon marché, basées sur la biodiversité, sûres, testées sur le long terme,  et démocratiques qui sont aux mains des femmes. ».220 Pour la BMGF, baser réellement ses programmes sur les besoins des fermiers en promouvant la justice économique et sociale dans le Sud exigerait des changements radicaux de sa culture corporatiste. Au pire, la fondation apparaît souvent comme une multinationale massive, intégrée verticalement, contrôlant chaque étape de la chaîne commençant dans ses bureaux de Seattle, à travers les diverses phases de la production, de la distribution à des millions d’usagers en bout de chaîne dans les villages d’Afrique ou d’Asie du sud-est.221 La recherche de GRAIN a aussi trouvé que sur les 669 millions que la fondation avait octroyé aux ONGs pour le travail agricole, plus des trois quarts avaient été donnés à des organisations basées aux US. Les organisations basées en Afrique n’en ont reçu que 4%.222 La fondation ne prête pas assez attention au savoir des fermiers ni au savoir local dans l’élaboration de ses programmes. La BMGF dit qu’elle écoute les fermiers et répond à leurs besoins spécifiques, «  Nous parlons aux fermiers à propos des semences qu’ils veulent planter et consommer, ainsi qu’à propos des défis auxquels ils sont confrontés. » Peut-on lire sur son site. 216 Bien que ceci puisse être vrai pour certains projets, l’acte d’écouter et celui de mettre en place des politiques basées sur les inquiétudes sont deux choses bien différentes. La plupart du travail de la BMGF semble négliger le savoir local. D’une certaine façon, c’est une des images de l’insistance de BMGF sur les solutions technologiques, l’absence de compte à rendre de l’organisation et ses prises de décisions d’une certaine façon personnelles, comme l’évoque tout ce qui a été noté préalablement.  Une analyse récente par l’ONG GRAIN des fonds alloués par la BMGF n’a pu trouver aucune prévue d’un support quelconque de la fondation pour des programmes de recherche ou de technologie du développement menés par des fermiers ou basés sur leurs savoirs, en dépit du nombre de ces initiatives existant en Afrique.  Les conclusions de GRAIN sont que : «  Nulle part dans le programme financé par la BMGF on ne trouve une indication qui montre que les petits fermiers africains pourraient avoir quelque chose à enseigner. »217  Au contraire, la fondation est « orientée vers l’ouverture de marches pour l’apport de nouvelles technologies en Afrique et l’ouverture des marchés pour les multinationales, plutôt que sur la construction à partir des savoirs, des compétences que les fermiers possèdent déjà. » .218 Par contraste, le seul bénéficiaire de la plus grosse donation de BMGF est le CGIAR, qui, comme note plus haut, a reçu plus de 720 millions depuis 2003. Pendant cette même période, 678 millions sont allés aux universités et aux centres de recherche nationale à travers le monde.  – dont plus des trois quarts aux US et en Europe, pour la recherche et le développement de technologies spécifiques, comme les variétés de céréales ou les techniques de croissance.  L’organisme subsidiaire de la BMGF, l’AGRA, entraîne les fermiers à utiliser ces nouvelles technologies et organise même des groupes afin de les aborder mieux mais il ne semble pas qu’une aide soit apportée aux fermiers afin de construire leur propre système d’ensemencement ou  d’organiser leur propre recherche.219 La fondation pousse vers la privatisation de la santé et de l’éducation, l’influence du secteur privé sur la santé et l’éducation a grimpé d’une façon exponentielle ces dernières années, spécialement avec une augmentation du rôle des grandes fondations privées et de partenariat public-privé. La fondation Gates est devenue un des  leaders du financement mondial des soins privés dans le sud. Elle finance aussi des projets promouvant un accroissement du rôle des associations éducatives privées. Augmenter la participation du secteur privé pour les services à la personne est hautement controversé en Grande Bretagne  comme dans les pays en voie de développement. Bien que les services de santé ou d’éducation privés existent dans presque tous les pays et peuvent présenter des bénéfices pour certaines personnes, ils ne sont pas l’objet des besoins des pays en voie de développement.  Des soins et une éducation publiques, accessible universellement, et de haute qualité devrait être la pierre de touche d’une société favorisant le bien-être de tous ses citoyens. Dans les pays en voie de développement, l’état doit être renforcé et habilité à fournir de tels services pour tous. La mise à disposition de services privés, d’autre part, tourne des besoins de base en produits accessibles  contrôlés par le marché.  De tels services sont susceptibles de n’être accessibles qu’aux riches.223 Il ya de nombreuses évidences que la promotion des marches de la santé mène à une augmentation des inégalités et à l’inefficacité. Cependant, en dépit de telles évidences, la privatisation du secteur de la santé est promue rigoureusement par des donateurs influents et par les multinationales, et est le résultat de la forte influence du secteur privé sur les politiques de soin.224 Les programmes financés par la BMGF rendent l’apport de services privés plus acceptables et plus prioritaires dans les pays en voie de développement. Les principaux bénéficiaires seront les multinationales fournissant de tels services. Aux côtés du Département britannique pour le développement international, Department for International Development (DFID), la fondation Gates est le plus gros financeur du Harnessing Non-state Actors for Better Health for the Poor, connu comme le HANSHEP.225 Le HANSHEP, qui est contrôlé par la Grande-Bretagne, est un groupe d’agence de développement et de pays, établi en 2010, cherchant à améliorer les «  secteur non publics en fournissant de meilleurs soins médicaux » L’ HANSHEP fait face « aux échecs des gouvernements qui  des marchés qui empêchent les acteurs non publics de développer certains potentiels dans les systèmes de santé».226 Son site web : «  Accroître la part du secteur privé du marché de la santé, ou bien par le financement ou par des propositions n’est pas un objectif pour les membres de l’HANSHEP ».227 Cependant, ceci est un manque d’honnêteté car le véritable but de l’HANSHEP est d’introduire e de promouvoir des systèmes de soins non étatiques dans les pays en voie de développement. L’HANSHEP a divers programmes promouvant le rôle du secteur privé dans la santé. Un d’entre eux est le partenaire African Health Markets for Equity, un investissement commun de 60 millions de la BMGF/DFID qui vise à « améliorer l’accès des pauvres à des soins de haute-qualité privés. » Opérant au Nigéria, au Kenya, et au Ghana, ce programme sur cinq ans  vise à « augmenter l’échelle et les perspectives des soins franchisés. » S’étendant du planning familial à la santé sexuelle ou reproductrice pour s’occuper aussi de la malaria,  les infections respiratoires aigües, la diarrhée, la nutrition, les soins maternels, le SIDA et la tuberculose.228. Un autre procédé de l’HANSHEP implique le Health Market Innovations (CHMI), installé à Washington, « un tissu global de partenaires qui cherchent à améliorer les fonctionnements des marchés de la santé dans les pays en voie de développement. » La Fondation Gates a financé plus de 40 projets de la CHMI .229 La CHMI promeut des initiatives qui  « rendent les soins médicaux fournis par des organismes privés accessible financièrement pour les pauvres dans le monde. 230 Elle supporte « des mises en place innovatrices et des programmes financiers qui travaillent à organiser les marchés de la santé, y compris le modèle d’implantation du secteur privé. »

La Fondation Gates est-elle une force positive ? Troisième partie

 

La Fondation Gates est-elle une force positive ?

 

Le texte qui suit est le fruit d’un long travail d’expertise  et d’enquêtes extrêmement pointues menées par Global Justice  Now touchant les secteurs d’intervention de l’empire Gates. Nous y apprenons, sur plus de soixante-dix pages qui seront publiées par thèmes, la force d’intervention de la Fondation Gates dans les affaires publiques du monde et en particulier celles des pays en voie de développement où elle pratique des opérations de promotion de ses valeurs et, comme tout dans ce système de l’ultra-libéralisme qu’elle défend, de ses intérêt, au détriment de la conscience politique et de l’action des peuples auxquels elle impose ses choix et de leurs gouvernements, trop démunis pour résister à des propositions de solutions massives importées pour combler les failles juridiques ou pratiques de leur fonctionnement. Est-il normal, dans un contexte de démocratie, de voir livrés au bon vouloir d’un seul homme et de ses subalternes les choix touchant les années à venir de millions d’individus ? Est-il concevable que la dimension caritative et toute sa constitution subjective soit plus puissante que la dimension politique et les rouages de délégations qu’elle implique ? Le poids financier et décisionnel de Gates et des acolytes des bio-technologies et de l’empire pharmaceutique qu’il soutient est plus lourd que celui de nations entières ? Ce simple fait n’est -il pas le signe d’un dysfonctionnement structurel majeur ? E.G

 

LA FONDATION GATES EST-ELLE UNE FORCE POSITIVE ?

 

Troisième partie : les liens entre la BMGF et les corporations.

 

 

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Les priorités de la Fondation dans son support aux compagnies. Les relations très étroites entre la Fondation et le géant des céréales et des chimiques Monsanto sont bien connues. La BMGF, qui possédait avant des actions dans la compagnie, a promu plusieurs projets dans lesquels Monsanto est le bénéficiaire, notamment dans le champ de la recherché OGM ( voir section 3) . Mais la BMGF  est la partenaire de nombreuses autres multinationales, notamment dans le domaine de l’agriculture – où la Fondation est un grand incitateur de chimiques et de semences patentées. – et dans le domaine de la santé- – où elle finance des projets dans lesquels la grosse pharmacie est la bénéficiaire. Par exemple, la Fondation travaille avec le géant Cargill sur un projet de 8 millions pour «  développer la valeur de la chaîne de soja » en Afrique du sud. Le projet est supposé durer quatre ans, commencer au Mozambique et en Zambie où il est dirigé vers 37.000 petites fermes mais il devra se répliquer dans d’autres régions. Cargill est le plus gros joueur mondial dans la production et le commerce de soja avec de lourds investissements en Amérique latine où le soja GM a déplacé des populations rurales et causé des dommages environnementaux. Le projet financé par la BMGF  rendra vraisemblablement Cargill capable de prendre possession d’un marché soja africain et de finir par introduire le soja GMs. Les finalités de ces marchés sont en relation avec l’industrie fast food, KFC, dont l’expansion sur le continent est favorisée par le projet. 108 Les petits fermiers peuvent bénéficier de ce projet mais seulement en tant que participant à la chaîne de valeur dominée par les grosses entreprises.109 La BMGF supporte également Cargill et d’autres multinationales en  fournissant 34 millions à la World Cocoa Foundation dans le cadre d’un projet tendant à «  améliorer l’efficacité commerciale, l’efficacité productive «  pour les fermiers du cacao en Afrique de l’ouest. Le projet fournit : «  des atouts correspondants aux industriels voulant se concentrer sur l’amélioration de la productivité du cacao. ». 110 La World Cocoa Foundation est un corps industriel représentant les principales compagnies alimentaires productrices de cacao comme Nestlé, Mondelez et Mars. La BMGF soutient également des projets impliquant d’autres entreprises chimiques et céréalières.

  • DuPont Pioneer est le groupe scientifique leader partenaire dans le projet finance par la BMGF de production de sorgho biofortifié. Ce qui tend à «  développer un sorgho transgénique (i.e génétiquement modifié) qui contienne un niveau plus élevé d’éléments nutritionnels , spécialement de la lysine, de la Vitamine A, du fer et du zinc. ».111
  • Syngenta est supporté par le financement de la Fondation of the Innovative Vector Consortium ( IVCC), qui cherche à développer des technologies anti-malaria. Comme partie du programme, Sygenta a mobilisé un équipe autour du spray Actellic, qui combat les insectes résistants aux insecticides.112
  • Bayer est supporté à travers le « Better Access to Safe and Effective Contraception Project », qui cherche à promouvoir la contraception pour les femmes des pays à bas revenus.113 La BMGF est aussi supposé collaborer à la promotion de la nouvelle approche chimique et de la protection biologique des semences ( i.e encourager les ventes agro-chimiques et les semences génétiquement modifiées) dans les pays du Sud.114 Certains des projets cités ci-dessus sont préoccupants en eux-mêmes. Certains, pris isolément pourraient être positifs. Mais le context est critique – les projets posent la question du financement par la BMGF des compagnies déjà avec des ressources massives à leur disposition et dont le pouvoir même est souvent partie du problème quand il s’agit de faire face à des questions mondiales. Pareillement, la BMGF supporte une quantité de laboratoires pharmaceutiques, dont certains impliquent du partenariat mondial public-privé, noté à la section 1. La BMGF a, par exemple, donné à GlaxoSmithKline deux subventions pour un vaccin anti-ebola et pour un travail anti-tuberculose et anti-malaria.115 En Juin 2013, la BMGF a aussi finance Merck afin de supporter le développement et l’enregistrement de nouvelles méthodes de traitement du schistosomiasis (une maladie cause par des vers parasites aussi connue sous le nom de bilharzia.).116 La BMGF est aussi partenaires de Merck dans leur financement conjoint du projet de partenariat African Comprehensive HIV.AID du Botswana HIV/AIDS.117 L’ONG qui a reçu les fonds les plus importants dans le domaine de la santé de la Fondation est le Programme for Appropriate Technology in Health (PATH), qui a reçu des fonds énormes, aux alentours de 1 milliard, principalement pour la recherche médicale et le développement. Ce supplément de fonds fait de PATH virtuellement un «  agent de la Fondation », selon d’expert de la santé David McCoy, écrivant dans The Lancet. 118 PATH est également fermement inclus dans l’industrie pharmaceutique. Il se décrit comme un “ innovateur en tête sur la plan de la santé mondiale et un pionnier dans l’appréciation de l’expertise et des ressources des partenaires entreprises pour conduire des innovations de taille. » PATH travaille avec plus de 60 entreprises-partenaires afin de créer « des solutions basées sur le marché » y compris des groupes pharmaceutiques comme Merck et Sanofi, la compagnie minière BHP Billiton et d’autres firmes notables – Microsoft. 119 La Fondation tire aussi profit de ses investissements dans des entreprises qui contribuent à l’injustice sociale et économique. Elle distribue des fonds à des bénéficiaires pendant que la BMGF Trust s’occupe des enjeux des dotations et investit dans les compagnies. Bill et Melinda Gates sont les seuls membres du Conseil d’administration du la Trust quand ils sont rejoints par Warren Buffet comme conseiller supplémentaire de la Fondation  .ii La plupart des fonds de la BMGF pour ses œuvres charitables dérive des investissements de la BMGF Trust dans des compagnies qui contribuent en premier lieu aux problèmes de pauvreté, d’inégalité et d’injustice.  Selon ses bilans financiers, la Trust avait 29 milliards d’investissements dans les actions et les bonds d’entreprises  en 2014.120 Les investisseurs comprennent certaines des compagnies les plus critiques au monde pour leur investissements dans les abus en droit humain ou environnemental ou en fraude fiscale.121 En ce qui concerne 2014, la BMGF Trust avait des investissements dans les compagnies minières  :
  • Barrick Gold, BHP Billiton, Freeport McMoran, Glencore, Rio Tinto, Vale and Vedanta et les Compagnies d’agrobusiness Archer Daniels Midland, Kraft, Mondelez International, Nestle and Unilever
  • Les compagnies chimiques et pharmaceutiques BASF, Dow Chemicals, GlaxoSmithKline, Novartis, and Pfizer
  • L’entreprise de boisson Coca-Cola, Diageo, Pepsico and SABMiller
  • La chaîne US multinationale Wal-Mart.

 

Comme à la fin 2014, la BMGF a aussi investi à hauteur de 852 millions en construction de la Compagnie Caterpillar, qui a été accusée depuis longtemps de complicité dans l’abus des droits de l’homme sur les territoires palestiniens occupés.122 BAE Systems, le plus grand exportateur d’armes de GB est un autre investissement. 123 La BMGF Trust a un passé d’investissement dans les compagnies de fast food qui contredit ses tentatives de politique nutritionnelle mondiale – une de ses zones d’intervention prioritaire. Elle était actionnaire chez Mac Donald jusqu’à Décembre 2014. Et est toujours actionnaire de Arcos Dorados – la chaîne la plus importante de restauration rapide et la franchise Mac Donald la plus grande au monde intervenant dans 2602 restaurants.124 Des recherches récentes par The Guardian ont montré que la BMGF Trust avait des enjeux de plus de 1.4 milliards dans les compagnies d’énergies fossiles. Les compagnies ne comprennent pas que BP mais aussi Anadarko Petroleum – qui s’est vu devoir payer récemment 5 milliards d’amende pour un nettoyage environnemental et la Compagnie de mines brésilienne Vale- élu comme la compagnie la plus méprisante de l’environnement et des droits humains dans les Awards de l’œil public annuel. L’étude du Guardian a également trouvé que la BMGF Trust avait des investissements dans 35 des 200 compagnies classes pour leurs réserves de carbones. Ceci inclut le géant du charbon anglo-américain, BHP Billiton, Glencore Xstrata et Peabody Energy et les principales compagnies Shell, ConocoPhillips, Chevron, Total et Petrobras. TCes investissements promeuvent difficilement l’un des soucis principaux de la BMGF – la santé mondiale. Un rapport récent rédigé par le Journal médical The Lancet et l’University College de Londres a conclu que le changement climatique est  la menace mondiale la plus grosse du 21ième siècle .125

Conference on vaccines and immunization

American businessman Bill Gates speaks at a conference under the motto ‘Reach every child’ of the Global Alliance for Vaccines and Immunisation (Gavi) in Berlin, Germany, 27 Janaury 2015. Among the members of the vaccination alliance are governments, vaccine manufacturers, NGOs, as well as health and research organizations. Photo by: Bernd von Jutrczenka/picture-alliance/dpa/AP Images

 

Le businessman américain Bill Gates parle lors d’une conférence ayant pour thème “Toucher chaque enfant” organisée par l’Alliance globale pour la vaccination et l’immunisation ( GAVI) à Berlin en Allemagne le 25 Janvier 2015. Parmi les membres de l’Alliance, on trouve des membres de gouvernements, des fabricants de vaccins, des OGNs. Photo by: Bernd von Jutrczenka/picture-alliance/dpa/AP Images

Bill Gates a annoncé en Juin 2015 qu’il investirait 2 milliards dans des projets d’énergies renouvelables.126 Cependant, Gates a dit en Octobre 2015 que l’abandon de l’énergie fossile était une fausse solution tout en accusant les environnementalistes de fausses affirmations sur le prix de l’énergie solaire.127 Le manège des entreprises La viabilité financière de la BMGF est intimement liée à la prospérité de l’Amérique néolibérale. Non seulement le BMGF Trust investit dans des corporations mais elle utilise ses fonds pour supporter certaines d’entre elles. Comme noté plus haut, le BMGF Trust a diverses actions dans des compagnies pharmaceutiques qui bénéficient du partenariat privé-public financé par la Fondation. Elle a aussi des actions dans plusieurs compagnies produisant de l’agro-chimique et des semences qui bénéficient des grosses promotions d’engrais utilisés en Afrique (voir section 3 en-dessous). La BMGF possédait 538 millions d’actions chez Coca Cola en 2014.128 En même temps,  quelques fondations BMGF encouragent les communautés dans les pays en voie de développement à devenir des affiliés de Coca.  129 La BMGF investit en collaboration avec Coca, dans la production de fruits de la passion au Kenya pour l’exportation. Dans ce projet, 50.000 fermiers sont entraînés à produire pour la chaîne d’approvisionnement de Coca.130  La présence dans la firme Coca Cola contredit les vœux clairement explicités de la Fondation de se battre pour une alimentation mondiale. Le BMGF Trust a précédemment investi dans d’autres compagnies qui bénéficiaient de ses propres financements, notablement Monsanto et un ensemble de groupements pharmaceutiques multinationaux comme Merck (dont les actions furent vendues principalement en 2009). 131 La BMGF Trust avait des actions dans Merck à un moment où elle supportait l’African Comprehensive AIDS and et le partenariat pour la Malaria, mentionnés ci-dessus. A fortiori, le plus important investissement de la BMGF Trust est dans le groupement US   Berkshire Hathaway, dont le chef exécutif est Warren Buffett – une des valeurs sûres de la BMGF – qui a donné des milliards à la Fondation.133 Berkshire Hathaway a 60 succursales principalement basées aux US dans des secteurs comme l’agriculture, l’énergie, l’alimentation, les medias, les transports, l’électronique, la chimie, la joaillerie, le mobilier et les assurances.134 Bill Gates a aussi fait office de membre du conseil d’administration de  Berkshire Hathaway. 135 qui a des actions dans de nombreuses entreprises qui bénéficient également des financements de projets de la BMGF comme  GlaxoSmithKline et Mondelez International. 136 Nombreux parmi les ONGs et bénéficiaires académiques des donations travaillent aussi en partenariat avec des entreprises dans lesquelles le BMGF Trust investit et.ou  qu’elle supporte. Par exemple, comme note plus haut, l’ONG US PATH – le plus grand bénéficiaire des financements santé de la Fondation – travaille en partenariat avec Merck. 137  Dans le domaine de l’agriculture, l’ONG  qui a reçu les fonds les plus importants de la Fondation, ( 85 millions) est Technoserve .138, don’t la devise est « Des solutions économiques à la pauvreté » et qui fonctionne comme « catalyseur et partenaire pour renforcer les marchés », croyant  dans «  le pouvoir de l’entreprise privée de transformer les vies ».139 Technoserve est l’une des nombreuses ONGs pro-business basée aux US et supportée par BMGD en lien étroit avec USAID.

 

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La BMGF fait partie du conseil d’administration de l’America Most où travaillaient précédemment des entreprises multinationals basées aux US, y compris celles dans lesquelles elle avait investi ou prmues d’une manière ou d’une autre. C’est particulièrement le cas avec les programmes de santé de la BMGF, ainsi le travail de la Fondation dans ce domaine est mené non pas par des professionnels de la santé publique que par des anciens exécutifs de l’industrie pharmaceutique. À titre d’exemple :

  • Sue Desmond-Hellmann, le PDG de la BMGF a passé 14 ans chez Genetech, une compagnie phare du secteur de la biotechnologie et était précédemment chancelière de l’Université de Californie à San Francisco où elle a appuyé la création de recherché en partenariat avec des leaders de l’industrie comme Pfizer et Bayer.140
  • Leigh Morgan, Directeur de l’exploitation, ayant précédemment travaillé chez GlaxoSmithKline et Genentech.141
  • Emilio Emini a rejoint la BMGF en 2015 comme Directeur du HIV, venant d’une position d Directeur scientifique et Vice-Président de la recherché vaccine chez Pfizer., il était déjà Conseiller principal à la Fondation Gates de l’équipe HIV. Précédemment, Emini était le Directeur fondateur du Département de recherche antivirale chez Merck et le Vice-président de la Recherche en vaccination et en biologie de chez Merck.142
  • Keith Chirgwin, Directeur des affaires scientifiques et réglementaires à la Fondation BMGF était précédemment Président de la recherché chez Merck Labs.143
  • Penny Heato, qui est repnsable du secteur du développement de la vaccination à la BMGF était Responsable mondial de la recherche Clinique et des groups de développement pour Novartis Vaccins et diagnostiques et Directeur general des vaccins et de la recherché Clinique chez Merck Laboratories.144
  • Trevor Mundel, Président de la santé mondiale à la BMGF, qui dirige la recherche à la fondation et le développement santé, vaccins et médicaments, était précédemment investi dans la recherche Clinique chez Pfizer.145

De même façon, le travail de l’agriculture et de la communication de la fondation est largement mené par d’anciens exécutifs d’entreprises de l’agrobusiness.

  • Rob Horsch, qui est responsable de l’équipe de Recherche et de développement agricole, a travaillé à Monsanto pendnant 25 ans avant de joindre la BMGF.146
  • Sam Dryden, le chef du Développement agricole à la BMGF, travaillait auparavant chez Monsanto, à la compagnie chimique géante Union Carbide (où il a aidé à établir Dow Agrosciences, une des compagnies de graines génétiquement modifiées les plus importantes au monde) et il a été responsable de deux des plus grandes compagnies de plans GM au monde) Il a aussi été PDG de Emergent Genetics, la troisième compagnie américaine de plans de coton, qui a été vendue à Monsanto en 2005.147
  • Miguel Veiga-Pestana, Responsable de la communication à la BMGF, était précédemment vice-président des stratégies durables globales et des promotions externes chez Unilever.148

25 La Fondation et les extensions de Microsoft en Afrique – comme étude de cas, il est peut-être peu connu que Microsoft – la source de l’argent de Bill Gates – a des intérêts commerciaux majeurs en Afrique. Microsoft a 22 bureaux dans 19 villes à travers 14 pays et a un réseau de plus de 10.000 partenaires en Afrique .149 La compagnie fait des affaires en Afrique depuis 20 ans, ce qui fait remonte ses activités autour de 1995, peu de temps avant que Bill et Melinda Gates commencent leurs activités d’aide humanitaire en 1997.150 Des rapports suggèrent que les investissements de Microsoft en Afrique ont crû régulièrement, avec un accent particulier mis sur le secteur de l’éducation, ainsi que sur les services financiers et le secteur du pétrole et du gaz.151.

L’expansion de Microsoft a coïncidé avec  des activités croissantes de la BMGF sur tout le continent. La BMGF et Microsoft ont toujours été  entremêlés étant donné le rôle personnel de Bill Gates dans les deux. Pareillement deux anciens chefs de l’exécutif de la BMGF étaient à Microsoft – Jeff Raikes, qui a été une des figures clef après Gates et le co-fondateur de Microsoft Paul Allen, qui a été chef de l’exécutif dans la BMGF jusqu’à 2013.152 Ecrivant dans The Guardian, Andy Beckett a spéculé que « une suspicion demeure, s’effaçant lentement  mais encore présente, que les activités de la fondation sont comme une sorte de pénitence pour le comportement de domination mondiale de Gates avec Microsoft – ou une contribution à cette domination mondiale par d’autres moyens. ».153 Le dernier point de Beckett n’infère pas de théorie du complot mais pointe plutôt les conflits d’intérêts  entre les deux organisations de Gates. Gates lui-même voit peut d’opposition entre faire de l’argent et faire le bien. Il semble simplement rationnel d’avancer que la BMGF aide Microsoft – en promouvant le développement conduit par des multinationales en Afrique, en aidant à faire élire des gouvernement favorables à l’industrie et en entreprenant des activités qui donnent à Bill Gates un bonne aura. Microsoft voit clairement l’Afrique comme l’opportunité d’un nouveau terrain de business. La Microsoft 4Afrika Initiative, lancée en  Février 2013, est comme le dit la compagnie : « un nouvel effort à travers lequel la compagnie va s’engager activement dans le développement économique africain pour améliorer sa compétitivité mondiale. »

« L’initiative promeut le développement de Windows 8 et des applications de Windows Phone et  représentent notre implication de plus en plus importante en Afrique alors que nous célébrons notre 20ième année d’échanges commerciaux sur ce continent. Comme nous attendons nos nouvelles vingt années, nous voulions explorer de nouvelles façons de relier la croissance de notre commerce avec les initiatives afin d’accélérer la croissance sur ce continent. La Microsoft 4Afrika Initiative est construite sur la double certitude que la technologie peut accélérer la croissance en Afrique et que l’Afrique peut aussi accélérer la croissance du monde ».154

Ali Faramawy, le vice-président de Microsoft pour  le Moyen Orient et l’Afrique  a écrit que : « Le monde a reconnu la promesse de l’Afrique et Microsoft veut investir dans cette promesse… A Microsoft nous voyons le continent africain comme un changeur de donne de l’économie mondiale. » 155 Faramawy note que Microsoft 4Afrika Initiative  vise à  placer des dizaines de millions de smartphones entre les mains de la jeunesse africaine d’ici 2016, principalement le Windows phone 8, un projet partagé avec la firme Chinoise Huawei. Le marché est vaste puisque en Afrique aujourd’hui, les smartphones ne sont que 10% de l’ensemble des appareils téléphoniques sur le marché.156 Fernando de Sousa, le Responsable Microsoft pour Africa Initiative  a dit que : L’usage des smartphones en Afrique croît plus rapidement que n’importe où ailleurs dans le monde.157 Microsoft affirme que : « Le lancement de Microsoft 8 et de nombreux autres nouveaux produits dans les mois qui viennent représente une nouvelle ère pour Microsoft, qui va redéfinir la technologie industrielle à un niveau mondial. Ces investissements supplémentaires sous la bannière de 4Afrika vont aider à redéfinir une nouvelle ère pour notre compagnie en Afrique. » 158

 

 

 

 

Traduction Elisabeth Guerrier

 

Quatrième partie : samedi 11 juin

La Fondation Gates est-elle une force positive ? Deuxième partie

La Fondation Gates est-elle une force positive ?

 

Le texte qui suit est le fruit d’un long travail d’expertise  et d’enquêtes extrêmement pointues menées par Global Justice  Now touchant les secteurs d’intervention de l’empire Gates. Nous y apprenons, sur plus de soixante-dix pages qui seront publiées par thèmes, la force d’intervention de la Fondation Gates dans les affaires publiques du monde et en particulier celles des pays en voie de développement où elle pratique des opérations de promotion de ses valeurs et, comme tout dans ce système de l’ultra-libéralisme qu’elle défend, de ses intérêt, au détriment de la conscience politique et de l’action des peuples auxquels elle impose ses choix et de leurs gouvernements, trop démunis pour résister à des propositions de solutions massives importées pour combler les failles juridiques ou pratiques de leur fonctionnement. Est-il normal, dans un contexte de démocratie, de voir livrés au bon vouloir d’un seul homme et de ses subalternes les choix touchant les années à venir de millions d’individus ? Est-il concevable que la dimension caritative et toute sa constitution subjective soit plus puissante que la dimension politique et les rouages de délégations qu’elle implique ? Le poids financier et décisionnel de Gates et des acolytes des bio-technologies et de l’empire pharmaceutique qu’il soutient est plus lourd que celui de nations entières ? Ce simple fait n’est -il pas le signe d’un dysfonctionnement structurel majeur ? E.G

 

LA FONDATION GATES EST-ELLE UNE FORCE POSITIVE ?

Troisième partie : Médias et influence des ONGs : la fondation étouffe-t-elle les critiques ?

 

Même si nous pouvions nous satisfaire de la bénignité de la Fondation Gates, ce serait encore inquiétant de les voir manier un tel énorme pouvoir de propagande. dit Mark Crispin Miller, professeur de communication médiatique et culture à la New York University.82 Pendant les dix dernières années, la Fondation Gates a consacré plus d’un milliard de dollars à la “politique et défense”. Dépensant plus sur ces programmes que la plupart des autres fondations – comme la Fondation Rockfeller ou Mac Arthur – dépensent ensemble. Les fonds de la BMGF vont a plusieurs organisations médiatiques prééminentes comme The Guardian, ABCet AllAfrica. Au-delà de ça, la BMGF a investi des millions dans des programmes d’entraînement pour les journalistes et finance la recherche sur les façons les plus effectives d’élaborer un message médiatique. Les organisations soutenues par la BMGF s’occupent de la présentation médiatique et de la presse d’opinion pendant que les publications scientifiques reçoivent l’argent des Gates pour publier leurs recherches et le “Tout le monde suit les directives de la Fondation, a dit un représentant d’une œuvre caritative implantée depuis longtemps au Guardian. “ Il semble qu’ils sont partout. A toutes les conférences où je me rends, ils y sont. Toutes les études qui sont publiées, ils en font partie. 83 Comme le notent deux analystes américains, “ il n’est pas inconcevable que nous puissions nous trouver un jour à lire une histoire à propos d’un projet de santé financé par les Gates, publié dans un journal dont la couverture santé est organisée par les Gates, rédigé par un journaliste qui a participé aux sessions de journalisme financées par eux, et citant des données collectées et analysées par des scientifiques subventionnés par les Gates.85 Sophie Harman, une universitaire de l’Université Queen Mary de Londres dit qu’il y a très peu d’acteurs préparés à dire quoi que ce soit de négatif sur le travail de la BGMF. Une des explications pour ce silence tient au fait que «  tout le monde est effrayé de critiquer Gates et le rôle de sa fondation parce que personne ne veut perdre ses subventions. ». 86  Ceci affecte aussi les OGMs dont l’absence de critique est palpable. Certes, quelques OGNs ont critiqué certains aspects du travail de la BMGF, en particulier Médecins sans frontière, Global Health Watch, GRAIN, Friends of the Earth et le Centre africain pour la biodiversité. Cependant ce sont des exceptions qui sont des ONGs ne recevant pas de subventions de la BMGF.

 

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La BMGF soutient de nombreuses ONGs internationales plus grandes travaillant sur l’agriculture et la santé qui seraient autrement attendues dans la critique de certains aspects de l’agenda de la fondation et qui cependant ont choisi de rester largement ou complètement silencieuses.  La Fondation réenforce le mythe que la charité et non la justice est la clé du développement. Un Bill Gates riche dépensant de l’argent sur les pauvres dans un contexte où il est très en vue et où il traite ces questions avec la haute-technologie réenforce la notion que le développement est lié à la charité et au fait de «  donner des solutions aux pauvres ». La charité peut certainement aider à promouvoir le développement, mais quand ce modèle devient le modèle exclusif de développement, comme il aura tendance à le faire quand les donateurs ont tant de pouvoir sur les décisions, les pauvres deviennent dépendants des riches, et ces derniers sont considérés comme des sauveurs pendant que les pauvres deviennent les récipients de leurs faveurs. En ce sens, la philanthropie est l’ennemie de la justice.87 Le point est que les pauvres ne demandent pas la charité, ils exigent la justice, qui ne demande pas tant d’argent du monde riche que des changements fondamentaux dans la façon de le monde riche  : y compris l’interruption des paradis fiscaux, la limite des pouvoirs des corporations et le changement de l’économie néolibérale. Tout ceci est décidément hors de l’agenda de la BMGF et sont encore exacerbés par elle. Un problème majeur avec la centration sur la technologie est que la BMGF, avec d’autres associations philanthropiques est entrain de restructurer les politiques d’aide bien au-delà du droit et de la justice, vers un « développement autoritaire » technocratique.88 Dans sa lettre annuelle de 2015 par exemple, Bill Gates a écrit que le 15 prochaines années verraient un découverte majeure dans les pays pauvres qui  seront conduits par l’innovation dans la technologie (- allant des nouveaux vaccins aux semences plus résistantes et aux Smartphones et tablettes beaucoup moins chers ) et par des innovations qui permettront de distribuer ces choses à plus de personnes. La lettre de Gates a ensuite suggéré que le changement climatique pourrait retenir ces progrès mais que la réponse était de   « développer des sources d’énergie qui soient moins chères, puissant être délivrées à la demande et n’émette aucun carbone de dioxyde. »  89 Dans cette perspective, la technologie est reine et il est largement question d’offrir cette technologie aux pauvres. Mais faire face au changement climatique n’est pas simplement – ou même principalement- une affaire de technologies nouvelles mais des changements majeurs dans les modes de vie, les politiques publiques et le comportement des firmes. D’autres questions fondamentales oubliées dans l’analyse des Gates tiennent à la justice des impôts. – qui pourrait être beaucoup plus importante que les aides en fournissant des ressources pour le développement – et l’inégalité mondiale- qui augmentent la pauvreté et les instabilités sociales.90 Ces questions plus complexes, plus «  politiques »  devraient être le réel centre d’intérêt de la prise de décisions politiques dans le développement international. Comme l’affirme Duncan Green de Oxfam, La lettre annuelle de Bill Gates de 2015 offre un « charter de technocrates »- un univers parallèle dans lequel les nouvelles technologies vont résoudre les questions de santé, de changement climatique, d’illettrisme, et juste à peu près tout- c’est une zone de pensée et de politique – libre. ».91

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Davos 2013

 

 

Le prééminent analyste du développement William Easterly, Professeur d’économie à l’Université de New York, émet des soucis identiques : «  Gates croit que la pauvreté s’achèvera en trouvant des solutions technologiques. Mes recherches montrent que le premier pas n’est pas d’identifier des solutions techniques mais d’assurer le droit des gens. Gates concentre les efforts de sa fondation à trouver les bons remèdes aux problèmes des pauvres de ce monde, comme des filets pour se protéger contre les moustiques de la malaria, ou des variétés de maïs résistant aux inondations afin de prévenir la famine.  Avec d’autres donateurs officiels, comme l’USAID ou la Banque mondiale, la fondation travaille avec les gouvernements locaux, généralement autocratiques sur ces solutions techniques. » Easterly cite l’exemple de la louange de Gates des leaders éthiopien, un pays décrit comme fixant des buts clairs et mesurant les résultants, mais qui ignore la répression du précédent autocrate Meles Zenawi, qui gardé le pouvoir de 1991-2012. Gates  a dit que la mort de Meles était une grosse perte pour l’Ethiopie”.92 Le choix des solutions technologiques sur celles qui s’adressent aux questions systémiques sociales, économiques, ou politiques favorisent les corporations. (puisque ce sont elles qui tendent à distribuer la technologie) et peuvent laisser les gouvernements et les donateurs hors circuit, en les autorisant à minimiser la corruption, les atteintes aux droits de l’homme, et les inégalités sociales comme cause de la souffrance humaine.93 Une approche technologique tend à considérer le développement comme un processus dépolitisé, comme si il n’y avait que peu de choix su la politique à mener – et qu’il n’y ait que des solutions technologiques. Pourtant il y a un grand débat entre les paradigmes néolibéraux et les alternatifs et une politique de développement a besoin de se déplacer hors de la globalisation menée par les corporations et vers le développement de politiques qui renforcent la justice sociale et économique. La fondation demeure largement responsable. La BMGF n’a en fait des comptes à rendre qu’à elle-même, ce qui veut principalement dire Bill et Melinda personnellement. Il n’y a pas de comité d’individus de confiance en tant que tel. Les trois attachés sont Bill, Melinda et Warren Buffet. 101 Comme fondation privée, la BMGF est obligée de seulement rapporter ses transactions financières de haut niveau au gouvernement US afin de faire appliquer l’exonération d’impôts.  La BMGF a de l’influence sans avoir de comptes à rendre. Les monopoles puissants et lucratifs de la fortune de Bill Gates proviennent largement des monopoles de Microsoft conquis dans les domaines des systèmes opérateurs et du software professionnel. En cherchant des patentes pour leurs produits, les compagnies pharmaceutiques et agricoles dépendent d’un droit de propriété intellectuelle et de lois commerciales qui a des effets contraires dan les pays en voie de développement.  Une façon particulièrement insidieuse avec laquelle les patentes globales affectent les pays en voie de développement est la « pirateriebio ». Il s’agit de l’appropriation, usuellement à travers des patentes, de droits sur du matériel biologique (comme des plantes ou de semences)  par des compagnies internationales afin de développer de la nourriture ou des médicaments, sans compensation pour le pays où ils sont  fournis. Le vrai coût de tout ceci reste inconnu mais en 2005, l’Union africaine estimait que l’Afrique avait perdu de 5 à 6.8 milliards en une année à cause des vols de biodiversité.94 Une estimation plus récente estime que les pertes pourraient être de 15 milliards par an pour l’Afrique.95 Ce qui est clair c’est que les coûts vont être beaucoup plus importants que les dépenses de la Fondation Gates pour un même pays. Les patentes ont subi un gros boost en 1994 quand, après un lobbying intense  par les multinationales, l’ Agreement on Trade-Related Aspects of Intellectual Property Rights (TRIPS) a été adopté par l’Organisation mondiale du commerce. Ceci entérine la capacité des corporations à mettre leurs inventions sous patente et les protège avec des droits de monopole pour 20 ans ou plus. Dans le cas de drogues médicales, cela  a rendu plus difficile l’accès aux médicaments génériques aux pays en voie de développement  et les a forcé à avoir recours à des marques déposées onéreuses. 96 « Microsoft est connu pour avoir lobbyiser avec férocité pour le TRIPS et a aussi lobbyiser dans le cadre du G8 pour resserrer la protection de la propriété intellectuelle. Cette dernière étant un mouvement qui  allait aggraver la crise de la santé dans les pays en voie de développement. » dit Oxfam97 La forte propriété intellectuelle a du mérite quand elle stimule authentiquement les inventions qui fonctionnent dans l’intérêt public mais pas quand elle donne aux compagnies multinationales un pouvoir énorme, s’apparentant parois à un monopole, sur les marchés et les ressources. La compétition générique est le moyen le plus efficace de baisser les prix des médicaments d’une façon correcte mais les patentes et d’autres formes de propriétés intellectuelles l’empêche et maintiennent les prix élevés.  Le système des patentes dans le cadre du TRIPS est le cadre le plus stimulant pour le développement de nouveaux médicaments. Son cadre stimulant est généré par le profit et favorise les intérêts commerciaux sur les soucis de santé publique et il ne se concentre pas sur la production des médicaments qui rencontrent les besoin du public à un prix que les sociétés puisse se permettre sur le long terme. Ceci explique partiellement l’absence de vaccins disponibles contre les maladies tropicales qui affectent les pays en voie de développement. Les pays à bas salaires manquant de marchés favorables pour les produits pharmaceutiques souffrent le plus de ce système.98 La position de monopole de Microsoft dans son cœur du business technologique s’est finalement avéré illégal aux USA. Comme le dit Barry Ritholtz dans le Washington Post: La plus grande force de Microsoft a toujours été sa position de monopole dans la chaîne des PC. Son accord de licence exclusive avec les fabricants de PC engendrait un paiement pour une licence MSDOS que l’opérateur Microsoft soit utilisé ou non. Parce que ça n’avait pas de sens de payer pour deux systèmes d’exploitation, ça a créé une énorme barrière pour faire rentrer n’importe quelle autre firme de software. Aucun autre fabricant  de système-opérateur ne peut entrer un doigt de pied dans le marché PC. Jusqu’au moment où le Département de Justice  prenait sa décision quant à ces arrangements illégaux en 1994, Microsoft avait gardé une place dominante sur le marché de toutes les ventes de systèmes-d’exploitation. Ses trois principales lignes de produit :  Office, Server Tools et  ( maintenant glissant à la troisième place) Windows – comptent pour trois-quarts de ses revenus et presque pour tout son profit. Ce n’est pas une coïncidence que ces lignes soient les bénéficiaires directes du monopole Microsoft. Bien sûr aucun des autres domaines de Microsoft  n’a achevé le succès de ses propriétés de monopole.”

 

Conference on vaccines and immunization

American businessman Bill Gates speaks at a conference under the motto ‘Reach every child’ of the Global Alliance for Vaccines and Immunisation (Gavi) in Berlin, Germany, 27 Janaury 2015. Among the members of the vaccination alliance are governments, vaccine manufacturers, NGOs, as well as health and research organizations. Photo by: Bernd von Jutrczenka/picture-alliance/dpa/AP Images

Le businessman américain Bill Gates parle lors d’une conférence ayant pour thème “Toucher chaque enfant” organisée par l’Alliance globale pour la vaccination et l’immunisation ( GAVI) à Berlin en Allemagne le 25 Janvier 2015. Parmi les membres de l’Alliance, on trouve des membres de gouvernements, des fabricants de vaccins, des OGNs. Photo by: Bernd von Jutrczenka/picture-alliance/dpa/AP Images

Microsoft a également été accusé d’actions illégales en Europe. En 2004, la Commission européenne a conclu, après une investigation de cinq ans, que la compagnie avait cassé les lois de la compétition au sein de l’UE en faisant basculer son quasi-total monopole sur le marché des systèmes d’exploitation sur le marché des systèmes d’exploitation pour serveurs de groupe de travail ou sur media player dans des pratiques qui étaient toujours d’actualité. Microsoft a été pénalisé de 497 millions. La Commission européenne a donné une position claire de la façon dont Microsoft entendait  finaliser son sa position de monopole : « Microsoft a abusé de son pouvoir de marketing en réduisant délibérément l’inter-opérationnalité entre Windows PC et des groupes de travail non Microsoft et en liant son Windows media player, un produit où il a à faire face à de la compétition, à son omniprésent Système d’exploitation Windows.  Cette conduite illégale a rendu Microsoft capable d’acquérir une position dominante sur le marché pour les systèmes d’exploitation pour serveur de groupes de travail qui sont au cœur des réseaux informatiques et il risque d’éliminer la compétition également sur ce marché.  En supplément, l’attitude de Microsoft a affaibli significativement la compétition sur le marché des média players. Les abus actuels sont un frein à l’innovation et endommagent le processus compétitif et les consommateurs, qui finissent avec moins de choix et des prix plus élevés. ».100  La Fondation n’a aucun compte à rendre et n’est pas discutable d’une façon habituelle dans aucun pays du grand sud ou face aux institutions internationales. Au contraire, comme le pointe Global Health Watch, «  Le fait que la Fondation Gates soit un fondateur et un membre du conseil d’administration des diverses nouvelles Initiatives pour la santé mondiale (e.g. the Global Fund; GAVI, Stop TB Partnership; and Roll Back Malaria) signifie que d’autres acteurs de la santé rendent des comptes à la Fondation Gates mais que ce n’est pas réciproque. » 102 En dépit de son influence mondiale, il existe très peu d’observation formelle ou indépendante des projets et des stratégies de la Fondation Gates et apparemment aucune analyse critique du tout provenant de l’intérieur du système d’aide officiel.  C’est une question qui reste sans réponse depuis longtemps : en 2009, The Lancet notait que la BMGF pouvait se targuer d’un grand nombre de réalisations dans le domaine de la santé mondiale mais qu’elle n’avait reçu que «  peu d’attention extérieure ». plus encore, « la validation par la Fondation Gates semble être largement accordée par l’intermédiaire d’un système informel de liens personnels et de relations plutôt que sur un processus plus transparent  base sur l’analyse indépendante et technique des pairs. » 103 Comme l’ont note les Peoples Health Movement, en dépit de la forte influence exercée par la Fondation sur les politiques de santé mondiale, leurs  effets n’ont jamais été évalués.104 En 2011, le Development Assistance Committee (DAC) de l’OCDE – l’organisme qui contrôle les aides des donneurs – a inclus la BMGF dans ses rapports statistiques pour la première fois. Cependant la DAC n’a pas soumis la BMGF a un examen des pairs de ses stratégies d’aide, de la même façon qu’elle le fait pour des donneurs bilatéraux.105 La  BMGF n’est pas tenue de se plier à des évaluations indépendantes de son travail, bien que les projets individuels puisse nécessiter une politique d’évaluation comme condition d’obtention.106 mais elle ne semble pas devoir publier les évaluations qu’elle demande et il n’est pas certain qu’elles soient complètement indépendantes. La BMGF a un site Web avec des rapports annuels, une lettre annuelle de Bill Gates et d’autres matériels mais cette information est pour la promotion et les relations publiques plutôt que pour une analyse détaillée du financement de ses activités.107 Le site web inclut une base de données des dons de la BMGF mais l’information est généralement d’une ou de deux phrases seulement, et il est même difficile de savoir précisément ce que la Fondation finance .La Fondation Gates travaille à proximité de nombreuses entreprises dont les rôles et les pratiques contribuent à la pauvreté actuelle. La BMGF ne considère pas ces entreprises comme un problème, mais comme des partenaires dans le développement.  La stratégie de la Fondation est un défi majeur aux acteurs et aux activistes progressistes du développement autour du monde qui veulent voir la part des entreprises multinationales dans les marchés mondiaux réduite ou éliminée. La Fondation ne finance pas seulement des projets où les trusts de l’agriculture et de la pharmacie sont les premiers bénéficiaires, le Trust BMFG investi aussi dans de nombreux d’entre eux pour fournir les fonds de ses activités «  charitables ». À plus forte raison, elle investit souvent dans les mêmes compagnies qu’elle finance, ce qui signifie que la Fondation a un intérêt dans l’actuelle profitabilité de ces entreprises. C’est un manège de corporations où la BMGF agit conséquemment dans les intérêts des entreprises. Cet état de fait n’est peut-être pas surprenant parce que les équipes de responsables sont issues très majoritairement de l’Amérique corporatiste.

 

 

Quatrième partie : samedi 4 juin

 

Traduction Elisabeth Guerrier

Tout n’est pas la faute de Trump ! Tom Engelhardt

 

Nous vivons un temps où aucun des facteurs constituant le tissu socio-historique ne peut être pris ou analysé indépendamment du contexte dans lequel il agit. C’est le cas vraisemblablement de tout moment pris dans l’histoire mais la nécessité d’envisager les paramètres contraignants se fait beaucoup plus aigue en ces temps de système économico-politique à dominante impériale. Les élections américaines saturent les oreilles du monde entier, devenant un jeu à part entière où est plongé pour plus d’une année un peuple entier et occultant tous les événements d’importance se déroulant ailleurs. Ce n’est pas nouveau. C’est simplement plus intense, plus omniprésent, plus fou, plus violent, plus idéaliste et désespéré aussi et surtout, mené tambour battant par un tel bouffon que les racines du mal qui touche la vie politique américaine semblent avoir accéléré leur croissance démesurément. Ce que Engelhardt nous donne à voir ici, c’est la façon dont Trump, qu’il fonctionne comme objet médiatique ou non, est avant tout le fruit d’un système, sa manifestation la plus dérisoire et la plus funeste et que le terrain sur lequel il fait son lit est depuis longtemps préparé par une démocratie qui a perdu tous ses atouts, tous ses codes, toutes ses règles de fonctionnement pour permettre à des forces secrètes, militaires et économiques à projet ostensiblement impérialiste de légiférer le monde.EG

 

Tomgram: Engelhardt, don’t blame it all on Donald Trump 

 

Posté par Tom Engelhardt à 4:53pm, le 27 Mars 2016.
 

L’entrée dans des territoires inexplorés de Washington 
Sommes-nous dans un nouveau monde américain ?

Par Tom Engelhardt

La semaine dernière, me sentant malade, j’ai passé une journée sur le canapé devant la télévision et je me suis souvenu d’un élément étrange de la vie américaine.

Plus de sept mois avant le jour des élections présidentielles, vous pouvez regarder la campagne 2016 pour la présidence à n’importe quel moment de votre choix, et ceci est vrai depuis au moins l’année dernière. Il n’y a en fait jamais un instant où quelque chaîne d’information ou autres ne propose un rapport, une discussion, un débat, une analyse, une spéculation ou e bave simplement pas sur un aspect quelconque des primaires d’Hillary, de Bernie, de Ted et par-dessus tout – un million de fois par-dessus tout ; du Donald ( de la  violence de ses rallyes à la taille de ses mains ). Au cas où vous soyez jeune et croyiez que c’est que c’est plus ou moins la norme américaine, ça ne l’est pas, ou du moins, ça ne l’était pas.

Vraiment, il y a quelque chose de nouveau sous le soleil. Bien sûr avec la chasse à la Ford Bronco blanche de O.J Simpson, (95 millions de spectateurs !), les 24/24, 7/7 événements médiatiques sont arrivés à toute force dans la vie américaine et quelque chose a changé sur la manière dont nous nous centrons sur notre monde et dont les médias se centrent sur nous. Mais vous pouvez être sûrs d’une chose : jamais, dans l’histoire de la télévision, ou dans celle de n’importe quel autre média, aucune autre figure n’a rassemblé tant d’attention  – heure après heure, jour après jour, semaine après semaine – que Donald Trump.  Si il est le O.J Simpson de la politique américaine du 21 ième  siècle et sa course à la présidence, l’éternelle course à la Ford Bronco du moment, alors nous sommes dans un monde vraiment étrange.

Ou, pour le dire autrement : ce n’est pas une élection. Je sais que le terme “ élection “  est utilisé toutes les cinq secondes et qu’un nombre significatif d’électeurs américains continue sans interruption de rentrer dans les  isoloirs ( tout particulièrement, cette saison, des Républicains) ou, dans le cas des comités électoraux primaires, dans les salles de sport et autres, afin de choisir parmi différents candidats, aussi cela ressemble encore à des élections.. Mais croyez –moi sur parole et tenez compte du fait que je suis un type âgé de 72 ans qui observe le monde politique depuis des décennies : ceci n’est pas une élection dans le genre de celles que nos livres d’histoire nous ont décrit comme cruciale pour la démocratie américaine. Si, par contre, vous êtes assis là, attendant que je vous dise ce que c’est, respirez et ne soyez pas trop déçus. Je n’en ai pas la moindre idée, bien que ce soit en partie un spectacle de cirque du genre du pain et des jeux, en partie l’obsession de la célébrité et en partie la pompe à finances médiatique .

En fait, avant d’aller plus loin, laissez-moi me couvrir à propos de l’idée que Donald Trump soit un O.J Simpson du 21 ième siècle. C’est certainement une comparaison raisonnable mais je commence à me demander si aucune comparaison ne peut être utile dans la situation présente. Même la plus cauchemardesque d’entre elles – Donald Trump est  Adolf HitlerBenito Mussolini, ou n’importe quel démagogue extrémiste  de votre choix –peut se révéler n’être que des mouvements de consolation,  de rassurance et de confort. Oui, ce qui se passe dans notre monde devient de plus en plus extrême et pourrait difficilement être plus étrange, nous semblons être pressés de la dire, mais cela n’est pas reconnaissable. C’est quelque chose que nous avons rencontré avant, quelque chose que nous avons analysé dans le passé et, dans le mouvement, vaincu.

Réunir les suspects habituels

Mais que se passera-t-il si ce n’est pas vrai ? D’une certaine mesure, la chose la plus effrayante, la moins acceptable à dire à propos de notre monde américain à l’heure actuelle – même si la présence envahissante de Trump nous incite presque à le dire- c’est que nous sommes entrés dans un territoire non réglementé  et que, dans ces circonstances, les comparaisons peuvent en fait modifier notre capacité à saisir notre nouvelle réalité. Ma propre suspicion : Donald Trump n’est que l’instance la plus évidente de ce qui se passe, l’exemple que personne ne peut manquer.

Pendant les premières années du 21 ième siècle, nous assistons peut-être à la naissance d’un nouveau monde au cœur de la coque vidée du système américain. Jusqu’à présent, bien que nous vivions avec cette réalité chaque jour,  nous ne pouvons de toute évidence pas tolérer de le reconnaître pour ce qu’il est. Lorsque nous examinons le paysage, ce sur quoi nous tendons à nous focaliser est la coquille – les habituelles élections ( dans une forme quelque peu exponentielle), les habituelles institutions gouvernementales ( un peu ternies)  avec les habituels pouvoirs ( un peu amoindris et redistribués) comprenant les habituels séparations des pouvoirs ( checks and balance *) (un peu détraqué), et la même vieille Constitution ( si louée en son absence) et oui, nous savons que rien de tout ça ne marche particulièrement bien, ou parfois ne marche pas du tout, mais c’est toujours rassurant de considérer ce que nous avons comme une version réduite, plus désordonnée et moins fonctionnelle de ce que nous connaissons.

Peut-être, pourtant, est-ce de plus en plus une version de l’inconnu. Nous disons, parquet le Congrès est  « paralysé »  est que peut être accompli dans un pays devenu si « polarisé »  et nous attendons que quelque chose nous libère de cette paralysie, afin de nous permettre de revenir vers un Washington plus proche de ce que nous nous souvenons et reconnaissons.  Mais peut-être est-ce cela. Peut-être que même si les Républicains ont d’une certaine façon perdus le contrôle  de la Chambre des députes  House of Representatives) et du Sénat, nous pourrions être  dans une situation telle que nous cataloguions maintenant le paralysie. Peut-être est-ce notre nouvelle réalité américaine, le Congrès étant en fait une sorte de version d’un poulailler glorifié, bien soutenu et bien financé.

Bien sûr, je ne veux pas nier le fait que ce qui est «  nouveau » dans notre monde a une longue histoire. L’élargissement du  gouffre des inégalités entre les 1% et les Américains ordinaires a commencé à s’élargir dans les années 70 – comme l’explique si brillamment Thomas Frank dans son nouveau livre   Listen, Liberal – était déjà une réalité puissante et controversée au début des années 1990, quand Clinton visait la présidence. Oui, l’écart est plus maintenant comme des abysses et semble encore plus inscrit dans le système américain mais il a son histoire propre, comme l’ont par exemple les élections des 1%   ainsi que la montée et l’auto-organisation de la   « classe des milliardaires » même si personne, jusqu’à maintenant, ne pouvait imaginer qu’un gouvernement des milliardaires, par les milliardaires et pour les milliardaires puise évoluer en un gouvernement pour le milliardaire, par le milliardaire et pour le milliardaire – c’est-à-dire l’un d’entre eux.

Bien sûr, beaucoup de notre monde qui change de forme pourrait être décrit avec un certain nombre de comparaisons et en terme de points de référence historiques. Les inégalités ont une histoire. Le complexe militaro-industriel et  l’armée mercenaire , comme la warrior corporation, ne sont pas nées d’hier, ni notre état de guerre permanente, ni notre état de sécurité nationale qui menace maintenant Washington ainsi que son urgence à surveiller, celui de savoir beaucoup trop de choses sur la vie privée des Américains. ( Un petit salut en souvenir du Directeur du FBI,  J. Edgar Hoover est de rigueur ici)

Et cependant, aussi vrai que tout cela puisse être, Washington ressemble de plus en plus à une terre nouvelle, exhibant quelque chose comme nouveau système au milieu de notre politique décrite polarisée et paralysée décrite en long et en large.

L’état de sécurité nationale ne me semble pas moindrement paralysé ni polarisé.  Et le Pentagone non plus. Certains jours quand je regarde les nouvelles, je ne peux pas concevoir comment ce nouveau territoire semble étrange et monotone à la fois. Rappelez-moi, par exemple, où dans la Constitution les Pères fondateurs ont-ils écrit à propos de l’état de sécurité nationale ? Et cependant il est présent dans toute la gloire, tout le pouvoir et dans la force toujours plus indépendante de la capitale de notre nation.     Dans quelle mesure, par exemple, ces hommes de l’ère révolutionnaire ont-ils préparé le terrain pour que le Pentagone envoie ses drones espions de nos zones de guerre éloignées jusqu’au dessus des États- Unis ?  Et pourtant il l’a fait.  Et personne ne semble perturbé par ce développement. La nouvelle, à peine note ni remarquée, a été instantanément absorbée dans ce qui est entrain de devenir la nouvelle norme.

Cérémonie de remise des diplômes dans l’Empire

Laissez-moi mentionner ici au hasard la nouvelle qui m’a récemment amené à me demander sur quelle planète je vivais. Et je sais que vous n’allez pas le croire mais cela n’a absolument rein à voir avec Trump

Étant donné le carnage entraîné par les guerres et les conflits américains à travers les grand Moyen-Orient et l’Afrique, que j’ai suivis de près  l’an passé, je ne sais pas pourquoi ce moment particulier est venu à ma connaissance. La meilleure supposition ? Peut-être que, de tous ces lieux auparavant obscurs – de l’Afghanistan au Yémen en passant par la Libye – dans lesquels les US ont combattus récemment, la Somalie, où ce petit massacre particulier a eu lieu, semble le plus obscur de tous.  Oui, j’ai à moitié assisté à des événements se passant là-bas, du moment des Blackhawk de 1993 à l’invasion désastreuse de l’ Ethiopie  en 2006, soutenue par les USA en passant par l’invasion à peine moins désastreuse de ce pays par les   Kenyans et par d’autres forces africaines. Mais pourtant, la Somalie ?

Récemment, des drones américains Reaper et des aéronefs avec pilote ont lance une série d’attaque contre ce que le Pentagone a qualifié de cérémonie de remise des diplômes  pour les fantassins de base du groupe somalien de terroristes al-Shabad. Il a été fièrement annoncé que plus de 150 somaliens étaient morts lors de cette attaque. Dans un pays où, dans les récentes années les drones US et les forces d’opération spéciales on mené un nombre réduit de frappes contre les leaders d’al Shabad individuellement, ceci pourrait être considéré comme une escalade distincte du conflit sans fin se déroulant là-bas, ( avec un  raid impliquant les forces spéciales US suivant peu de temps après)

Maintenant, laissez-moi remettre ça dans un contexte personnel. Depuis que je suis enfant, j’ai toujours aimé les cartes et les globes terrestres. J’ai un sens correct de là où se trouvent la plupart des pays sur cette planète. Cependant, la Somalie ? J’ai dû m’interrompre et y réfléchir afin de la localiser précisément sur ma carte mentale de l’est africain. La plupart des Américains ? Honnêtement, je doute qu’ils auraient eu la moindre idée. Aussi l’autre jour, quand la nouvelles m’est parvenue, je me suis arrêté un moment pour la considérer. Si elle est exacte, nous avons tué 150 plus ou moins personne (sauf pour ceux qui les connaissaient) et peut-être même un   top leader ou deux dans un pays que la majorité des Américains ne seraient pas capable de localiser sur une carte. Je veux dire, ne trouvez-vous pas ça un peu bizarre, quelle que soit l’horreur de l’organisation pour laquelle ils se préparaient à combattre ?

Rappelez-moi : sur quelle bases a-t-on perpétré ce modeste massacre ? Après tout, les US ne sont pas en guerre avec la Somalie ni avec al-Shabad. Bien sûr, le Congrès ne joue plus aucun rôle dans les engagements belliqueux de l’Amérique. Il ne déclare plus la guerre sur aucun des pays ou des groupes que nous combattons. (Paralysie !!) La guerre n’est maintenant plus que du domaine de l’exécutif, en réalité, le pouvoir collectif de l’état de sécurité nationale  et la Maison blanche.  L’explication principale offerte pour la frappe somalienne, par exemple, est que les US avaient un petit nombre de conseillers stationnés avec les Forces d’union africaine dans ce pays et qu’il était vaguement possible que ces étudiants en guérilla puisse bientôt préparer une attaque quelques unes de ces forces ( et donc le personnel militaire américain) Il semble que si les US placent des conseillers n’importe où sur la planète – et chaque jour de chaque année ils sont maintenant dans des quantités de pays  — ce sera un excuse suffisante pour valider des actes de guerre basés sur l’imminence de la menace de leurs attaques.

Ou bien pensons le de cette façon ;  une constitution nouvelle, informelle est écrite ces dernières années à Washington. Pas besoin d’une convention ou d’une nouvelle Déclaration des droits. C’est une constitution centrée sur l’usage du pouvoir, spécialement le pouvoir militaire, et qui s’écrit dans le sang.

Ces jours-ci, notre gouvernement (celui qui n’est pas paralysé) agit régulièrement sur la base de cette constitution-en-devenir informelle, commettant des actes comme celui de la Somalie, à travers de significatives régions de la planète. Ces dernières année, nous les avons maries avec les dernières   technologies étonnantes.   Des drones armés de missiles Hellfire pour le pouvoir exécutif et le massacre assez gaillard d’individus que nous n’aimons pas beaucoup dans une majorité de pays musulmans. Maintenant, il est accepté que n’importe quel commandant en chef soit aussi un  assassin-en-chef, et que tout ceci fait partie d’un système de temps-de-guerre-qui n’est-pas un temps-de-guerre. Répandant le principe du chaos et de la dissolution  dans des régions entières de la planète, laissant des états écrasés et des mouvements terroristes dans son sillage. Quand donc était-ce, à propos, que “le people” a donné son accord pour que le Président puisse se transformer en assassin en chef, rassemblant ses beagles officiels afin qu’ils écrivent de nouvelles “lois” qui couvrirait n’importe lequel de ses actes ( y compris le meurtre  de citoyens américains), et année après année, envoie ce qui est en fait sa flotte personnelle de drones afin d’ éliminer des milliers de personne à travers les Moyen-Orient   et dans certaines parties de l’Afrique ?  Assez bizarrement, après presque quatorze années de cette sorte de comportement, avec des  preuves évidentes que ces sortes de frappes ne suppriment  pas les mouvements que Washington abhorre  (et souvent ne fait qu’allumer les flammes du ressentiment et de la vengeance qui, ni l’actuel président et ses officiels, ni aucun des candidats à cette fonction n’ont la moindre intention de ramener un jour ces drones au sol.

Et quand exactement le “people” a-t-il dit que, au sein de l’armée largement déployée de notre pays, qui a maintenant des garnisons  partout sur la surface de la planète, une force de presque 70.000 personnels d’Opérations spéciales pourrait naître, ou qu’elle devrait globalement  mener  des missions sous couverture, n’étant redevable qu’au Président  (si elles le lui sont) ? Et, ce que je trouve le plus étrange est que si peu dans notre monde trouve cela étrange.

Une planète sur le déclin ?

D’une certain façon, on pourrait dire que tout ceci marche. Au moins, marche dans ce nouveau système qui se crée que nous devons encore arriver à comprendre, tout comme nous n’avons pas encore compris l’état de sécurité nationale qui surveille le monde d’un façon que même les auteurs de science fiction n’ont pas pu imaginer, ( ni les législateurs des états totalitaires) ou la version étrange de la tuerie qu’on appelle élection. Tout ceci est à la fois une vieille nouvelle et terriblement nouveau.

Est-ce que je le comprends ? Pas du tout

Ce n’est pas la guerre comme nous la connaissons, ni le gouvernement comme nous l’avons compris, et ce ne sont pas des élections comme nous les avons imaginées il y a longtemps, ni une démocratie comme celle dont nous l’avions conçue, ni un journalisme du genre de celui qui était enseigné dans les écoles de journalisme. C’est la définition d’un territoire sans règles. C’est une authentique terra incognita  américaine cependant d’une certain façon, ce paysage inconnu fait déjà partie  de notre sens de nous-mêmes et du monde. Dans cette saison d’“ élection”  beaucoup demeure choqué par le fait qu’un des candidats gagnant pour la présidence puisse être un démagogue avec un côté autoritaire visible et ce qui semble être un goût pour le pouvoir absolu. De telles définitions sont accolées à Donald Trump mais le nouveau système américain qui émerge de cette chrysalide ces dernières années montre déjà ces tendances. Donc, ne blâmons pas Donald Trump.  Il devrait être beaucoup moins choquant pour ce pays qu’il ne l’est. Après tout, un monde trumpien en formation a pavé le chemin pour lui.

Qui sait ? Peut-être assistons-nous à une nouvelle interprétation d’une très vieille histoire : une version d’un ancien conte de grand pouvoir impérial adaptée au 21 ième siècle, peut-être le plus grand jamais vu – le grand pouvoir solitaire-  plongeant dans son déclin. C’est un conte que l’humanité a expérimenté assez souvent au cours de sa longue histoire. Mais à moins que vous ne pensiez une fois de plus qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, le contexte pour tout ceci, pour tout ce qui se déroule en ce moment dans notre monde, est si nouveau que cela reste hors de portée de milliers d’années d’expérience humaine. Comme les derniers records de chaleur  l’indiquent, nous sommes, pour la première fois sur une planète en déclin. Et si ça ça n’est pas un territoire sans règles, qu’est-ce qui l’est ?

 

Tom Engelhardt est le co-fondateur du  American Empire Project ( Projet de l’empire américain) et l’auteur de  The United States of Fear ( Les Ètats-Unis de la peur) ainsi que de l’Histoire de la Guerre froide., The End of Victory Culture.( La fin de la culture de la victoire) Il est membre du  Nation Institute et dirige TomDispatch.com. Son dernier livre est : Shadow Government: Surveillance, Secret Wars, and a Global Security State in a Single-Superpower World.( Le gouvernement de l’ombre : surveillance, guerres secrètes et état de sécurité globale dans un monde à super-pouvoir unique)

 

  • La séparation des pouvoirs est le fait dans la constitution d’un État de distinguer certaines fonctions ou missions de l’État, et d’en confier l’exercice exclusif à différents corps de ce dernier, appelés pouvoirs. La séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire est le principe fondamental des démocraties représentativesA contrario, les régimes dictatoriaux ou tyranniques se définissent par la concentration, en général dans la main du pouvoir exécutif, de tous les pouvoirs.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

 

La civilisation de Davos

Cette traduction d’un article d’Alternet vient au moment où le Club de Davos célèbre sa grande messe annuelle et détermine ce qu’il adviendra de ses montagnes de richesse et des masses qui les leur créent. Elle sera suivie par une analyse plus longue mais beaucoup plus approfondie  de Global Justice qui met à jour les rouages des fondations caritatives qui maintiennent à coup de milliards l’illusion que ce système peut panser les plaies qu’il génère. C’est une des positions du libéralisme depuis son origine, les maux que le capitalisme engendre sont, sous couvert de religiosité, de bonne conscience ou de simple désir de notoriété, évacués dans leurs conséquences par des outils financiers qui nient leurs causes. L’article qui suit est, à nos yeux, un peu sommaire dans ses analyses et ne fait que développer superficiellement des arguments qui sont de l’ordre de la conscience populaire de base alors que ce qui manque à cette conscience sont les outils d’un savoir précis sur ce qui la manipule avec le cynisme que l’on constate chaque jour. Il a l’avantage de nous remettre au goût du jour les fêtes qui se déroulent sur notre dos et le système idéologique morbide qui les organise. Il a l’avantage de nous rappeller que nous sommes, complètement, sans rémission autre que ce qu’on imagine être une nouvelle révolution, soumis à la civilisation de Davos. EG

 

The Davos Club: Meet the people who gave us a world in which 62 people own as much as 3.8 billions.

Le Club de Davos : Rencontrez les individus qui nous ont donné le monde dans lequel 62 personnes possèdent autant que 3.6 milliards.

Ceux de Davos parlent de la pauvreté et engagent des fonds dans le caritatif. Mais pour eux, c’est de la petite monnaie.

Par Vijay Prashad / AlterNet

Le 21 Janvier 2016

 

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Les élites mondiales se rencontrent en Suisse, dans la ville  perdue de Davos chaque année pour le Forum de l’économie mondiale [World Economic Forum]. Le conclave a commence en 1971 mais il est devenu une destination essentielle dans les années 90. Quand la globalisation est devenue le concept phare, Davos est devenu son siège.  Le monde des affaires, le monde politique et médiatique se rencontrent, échangent leurs cartes  puis s’en vont, mieux connectés  les uns aux autres. Des affaires sont parfois faites, mais plus que toute autre chose c’est l’harmonie au sein de l’élite mondiale qui est établie. C’est à ça que le Sommet de Davos sert, à créer une civilisation de Davos à l’usage des individus importants de la planète. Chaque année, avant le sommet, Oxfam International publie un rapport sur la richesse mondiale. Celui de cette année a mis à jour quelques nouvelles choquantes.  En 2010, 388 individus possédaient autant de richesse que celle de la moitié de la population mondiale, c’est à dire à peu près 3.6 milliards d’individus. L’obscénité alors a semblé dramatique. L’année dernière, ce nombre a chuté à 80 individus possédant autant que 3.6 milliards. Cela commençait vraiment à faire trop. Les  données de cette année sont encore plus  choquantes. Seulement 62 personnes possèdent autant que les 3.6 milliards. 62 !! L’inégalité a fait une marche en avant régulière.  Il est tout à fait possible que ces mêmes 62personnes ou leurs représentants soient présentes à Davos. Elles sont au cœur de la civilisation de Davos. Les bouchons de champagne vont sauter, le caviar couler sur le sol, les riches ont de quoi fêter. Même le ralentissement de la Chine ne les ralentira pas. Les 62 font  autant d’argent dans le marché baissier que dans le marché haussier. De quoi les 62 vont-ils s’entretenir à Davos ? Le thème de cette année est “comment maîtriser la  quatrième révolution industrielle. “ La première révolution industrielle est considérée comme le changement de la puissance humaine à la puissance mécanique au début du 19ième siècle. A la fin du 19ième siècle, la science a été tenue par l’industrie de produire la technologie, ou la seconde révolution industrielle. Dans le milieu du 20ième siècle, les ordinateurs ont fait leur apparition et ont ouvert la révolution digitale ou troisième révolution industrielle. La quatrième concerne la  robotisation et la mécanisation – le remplacement de l’homme par la machine.  Les 62 veulent anticiper cette révolution. La banque Suisse UBS a fait une étude sur l’impact  économique de cette quatrième révolution industrielle. Elle l’a publié juste avant l’ouverture de Davos. Le rapport suggère que ceux qui sont déjà riches et sont possédants vont vraisemblablement tirer parti de cette quatrième révolution. Ils vont : “ bénéficier du fait de posséder lesbiens dot la valeur sera augmentée par la quatrième révolution. “ écrivent les analystes de UBS. La tendance à la mécanisation va donc accroître l’inégalité, pas la diminuer. Ce thème-là a été du sucre dans la tasse des 62. Ils vont s’enrichir. Les pauvres vont s’appauvrir. C’est ce que les analystes des riches disent. T

Le people de Davos parlent de la pauvreté et offrent de l’argent aux organismes caritatifs. Mais ce n’est que de la petite monnaie qui reste là à traîner sur leur table de nuit. Les discours sur la pauvreté permettent simplement aux riches de se sentir moins mal à l’aise sur leur moralité si trempée. Ils font la grève des impôts. Ils refusent de mettre entre les mains de l’état leur part de richesse afin de mener à bien des programmes d’aide sociale.  C’est un anathème. L’horizon de leur progrès social est leur charité misérable, qui bien sûr n’est pas entièrement charitable : le chèque va avec  un gros poteau indicateur qui dit au monde que c’est eux qui ont donné cet argent. Les pauvres inquiètent les 62. Si vous créez un monde où l’essentiel de la population vit  dans des conditions catastrophiques, il ne va pas être heureux et pourrait même se mettre en colère. S’ils se mettent en colère, ils peuvent se rebeller et devenir difficiles à contrôler. Quand les ghettos se lèvent que font les riches ? La charité ne va pas contenir ces soulèvements. Ce qui est la raison pour laquelle les riches investissent dans des communautés-enclaves et dans la sécurité qui les protège, tout comme dans la sécurité qui enferme des pays entiers qui vivent dans les ceintures de pauvreté. Ce qui est la raison qui fait de l’US department of Defense un des plus gros employeurs au monde avec 3.2 millions de personnes travaillant pour lui. Ce n’est pas non plus étonnant que le troisième employeur mondial soit la firme de sécurité G4S. Elle suit Wallmar et Foxxconn. Foxconn utilise le travaille chinois pour faire des produits bon marché qui sont vendus à des consommateurs américains endettés à Walmart. Si il y a le moindre mouvement dans les travailleurs ou dans les consommateurs endettés, G4S arrive pour les calmer ou pour mettre quelqu’un en prison. G4S s’étend comme un feu de brousse.  Qu’est ce que la crise des réfugiés à l’ouest sinon la crise de la civilisation de Davos ?  Quand vous ne laissez pas les gens construire des vies protégées et productives sur leur propre sol, ils s’enfuient ailleurs. Ils vont venir dans vos maisons et demander à vivre comme vous. Mais ce qu’ils découvrent c’est que même à l’Ouest, il y a des îles d’abondance et de vastes océans de misère. Les réfugiés fuient les conflits armés et les bombardements aériens pour arriver dans des lieux où la police ressemble à l’armée et où     des drones ont aussi commencé à voler au-dessus des têtes.

 

 

Ils vont rencontrer la force de travail de G4S, qu’ils ont également rencontré dans d’autres pays. Un des sujets de Davos est l’usage de robots dans l’armée et dans la police. Les jours de Robocop ne sont pas loin. Les 62 peuvent faire confiance à une machine beaucoup plus qu’à un officier de police qui, en terme de classe, est beaucoup plus proche de la plèbe que des 62. Les 62 de Davos aimeraient croire que le terrorisme et les états incontrôlables sont des problèmes anciens qui peuvent être réglés avec une bonne dose de capitalisme. Ils aimeraient imaginer que ce que les gens en Irak et en Syrie ou en Corée du nord veulent le plus sont des centres commerciaux et des cartes de crédit. Mais c’est précisément la civilisation des centres commerciaux et des cartes de crédit qui reproduit l’inégalité, forçant des gens ordinaires à s’endetter afin de pouvoir acheter une chaîne sans fin de biens de consommation qui ont été produits pour des salaires de misère. Quand la dette les amène à devenir distraits, ils sont indifférents, désillusionnés, à la recherche d’une alternative. Et parce que la gauche est faible, l’alternative est fréquemment celle de la démagogie de la politique religieuse ou ethnique. Et comme la rhétorique de ces discours religieux ou ethnique est indisciplinée, les stratégies glissent facilement vers la violence. Le terrorisme n’est pas le fruit d’anciennes animosités mais celui des conditions sociales de notre présent, celles de la civilisation de Davos qui donne la richesse à 62 personnes et la refuse à 3.6 milliards

 

 

 

 

Traduction Elisabeth Guerrier

 

TTIP: la clef pour un commerce plus libre ou pour l’avidité des entreprises ?

TTIP: the key to freer trade, or corporate greed?

The Guardian

 

Cet article du Guardian fait le point sur la situation des négociations du TTIP. Il privilégie évidemment la position du Royaume-Uni mais les points les plus importants de ce traité sont les mêmes pour les travailleurs de l’UE que de la Grande Bretagne.  Cette année s’annonce décisive pour la signature d’un gigantesque piège néo-libéral qui donnera aux USA une marge de manoeuvre commerciale sans précédent au dépend de règles environnementales et productrices comme des codes du travail européen. En un temps où plus que jamais doivent être privilégiés le commerce de proximité et la mise en valeur des productions de petites et moyennes entreprises, cet accord censé ouvrir le marché transatlantique est une porte sur le libre-échange envisagé sur le mode de la déréglementation et de l’empire des multinationales sur les états et les peuples. EG

 

 

Certains disent que les accords commerciaux EU/US qui pourraient être conclus cette année ouvriront les marchés et promouvront la croissance. (GB) D’autres craignent qu’ils ne baissent les salaires et promeuvent la privatisation.

 

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Des commerciaux du Chicago Mercantile Exchange : le libre-échange avec l’Europe fait partie de la stratégie de croissance d’Obama. Photograph: John Gress/REUTERS

Phillip Inman

Samedi 2 Janvier 2016  11.00 EST Modifié Samedi 2 Janvier 17.00 EST

L’huile d’olive américaine bon marché pourrait, dans quelques années figurer sur les étagères des supermarché aux côtés des variétés toscanes uniques appréciées des gastronomes anglais. Á présent, un tarif prohibitif sur les importations US  place leur prix hors de portée.

Mais un accord commercial révolutionnaire pourrait faire baisser les tarifs de 2280 euros la tonne d’huile d’olive à 46 euros pour s’adapter au coût de 46 euros que les US  appliquent su leurs importations en provenance d’Europe. Ou ces mêmes tarifs pourraient disparaître complètement. De toutes les façons, les producteurs d’olive grecs, espagnols ou italiens doivent craindre le TTIP, un accord qui tend à créer un champ identique entre eux et la production agro-industrielle massive des USA.

Les accords commerciaux ont été considérés autrefois comme la panacée pour la pauvreté mondiale. En 1990, l’Organisation mondiale du commerce (World Trade Organisation) a été créée afin d’harmoniser les régulations frontalières sur tout, des voitures aux produits pharmaceutiques et de baisser les tarifs de façon à promouvoir la libre circulation des biens et des services autour du monde.

Il demeure la crainte que, loin d’être une formule gagnante pour tous, des tarifs bas favorisent les riches et les puissant et crucifient les petits producteurs   qui lutteront pur survivre dans un environnement non protégé.

Les effets du Nafta ( North American Free Trade Agreement) signé  par les US, le Mexique et le Canada en 1993 semblent justifier cette crainte : st devenu ces dernières années une cause célèbre pour les campagnes anti-pauvreté, exaspérés par la situation critique des travailleurs mexicains. Non seulement ont-ils été soumis à des salaires bas et à des conditions de travail très dures par les entreprises américaines récemment relocalisées – et, en tant que consommateurs au pouvoir de marketing incessant de Walmart, Coca Cola et autres. Mais les bénéfices  parallèles majeurs sur la corruption demeurèrent illusoires.

Cette année, les US espèrent signer ce que beaucoup considèrent comme le successeur direct du Nafta, le TTIP. Si il obtient le feu vert du Congrès et de la Commission européenne, les accords seront un traité bilatéral entre l’Europe et les USA et, tout comme pour le Nafta avant lui, en dehors des compétences d’une Organisation mondiale du commerce dans l’impasse. Ses supporters dissent qu’il sera une amélioration sur son prédécesseur parce que ces principaux défenseurs sont un Président des Etats-Unis libéral et une Commission européenne qui se considère comme préoccupée par les travailleurs et les consommateurs.  Pourquoi, demande la Commission  28 états-membres  relativement influents, ayant des inquiétudes à l’égard du haut taux de chômage, de l’aide sociale et du changement climatique se mettraient-ils d’accord pour mettre en cause les droits des travailleurs, attaquer les services publiques ou réduire les réglementations environnementales ?  Le TTIP est aussi conçu comme un accord entre égaux qui autorisera les deux parties à promouvoir le commerce : il est dit que le salaire de base de la Grande-Bretagne pourrait augmenter de 4 à 1O livres par an, ou jusqu’à 100 livres sur dix ans.  Montant correspondant à 0.3 % d’augmentation du PIB, qui aurait fait passer la croissance attendue pour cette année de 2.4% à 2.7%.

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Une manifestation anti-TTIP à Berlin cette année.  Photographe : Wolfram Steinberg/EPA

Mais cela déclenche des peurs dans de nombreux cœurs, qui croient qu’il s’agit là d’un cheval de Troie pour les entreprises rapaces.  Celles-ci, voulant à tout prix faire baisser les coûts afin d’augmenter la valeur des actions, seront la fin des états providence confortables et de leur capacité à protéger les industries débutantes ou, dans le cas de l’acier et du charbon,  précipitant les industries dans la dure réalité de la compétition ouverte. Le TTIP a été comparé à l’abolition de la Loi sur le blé de 1846, qui a ou bien balayé les tarifs protectionnistes et appauvri des millions de travailleurs ou protégé une source vitale de nourriture et amené Karl Marx à demander :  « Qu’est ce que le libre-échange dans une société qui présente ces conditions ? » et sa réponse fût : « C’est la liberté qu’a le capitalisme d’écraser les travailleurs. » Est-ce le cas pour le TTIP ?

Ci-dessous cinq éléments fondamentaux à prendre en considération :

Santé et services publics

Á partir du moment où le TTIP est devenu part de la stratégie de croissance économique du Président Obama, les critiques ont craint  qu’il n’ait pas bien réalisé pas la volonté d’expansion des compagnies de services de santé ou qu’il ait été trop distrait pour y prendre garde. Les inquiétudes sont liées à la perspective des pays de l’EU, sous la pression de l’augmentation du coût des soins, offrant des parties majeures des clauses de santé au secteur privé. Une fois les services de santé aux mains du secteur privé, disent les critiques, les règles de fonctionnement du TTIP les empêcheront d’être remises sous le contrôle de l’état.  Depuis que ces craintes ont été formulées, les négociateurs du traité ont exclu les clauses qui auraient permis aux firmes de poursuivre les gouvernements pour la perte des contrats de services de soins et de santé à leur expiration.  Ceci permet au système de franchise du rail en Grande Bretagne ainsi que la sous-traitance des services de santé de se poursuivre  dans le cadre de contrats à durée limitées.

Mais l’industrie médico-pharmaceutique américaine, qui est la plus grosse au monde, regarde les luttes européennes pour  négocier avec les besoins d’une génération de baby-boomers  vieillissante comme mûres pour la cueillette. Pour cette seule raison, la sous-traitance de la distribution des médicaments, la fourniture d’équipements médicaux et l’offre de services de soins pourrait se révéler irrésistible.

Résolution des différends.

Une facette peu connue de tous les accords commerciaux est la forme séparée d’arbitrage commercial couverte par un accord, permettant ainsi d’éviter les cours civiles. En tant que tel le investor-state dispute settlement (ISDS) donne aux investisseurs étrangers le pouvoir de poursuivre les gouvernements qui introduiraient des législations pouvant nuire à leurs investissements. Cela a été fameusement utilisé par les compagnies du tabac pour poursuivre le gouvernement australien lorsqu’il a introduit l’emballage neutre des cigarettes. Avant et après le scandale, d’autres gouvernements ont été provoqués légalement par les entreprises préoccupées par des réformes qui leur retiraient des sources de revenus.

Au printemps 2014, le représentant des Nations unies et avocat des droits humains Alfred de Zayas  a appelé à un moratoire sur les négociations du TTIP jusqu’à ce que l’ISDS soit exclu. Il a averti que les tribunaux des cours secrètes  sensées légiférer étaient considérés  comme antidémocratique.  Leur usage d’un petit groupe de juristes spécialisés  signifie également que les arbitres présents pour le jugement sont les mêmes que ceux qui, à d’autres moments représentent les entreprises clientes.

De Zayas craint que les plus petits états ne se trouvent dans la même position que de nombreux gouvernements dans les différends commerciaux, victimes de contraintes légales énormes  et de longs délais pour les réformes de politique publique. Il est rejoint dans sa mission par des ONGs et , plus important, par des Parlementaires de Strasbourg. Comme première concession, les USA se sont mis d’accord pour que les compagnies écrans – celles qui existent uniquement par leur nom sans employés ou activité- n’ait pas le droit de poursuivre un gouvernement. Ceci afin d’éviter la réplique de l’incident australien quand le bras ukrainien de la firme de tabac Philip Morris, effectivement compagnie écran, a conduit les attaques contre l’emballage neutre.

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 La Commissaire européenne  Cecilia Malmström a proposé la création d’une cour internationale d’arbitrage des différends d’investisseurs.  Photographie : Emmanuel Dunand/Getty

De nombreux politiciens de l’Union européenne disent que cette concession était trop facile à détourner, laissant aux trusts dans une position puissante. Le négociateur en chef de l’Europe, la Commissaire suédoise Cecilia Malmström, a donc mis au point un schéma de cour internationale d’arbitrage – un forum ouvert publiquement à la place de la cour privée.  Même ses critiques ont dit que c’était un changement audacieux et qu’il allait probablement être inacceptable pour les Américains.

Washington  a répondu par une proposition d’une cour ISDS plus transparente, avec des sessions  filmées et la publication de tous les documents. Pas assez, a dit Zayas, qui a écrit récemment : « Hélas, des publications innombrables d’ISDS ont montré un biais favorable à  l’industrie qui choque les consciences. Dans la mesure où les procédures ne sont pas transparentes, les arbitres ne sont pas toujours indépendants et l’annulation de la procédure est pratiquement inutile, L’ISDS devrait être aboli  comme incompatible avec l’article 14(1) de l ‘ICCPR [International Covenant on Civil and Political Rights] qui exige que toute poursuite pénale soit décidée par des tribunaux indépendants et compétents selon l’état de droit.  Les deux parties ont encore à discuter officiellement chacune des propositions : dans le cadre des pourparlers entre les US et le Japon, et l’UE et le Canada, cette question avait à peine été mentionnée, mais elle est supposée maintenant être la plus litigieuse. »

Régulations

Michael Froman, le négociateur en chef des US, a décrit la tâche d’harmonisation des régulations comme suit : «Pendant des années les US et l’UE ont accepté leurs propres inspections des avions parce qu’il était évident qu’ils ne pourraient pas contrôler chaque avion dans leur juridiction. Nous cherchons à étendre cette pratique à d’autres domaines.»

Donc, comment Froman pourra-t-il appliquer ceci au fait que les voitures américaines seront encore équipées d’une conduite à gauche, limitant leur usage sur les routes britanniques ?

Il argumente que le coût des voitures importées, le développement et les tests peuvent malgré tout bénéficier d’une régulation harmonisée de chaque côté de l’Atlantique.  Cependant il n’y a rien que les régulateurs de l’alimentation outre-Atlantique apprécieraient moins que d’accepter que la nourriture conditionnée soit testée par des  représentants officiels de l’EU ayant échoués à identifier le scandale de la viande de cheval.   Et les régulateurs européens  ont le devoir de rejeter les aliments contenant des OGMs après des manifestations prolongées organisées par les consommateurs dans un conflit direct avec les agriculteurs US.  Washington affirme qu’elle acceptera la science quand elle s’applique aux régulations qui supportent les aliments GM acceptés par l’UE en tant que partie du TTIP, tout comme ils font partie des accords de la WTO ( Organisation mondiale du commerce).

Tarifs

Se passer de tarifs semble un processus simple compare au fait de s’attaquer à des régulations complexes. Avec le TTIP, les tarifs des marchandises et des services vont disparaître, bien qu’il soit envisagé que certains soient seulement réduits  et que d’autres mettent des années à suivre le cour de l’histoire..

Sous le Trans Pacific Partnership (TPP) récemment signé mais pas encore mis en œuvre, entre les US, le Japon, l’Australie, le Vietnam et d’autres pays de l’est asiatique, tous les produits, du porc aux véhicules, sont couverts.

Un bon exemple du temps nécessaire aux tarifs pour baisser est celui de la taxe appliqués aux véhicules japonais vendus aux US, s’élevant à 2,5%  : elle sera d’abord progressivement baissée 15 ans après que les accords aient pris effet, réduite de moitié dans 20 ans et éliminée dans 25 ans. En échange, le Japon devra, parmi d’autres choses, baisser ses tarifs sur la viande de boeuf importée  de 38.5% à 9% sur 16 ans. Un programme identique pourrait être possible avec le TTIP, avec les tarifs de l’huile d’olive baissés sur 25 ans.

Code du travail et droits des travailleurs

Les syndicats japonais ont supporté les transactions du TTP et on attend que les syndicats européens suivent le TTIP. Ils acceptent que les règles du travail soient laissées en dehors d’un accord et que leurs gouvernements puisse donc continuer  à mettre en œuvre  la législation sur le salaire minimum et d’autres mesures  de soutien sans être sanctionnés.

Mais les syndicats, où ils existent, tendent à représenter les travailleurs dans les industries prospères,  qui accueillent favorablement l’accès à de plus larges marchés. Les travailleurs de zones plus faibles de l’économie pourraient voir mis sous pression leurs emplois pour l’harmonisation des régulations, les tarifs plus bas ou simplement l’exposition à des rivaux US  dont l’éthique professionnelle dénie aux employés plus de deux semaines de congés par an.  Le TTIP est important pour le gouvernement  britannique parce que les US sont le deuxième marché pour les biens de consommation et les services après l’UE. Il est considéré comme particulièrement important pour les petites et moyennes industries, qui apprécient l’absence de barrière langagière. La grand Bretagne a aussi un surplus commercial avec les US : nous exportons plus que nous importons, ce qui aide à contrebalancer l’énorme déficit commercial du pays.   L’élan est tel derrière les pourparlers  qu’un accord pourrait être conclu à la fin de l’année et être soumis au Congrès et au Parlement européen en 2017. Mais le conflit à propos de l’ISDS et les protestations de agriculteurs pourraient  annuler les espoirs d’Obama sur les vents d’huile d’olive.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

Selon Exxon, (oui, Exxon !) L’inaction risque de faire basculer les températures bien au-delà du seuil des 2°C

Selon Exxon, (oui, Exxon !) L’inaction risque de faire basculer les températures bien au-delà du seuil des 2°C 

 

Les grandes dents se retournent en tous sens, certains , comme Adidas ou Puma deviennent des avocats des énergies renouvelables et font la leçon aux gouvernements afin de durcir les objectifs des 1°5 C, d’autres comme le duo Koch, continuent à déployer tous les moyens médiatiques en leur possession pour amener les foules à douter de la réalité pourtant indubitable,  et enfin, au sommet de la félonie Exxon, un des plus gros dévoreurs d’hydrocarbure au monde après avoir passé des dizaines d’années sachant que des situations irréversibles étaient engendrées par les forages et la prédation sans perspectives à long terme, confie à ses  “experts” le soin d’alerter les autorités quant à un basculement dans la catastrophe d’un réchauffement galopant. Il faudra bien créer un jour ce tribunal de La Haye des écocides, il faudra un jour que ces manipulateurs d’apocalypse rendent des comptes et que ces comptes ne soient pas que ceux de leurs gains et de leurs pertes. Il faudra que, comme pour la mise en place du tribunal chargé de juger Monsanto, le Politique retrouve la force et le soubassement éthique de la recherche du bien commun qui est sa nature et qu’il s’extrait de la fusion mortifère qui le fait s’engloutir dans l’économique. Que ce Politique, au nom des espèces détruites, juge enfin les exactions de cette culture du profit qui, les preuves abondent, n’est, pour la planète et pour elle-même, tout simplement pas vivable.

Comme le géant des hydrocarbures avertit que les températures mondiales pourraient s’élever jusqu’à plus de 7°, à Paris les militants poussent pour des objectifs climatiques encore plus forts.

Par : Nadia Prupis, staff writer

Exxon

Non Aux Hydrocarbures (“Non-hydrocarbon”). (Photo: Mike Gifford/flickr/cc)

Clignez des yeux ou vous le manquerez, mais une ligne dans une interview récente du Washington Post avec les experts du géant des hydrocarbures ExxonMobil  à propos du changement climatique présente d’une façon très cavalière un avenir cauchemardesque, désespéré si les leaders mondiaux n’agissent pas vite —un avenir qui se centre autour d’un accroissement possible de 7° Celsius ou plus.

« Sans action gouvernementale, nous ont dit les experts d’Exxon pendant une visite au Post la semaine dernière, les températures moyennes risquent d’augmenter catastrophiquement (mes mots, pas les leurs) de 5° Celsius avec des montées de 6, voire 7° encore plus envisageables. » écrit dans son éditorial Fred Hiatt dans un article intitulé « Si même ExxonMobil dit que le changement climatique est réel. Donc pourquoi pas le GOP ? »

Les scientifiques nous ont avertis depuis longtemps que permettre une montée de la température de deux degrés ou plus entrainerait des changements climatiques irréparables et des événements météorologiques extrêmes.  Les chefs d’état sont rassemblés à paris pour négocier un agrément climatique global afin de limiter le réchauffement avant que la planète ne heurte ce seuil. Les groupes de terrain défendant la justice climatique appelant pour un objectif encore plus serré de 1,5 °C. Mais une secte d’opposition du Parti républicain a menacé de faire obstacle à tout projet de loi qui viendrait de Paris—ce qui pourrait faire dérailler tout progrès accompli pendant les pourparlers de la COP 21.

Comme l’explique le Prix Nobel d’économie Paul Krugman dans un article publié la semaine dernière dans le New York Times :

« Les futurs historiens—si il y a des futures historiens—diront certainement que la chose la plus important à s’être produite dans le monde en décembre 2015 était les pourparlers sur le climat de Paris. Vrai, rien de ce qui sera l’objet d’un accord à Paris ne suffira, en soi, pour résoudre les problèmes du réchauffement climatique. Mais ces pourparlers sont un moment décisif, le début d’une sorte d’action internationale nécessaire afin de prévenir la catastrophe.  Mais encore une fois, il est possible qu’ils ne le soient pas. Nous pouvons être maudits. Et si nous le sommes, vous savez qui sera responsable : le Parti républicain » écrit Krugman, « Nous voyons un Parti qui a tourné le dos à la science à un moment où le faire met en danger l’avenir même de la civilisation ».

Cet obscurantisme politique pose un autre challenge aux représentants COP 21 américains, qui s’est déjà montré particulièrement chicanier lors des discussions préliminaires cette année à Bonn en Allemagne, critiqué par les nations développées pour ses tentatives pour échapper à ses obligations financières  face aux communautés en premières lignes luttant déjà contre les impacts du changement climatiques. Mais Krugman fait également ce rapport dans Politics and Policy, un journal de sciences politiques publié en Août : “ Les Parti républicain américain est une anomalie dans son déni des origines anthropogéniques du changement climatique », But Krugman also points to an article published in August in Politics & Policy, a political science journal, that states, “The U.S. Republican Party is an anomaly in denying anthropogenic climate change.”

Ceci dessine un futur incertain pour tout accord émergeant des négociations. Cependant, comme Mark Hertsgaard, le correspondant pour l’environnement de The Nation l’écrit dans un article parut lundi, des espoirs nouveaux se font jour au sein des organisations opérant en parallèle de Paris.

Hertsgaard écrit :

L’accord final que les gouvernements espèrent signer avant la fin de la semaine peut pousser à limiter l’élévation de la température à 1°5 Celsius. Ce serait une avancée importante par rapport aux actuels 2°C ainsi qu’une victoire historique et surprenante pour les pays en voie de développement les plus vulnérables. Leurs représentants, rejoints par les activiste de la justice climatique, critiquent depuis longtemps l’objectif des 2° comme une peine de mort virtuelle pour les gens par millions qui souffrent déjà de la montée des eaux, des sécheresses de plus en plus dures et d’autres impacts provoqués par les 1° déjà enregistrés.

Préalablement refuse par la plupart des pays riche comme économiquement irréaliste, l’objectif des 1°5C ré-émerge à Paris à cause de la confluence de divers facteurs : lea reconnaissance par de nombreux pays riches que même 2° amèneraient des changements ruineux dans les modes alimentaires et d’autres systèmes vitaux, une posture diplomatique plus unifiée de la part des 100 nations les plus pauvres et les plus démunies, supportant l’objectif des 1°5C et des pressions ininterrompues de la société civile.

Le Président français, François Hollande et le Ministre allemand de l’environnement et secrétaire d’état Jochen Flasbarth ont tous deux exprimés leur appui au but des 1°5C la semaine dernière et notablement, reconnu  que c’était les campagnes environnementales qui avaient conduit le monde à ce point.

« Nous ne pouvons accepter que les pays les plus pauvres, ceux qui ne produisent des gaz à effet de serre qu’en quantité limitée soint les plus vulnérables.» a dit Hollande, « c’est donc au nom de la justice climatique que nous nous devons d’agir ».

Flasbarth a confirmé que l’objectif des 1°5C était la position officielle de l’Allemagne et que cet objectif « doit être mentionné »

« C’est pourquoi l’objectif des 1°5C est maintenant accepté par la nation d’accueil du sommet et par les économies les plus fortes ‘Europe » a écrit Hert.

 

Le Guardian rapporte dans l’après-midi de lundi dernier que les USA, la Chine et l’Union européenne —  les plus gros pollueurs —,  étaient « ouverts »  à l’objectif des 1°5C et « travaillaient avec d’autres pays à le faire figurer explicitement »  selon le représentant du Secrétariat d’état Todd Stern. Mais cette annonce a reçu un accueil assez tiède des associations de défense du climat et des délégués des pays en développement les plus importants qui dirent que ce n’était qu’une nouvelle tentative des nations les plus riches pour détourner les obligations de réduire leurs émissions.

« Pourquoi pas 1°, pourquoi 1.5°»  dit Ashok Lavasa, le négociateur principal de l’Inde, «Quand nous parlons de but, nous parlons aussi de budget carbone. Nous avons besoin d’envisager l’espace de développement disponible et en conséquence, ceux qui sont impatients de la maintenir au-dessous de 2° devraient travailler afin de maintenir l’espace carbone de façon à ce qu’il ne compromette pas les besoins de pays en voie de développement. »

 

Erich Pica, directeur du groupe climat des Amis de la terre ajoute, «Les USA et l’Europe adoptent l’idée adoptent l’idée des 1.5° comme une cible de négociation mais ils maintiennent floues les lignes de ce qui doit se passer pour que cette équation des 1.5° soit un partage juste et honnête. »

Pendant ce temps, l’éditorial du Post pose une autre question à la lumière des investigations qui ont récemment exposé le rôle du géant des hydrocarbures Exxon dans son occultation des rapports des sciences du climat pendant des décennies : qu’est-ce que Exxon sait d’autre ?

Ce travail est sous licence de Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 License

 

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

La signification du Vendredi noir [Black Friday]

Les ondes de choc qui traversent sans discontinuer l’océan Atlantique et viennent laver en profondeur notre culture européenne, son histoire et sa multiplicité ne sont pas celles d’une nation mais celles d’un système, la parole des USA est devenue celle de la globalisation du marché et avec elle, celle de la lente absorption de toutes les spécificités subjectives, sociales, géographiques, nationales ou régionales dans un modèle unique, celui du consommateur.  Comme signe de plus en plus aveuglant de cet effacement progressif, il n’est que de constater avec stupeur comment les idiomes nord-américains envahissent peu à peu la langue dans les médias et en contre-coup dans les vies quotidiennes pour se rendre compte comme l’attaque est forte et d’autant plus irréversible qu’elle est accueillie avec bonheur : c’est cela, le véritable impérialisme. L’art de mêler savamment les armes et leur force à l’ingestion en douceur des critères culturels et de leurs codes. Il est une partie de l’histoire américaine, celle du Vendredi noir, Black Friday, qui comme Halloween  a débarqué dans nos vies sans que la plupart d’entre nous sache de quoi ils parlaient. Avec le vernis sans son histoire, et la détérioration des ancrages identitaires qui accompagne ce nivellement.  Il est donc nécessaire de remettre cet événement, en soi uniquement commercial, dans son contexte et de prêter attention à ce qu’un auteur nord-américain, Guy Rundle peut nous en dire. Non comme un nouvel objet de convoitise mais comme la marque indissoluble d’une décadence vertigineuse. E.G

 

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Le cite abandonné de Rolling Acres le 1 Avril 2014. Rolling Acres  était un centre commercial situé dans la région de Rolling Acres d’Akron, Ohio.  Construit en in 1975, il a été fermé en 2008. Il est sur le point d’être détruit à n’importe quel moment maintenant. (Seph Lawless)

« The meaning of Black Friday»

La signification du Vendredi noir

Quand le Vendredi noir dévore Thanksgiving, le capitalisme consomme l’un de ses mythes les plus consistants. 

Par Guy Rundle 

Le Vendredi noir a commencé par un accident de la circulation.  Ou une série d’accidents. À Philadelphie au début des années 1960, la police a noté que les deux jours après Thanksgiving se caractérisaient par un trafic intense, et, dans la période pré-Nader °, caractérisée par la dangerosité des voyages, par un plus grand carnage sur la route qu’à l’habitude.

 

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La relation entre le trafic plus intense et les ventes du centre ville avait été observée plus tôt et les marchands étaient mécontents que ce nom maudit soit associé avec l’un des jours de vente les plus lucratifs. Nul doute que ce soit arrivé ailleurs également mais les affaires de Philadelphie avaient  Abe Rosen comme représentant à la municipalité.  Gourou national du Parti républicain,  Rosen suggéra que la ville renomme les deux jours après Thanksgiving «  Le Gros vendredi » et «  Le Gros samedi ». La brutale amplification marcha, mais pas comme prévu. «  Le gros Samedi » disparut, « Le gros Vendredi» fut gardé mais en reprenant simplement son ancienne désignation de «  Vendredi noir ». Le catégoriser comme un événement a attiré l’attention sur lui et  le Philadelphia Inquirer  l’encensa.  Dans les années 80, le nom avait commencé à se répandre dans tout le pays.

Que ce « Gros Vendredi » redevienne «  Vendredi noir » était inévitable. Les jours noirs ont une histoire aussi longue que le calendrier et sont liés à de nombreux événements, mais ils ont un attribut commun :  revirement, subversion, sabotage. Dans la modernité, ils se sont attachés à des cracks financiers, des catastrophes naturelles, du terrorisme et des défaites militaires. Dans le calendrier romain, « le  jour de la lettre noire » était marqué au charbon sur le calendrier mural et attendu avec circonspection.

Plus pertinemment pendant l’ère chrétienne, ces jours étaient marqués par l’idée de « messe noire » appliquée initialement par l’église officielle aux sectes gnostiques qui incluaient des rituels sexuels dans leurs célébrations. Mais pendant l’époque médiévale, les « messes noires»  faisaient aussi référence à une parodie des services ecclésiastiques,  tenue pendant les jours de foire et lors du Mois des fous, quand les paroissiens organisaient des messes comiques après les longues souffrances de l’hiver,  portant des chapeaux grotesques et récitant l’eucharistie avec des cris d’animaux de basse-cour.  L’Église  tolérait le Mois des fous et les autres manifestations comme une valve de décompression nécessaire, peut-être avec quelque conscience de l’oppression de sa théologie officielle. N’importe quel « Noir », à cet égard, est un signe à l’incomplétude de tout système de croyance à son incapacité à cartographier l’ensemble de l’expérience humaine  —  sa matérialité, sa saleté, sa vénalité.

Il était donc inévitable que le « Gros vendredi » se change en « Vendredi noir » qui est constitutionnellement recouvert de péché.  Avant qu’il ne colle aux années 80, il avait acquis une nouvelle signification qui allait le cimenter. C’était soi-disant le jour où les détaillants «  allaient dans le noir »¹ —faisaient un profit — et où le shopping acquérait donc une dimension civique et patriotique. Ceci ne résista pas non plus. Comme le jour grossissait, durant les années 1990 et 2000, avec des réductions de prix toujours plus folles, des foules toujours plus énormes et exubérantes et des actes de consumérisme toujours plus gigantesques, le caractère de ce jour comme jour de désordre revint.  Comme tous les aspects de la consommation américaine des années 2000, il acquit un aspect surréaliste.  La quantité d’objets amassée  et emportée était si importante, les grandes surfaces si immenses, les voitures si gigantesques que le spectacle était presque devenu une parodie de consommation. C’était une sorte de potlash²  à l’envers,  le quelque peu mythique rituel de destruction d’objets décrit par les anthropologues dans différentes cérémonies amérindiennes du Nord-Ouest Pacifique. Dans de telles cérémonies, les armes, les outils et même les canoës étaient détruits en tant que tribut et compétition mais aussi comme libération de ces objets eux-mêmes et de l’énergie séquestrée en eux.

Le but social de telles activités— dans le Nord-Ouest Pacifique très  riche— semble de prévenir l’accumulation de surplus, qui fausserait les relations réciproques. L’effet secondaire était une libération dionysiaque, l’énergie retournant à l’énergie, le moment présent réaffirmé. Nous ne sommes pas ce que nous avons fabriqué, nous sommes ce que nous faisons.

Pendant son ére héroïque, de 1980 à 2008, le  « Vendredi noir » eut une empreinte paradoxale. C’était une accumulation d’objets mais aussi une dissipation d’énergie, une rupture des structures rigides. Cette structure était, bien sûr, Thanksgiving elle-même, qui a perdu depuis longtemps son aspect festif pour devenir une occasion obligée bourrée d’anxiété et de convivialité forcée.

Dans sa forme originale, Thanksgiving  combinait les excès dionysiaques— la joie de manger de la vraie viande ! — avec les agapes de l’amour collectif. Au cours des années 1970, la consommation de viande n’était pas une possibilité quotidienne pour de nombreux membres de la classe moyenne ou d’origine modeste, des revenus limités restaient associés  à de faibles apports caloriques. Le jour férié gardait son association pré-moderne de luxe et d’indulgence. Ce n’est pas une coïncidence si l’image iconique de Thanksgiving, la toile de 1943 de Norman Rockwell  « Libérés du manque » Freedom from Want est dédié à l’abondance et fait partie de la série des « Quatre libertés ».

 

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By Source (WP:NFCC#4). Licensed under Fair use via Wikipedia –

La dinde sur la photo semble moyenne à nos yeux mais elle était étonnamment grosse pour l’époque, quand on n’administrait pas d’antibiotiques à la volaille.  Plus encore, la  « liberté »  que Rockwell commémore n’a rien à voir avec les libertés  «négatives»  endémiques de la tradition américaine. Il s’agissait d’une des deux « Libertés positives»  ( avec la libération de la peur)  que le Président Franklin Delano Roosvelt a passé en fraude dans le patriotisme, à partir de la tradition socialiste européenne.

Dans sa forme originale, Thanksgiving  s’est approprié le sacrement chrétien et l’a fait régresser d’un degré, vers ses racines païennes  de célébration des moissons. L’état de bien-être rare provenant de la quantité adéquate de protéine et de glucides pouvait submerger n’importe quelle irritation ressentie les uns à l’égard des autres par les pèlerins. Cette satiété inaccoutumée liait des individus qui dans d’autres circonstances passaient beaucoup de temps à se maudire. (et à massacrer des amérindiens) .

Ceci évidemment n’est plus d’actualité. Depuis presque un demi-siècle, Thanksgiving se produit dans une société où la nourriture pour de nombreux américains n’est pas seulement plus rare, mais en excès constant. Pour nombre d’entre eux, la plupart de la vie consiste à éviter la nourriture  — à résister à son intrusion dans toutes les zones de l’existence, à son habileté à attacher à des formes multiples de désir.

La relation à la nourriture caractérise la classe. Dans les représentations populaires, la classe montante est définie par sa capacité à résister à la nourriture, sa force morale puritaine. Une classe ouvrière de plus en plus nombreuse est définie par le fait qu’elle s’y abandonne joyeusement. Des cultures régionales entières — celle du sud du delta du Mississipi par exemple— se sont même caractérisées à travers elle. On peut voir cette expression dans l’ultime arbitrage de la classe américaine, les séries télévisées, où les exemples de la classe moyenne sont représentés par des individus minces, alors que celles destinées à un public plus large — Le roi du Queens, Mike and Molly — placent l’obésité au centre de leur vie quotidienne.

Thanksgiving consiste maintenant à faire ce que la plupart des individus essaient de ne pas faire à longueur de temps— manger systématiquement trop— avec de la famille avec laquelle on souhaite, ou non, passer du temps.

Dans sa formule originale, c’était dionysiaque,  une fête de la nourriture qu’il aurait été bon de stocker mais au diable ! C’était à sa façon, une sorte de Mercredi noir, quand les maigres réserves étaient consommées imprudemment dans l’excès. La célébration était un jeu sans gagnant, puisque des mets supplémentaires signifiaient des privations plus tard.  Maintenant, pour beaucoup dans le monde du néo-capitalisme, il n’y a pas de privation.

Aussi en réponse au devoir — à l’abandon présumé déguisé en devoir — le Vendredi noir est développé comme une alternative rusée. Cette activité est, de par sa nature même, aussi anti-Thanksgiving qu’on puisse l’être.  Thanksgiving est, après tout, une célébration assujettie sinon abjecte, dans laquelle chacun reconnaît sa soumission aux caprices d’un dieu distant. Son rôle est en partie de contrebalancer Noël et la coutume de donner des cadeaux aux enfants, dans laquelle est célébrée l’absence de réciprocité : l’enfant reçoit des présents sans aucune attente d’action réciproque de sa part. Le rôle de l’enfant est simplement d’être. En tant qu’adultes c’est de ça que nous tirons notre joie, un Noël sans enfant est sans valeur et triste. À cet égard, le Vendredi noir a un aspect mutant. Il a pris la corne d’abondance de Noël et l’a appliquée aux adultes. Il est ou était, une libération du devoir de remerciement, dans un jour  de désirs infantilisés. Tout à propos du Vendredi noir dans sa phase extrême a acquis une signification rituelle : le chemin vers la grande surface,  les alignements dans les files d’attente sous la neige, les bagarres à coups de poing, les équipes de journalistes locales présentent pour les bagarres, la ruée à l’ouverture des portes, la collecte, la perte d’équilibre sous le poids d’un écran plasma de 180 cm.  La réelle utilité de l’objet fonctionne vraiment comme un Mac Guffin³ pour la seule activité de l’acquérir. Quelle amélioration possible  dans la vision d’un écran 180 cm pourrait dépasser le pur plaisir de l’avoir acquis  avec une telle remise ? Vous participez à la cérémonie dionysiaque mais ensuite toute la merde colle tout autour,  engorgeant votre maison. Les participants au Vendredi noir, si ils avaient la moindre raison, achèteraient la marchandise, quitteraient le magasin et la jetteraient tout de suite dans les poubelles  qui les attendent. Ils ne s’en sentiraient jamais mieux dans toute leur vie adulte.

 

Black Friday Kicks Off Start To U.S. Holiday Shopping

Clients se battant pour des jeux vidéos à Wal-Mart Stores à Mentor, Ohio, U.S., on  24 Nov 2011. Photographer: Daniel Acker/Bloomberg via Getty Images

 

Depuis deux dizaines d’années,  Thanksgiving et  le Vendredi noir ont subi un ralentissement difficile.  Au cours de ces cinq dernières années, les magasins ont observé les limites du Vendredi noir,  s’accrochant à la limite de 9 heures comme horaire d’ouverture avant d’ouvrir leurs portes. Jusqu’au crash de 2008.09,  cette limite implicite a été observée. Mais ensuite, comme le pays plongeait dans la récession, ces règles commencèrent à se désagréger. Le départ du Vendredi noir se fit de plus en plus tôt,  comme les Grosses boîtes (Big box) °° essayaient de rentrer en compétition pour s’arracher les rares clients et contre les achats en ligne, qui pouvaient offrir des réductions à tout moment.  Le commerce en ligne a dissous le lien commercial de l’espace et du temps. Des vagues de rabais peuvent être offertes sur des catégories particulières de marchandises, adaptées à des algorithmes spéciaux  et une affaire peut se faire sur Iphone, dans un échange de deux minutes, pendant qu’on attend que la pizza dore correctement.  Les affaires en ligne dé-fétichisent la consommation et transforment les magasins en dépôts de marchandises. Peu importe combien de détaillants essaient de répliquer en ligne le rituel fétichiste des achats réels, ils ne peuvent pas, et l’achat en ligne commence à remettre la consommation des biens de consommation durable sur un mode plus rationnel.  Le relatif  rétrécissement des circuits de consommation  — qui siége aux racines de l’absence de reprise économique actuelle —semble être en partie un résultat de la virtualisation du commerce. Les techniques au centre de ce sur quoi les détaillants  s’appuyaient au siècle dernier, comme « l’effet paradis »— la sensation d’une abondance débordante dans les magasins—ainsi que le « Transfer de Gruen °¹ [Gruen transfer]   —la désorientation qui se produit lorsqu’on pénètre dans un hall  — ne s’applique plus. Les gens sont moins susceptibles d’acheter du  bric-à-brac dont ils n’ont pas l’usage. Le crash de 2007.08 vit l’effondrement de nombreuses chaînes mais les plus significatives furent Brookstone et The Sharper Image,  des vendeurs de tout — de quoi ? Personne ne le savait même lorsqu’il quittait le magasin en ayant fait un achat. Les Sharper Image, une sorte de lieu de stockage de choses diverses et sans fonction, fut fondé dans les années 70, la quintescence de leur produit, la montre pour joggeurs, a complètement disparu. Avec eux s’en allèrent Borders, Circuit City et beaucoup d’autres. Des dizaines de chaînes sont en train d’attendre l’inévitable choc, une autre récession, ou un nouveau réajustement. Pendant ce temps, les négociants en ligne continuent de vendre à perte. Amazon, ayant détruit la vente au détail physique  en tant qu’entreprise de profits est encore en attente des siens.

C’est pourquoi les dégâts en ce moment sont doubles. Les Big box et les chaînes de distribution, dans leurs essais désespérés pour maintenir la vente géographique ont étendu le Vendredi noir à Thanksgiving. Finalement ils l’ont poussé jusqu’à mercredi, dans une tentative absurde de prétendre qu’ils ne ses sont pas noyés tout à fait.

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Le cite abandonné de Rolling Acres le 1 Avril 2014. Rolling Acres  était un centre commercial situé dans la région de Rolling Acres d’Akron, Ohio.  Construit en in 1975, il a été fermé en 2008. Il est sur le point d’être détruit à n’importe quel moment maintenant. (Seph Lawless)

À partir de 2011, des magasins comme Target et Macy’s commencèrent à ouvrir à minuit plus une seconde, observant techniquement la sanctification de Thanksgiving, mais la traduisant  avec une obéissance pragmatique. L’année suivante  le Rubicon était traversé. Walmart et d’autres commencèrent à ouvrir à 20 heures le jour de Thanksgiving dans des états où cela était permis. Cette année, Radio Shack,  cet étrange cœlacanthe  survivant du détail électronique annonçait qu’ils ouvriraient à 8 heures le jour de Thanksgiving.  Le Vendredi noir a consumé le jeudi blanc. Les vacances ont été abolies— pas seulement pour le personnel mécontent obligé de venir dans des magasins à moitié vides pendant des congés où les familles se rassemblent, mais pour tout le monde. C’est là tout le point du sacré et du profane, de l’asymétrie entre eux et de la façon dont une culture en rajoute. Pour rester sacré, une limite culturelle doit être respectée par tous. La dévaloriser vers le profane, vers la fange, la saleté, les excréments et les déchets demande une seule corruption.  Et pour créer la transition de la culture à l’accumulation, il suffit d’un individu faisant des réserves en gardant sa hache ou son canoë   hors du potlatch pour que tout le système culturel soit retourné et que la réciprocité soit dissoute.

Le Vendredi noir eut son heure de gloire dans la dernière période du consumérisme de l’Occident, quand l’économie courait effectivement à l’envers —quand un circuit de consommation  toujours en excroissance tenait en vie un circuit de production toujours en régression.  La re-spacialisation finale de la vie américaine— la ruée désespérée vers l’or des constructions d’hypermarchés et de l’urbanisation des grandes couronnes  — eu son pic parabolique,  son moment fort en point zéro.

Centrecommercial.mort.com, [deadmall.com] cet amas de ventes en décomposition démarra dans les années 1990, et était loin d’être achevé dans le milieu des années 2000, après que 20 % des centres commerciaux des USA aient rencontré leur fin.  Beaucoup d’entre eux sont démolis ou devenus de nouveaux «  centres  urbains ». Ils meurent aussi, maintenant, si qui que ce soit peut encore se préoccuper de cataloguer un nouveau round d’échec commercial.  Plus vraisemblablement, le lustre sera parti.

Le premier round des centre commerciaux morts fut spectaculaire : vastes espaces conçus pour le commerce pourrissant à l’air libre. Quelques-uns sont restés, comme le White flint de Washington DC, un centre commercial presque mort où ne restent que deux magasins mais avec l’espace entier toujours ouvert, les escalators continuant à bourdonner  et les lumières allumées.  Je conseillerai à tous d’aller y faire un tour, avant que les boulets de démolition viennent finalement l’écraser.

Ce n’est pas pour rien que la série de grandes photographies des grandes surfaces abandonnées est appelée Vendredi noir.  Le deuxième round sera juste triste.

Pendant les deux dernières années, l’intrication du Vendredi noir et de Thanksgiving est venue à l’attention d’une culture plus étendue. Pendant des années, les travailleurs ont protesté contre les exigences des affairistes qu’ils servent pendant ce qui est un congé pour les autres. Mais depuis la rébellion de Shays   et avant, l’idée américaine de célébration universelle et de citoyenneté n’a jamais inclus la dépossession, aussi leurs réclamations sont-elles restées sans écho.  Ce n’est que lorsque l’intrication du Vendredi noir dans Thanksgiving devint absurde, une farce, que les médias grand public commencèrent à se poser et à prendre note. Le fait que cela puisse tout bonnement se produire  — qu’un événement commercial puisse complètement recouvrir un congé collectif qui représente les racines mêmes de notre identité nationale — est une mesure de l’état de décomposition et de compromission atteint par cette identité.

 

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Le cite abandonné de Rolling Acres le 1 Avril 2014. Rolling Acres  était un centre commercial situé dans la région de Rolling Acres d’Akron, Ohio.  Construit en in 1975, il a été fermé en 2008. Il est sur le point d’être détruit à n’importe quel moment maintenant. (Seph Lawless)

On n’attend plus que les conservateurs, centrés autour  National Review,  objectent à cette réduction des racines culturelles  de la vie américaine mais  les iconoclastes paléo-conservateurs  de l’American Conservative  ne peuvent pas trouver en leur sein la manière de faire une déclaration claire pour protester contre la cannibalisation de la tradition par le néo-capitalisme.  Ils ne peuvent pas admettre ce qu’ils devront pourtant reconnaître tôt ou tard : que le capitalisme est un processus destructeur, nihiliste qui vit au dépend de son contexte culturel et par conséquent le consume.  Le Vendredi noir  compte sur pour sa signification occulte sur l’inviolabilité première  de Thanksgiving,  qu’il dégrade ensuite. Cette année, avec l’ouverture des portes à 8 heures le jour de Thanksgiving, il a achevé le processus et absorbé l’autre côté de ce qui restait sauf du jour «  saint ».  Comme un accident de la route ça a commencé et comme tel ça finit, un désastre que tout le monde reconnait mais dont personne ne sait quoi faire —paralysé par les contradictions d’un culture dont le système est parti en guerre contre lui-même.

° « Dangereuses quelle que soit la vitesse » : Ralph Nader publie un ouvrage 1965, accusant les fabricants automobiles de résistance à l’introduction de moyens de sécurité, comme les ceintures de sécurité et leur  refus d’investir dans l’amélioration de la sécurité. C’était un ouvrage pionnier, ouvertement polémique mais contenant des références substantielles et concrètes   du monde de l’industrie
¹  Black Friday : 
Fig. sans dette, dans une situation financière équilibrée ( en opposition au rouge)
² Expression amérindienne pour désigner une fête où l’on échange des cadeaux.
 ³ Le MacGuffin est un prétexte au développement d’un scénario. C’est presque toujours un objet matériel et il est généralement mystérieux, sa description est vague et sans importance. Le principe date des débuts du cinéma mais l’expression est associée à Alfred Hitchcock, qui l’a redéfinie, popularisée et mise en pratique dans plusieurs de ses films
°° Big Box stores : Concept américain de vente au plus bas prix en diminuant au maximum les frais de présentation et de stockage
°¹  Dans les plans des centres commerciaux, le  Gruen transfer ( connu également sous le nom de l’effet Gruen) est le moment où les consommateurs entrent dans le centre commercial et, entourés par un agencement intentionellement confus, perdent trace de leurs intentions d’origine. Ce nom vient d’un architecte autrichien Victor Gruen qui désavoua de telles techniques manipulatrices.  

 

Les photographies des centres commerciaux abandonnés figurent dans son nouvel ouvrage «Black Friday» Black Friday: The Collapse of the American Shopping Mall.

 

Traduction : Elisabeth Guerrier

 

 

Le problème de la Grèce n’est pas seulement une tragédie. C’est un mensonge / John Pilger

The problem of Greece is not only a tragedy. It is a lie.

Pilger a été correspondant de guerre au Viêt-nam, au Cambodge, en Égypte, en Inde, au Bangladesh et au Biafra. L’un de ses premiers films, Year Zero (Année Zéro) a attiré l’attention de la communauté internationale sur les violations des droits de l’Homme commises par les Khmers rouges au Cambodge. Pilger a obtenu de nombreux prix de journalisme et d’associations des droits de l’Homme (le Prix Sophie en 2003), dont, deux fois, le prix britannique du Journalist of the Year.

Cet activiste anti-guerre n’a de cesse de rappeler la responsabilité de ceux qui savent, des « intellectuels », aux misères et aux violences du monde : « Briser le mensonge du silence n’est pas une abstraction ésotérique mais une responsabilité urgente qui incombe à ceux qui ont le privilège d’avoir une tribune. »

En outre, John Pilger possède son propre site web où il communique ses idées et ses craintes.

dette grecque euro

Le 13 Juillet 2015

Une trahison historique a consumé la Grèce.  Ayant mis de côté le mandat de l’électorat grec, le gouvernement Syriza a volontairement ignoré la victoire écrasante du Non au référendum et s’est mis d’accord secrètement sur un tas de mesures répressives et d’appauvrissement en échange d’un « renflouement »  qui signifie un contrôle sinistre de l’étranger et un avertissement au monde.

Le Premier Ministre Alexis Tsipras a réussi à faire voter au Parlement une coupe d’au moins 13 milliards d’Euros sur les fonds publics. 4 milliards d’Euros de plus que le projet d’ « austérité » rejeté d’une façon écrasante par le people grec lors du referendum du 5 Juillet.
Cela impliquerait une augmentation de 50% du coût des soins de santé pour les  retraités dont  Presque 40% vivent déjà dans la pauvreté, des coupes importantes dans le secteur des salaires publics, la privatisation complète des équipements publics comme les aéroports, les ports, une augmentation de l’imposition de 30%, appliquée aux îles grecques, où les gens se battent déjà pour survivre.  Il en reste à venir !

« Le parti anti-austérité remporte une victoire écrasante » est le gros titre du Guardian le 25 Janvier. « Des gauchistes radicaux », c’est ainsi que la journal nomme Tsipras et ses camarades bien éduqués d’une façon impressionnante. Ils portent des chemises au col ouvert et le ministre des finances roule en moto et était décrit comme «  la rock star de l’économie ». C’était une façade. Ils n’étaient pas radicaux dans aucun sens de ce label rabattu, ni non plus «  anti-austérité ».

Depuis six mois, Tsipras et le ministre des finances récemment écarté Yanis Varoufakis, font la navette entre Athènes et Bruxelles, Berlin et les autres centres du pouvoir financier européen. Au lieu de la justice sociale pour la Grèce, ils ont obtenu un nouvel endettement, un appauvrissement plus important encore qui va simplement remplacer un état de pourriture basé sur le vol des recettes fiscales par les Grecs super-riches- avec l’accord des valeurs de l’Europe «  néo-libérale » – et des prêts bon marché, très rentables pour ceux qui veulent le scalp de la Grèce.

La dette grecque, rapporte un audit effectué par le Parlement Grec « est illégale, illégitime et odieuse ». Proportionnellement, elle est à moins de 30% du débit de l’Allemagne, son créditeur principal. C’est moins que la dette des banques européennes dont le renflouement en 2007.08 n’a été ni controversé ni puni.
Pour un petit pays comme la Grèce, l’Euro est une monnaie coloniale : un lien à une idéologie capitaliste si extrême que même le Pape l’a qualifiée «  d’intolérable » et d’ «  excrément du diable ». L’Euro est à la Grèce ce que le dollar US est aux îles éloignées du Pacifique, dont la pauvreté et la servilité sont garanties par leur dépendance.
Lors de leur voyage à la cour des tout-puissants de Bruxelles et de Berlin, Tsipras et Varoufakis ne sont présentés ni comme des radicaux, ni comme des «  gauchistes » ni même comme des socio-démocrates mais comme deux arrivistes légèrement suppliants dans leurs  défenses et leurs exigences. Sans sous-estimer l’hostilité à laquelle ils faisaient face, il est juste de dire qu’ils n’ont pas montré de courage politique. Plus d’une fois, le peuple grec a découvert leur «  plans d’austérité » à travers des fuites dans les médias : comme une lettre du 30 Juin publiée dans le Financial Times, dans laquelle Tsipras promet aux têtes de l’EU, à la Banque centrale Européenne et au FMI d’accepter leur demandes les plus basiques et vicieuses-  qu’il a maintenant acceptées.

Quand l’électorat grec a voté « non » le 5 Juillet à ce marché à ce marché tout à fait pourri, Tsiras a dit :  « Venez Lundi et le gouvernement grec sera à la table de négociation après le referendum avec des conditions meilleurs pour le peuple grec. »  Les Grecs n’avaient pas voté pour des «  meilleurs termes ». Ils avaient voté pour la justice et pour la souveraineté, comme ils l’avaient fait le 25 Janvier

Le jour suivant l’élection de Janvier, un gouvernement vraiment démocratique et oui, radical, aurait stoppé tout euro qui quittait le pays, répudié la dette  «  illégale et odieuse  » – comme l’Argentine l’a fait avec succès- et accéléré un plan pour sortir de la zone euro boiteuse. Mais il n’y avait pas de plan. Il n’y avait que la volonté d’être «  à la table » à chercher «  de meilleures conditions ».

La véritable nature de Syriza n’a été que très peu examinée ou expliquée. Pour les médias étrangers ce n’est rien de plus que des «  gauchistes », ou de «  l’extrême gauche » ou de la « ligne dure » – l’habituelle vaporisation trompeuse. Quelques-uns parmi les supporters étrangers de Syriza ont atteint, par moment, les niveaux d’excitation joviale rappelant la montée d’Obama. Peu ont demandé : qui sont ces  « radicaux », en quoi croient-ils ?

En 2013, Yanis Varoufakis écrivait : «  Devons-nous accueillir la crise du capitalisme européen comme une opportunité pour le remplacer par un système meilleur ? Ou devons-nous être si inquiets à son propos que nous nous embarquions dans sa stabilisation ?  Pour moi, la réponse est claire. La crise européenne est beaucoup moins susceptible de donner naissance à une meilleure alternative au capitalisme. Je m’incline devant la critique qui me dit que j’ai fait campagne sur un agenda basé sur l’a priori que la Gauche était et restait, complètement vaincue. ..Oui,  j’aimerais mettre en œuvre un agenda radical. Mais, non, je ne suis pas prêt à commettre l’erreur que le Parti travailliste anglais après la victoire de Thatcher. Quel bien est-ce que cela a-t-il  fait à l’Angleterre des années 80 de promouvoir un agenda de changements sociaux que le société britannique a méprisé tout en tombant tête la première dans le projet néolibéral de Thatcher ? Précisément aucun.  Quel bien cela ferait-il aujourd’hui de demander le démantèlement de la zone Euro, de l’Union Européenne elle-même ? » Varoufakis omet de mentionner que la Parti Social Démocrate  qui a dispersé le vote travailliste et conduit au Blairisme. En suggérant que le peuple en Grande-Bretagne «  méprisait le changement socialiste » – on ne leur a pas vraiment donné l’opportunité de provoquer ce changement- il fait écho à Blair

Les leaders de Syriza sont en quelque sorte des révolutionnaires – mais leur révolution est la perverse, familière appropriation de la sociale démocratie et des structures parlementaires par des progressistes prêts à s’arranger avec le baratin néolibéral et une ingénierie sociale dont le visage authentique est celui de Wolfgang Schauble, le ministre des finances allemand,  un voyou impérialiste. Comme le Parti Travailliste en Grande-Bretagne et son équivalent au sein des anciens partis sociaux-démocrates comme le Parti Travailliste d’Australie qui se nomment eux-mêmes « progressistes » ou même de « gauche », Syriza est le produit de la classe moyenne riche, hautement privilégiée, éduquée,  « élevée à l’école du post-modernisme »  comme l’a écrit Alex Lantier.

Pour eux, la classe ne doit pas être mentionnée, mis à part dans  une lutte continuelle, sans compter la réalité de la vie de la plupart des êtres humains. Les sommités de Syriza sont bien soignées, elles ne résistent pas de la manière dont les gens ordinaires le souhaitent, comme l’a si bravement démontré l’électorat grec, mais cherchent de «  meilleurs termes » à un statu quo vénal qui réunit et punit les pauvres. Lorsque elle est mêlée à des « politiques identitaires » et à leurs insidieuses distractions, les conséquences ne sont pas la résistance mais l’asservissement.  La vie politique « dominante » de l’Angleterre en est un parfait exemple.

Mais ce n’est pas inévitable, ce n’est pas une affaire conclue, si nous nous éveillons de ce long coma postmoderne et rejetons les mythes,  les déceptions de ceux qui prétendent nous représenter et si nous nous battons.

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Traduction : Elisabeth Guerrier